LETTRE CLXXXV
KISS CLARISSB HABLOVB, A MISS BOmi.
■ercrcdi matin, 17 Bal.
M« Lovelaoe. aurait soahaîlé d'engager b conTersation hier aa soir; je Quêtais pas préparée à raisonner sar ses proposilions. Mon dessein est de les examiner à tête reposée. Sa conclusion ro*a extrêmement déplii. D'ailleurs, il est impossible avec lui de se retirer de bonne heure. Je le priai de remettre notre entretien au lendemain.
Nous nous sommes tus, dans la salle à manger, dès sept heures du matin. Il s*attendait à me trourer des regards favorables, que sais-jet peut-être un air de reconnaissance, et j*ai remarqué au sien qu'il ëtail fort surpris de ne me pas voir répondre è son attente. Il s'est hâté de parler :
— Mon très cher amiur, étes-vous en bonne santé ? Pourquoi cette réserve ? votre indifférence ne finira- t-elle jamais pour moi? Si j*ai pn^* posé quelque chose qui ne réponde pas à vos intentions...
Je lui ai dit qu'il m'avait laissé fort prudemment la liberté de communiquer ses propositions à miss Howe, et de consulter quelques amis par ce moyen ; que j'aurais bieniôt rocca&ion de lui envoyer le mémoire; et qu'il fallait remettre à nous entroienir do cette matière lois^e j'aurais reçu sa réponse..
— Bon Dieu I Je ne laissais pas échapper la moindre occasion, le plus léger prétexte pour les délais; mais il écrivait à son oncle pour lui rendre comptodes termes ott il était avec moi; et comment pouvaii-il finir sa lettre avec un peu de satisfaction pour milord et pour lui-même» si je n'avais pas la bonté de lui apprendre ce que je pensais de ses propositions?
Je pouvais l'assurer d'avance, ai-je répondu, que le principal point pour moi était de me réconcilier et de bien vivre avec mon père; qu'à l'égard du reste, sa générosité le porterait sans doute à faire plus que je ne désirais; que, par conséquent, s'il n'avait pas d'autre motif pour écrire que de savoir ce que milord M... voulait faire en ma faveur, c'était une peine qu'il pouvait s'épargner, parce que mes débirs, par rapport à moi-mêmey seraient plus aiôés k satisfaire qu'il ne paraissait se l'imaginer.
Il m'a demandé si je permettais du moins qu'il parlât do l'heureux jour, et qu'il priât son oncle de me servir de père dans cette occasion.
Je lui ai dit que le nom de père avait un son bien doux et bien re^ pectable pour moi; que je serais charmée d'avoir un père qui me fit la grâce de me reconnaître.
N'était-ce pas m'expliquer assez? Qu'en pensez-vous, ma chère? Cependant il est vrai que je ne m'en suis aperçue qu'après y avoir fait réflexion, et que mon dessein alors n'était pas de parler si librement ; car, dans le temps même, j'ai pensé à mon piopre père avec un profond soupir, et le plus amer legret de me voir njetée de lui et de ma mère. M. Lovelace m'a paru touché et do ma reflexion et du ton dont je l'avais prononcée.
— Je suis bien jeune, monsieurLovelace, ai-je oontinuéendétoumant le visage pour essuyer mes brmes, et je ne laisse pas d'avoir éprouvé déjà
beftttooap de chagrin, le n'ea accuse que Totre amour ; mais tous ne devez pas être surpris que le nom de père fasse tant d'impression sur la cœur d'une fille toujours soumise et respectueuse avant que de vous avoir connu, et dont la tendre jeunesse demande encore Tœil d'un père.
II s*est tourné vers la fenôire. Réjouissez -vous avec moi, ma chère mias Uowe (puisqu'il faut que je sois à lui ), de ce qull n'a pas le cœur tout à fait impénétrable à la piiié. Sjn émotion était visible. Cependant il s'^ efforcé de la surmonter. Il s'est rapproche de moi. Le même sentiment Ta forcé encore une fois de se délouroer. Il lui est échappé quelques mots, parmi lesquels j'ai entendu celui d'any^/tgue. ëuÛq, retrouvant un cœur plus conforme à ses désirs, il est revenu k moi. — Après y avoir pensé, mVt-il dit, miiord M... étant sujet à la goutte, il craignait que te compliment dont il venait de parler ne devînt l'occasion d'un plus long délai ; et c'était se préparer à lui-même de nouveaux sujets de chagrin.
Je n'ai pu répondre un seul mot là-dessus, vous le jugez bien, ma chère; mais vous devinez aussi ce que j'ai penàé de ce langjge. Tant de profondeur, avec un amour si passionné! Tant de ménagement, tout d'un coup, pour un oncle auquel il a si peu rendu jusqu'à présent ce qu'il devait I Pourquoi, pourquoi mon sort> ai -je pensé eu moi-même, me rendil l'esclave d'un tel homme I
Il a hésité, comme s'il n'eût point élé d'accord avec lui-même; il a fait un tour ou deux dans la salle. — Son embarras, a-t-il dit en marchant, était extrême à se déterminer, parce qu'il ignorait quand il serait le plus heureux des hommes. Que ne pouvait-il connaître ce précieux moment f il s'est arrêté pour me regarder. (Croyez -vous ma trèi chère miss Howe, que je n'aie pas besoin d'un père ou d'une mère?) Mais, a-t-il continué, s'il ne pouvait m'engag^r aussitôt qu'il souhaitait à ûxçr un jour, il croyait, dans ce cas, qu'il pouvait faire le compUment à miiord, comme ne le pas faire ; puisque dans Tintervalle on pourrait dresser les articles, et que ce soin adoucirait son impatience, sans compter qu'il n*y aurait pas de temps perdu.
Vous jugerez encore mieux combien j'ai été frappée de ce discours, si je vous réi'ète mol pour mot ce qui Ta suivi. « Sur sa foi, j'étais si réser- Tée ; mes regards avaient quelque chose de si mystérieux, qu'il ne savait pas si, dans le moment qu'il se flattait de me plaire, il n'en était pas plus éloigné que jamais. Daignerais-je lui dire, si j'approuvais, ou non, le compliment qu'il voulait faire à miiord M... ? »
Il m'est revenu heureusement à l'esprit^ ma chère, que vous ne voulez pas que je le quitte. Je lui ai répondu : « Assurément, monsieur Lovelace, si cette aifaire doit jamais se conclure, il doit être fort agréable pour md d'avoir une pleine approbation d'un côté, si je ne puis l'obtenir de
l'autre. »
Il m'a interrompue avec une chaleur extrême. « Si cette affaire doit se conclure... Juste cielt quels termes pour les circonstances? Et parler d'appro6a(ton / tandis que Thonneur de mon alliance faisait toute l'ambition de sa famille. Piût au ciel, mon très cher amour! a-t-il ajouté dans le même transport, que, sans faire de compliment à personne, demain pût être le plus heureux jour de ma viel Qu'en dites- vous, chère Clarisse? (avec un air tremblant d'impatience, qui ne paraissait point •ttincté. ) Que dites-vous de demain?»
GLaninr UnBXlTK
n 116 'pcnnviit p09 dbuf^i mtr chèro, que je n'onsss beaticonpKdM eontre un («firps sr court, et que je n'eusse nomné un jour pHis éloigné^ quand le éSiti qtt^ avait déjà {proposé m'y aurait laissé plus de dfeposr* lion.
Cependant', me voyant garder te silence, il a repriis : « Ouf, demain, mademoiselle,, on après-demain, ouïe jour saivantt^ Et me prenantieé deux mains, il m'a regardée fixement, pour attendre ma réponse.
Cetie ardeur, fausse ou sincère, m'a rendue confhse. — Non^non (loi ai-je dite H. «^ a aucune raison de se presser si f6rt. B sera mieux-, aana é9ule, que milord' puisse ^tr» présent.
-*- Je ne connais pas d'autres lois que vos vofontés,. m'a-t^il réjpondti aussitôt, d'tra air de r&ignation ; comme s'il n'iBÛt fait que se rendra elfeotivement à mes désirs,, et qu'il lui eût coûté beaucoup pour me faiiQ fer sacrifice de son empressement. La modestie m'obligeait d'en paraître contente. C'est da moins ce que j'ai jugé. Que n'ai-je gui... mais qu« aervent les soirfaaits Y*
Il a voulu se récompenser^ terme qu'il avait employé' dans une* autre occasion, de la violence qu'il se faisait pour m'obéir, en me donnant un baiser. Je l'ai repoussé avec un juste et très sincère dédain. Mon refus a paru le surprendre et le chagriner. Son mémoire, apparemment, l'avait mis en droit de tout attendre de ma reconnaissance, il m'a dit nettement que, dans les termes où nous étions, il se croyait autorisé à des libertés de cette innocence, et qu'il était sensiblement affligé de se voir rejeté . (Fua air si méprisant. Je n'ai pu lui répondre, et je me suis retirée asse^ bmsqjaement. En passant devant un trumeau, j'ai remarqué, dans la ^ace, quil portait le poing à son front ; et j'ai entendu quelques plaintes, Oii j'ai démêlé les mots, éUndiflérence^ et de froideur qui a^rochaitdls ta haint. Je n'ai pas compris le reste»
SU a dessein d'écrire à milord ou à miss Honlaigu, c'est ce que je ne puis assurer. Mais comme je dois renoncer maintenant à toute délicatesse» peut-être suis-je blâmable d^en attendre d'^un homme qui la connaît si peu* S'il est vrai'qii'il ne la connaisse pas, et que s'en croyant beaucoup» néanmoins, il soit résolu d'être toujours le même, je suis plus à plaindre qja'à blâmer. Après tout, puisque mon sort m'oblige de le prendre tel
Îu'il est, il faut m'y résoudre. J'aurai un homme vain, et si accoutumé' Wvoir admirer qii^e, ne sentant pas ses défauts intérieurs, il n'a Jamais pensé à polir que ses dehors. Comme ses propositions surpassent mon attente, et que dans ses idées il a beaucoup a souffrir de moi , je suis résolue, s'il ne me fait pas de nouvelle offense, de répondre à son mémoire; et j'aurai soin que mes termes soient à couvert de toute objection de sa * (art, comme les siens b sont de la mieune.
Au fond, ma chère, ne voyez-vous pas de plus en plus combien 009 fspâts se convienneei geu?
Quoi qu'il en spit,,|e veux, bien composer pour ma tante, e9 renonçant, û ma^unition p^ se boroei: 1^ Il tout ce qu'on appelle bonheur dans SfM/a vie, avec un mari tejL qu^ j^anpréheod^ qu'il ne soit : en un mofi ^ conis^t^ amener» jjoaqa'^ la^îlod)^ mes joui:^, une vie soufrante dao^ f éM du Q^aria^e. Ui, si*pylû:e ne saurait êtï:e im 1ob(^*
Pour lui», ce^ événement et les remords aa*U sentira 4'ea avoîs mal usé avec sa premike Ifenlme pourront Je reooipe pto. traitabb^ ponr urie ^
(ÏAIklSSB HARLOVE. 91
conde, quoiqu'il puîssa arriver qu'alla n'en aoit pas ptua digue ;, pendant. q^e tou3 ceux qui apprendront mon histoire eu tireront ces instruciiona : que leijeux sont des traîtres» auxquels on ne doit.iamais se fier ; que la. fiffue est trompeuse; eu d'autres teripesi^qua la, beauté du corps et celle de Pâme se trouvent rarement unies ; enfin», q^e les bons. principes et la droiture du couir sont les seules* bases sur lesq/ueUes ou puisse fonder l'errance d*uqe via heureuse, soit pour en monde ou pour Tautre. Cren est asso^ sur les>propoaitions dfi H. Lovcdace* J'en attends voire
UBTTRK CLXXXTlk
L'éditeur se borne ici à quelques extraits de quatre lettres de V. Lotelace,. écrites à son ami depuis U date de la dernière» qui contiennent» dit-il, les mêmes détails qu'on a vus dans celles de miss Clarisse, mais dont les traits suivans méritent néanmoins d'être conservés;
cQua serflulS'je devenu, nsoî et mes projets» si son père et toute son implacable famille n'avMOotrpa» travaillé pour mes intérêts? Il est évident que si sa négociation avait ta le moindre succès^ eUe me quittait sans retour», et que j^ n'aurais paa été'capable d'arrâter cette résolution.;, à moinsrque ip n'eusse pris, celle d'abattre raijNre par lea racines^ pour asriyej: an fruit;, tandis qp'ay^un peu de patience jusqu'au temps delà. oMtnrité^ j!espère encore qu'il suffira dd le secouer doucement..
i^Apcèî»^ la hauteur aveclafoelle elle m'a tcaité, j!ex«ge qu'dle &'expU«* qVMPMttoment^ H y a. mitte beatUés à déeouvnr dane le. visage» dans l'aor cenl^ et^daue tout rembarras d'«ne femme qui veut amener un poioA,. qu'elle désire impatiemment, et qui ne sait oomments'y peendre. Un sot^, q\ii se jMque de ^nérosUé,, croira-se faire un mérite de lui épargner cette coniCiision ;. mais> c'est une spttiaeen effet. U ne voit pas qu'U se dérobe à lQi«>méme le plaisir du spectaQle»,et q\C'û lui êie L'avantage de déployer unq inanité de charmes, qui ne peuvent éclater que dan» ces. occasions. La. dmeté ducoeuri pour ledireentrenou8»est essentielle au caractère d'un lUHerlis. n doit être &miUarisé avec les chagrins auxquels il donne occasion ; et des atteodrissemens de complaisance seraient nne faiblesse indîgpndb.tuî. Combien de fois ai-je jpui de la confusion ou du dépit d*une femme charmante,, étant assis- vis-iï-vis d'elle» et voyant ses yeux livrés ft' Tadmiration de mes boucles^, cm & l'étude de qjuiel^ Qgure bizarre sur* laplanchert »
JbiiBarlanbde son mémoire et des articles ,. il dit : « h suis de bonne ff(|uanr ce . yoint. Si je l'épouiip 9 comme je n'en doute pas ». lorsque ma fierté» mon ambition, ot ma veng^ance^si tu veux.» seront sarisfhitesi je. suîsni^Dlu^de lui rendre noblement lustice, d'autant plus que tout ce qpe j^ ferai peur une femme sî prudente et si réglée», ce sera le fhire pour moi-giême. Mais», par ma foi»,BeIfoni» son orapieil sera humilié k reconnaître qu'elle m'aime , et qu'elle m'a quelque obligation. N^ craies ' . pm q^e ceijto esq}iisse d'articles u^e menu tf^^ Iqîu qna (9 t)p yeux. ta. 1^ modtetie du sexe me secondera tbujours^» ' ' * n.
92 CLARIS» HARLOVK.
Il se rappelle sa téméraire expression. : qu*ellê serait sa femme ^ an prix même de sa damnation étemelle. H avoue que, dans le môme instant, il avait 6té prêt d'employer la violence; mais qu'il avait été comme repoussé par un mouvement de terreur, en jetant les yeux sur son charmant visage., où, malgré la tristesse et rabattement , il avait cru voir la pureté de son cœur dans chaque trait.
«OverluI vertu I continne-t-il , qu'y a-t-il donc en toi qui puisse faire cette impression forcée sur un cœur tel que le mien? D*oii peuvent, venir ces tremblemens involontaires et cette crainte de causer une mortelle offense? Qui es-tu, pour agir avec tant de force dans une faible femme, et pour jeter Teffroi dans Tesprit d*un homme intrépide ? Jamais tu n*eus tant de pouvoir sur moi ; non , pas mÔme dans mon premier essai , jeune comme j'étais alors , et fort embarrassé de ma propre hardiesse jusqu'au moment du pardon. »
Il peint des plus vives ooukurs cette partie de la scène où miss Clarisse lui a dit : « Que le nom de père avait pour elle un son doux et respectable. »
« Je ne te dissimule pas que jer me suis senti vivement touché. La honte d'être surpris dans cet accès de tendresse efféminée m*a fait faire un effort pour le subjuguer aussitôt , et pour me tenir en garde à l'avenir. Cependant j'ai presque regretté de ne pouvoir accorder à cette charmante fille la satisfaction de jouir de son triomphe. Sa jeunesse , sa beauié, son innoc3nce, et cet air jl'allliction que je ne puis décrire, semblaient mériter un instant de complaisance; mais son indifférence, Belford I cette résolution de me sacrifier h la malignité de mes ennemis I celle hardiesse d'avoir conduit son dessein par des voies clandestines ; tandis que je l'aime à la fureur, et que je la révère jusqu'à radoration I C'est avec le secours de ces idées que j'ai fait reprendre courage à moQ traître cœur. Cependant je vois que si le c curage ne l'abandonne point elle-même , il faut qu'elle remporte. Elle a déjà fait un lâche de moi , qui n'ai jamais connu la lâcheté. »
Il finit sa quatrième lettre par des emportemens de fureur, à l'occasion dn refus qu'elle a fait de lui laisser prendre un baiser. Il avait espéré, comme il avoue , de ne lui trouver que de la condescendance et de la bonté après ses propositions.
a C'est une offense , dit-il , que je n'oublierai jamais. Compte que je m'en souviendrai, pour rendre mon cœur d'acier et Ciipable de fendre le rocher de glace que j'ai à traverser jusqu'au sien ; pour la payer, avec usure , du dédain, du mépris qu'elle a fait éclater dans ses yeux en me quittant ; après la conduite obligeante que j'avais tenue avec elle; après les instances pour obtenir qu'elle me nommât le jour. Les femmes de œtte maison prétendent qu'elle me hait, qu'elle me méprise. Rien n'est si vrai. J'ouvre les yeux ; elle me hait , elle doit me haïr. Pourquoi ne 8uivrais-je pas le conseil qu'on me donne? Il faut le suivre... Je ne sera! pas long-temps méprisé de l'une, et raillé des nutres. »
n ajoute que son dessein de le quitter, si ses parens avaient voulu la recevoir, et la liberté qu'elle a prise, dimanche dernier, de faire venir an carrosse , dans la résolution, peut-être, de ne pas reparaître, si elle était sortie seule ( car ne lui a-t-elle pas déclaré qu'elle pense à se retirer dans quelque village voisin de la ville ) , l'ont alarmé si vivement, qu'il
CLAUaSB flABLDTB. 93
i^eathâlé de donner de noa?eUes inetrttctîons par écrit, aox gens de la Biaison» sur la manière dont ils dotrent se conduire « supp^ qu'elle entreprit de s'échapper dans son absence. 11 a pariiculi^reroent instruit son Taiet de chambre de ce qu'il doit dire aux étrangers, s'il arrivait qa*éUe implorât le secours de quelqu'un pour favoriser sa fuiie. Suivant te circonstances^ dit-il , il joindra d'autres précautions à ses ordres.
LETTRE CLXXXVn.
Bss HOWB » À lass GLàUSSB HàILOVI.
Ieadi,l8mal.
le n'ai, ma chère amie, ni le temps, ni la patience de répondre & tons te articles de votre lettre que je viens de recevoir. Les propositions de M. Loveiace sont l'unique chose que j'approuve de lui. Cependant je pense, comme vous , qu'elles ne liuiàseut point avec la chaleur et l'empcessement auquel nous de? ions nous attendre. De ma vie je n'ai rien entendu ni rien lu qui approche de sa' patience , avec &oq bouheur entre ses mains. Mais, enire vous et moi , ma chère, je m*imagine que les mi* eérahies de son espèce n'ont pas les mêmes ardeurs qu'on voit aux honnêtes gens. Qui sait , comme votre so&ur fiella le disitt dans son dépit, s'il n'a pas une douzaine de créatures dont il faut qu'il se défasse avant que de former un engageaient pour la vie f Au fond , je ne croie pas que vous deviez vous attendre a le voir honnête homme avant sa grande année dimatérique.
Lui, prendre prétexte , pour des délais, d'un compliment qu'il est obligé de faire à milord M... 1 lui, dont le caractère est àe n'avoir jamais connu ce que c'est que la complanance pour ses proches 1 la patience me manqne. 11 est bien vrai, ma chère, que vous auriez eu besoin de l'intervention d'un ami dans rinléressante occasion qui faisait le sujet de fotre lettre d'hier matin. Mais, sur ma parole, si j'avais été dans votre ntnation et traitée comme vous l'avez écrit , je lui aurais arraché te yeux ; après quoi j'aurais laissé à son propre cœur le soin de lui en a|H prendre la raison.
PMl au ciel çim, êûm Mre obligé de fairo de eomplimêm à ptraoniM, mmjour kmÊteux fui demain! L'infflmel après avoir commencé par ▼eus faire sentir la nécessite du comphment 1 et n'esi^^e pas sur voue , après cela, qu'il rejette le délai? MiséraMe qu'il est 1 que mon cœur eoofCret
Mab dans les termes où vous êtes ensemble, mes ressentimens sont liors de saison. Cependant je ne sais pas non plus s'ils le sont, puisque le plus cruel* destin pour une femme est de se voir forcée de prendre on iMimme que son cœur méprise. Il est impossible que tous ne le mépriata pas, du moins par intervalle. Il a porté le poing au front lorsque voQS l'avez quittée en colère : que son poing n'était-ii une hache dans les mains de son plus mortel ennemi t
Je veux m'efforcer de tirer de ma tête quelque mo/en, quelque invention pour vous délivrer de lui, et pour vous fixer dans on lieu sûr, jusqu'à l'arrivée de votre cousm Morden ; une invention qui soit toujours prêle et que tous pnissies suivre dans l'occasion. Vous êtes sûre , ditestous, 4e pouToirsoctir quand il tous plalt^ et tous Têtes aussi que notre
eorre8iKmdBMe.at à tauTCtt. «Gopeadaiii, par -l6ihm4ia68»raî9Qa0|}ue<|d
! iroiiS'ai xepfféttQtéea^^ltpiij^ganlef^
/ iteriiueitOQtte quitter» «ussMang* temps qu'iji ne Yausdonn^a^îpv&^^y^t :de:sovpçonD«r son haoBeur» Iteiftie. juge »que v^re çkbw senit^plua Ui9nquyie:siFiia8poii{?iei(Cûn)ptersiir<UBe retsiitedaDa le€a34e la néoeKité. Xb «répète encone une fois que je niai pas la wmpàxe .notion gu'il(P^M9e ou qu'il ose lormer le dessein de vous outrager; mais il en faut donc conclure que c'est un fou, na^shère, sai)è«tflut.
Puisque le sort néanmoins vous jette entre les mains d'un fou , soyez la femme d'un fou è' h première t)Ccaâîon : et qtioiqve je ne doute point qu'il ne.M^fto.9ilua difficile des fous à gouverner, comme tous les fous qui ont de l'esprit et de la vanité, prenez-le comme un châtiment, puisque vous ne sauriez le prendre comme xtm récompense ; en un mot , éomme un mari que' le ciel vous donne pour vous convaincre ^ù^l^u^^a tians cette vie que des imperfections.
Itfon impatience sejca extrême jusqU'àfaTfivéadeviotrepremièrêtettfe.
AkRBiiOWB.
LETTRE 'GLKKXVm.
|lei«redi,1Tiii«i.
^L'amitié* ne me)p«nnet Jpas de TOBS^oacher^ce qui vous iaté»eswiaii4ft|i( que la lettre que je vous communique. Vnus j VMre? ce qui'piis«pfréheadede ^ous, oequ'on.sovhaile de ymn etooml^ien iM3 vosjanoches «-Oni à cœur <qao vous teniez une. conduite iianorableià T^^ard <d0 iioîis jGlaiPhee Harlove; ilsime font rhonneur ^e m'aittiibuer sur vous iiQipeu 'd^nftvenoe. Je souhaiterais de. iou(je.4Boii âme .d'en affoir,aut|int.4u'il4le .^mroitiit dans cette occasion.
Qu41ine«oit permis, Lovelace, de t'ediorterenooce iune:fois4vaiit '(qfu'il^seit Irep tavd, avant que la moctelle offeoBasott oommiset h laiiede -skieusesiréflexioDs^surUes grflcQs.et. le 'mérite de la da^e. Puis9ent iiBs fréquens remords en produire un solide 1 puissent tonoigueil et. la léf fèaeté tlB»t<»4WB»r*»e pas juiqer^iea^tiàus èeMesâcapéniPQaB I i)ir ma foi, ilâevelace, ilci^y a que vanité, illasion eittM4tise dans toussas tsyat^mes •éedibertinege. Nous deviendnooei^kis aagos an vieillis9ant.Ni>i|s jettei0on les yeux en arrièreiifir nos foUesiidéas, présente^ .^t.nous.nçus m6* priserons nous-mêmes , après avoir perdu notre jeunesse', lor^quie.nôus iMnsnppeUefDBS lastangageneffa honorables ftue^ipusauBioi^c^pa feiper ; Hiû partiGulièreniiiit ,isi tu laissas échapper i'ioçcaûon de t*as&ureriiwe liamae incotriiptible ,.pttre deqpuis le baroeau,, DObleineBttt}Qifo^Q^4ais -•ef aoiionsetidliws ses «Bntimeiia,iMios|anta dans son. respect niai jr^OPmjpfiué.pourle pkiadéraisonnable desi pères. QtMll^leiBmepqHr )3iaûfeaz liMOLfa^/Wli ^luif^raipcendrofce titre I
Considère aussi ce qu'elle souffre poor.lM* Ac^pUpmen^t t^pdis ^e 4!tt iiivQnl#» jdafrij^stèmesjpour.sa ruine,>du.mi^na.dana le siBosqu'elle ^aMaohp à'içé terpe.j.ne.^gâmiMUe paasous.jia ,i9alédiclioad'uf;i jière, ^eU^ ne s^'q»^ atiirée.qu'à l'occasion et pour l'ampur.deAiQi^ypudrais- .Ml dQnim>i^.^orca#Mon,.efiet .à fi0tte malédioion? . 4\ i^fimi^MH^ lici (on .p^n^il ? toi imi ,t^
CLAUSSB HARLOVS. 0$
toute la famîile des fiarlove , et celle mêmeded flovre, ne sont quelles maohines gua tu lais servir^ sans qu'elles le sachent» à tes projets de libertinage et de vengeance; qu'es-iu toi-même^ que rinstrument d*ua Irère implacable et d'une sœur jalouse, pour causer toutes sortes dechanins et de disgrâces à la plus .excellente ^œur du monde! Peux-tu souftrir, Lovelace, qu'on te regarde comme la machine de ton ancien ennemi» laines Barlove ? K'es-tu pas même la dupe d'une âme encore |flus vile^ t:e'Jo3Qph Léman, qui se sert bien plus par tes libéralités qo^il ne te sett loi-même par le double rôle que tu lui fais jouer? Ajoute que tu es auséî ragent du diable, qui peut seul te récompenser comme tu le mérites, ât
Jui n'y manquera pas, je l'assure^ si tu persifles dans ton noir dessein^ t si tu l'exécutes.
Ouel autre que toi pourrait faire, avec autant d'indifférence que j'en remarque dans tes termes, les questions que tu me fais dans ta dernière lettre ? Relis-les ici, cœnr de diamant : « Où fuirait-elle pour m'éviter? Sesparens ne la recevront point ; ses oncles ne fourniront point à sa subsistance ; sa chère Norton dépend d'eux et li'est point en étal de lui Daire des offres; missHowe n'oserait la recevoir; elle n'a point h. Londres d'autre ami que moi , et la ville est un pays étranger pour elle. » Quel doit être le cœur qui est capable de triompher d'une si profonde afilic- Uon, où elle ne se trouve plOAgée que par tes inventions et tes artifices? lEt quelle douce , mais triste réflexion que la sienne , qui a presque amolli ta dureté aToccasion du nom de père, sous lequel tu lui prop^ sais milord M.^ pour le jour de la célébration) La tendresse de son âge lui faisait souhaiter un père, lui faisait espérer un ami. Ah I cher Lovelace, te résoudras-tu à deflr«i^r'iiQidéBieD;iMnir?elle, au lieu du père que tu lui as ravi?
Tu sais que je n'ai CfUeoDiintérôi, que.)* nftipMi avoir aucune vue, en souhaitant ^e tu rendes justice à cette admirable fille. Pour l'amour de toi-même, je l'en conjure encore une fois, pour l'honneur de ta famille, pour celui de notre humanité commune, sois juste h l'égard do Clarisse
^'importe si ces instances conviennent à mon caractère. J'ai été et ]^ BDis encore assez débauché. Si tu reçois mon conseil, qui est, cémme tu le verras dans la lettre de ion oncle, celui de toute ta famille, peut-être auras-tu raison de me dire que tu h'es pas plus pervers que mbi. Maïs Bi'Con cœur s'endurcit contre mes reproches, et si tu ne irespectes ^pas tant de vertos, toute la mébhancété d'uue légion de diables, lât^és dans orne truope d'âmes innocentes avec plein pouvoir de Teur nuire, ne cbmmettUBit^as autmit de mal, ni un mal aussi noir, que celui dont tu tetit te tendre coupable.
On dit ordinairetnent que la vie d'un monarqne, assis sur son trêne, li'estpds en stireté, s'il se trouve qudque désespéré qui miéprise la sienne. On ]peut dire de même que la vectu la plus pure n'est point h couvert, a'û se trouve un homme qui compte pour rien son propre honneur, et qui ^ fasse un jeu des protestations et des vœux Xes plus solennels.
t'u|)eux, par les ruses, tes chicanés, les fausses couletUrs, toi qui es pire en amour qu'un démon en méchanceté, vaincre une pauvre fille que <«i «r fretffé *i tadyélt*fl¥liilto*wssér ^Hm te^fflUte, et "que lu as 'prh ée de toute sorte de protection. Mais considère sH ne sérâit'pas plus juste
96 CLAEISSB HARLOVB.
et plus généreux à son égard, plus noble à Tégard de toi-même d'étonlfer les misérables désirs.
;j II importe peu, je ie répète, si mes actions passées ou futures répon- J dent à mon sermony comme tu nommeras peul-êiie ce que je t'écris. Mais ▼oici ce que je te promets solennellement : lorsque je trouverai dans une femme la moitié des perfections de nriss Harlove, je prendrai Tavis pour moi, et je me marierai, si Ton consent à m*acoepter. Il ne m*arrivera pas de Youloir éprouver son honneur aux dépens du mieo. En d'autres termes, je ne dégraderai loint une excellente fille à ses propres yeux par des épreuves, lorsque je n*aurai aucune raison de la soupçonner, et j*ajoata (par rapport à la merveilleuse utilité qu'on peut tirer, à ton avis, de répreuve d'une Ûlle sage et innocente, plutôt que de celle des Ûlles ordinaires) que je n'ai point à me reprocher, une fois dans ma rie, d'avoir ruiné les mœurs d'aucune personne de ce sexe, qui fût faite pour vivre sage sans mes sollicitations. C'est être assez coupable, que de contribuer à la continuation du désordre dans celles qui s*y sont déjh livrées, et d'empêcher qu'elles ne se relèvent lorsqu'une fois elles sont tombées.
Enûa, quelque parti que l'esprit infernal dont tu suis l'étenJard puisse te faire prendre à l'égard de cette incomparable personne, j'espère que ta en useras avec honneur par rapport à la lettre que Je te communique. Ton oncle désire, comme tu verras, que je te laisse ignorer qu'il m'a écrit sur celte matière, par des raisons qui ne sont pas trop glorieuses pour toi. Je me flatte aussi que tu prendras les marques de mon zèle dans leur véritable sens. Tout à toi,
.BiLrOBD.
LETTRE GLXXXIX.
Lundi, 15 mai.
Monsieur,
Si quelqu'un au monde a de l'ascendant sur l'esprit de mon neveu, c'est vous. Cette raison me porte à vous écrire, pour vous demander votre entremise dans l'affaire qui est entre lui et la plus accomplie de toutes les femmes ; du moins, suivant le témoignage que tout le monde lui rend, et ce que tout le monde pense^ doit élre vrai (1).
J'ignore qu'il ait aucun mauvais dessein sur elle ; mais je connais trop bien son caroctère, pour ne pas être alarmé d'un si long délai. Les dames d'ici ont eu quelque temps les mêmes craintes. Ma sœur Sadler, en particulier (vous savez que c'est une femme sage), prétend que, dans les circonstances présentes, le délai doit moins venir de la demoiselle que de lui. Il est certain qu'il a toujours eu beaucoup d'aversion pour le mariage. Qui sait s'il ne pense point à lui jouer quelque mauvais tour, comme il en' a joué à tant d'autres Y Le mieux serait de le prévenir; car après Véténement le conseil arrive trop tard.
11 a toujours eu la folie et l'impertinence de se moquer du goût que j'ai pour les proverbes. Mais les regardant comme la sagesse de toutes les nations et de tous les siècles, rassemblée dans un petit lombre de
(1) ■. UT«iM« a faU nmarqomr plafliaan fiia qMioeeMitéUilaiMuM aiB|te^ •I grand parUaaa de praverbet.
CLARISSE HAHLOTB. Tî
paroles, je n*ai pas honte d*emp1oyer un langage qui contient plus de sagesse que les ennuyeuses harangues de nos prédicateurs et de nos moralistes. Qu'il en rie, s*il veut. Vous et moi, monsieur Belford, nous savons mieux ce qu'il en faut penser. Quoique vouê fréquentiez un loup^ voue n*avex pa$ appris à hurler avec lui,
Ge{»ndant il ne faut pas lui faire connaître que je tous aie écrit làdessus. J'ai honte de le dire ; mais il m'a toujours traité comme un homme d*un sens médiocre, et peut-ôtre n'aurait-il pas meilleure opinion é'un conseil, s'il savait qu'il lui vînt de moi.
Je suis sûr qu'il n'a aucune raison de me mépriser. Il so trouvera bien d'être mon neveu, s'il me survit, quoiqu'un jour il m'ait dit en face que je pouvais disposer à mon gré de mon bien, et que pour lui il aimait autant la liberté qu*il méprisait l'argent. Il s'est imaginé Je suppose, que je ne pouvaie le couvrir de mes ailée sans le piquer de mon bec. Cependant je ne l'ai jamais piqué sans quelque bonne raison ; et Dieu sait que je lui donnerais mon sang, s*il voulait s'attacher un peu h m'obliger pour son propre bien. C'est tout ce que je désire de lui. Il est vrai que sa pauvre mère a commencé à le gâter, et qu'ensuite j'ai eu trop d'mdulgence pour lui. Belle disposition 1 direz-vous, de rendre le mal pour le ^îtfii. Mais telle a toujours été sa méthode.
Gomme tout le monde parle avec admiration de la prudence et de la bonté de cette jeune personne, j'ai Tespérance que ce mariage pourrait le faire rentrer en lui-même. Si vous trouviez le moyen de l'y déterminer, je le mettrais en état de rendre les articles aussi avantageux qu'il peut les souhaiter, et je ne serais pas éloigné d'y joindre la possession actuelle d'une fort belle terre. Pourquoi suis-je au monde, comme je le dis souvent, si ce n'est pour le voir marié et bien établi, lui et mes deux nièces? Puisse le ciel lui inspirer de meilleurs principes, avec un peu plus de bonté d'flme et de considération !
3i les délais viennent de lui, je tremble pour la demoiselle. S'ils viennent d'elle, comme il récrit à ma nièce Charlotte, je souhaiterais qu'on fit entendre à cette Jeune personne que les délais sont dangereux. Tout excellente qu'elle est, je puis l'assurer qu'elle ne doit pas faire trop de fond sur son mérite, avec une tête si variable et un ennemi si déclaré du mariage. Je sais, monsieur, que vous êtes capable de lâcher à propos quelques bons avis. Une parole est assez pour le sage.
Mais je voudrais surtout que vous vissiez un peu ce que vous pouvez obtenir de lui ; car je l'ai averti si souvent de ses mauvaises pratiques, que je commencée désespérer de mes propres exhortations. Représentezlui quê la vengeance n'en est pas moins sûrsj pour se faire attendre. Il pourra l'éprouver, s'il se conduit mal dans cette occasion. Quelle pitié qu'arec tant de lumières et de bunnes qualités il ne fût jamais qu'un vil libertin 1 Hélas! hélas 1 une poignée de bonne vie vaut mieux que plein wmid de savoir (1).
Vous pouvez hasarder, comme son ami, que s'il abusait trop de mon aflédion, il n'est pas trop tard pour me remarier. Mon vieil ami Wycher*^ iey prit le même parti, dans un âge plus avancé que le mien, pour faire enrager son neveu. Ma goutte n'empêcherait pas que je ne puisse avoi un ou deux enfans. J'avoue même qu*il m'en est venu quelque pensées
(I) Vieaz proveflM friofait, qao lei Asgltto ont adopté en pioprM termes. T. II. 7
98 CLABISSB BARLOVB.
loi^quMl m*a causô quelque ch^rÎQ ex(raf)rdinaîre. Mais je me suis refroidi, en faisant réflexion que les enfans des personnes âgées», qjuâ. veulent faire les jeunes gens (je ne suis pas non plus de la dèrniëm, vieillesse) ne jouissent pas d'une longue vie, et qu'un ueillard quiépoutm une jeune femme travaille, dit-on, à creuser sa fosse. Cependant qui; sait si le mariage ne seraitpas bon pour l'humeur goutteuse dont j9 suift. tourmenté?
Les semences que je mêle exprès dans mon style peuvent vous êtra dô quelque uliliié dans Tentreiien que vous aurez avec mon neveu,. Mais employez- les avec ménagement, de peur qu'il ne connaisse (ittnf quel. carquois vous avez pris vos flèches.
Fasse leciel, monsieur Dclford, que vos bons conseils, fondés sur lesour* vertures que je viens de vous donner, pénèirentson cœur, et Texcitent à< prendre un parti aussi avantageux pour lui que nécessaire pour l'honr neur de cette admirable personne, dont je souhaiterais qu*il eût déj^< fait sa femme. Alors je renoncerai tout à fait au mariage.
S*il était capable d*abuser de la confiance qu'elle a eue pour lui, je serais le premier à sollicitir la vengeance du cid. Raro, raro.», J*ai oublié mon latin ; mais je crois que c*est raro antecedenlem sceUslutn dtseruii pede pcma claudo, f Lorsque le vice marche devant, tôt ou tard* la vengeuiiCo le suit.)
Je ne vous fais pas d^excuse ppur la peine où je vous engage. Je sais combien vous êtes de ses amis et des miens. Vous n'aurez jumjis une si belle occasion de nous rendre service à tous deux qu'en presanl ce nuvr riage. Avec quelle joie vous cmbras3crai-;e après le succès I En aiiea*- (!ant, vous me ferez im plaisir extrême de me marquer quelles sont vos ospérances. Je suis, mon cher monsieur, voire, etc.
M. Lovelaco ne s'éiant pas hâté de répondre à cette lettre, M. Belford lui en écrivit une autre pour lui marquer la crainte qu'il avait de loi avoir déplu par son honnclo franchise. Il lui dit a qu'il s'ennuie beaiK coup à Watford, où il continue d'attendre la mort de son oncle el que c'est une raison de plus pour souhaiter de ses lettres. » Pourquoi tOB. punirais-tu, ajOute*>t-il d'avoir plus de conscience et de remords que toi, qui ne t'es jamais fait un honneur d'en avoir beaucoup? D'ailleurs, j'ai à te faire un récit assez triste qui regarde notre ami Belton et sa Thomas* sine, et qui sera une bonne leçon pour tous ceux qui sont dans le goûi d'entretenir des maltresses.
J'ai reçu depuis peu des lettres de nos trois associés. Ils ont tout0f ta méchanceté sans avoir ton esprit. Les deux autres se vantent de quofeques nouvelles entreprises, qui me paraissent mériter la corde, si le:siu)r ces répond à-leurs espérances.
Je suis fort éloigné de haïr l'intrigue lorsqu'elle porte sur quelgvft principe. Mais que des personnages de cette espèce s'avisent de fofmar das systèmes et de les confier au papier sans cet asEaisooneroent et ceMe pointe qui est (on talent, je t'avoue que j'en suis révolté et que lâw» lettres me choquent beaucoup. Pour toi,.Lovelaoe, quand lu t'obstinettis èsinvra ton miséraMe plan, ne refuse pas d'aidoc un p|eu k roedétiviBr d9.na pesanteur par ton agréable corrcspondaocet s'il td reste qiiQl<|«ii désir.d'ûbliger ton iiiéiaocplû|tio.Biiii«
fifiUDBOb
CLARfSSR IIAItLOVE. 09
j UiXTllE CXC,
V^ LOTiUCB^ AIT. BELFORD.
Tenéveiti aasoir, 19 mal.
Corsque je mesuid ouvert si librement avec toi, et que je t'ai déclaié que ma principale vue est uniquement de mettre la vertu à l'épreuve, sur ce imdi ment que, si la vertu est solide, .elle n'a rien à redouter, et' que le mariage sera sa récompense, du moins, si je ne puis f arvenir à lui faire goûter une vie plus libre, qui serait à la vérité le charme de mon cœur, je suis étonné de te voir revenir sans cesse h tes ridicules propos.
Je pense, comme toi, que, dans quelque temps, lorsque je serai de- Tenu plus sage, jo conclurai a qu'il n'y a que vanité, folie, exiravagaDce danfr nos systèmes libenins. »• Mais à quoi cela revienl-ii, si co n'est à dire qu*il faut d'abord être plus sage?
Mon dessein n*esl pas, comme tu parais le craindre, de laisser échap^ per de mes mains cette incomparable fille. Es-tu capable de dire à sa louange la moitié de ce que j'ai dit et de ce quo je ne cesse de dire et d'écrire? Son tyran de père Ta chargée de sa malédiction, parce qu'elle l'a privé eu pouvoir de lui faire accepter malgré el e un homme qu'elle déteste. Tu sais quo, de ca côié-là, le mérite qu'elle s'est fait dans mon cœur est des plus médiocres. Que son père soit un tyran, est-ce une raison pour moi de ne pas mettre à l'épreuve une vertu que j'ai dessein de récompenser? Potirquoi, je le prie, ces réflexions étertiellts sur une si excellente Hlle, comme s'il te paraissait certain qu'elle ne résistera point au creuset? Tu me répètes, dans toutes tes lettres, que, resserrée conune elle est dans mes filets, sa chute est infaillible; et c'est sa vertu néanmoins que tu fais servir do prétexte à tes inquiétudes.
Tu lae nommes Vinstrumenl du vil James Ilarlovel Que je suis lenié de te maudire L Oui,, oui, je suis l'instrument de cet odieux fr^-re, do cette sœur jalouse ; mais sois attentif au spectacle, et tu verras quel, sera le sort de l'un et de l'autre*
N'allègue pas contre moi une sensibilité que j'ai reconnue, une sensi«* bililé qui te jette en contradiction, lorsque tu repioches ensuite à ton ami d'avoir un coeur do diamant ; enfin, une sensibilité que tu ne con* oaltr^is guère si je ne te l'avais communiquée.
Ruiner tant de vertu! m'oies-tu dire. Insupportable monotonie! Et. puis tu as le front d'ajouter a que la vertu la plus puro peut être ruinée par cau-x qui n'ont aucun égard pour l'honneur et qui se font un jea des sermens les plus solennels. » QuelU serait à ton avis la vertu q|ii pcurrait être ruinée sans sermens? Le monde n'est-il pas plein de. ces douces, tromperies; et depuis uu grand nombre de siècles, les sermens de l'anvour ne passenit-ils pas pour un badinage? D'ailleurs, les précaur tions contre la perfidie d^ nptre sexe ne fontreUes p^ une. partie nécessaire d^ l'éducaiioB des lemmes?
filon dessein est de me vaincre moi-même; mais je veux tenter aupa*ravant de vaincre la beUe Clarisse. Ne t'ai-jç p^ dit que l'honnen^ de son sexe est intéressé dans cette épreuve?
Lorsq^e lujrouver^ê dans uw fi^mme la moitié seulement de sesper^ fec^ifinsf^tu te marierai. A Jalioouue heujce; marie-toi, ^çlfocd*
100 CUkBISSB HABLOYB.
Une fille est-elle donc dégradée fmr réprouve lorsqu'elle 7 résiste T
Je suis bien aise que tu te fasses un reproche de ne pas travailler à la oonyersion des pauvres misérables qui ont été ruinées par d^autres que toi. Ne crains pas les récriminations auxquelles tu pourrais t'attendra , lorsque tu te vantes de u^avoir jamais ruiné les mœurs d*une jeune créature que tu aies crue capable de demeurer sage. Ta consolation me paraît celle d'un Hotlentot, qui aime mieux exercer la gloutonnerie sur de sales restes que de réformer son goût. Mais toi, qui fais le prude, aurais-tu respecté une fille telle que mon bouton de rose, si mon exemple ne t'avait pas piqué d'honneur? Et ce n'est pas la seule fille que j'ai épargnée. Lorsqu'on a reconnu mon pouvoir, qui est plus généreux que ton ami?
« C'est la résistance qui enflamme les désirs et qui aiguise les traits de Famour. Il est désarmé lorsqu'il n'a rien à vaincre : il languit, il perd le soin de plaire. »
Les femmes ne lïgnoront pas plus que les hommes. Elles aiment de la vivacité dans les soins qu'on leur rend. De là vient, pour le dire en passant, que l'amant vif, empressé est si souvent préféré au froid mari. Cependant le beau sexe ne considère pas que c'est la variété et la nouveauté qui donnent cette ardeur , et que si le libertin était aussi accoutumé que le mari à leurs faveurs, elles ne lui seraient pas moins indif- , férenles. Que les belles prennent cette leçon de moi : l'art de plaire * consiste, pour une femme, à paraître toujours nouvelle.
Revenons. Si ma conduite ne te parait pas assez justifiée par cette lettre et par les dernières , je te renvoie à celle du 13 avril. Je te supplie, Belford, de ne me pas mettre dans la nécessité de te répéter si souvent les mêmes choses. Je me flatte que tu relis plus d'une fois ce que je t'écris.
Tu me fais assez bien ta cour lorsque tu parais craindre mon ressentiment, jusqu'à ne pouvoir être tranquille si je laisse passer un jour sans t'écrire. C'est ta conscience, je le vois clairement, qui te reproche d'avoir mérité ma disgrâce; et si elle t'en a convaincu, peut-être empécherai-elle que tu ne retombes dans la même faute. Tu feras bien d'en tirer ce fruit; sans quoi, prends garde que, sachant à présent comment j&puis te punir, je ne le fasse quelquefois par mon silence, quoique je pronne autant de plaisir à t'écrire sur ce charmant sujet, que tu peux en prendre à me lire.
Marque à milord que tu m'as écrit ; mais garde-toi de lui envoyer la copie de ta lettre. Quoiqu'elle ne contienne qu'un tas de raisonnemens mal digérés, il pourrait croire qu'elle n'est pas sans force. Les plus pauvres argumens nous paraissent invincibles lorsqu'ils favorisent nos désirs. Le stupide pair s'imagine peu que sa nièce future soit rebelle à l'amour. Il est persuadé, au contraire, et tout l'univers pense comme lui, qu'elle s'est engagée volontairement sous mon étendard. Qu'en arrivera-t-il?que je serai blâmé, et qu'on la plaindra s'il arrive quelque chose de mal.
Mais puisque milord paraît avoir ce mariageà cceur, j'ai déjà pris le parti de lui écrire pour lui apprendre « qu'une malheureuse prévention inspire à ma belle des défiances qui ne sont pas trop généreuses ; qu'elle regrette son père et sa mère, et que son penchant la porterait plutôt à retourner au château d'Harlove qu'à se marier; qu'elle appréhende même que la
CLAHISSE BAELOVE. 101
démarche qu'elle a laite de parlir avec moi n*ait fait prendre une mau- Taise idée d'elle aux dames d'une maison telle que la nôtre.» Je le prie de m*écrire une lettre que je puisse lui montrer, quoique ce point, lui dis-je, demande d'être touché délicatement. Je lui la&se la liberté de me traiter aussi mal qu'il voudra, et je l'assure que je recevrai tout do bonne grâce, parce que je sais qu'il a du goût pour le style eorreetif. Je lui dis que, pour les avantages qu'il me destine, il est le maître de ses offres, et que je lui demande l'honneur de sa présence à la célébration, afin que je tienne de sa main le plus grand bonheur qu'un mortel puisse m'accorder.
Je n'ai pas déclaré absolument à ma charmante que mon dessein fût d'écrire à milord, quoique je lui aie fait entrevoir que je prendrais cette résolution. Ainsi, rien ne m'obligera de produire la réponse. S'il faut te parler naturellement, je ne serais pas bien aise d'employer des noms de famille pour avancer mes autres desseins. Cependant je dois tout assurer avant que de jeter le masque. C'est le motif que j'ai eu en amenant la belle ici. Tu vois, par conséquent, que la lettre du vieux pair ne pouvait venir plus à propos. Je t'en remercie.
 l'égard de ses sentences, il est impossible qu'elles produisent jamais un bon effet sur moi. J'ai été suffoqué de bonne heure par la sagesse des nations. Dans mon enfance, je ne lui ai jamais fait aucune demande qui n'ait fait sortir un proverbe de sa bouche ; et si le temps de la sage maxime tournait au refus, il ne fallait point espérer d'obtenir la moindre faveur. J'en avais conçu tant d'aversion pour le seul mot de proverbe, qu'aussitôt qu'on m'eut donné un précepteur, qui était un fort honnête . ministre, je lui déclarai que jamais je n'ouvrirais ma Bible, s'il no me dispensait d'en lire un des plus sages traités, contre lequel néanmoins je n'avais pas d'autre sujet d'objection que son titre. Pour Salomon, je l'avais pris en haine, non à cause de la polygamie, mais parce que je me le représentais comme un vieux maussade personnage tel que mon oncle.
Laissons, je le prie, les vieux dictons aux vieilles gens. Que sigraflent tes ennuyeuses lamentations sur la maladie de ton parent? Tout le monde ne convient-il pas qu'il n'en peut revenir? Le plus grand service que tu aurais à lui rendre serait d'abréger sa misère. J'apprends qu'il est encore infesté de médecins, d'apothicaires et de chirurgiens; que toutes les opérations ne peuvent pénétrer jusqu'au siège du mal, et qu'à chaque visite, à chaque scarification, ils prononcent sur lui la sentence d'une mort inévitable. Pourquoi prennent-ils plaisir à faire durer ses tourmens? N'est-ce pas pour enlever sa toison plutôt que des lambeaux de sa chair ? Lorsqu'un malade est désespéré, il me semble qu'on devrait cesser de payer les médecins. Tout ce qu'il prennent est un vol qu'ils font aux héritiers. Si le testament est tel que je le souhaite, que fais-ta près d'un moribond? Il t'a fait appeler, dis-tu. Oui, pour lui fermer les yeux. Ce n'est qu'un oncle après tout; un oncle et rien de plus. De quel air tu te signes mon mélancolique ami. De quoi mélancolique ? De voir nn mourant? d'être témoin d'un combat entre un vieillard et la mort? Je te croyais plus homme. Toi, qu'une mort aiguë, que la pointe d'une épée n'effraie pas, être si consterné du spectacle d'une maladie chroni» quel Les scarificateurs s'exercent tous les jours; sur quoi? sur un cada* ▼re. Prends exemple des grands bouchers, des bourreaux fameux, pires mille fois que ton ami Lovelace, qui font, dans l'espace d'un jour, dix
102 CLARISSE BARLOTB.
mille veuves et deux fois autant d*orphelins. Ils obtiennent à ce prix le nom de grands. Apprends d'eux à soutenir la vue d'une mort ordinaire»
Je souhaiterais que mon oncle m*eût donné Toccasion do te ioniûer par un meilleur exemple; tu aurais vu jusqu'où j^au rais poussé le courage, cl si je t'avais écrit dans celte conjecture, voici comment j'aurais fini ma lettre : « J'espère que le vieux Troyen jouit d un heureux sort; le mien l'est dans cette espérance; et je suis ion joyeiix ami. »
Ne l'arrêle pas toujours au mcme sujet, Belford. Raconie-moi l'histoire du pauvre Belion. Si mes services peuvent lui ôlre utiles, dis-lui qu'il peut disposer de ma bourse et de ma personne; mais plus librement néan* ^oins de ma bourse, car comment quitter ma déesse? Jo donnerai ordre À mes auires vassaux de se tenir prêts à l'obéir. Si vous avez besoin d'un chef, vous me le ferez savoir; mais j'entre pou. ma part dans tous ..les frais.
LOVELAGE.
) LETTIŒ CXCI.
n. DELFORD, A H. LOYBLiCB.
Samedi, 10 mai.
N'attends pas un mot de réponse aux misérables propos dont fa dernière lettre est remplie. J'abandonne ta charmante maîtresse a lu protec^tion des puissances qui ont la vertu des miracles et à b force de son propre mérite. Je ne suis pas encore sans espérance dans Tune ou l'autre de ces deux ressources.
Il faut te raconter, comme tu le désires, l'histoire du pauvre Belton, d'autant plus volontiers qu'elle m'a jeté dans une suite de réflexions sur notre vie pasiée, sur notre conduite présente, et sur nos vues pour l'avenir, qui peuvent nous être utiles a tous deux, si je puis donner quelque poids à mes idées.
Le malheureux Belton m'est venu voir jeudi dernier, dans la triste situation uîi je suis. Il a commencé par des plaintes do sa mauvaise sffnté et de l'abattement de ses e.^prits. de sa toux étiquc et de son crachement de sang, qui ne fait qu'augmenter ; après quoi, il est entré dans le récit de son inforlune.
L'aventure est détestable et ne sert pas peu à Taugmentation de ses autres maux. On a su que sa Thomasine, qui n'espérait pas moins que de finir par le mariage avec un homme qu'elle feignait d'aimer h Pidoîâlrie, entretenait depuis long- lemps un commerce secret avec un valet de son père, qui tient, comme tu sais, une hO!el!erie à Dniking, et qu'elle en a fait un homme du bel air, aux dépens du pauvre De! ton. Elle a ménagé cette mtnguc avec beaucoup d'art. Notre ami, dans ta co^iflance de 8bn cœur, lui avait abandonné la clé do sa cassette et le soiu de rembourser une rente considérable sur la principale partie de son bien, dont
souhaitait ardemment d'être délivré. Elle n'apu rendre compte de
t^lUsieuis grosses sommes qu'elle a reçues pour cet usage; et n'ayant
. pas payé plus fidèlement la renie, elle l^xpose aujourd'hui à perdre le
}. 'tond par les chicanes obstinées de ses crëancfiets. Gomme elle jiflsso
depuis long-temps pour sa femme, il nd sait quel parti prendre n.^n
égardy ni par rapport h deux petits enfonst pour lesquels ii'ftvait tinb si
CLABISSB BABLOYE. i03
tire tendresse, en supposant qu'ils ëtaicnl à lai, mais auxquels il commence h douler s'il a quelque part.
On n'a donné le commencement de cette lettre que pour en foire codnaltre le sujet, etpour jeter du jour sur quelques endroits de la lettre soivanie. Le reste contient des réflexions sur te caractère commun des mattresses entretenues, auquel Bedford établit qu'il n'y a point do coniiauce à prendre.
LETTRE CXCn.
IL LOTSLàCB^ ▲ H. BELFORD»
S«lDc4l»:80JUli.
^lésais assez content des sobres réflexions de ta dernière lettre ,et>jo
ctai'fois mes renierciemens. Pauvre B^^ltonl Jo ne me serais guère irot-
*^iBé que sa Thomasine fût capable de cet excès de perversité. Mats^tel
sera toujours le danger de ceux qui entretiendront une iille de basse na»-
«SBce. C'est ce qui ne m'est jamais arrivé : et je n*ai pas eu besoin de
'«ette ressource. Un homme tel que moi, Beiford, n'a jusqu'à présent qu'à
^eeoouer le plus grand arbre, et le meilleur fruit lui tombe dans la bon-
ehe. Toujours dans le goût de Montaigne , comme tu sais, c'est-ànim ,
persuadé qu'il y a de la gloire à subjtiguer une fille de bonne maison. Le
progrès de la séduction a réellement plus de charmes pour moi que l'acte
qui le couronne. C'est uue vapeur, le transport d'un instant. Je le ren»r-
de^oordiatemt^nt de cette approbation indirecte que tu donnes à mon en-
MNprise présente.
Avec une jeune personne telle que miss Harlove, un honraie est à cou- WBti de tous les inconvéniens sur it^squeis ton éloquence s*est exercée*
.'BkKore une fois, Beiford, je te rends grâce de l'encouragement que:(u me donnes. On n'a pas besoin, comme tu dis, de se cacher dans un trou, ^ de unir le jour avec une compagne telie que miss Clarisse. Que tu-es rëimabte de flatter si agréablement le désir farori de mon cœuri Génie sera pas non plus une honte pour moi de laisser à uue ÛUe comme aUe iiâ liberté de prendre mon nom : et je m'embarrasserai peu delà censure lAx public si je vis avec elle jusqu'à l'âge de discrétion dont tu pafles» *q[iiand il devrait m*arriver à la fin d'y être pris, et de consentir quelque -^oor à marcher avec elle dans te bon vieux ohtimin de mes ancêtres.
tQuele ciel te bénisse, mon honnête ami! Lorsque tu plaidais pour le
4iunage en faveur derla belle, je me suis figuré que lu badinais, ou que
ttt ne prenais ce ton que par complaisance pour mon oncle. Je savais bien
i^e<Qe n'était pas par principe, que ce n'était pas par compassion. A la
▼érité, je te soupçonnais d'un peu d'envie; maisà présent c'est toi-même.
4liile Tecoonais, et je répète encore : Que te eiel ie bénisse, moahonnôto
ot mon vériuble amil
LofBUflB.
1^.'S.^on courage Ta redoubler pour rexécution de tous mes syâlène^t-et je te ferai. le plaisir de l'informer .fidèlemeut de la .continuation .fla mes^progrèà. Mais je n'ai pu nl'empêcher d^interrompre mon. histoire ^ttr l'exprimer ma reconnaissance.
104 Clarisse uarlovb.
'^ ' LETTRE CXCIU.