‹ Clarisse HarloveChapitre 62 sur 127 · LETTRE LXXI · texte numérisé non relu

LETTRE LXXI

MISS BOWE, A MISS CLARISSE HARLOVE.

Dimanche, S avril.

J'aurais dû, pour votre tranquillité, vous avertir hier que j’ai reçu votre paquet. Robert m’a dit que votre traître de Léman l'avait aperçu dans l’allée Verte, et qu’après lui avoir demandé ce qui l'amenait dans ce lieu, il avait ajouté , sans lui laisser le temps de répondre : — Hâtez-vous . monsieur Robert, et ne perdez pas un moment à vous retirer!

Vous ne devez pas douter que vous n'ayez l’obligation de la liberté qu’on vous laisse dans vos promenades, à la confiance quo votre frère a pour ce personnage et pour Betty; mais vous êtes la seule au inonde qui, T. I. t»

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dans des circonstances de celte nature, n'ait pas quelque domestique intelligent, sur la fidélité duquel elle puisse se reposes. Un poète, ma chère, n'introduirait pas une Angélique sans lui donner uno confidente relevée par quelque joli nom, ou du moins une vieille nourrice.

J’ai lu à ma mèro plusieurs endroits de vos lettres; mais rien n’a fait tant d'impression sur elle que le dernier article de celle d'hier, elle en est charmée : elle m'a dit qu’il lui était impossible de vous reluser son cœur. J'allais profiter de cet heureux moment pour lui (aire ma proposition, et la presser avec toute l'ardeur dont je suis capable, lorsque l’agréable Hickman est entré en faisant ses révérences et tirant tour à tour son jabot et ses mauchetles. Je lui aurais joué volontiers le cruel tour de les chiffonner, mais saisissant une autre idée pour lui marquer mon chagrin : — N’y a-t-il donc ici personne? ai-je dit ; et depuis quand entret-on sans se faire annoncer? fl m'a demandé pardon. 11 est demeuré dans le dernier embarras , incertain s’il devait tenir bon ou se retirer. Ma mère, avec sa pitié ordinaire, a remarqué qu'après tout nous n'avions rien de secret , et l’a prié de s'asseoir. Vous connaisses sa respectueuse hésitation , lorsqu’il est une fois décontenancé. — Avec... votre... permission, mademoiselle? dit-il en s'adressant à moi.— Eh! oui, oui, monsieur, asseyez-vous, si vous êtes fatigué; mais que ce soit, s’il vous plaît, près de ma mère; j'aime que mon panier ait toute sa rondeur, et je no sais à quoi cet incommode ajustement est bon , si ce n’est à nettoyer les souliers sales , et tenir jdans l'éloignement les gens incivils. — Etrange fille ! s’est écriée ma mère , d'un air assez mécontent ; et prenant un ton plus doux pour lut : — Oui , monsieur Hickman , asseyez-vous près de mot; je n'ai point de ces folles parures qui empêchent les honnêtes gens de s’approcher.

J'ai pris un visage sérieux , et j'étais bien aiso au fond du cœur que ce discours de ma mère ne s’adressât point à votre oncle Antonin.

Avec sa liberté de veuve, elle n’aurait pas manqué, j’en suis sûre, de ramener fort prudemment le premier sujet de notre entretien et de vouloir montrer, même à son favori , l’article de votre lettre qui est si fort en sa faveur. Elle avait déjà commencé à lui dire qu’il avait beaucoup d'obligation à miss Clarisse, et qu’elle pouvait l'en assurer. Mais j'ai demandé aussitôt à M. Hickman s'il n'avait rien appris de nouveau par ses dernières lettres do Londres. C’est une question par laquelle je suis aocoulumée à lui faire entendre) que je souhaite de changer de sujet. Je ne la lui fais jamais que dans cette vue; et pourvu qu'il se taise alors, je ne suis pas fâchée qu’il ne me réponde pas.

Je n’étais pas d'avis de faire devant lui l'ouverture de ma proposition, sans savoir un peu mieux comment elle sera reçue de ma mère ; parce que si je ne la trouve pas bien disposée, je le regarde lui-même comme une ressource que je veux employer dans cette occasion. D’un autre côté, je ne me soucie pas beaucoup de lui avoir obligation, si je puis l’éviter. Un homme qui a des vues telles que les siennes, fait l'important et prend un air si affairé, lorsqu’une femme consent à l’employer, qu’il fait perdue patience. Mais si jo ne trouve pas aujourd’hui l'occasion de m’expliquer, j e la ferai naître demain.

Pourquoi voudriez-vous que j'ouvrisse le paquet dans votre absence? Votre conduite n’a pas besoin d’être justifiée à mes yeux ; et par les

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