LETTRE CCXCV
m BBEFOftDV A m LOflUCb
Lundi,. 17 JoiDel.
¥iMa duet'Vatthet dfts six àemes d» oxitin. La Sinclair avait oidre
4J2 CLARISSE BARLOVE.
de fiV rendre pour leycr la procédure » mais do ne pas se montrer aux yeux de miss Harlove.
L'archer, qui se nomme Rowland, m'a dit que cette malheureuse beauté lui paraissait dangereusement malade, et qu'elle souhaitait de ne Toir près d'elle que sa femme et sa servante. Je lui ai répondu que rien ne pouvait me dispenser de la voir ; qu'il me fallait un moment d'entretien.
Sa femme est montée : mais étant revenue presque aussitôt, elle nous a dit qu'elle n'avait pu tirer d'elle un seul mot de réponse; qu'elle avait remarqué néanmoins du mouvement dans ses paupières , et qu'apparemment la force ou la volonté lui avait manqué pour les ouvrir. — Comment I ai-je interrompu ; c'est peut-être une faiblesse. Qui vous a dit qu'elle n'est pas mourante? Je veux monter. Apprenez-moi le chemin.
La maison est dans un cul-de-sac fort obscur, où le soleil n'a peut-être jamais pénétré. On m'a conduit au second, par un escalier à demi rompu , et si étroit qu'à peine y pouvais- je passer de front , dans une espèce de caverne où l'on n'entre qu'en descendant deux degrés. Les murs ont été revêtus do papier, comme j'en ai jugé par une multitude dé clous et par quelques restes de cette riche tapisserie qui paraissent encore autour des têtes rouillées. Le plancher est assez propre, mais le plafond, qui est fort bas, paraît noirci de fumée et présente une variété de ûgures ou de lettres qui sont apparemment l'ouvrage lugubre d'un grand nombre de malheureux à qui leur captivité n'a pas fourni d'occupation plus amusante. Le lit, qui se présente dans un coin, est environné d'une espèce de rideaux dont il serait difficile de distinguer la couleur, et qui sont attachés au ciel, parce que tous les anneaux en sont rompus. Une couverture assez nette eu impose d'abord aux yeux par ses coins , qui sont repliés en nœuds ; mais on découvre à la seconde vue qu'elle est en pièces, et qu'on ne l'a nouée que pour les rassembler. La fenêtre est doublement obscure , et par son enfoncement dans un mur fort épais, et par une grille de fer qui la bouche en dehors. Au dessus d'une vieille table pend un vieux miroir fendu par mille rayons, au centre desquels on remarque aisément l'impression d'un coup de poing, ouvrage apparemment de quelque malheureux qui n'a pu modérer sa fureur à la représentation de ses infortunes, qu'il a lues trop fidèlement sur son visage. Quatre chaises vermoulues font le reste de Tameublement. Telle est, barbare Lovelace, la chambre do lit où j'ai trouvé ta divine Clarisse.
J'ai eu le temps de faire ces observations , car, étant monté si doucement qu'elle n'a pu m'entendre. je suis cniré sans qu'elle y ait fait attention, et je ne lui ai vu tourner la tête qu'après diverses marques d'admiration que la force du spectacle m'a comme arrachées. Elle était à genoux, près de l'affreuse fenêtre , sur un mauvais coussin, qui était apparemment l'oreiller de son lit, les deux bras croisés sur le coin de la table et le dos tourné vers la porte. Elle avait près d'elle un livre, du papier, de l'eucre et des plumes. Peut-être s'était-elle assoupie, après avoir employé la première partie du jour à la prière. Sa robe était en damas blanc ; mais j'ai cru ro'apercevoir que son corset n'était pas lacé. On m'a dit ensuite que, s'étant évanouie à l'entrée de sa chambre, on avait été obligé de couper ses lacets, et qu'elle ne s'était pas assez occupée de sa parure pour en faire acheter d'autres. Sa coiffure se sentait du même désordre. Cette chevelure charmante, que tu t'es plu si souvent à
euRissB nkaiùVE» 413
décrire, toml>ait en boucles irrégulières sur une partie du plus beau cou du monde, et son fichu n'avait point un air moins négligé. Elle avait un càié du visage appuyé sur ses deux bras croisés, de manière qu'on découvrait aisément l'autre. Qu'il était différent de ce que je l'ai vul Mais qu'il offrait de charmes, malgré les traces de la maladie et de la douleur!
A peine aî-je retrouvé la force de parler. Enfin , l'indigoalion prenant la première place : — Que le ciel vous confonde I ai-je dit à l'archer, qui m'avait ccmduit avec sa femme. Est-ce ici l'appartement où vous avez osé placer.... Un regard furieux, dont je n'ai pas manqué d'accompagner ce reproche, a paru le pénétrer de crainte. — Nous n'en avons pas de plus commode, s'esl-il hftlé d'interrompre. Nous avons offert à madame notre propre chambre, qu'elle a refusée. Notre fortune ne nous permet pas d'être mieux, et nous supposons qu'on n'a jamais un long séjour à faire ici. — Je ne doute pas, ai-je repris , que votre maison n'ait été choisie à dessein par la détestable femme qui vous emploie. Mais si le traitement que vous avez fait à cette jeune dame ressemble le moins du monde au logement, tremblez pour la vengeance dont vous ôles menacé.
Ici la charmante infortunée a levé son aimable visage , mais avec des témoignages si sensibles de tristesse et de langueur, que je n'ai pu me défendre du plus vif attendrissement. Elle a fait deux ou trois signes de la main vers la porte, pour m'ordonner apparemment de sortir, et fâchée sans doute de me voir si près d'elle, mais sans prononcer un seul mot. -—Souffrez, madame, lui ai-jo dit aussitôt, ahl souffrez que je vous parle un moment. Je n'approcherai pas de vous sans voire permission.
— Non, non, retirez-vous, homme, m'a-t-elle répondu avec une sorte d'emphase. Elle aurait voulu continuer i mais , paraissant manquer de force, ses paroles sont demeurées sur ses lèvres ; sa tête est retombée sur son bras gauche avec un profond soupir, et l'autre bras, engourdi peutêtre par la situation dont il sortait, s'est allongé comme de lui-même et sans autre mouvement sur sa robe. 0 Lovelace I que n'étais-tu témoin de ce spectacle 1 Avec quel plaisir, dans ce moment, n'aurai&je pas exposé ma propre vie pour la venger... oui, pour la venger de son destnicteur, comme elle a raison de te nommer, quoique je n'aie pas de meilleur ami sur la terre I
— Je me garderai bien, lui ai-je dit du ton le plus humble et le plus afiectueux , de m'approcher de vous sans votre consentement. Mais je vous demande à genoux la permission de vous délivrer d'un misérable état et du pouvoir d'une femme détestable qui vous a plongée dans cette nouvelle disgrâce.
i' Bile a levé la tête, et me voyant à genoux : — N'êtes-vous pas monsieur Beiford? Il me semble, monsieur, que votre nom est Belford.
•— Oui, madame, et j'ai toujours adoré vos vertus. J'ai toujours soutenu votre cause. Je viens vous arracher des mains où vous êtes.
— Et pour me Uvrer à qui? Laissez-moi 1 Je ne pense plus à quitter jamais ce lieu. Jamais je ne prendrai confiance aux discours d'un homme.
— A l'instant, madame, à ce moment, vous pouvez choisir votre reiraiie. Vous êtes libre et naiaitresse de vos résolutions.
—Tout lieu m'est égal au monde. Je puis mourir ici. Mais je n'aurai jamais d'obligation à l'ami de l'homme avec qui vous m'avez vue. Sortez, monsieuii de grâce, sortez.
414 CLARISSE HABLOTB,
"Se tournant ensuite vers l^rther-! -— Won^ur Rowbnd , je me trouve noiMmel chezivousquefenerDie lemiisiigyré. Bîvoo^^uviûsseulamBl fiAisMirer que je «> verrai qoa volroiépoute, swloot .aufiUR honuoet Ai aoGune des <féiiiiM6 ^i, se «ont tait un jeu de wds malbeuiSt j'aitandw v^ontiers la moft^aDSGetieictaaiiift»te.obsom»» eivoijs serex xéco^peiuii qofllque jour de rembarrM que je vous ai causé. H âne j^te de quoi payer vos soins. J*ai un diamant d'assez j^rand prix , et des amis qvi Id radièteroiit lovique J'aurai quitté cette via. JHmvwqs, qionsiQur (en t'adressant à moi), je vous- supplie de vous retirée. Bi vp» iAteot^ona ^al Iwaorables, je prie le ciel de ne les pas laisser sans -fféoonoyeose. IWsje M'UBeux «voir aucune obligation à l'aim de mondestructeitr.
tJaJai ai proHesté qu'alla n'en aaraii à peesofine : qu'étant arrêtée pour ftneaooime qu'elle ne devait pas, ellena tiendmt sa liberté que dfl3 low et de la justice; que l'aclton était levée; que je n'étais conduit queipsr les ^Qc^)es commuas de la politesse et de Thamanité; que je lui uffjuis aeolament ta/nuin, pour la faire. monter dans uncairosse, qui Tatteadatt att» pt^ que j'avais «pu le faife avenœr ; que je disparaîtrais aussitôt» à moins qu'elle ne m'accordât la liberté de raccompagner, pour la4:oDdaice en sûreté jusqu'au lieu qu'il lui plmrait de Aoauaer.
^Elle m'a regardé ici avec plus d'attention^ et me Tcgwnt encore à genoux :^Aht monsiettr, pourquoi celte humble peetnre?J«evesHvens» ai vous souhaitez que je m-expliquo. Jemeauis taré.
— Yous voulez donc, a*t*eUe repris, que je sms redevable de quelque chose à votre humanité? Eh bien, prenez^c^te bague. J'ai une sœurqnî rachëtera volontiers au prix qui lui sera pcofKisé, ,par considéoUion pour l'amour de'qui je 1^1 reçue. De la somme, quetf^Rowlandeoit honnâk*» ment payé ; et que le reste, joint à celle qu^on pourra feôre de mes habits, de^mon Hngeet de queiques-autres«(fels^préoieux, qui sont^enoonsAMS mon premier logement, soit'employé à m'acquitter de k'dette pour ]»• queHe on m^ fait arrêter, en 'réeenfant-le peu qui sera nécessaire pour ma sépulttrre. Difes è vohie amique éi «al argent ae'aoffîtpaa, i&idoit.iy Sttppl^r; k moins qu^l^ne lui convienne mieux de s'adresser à min Ihnre, qui ne se férapas presser pour 'ne vendre œ lx)n d&o^ ikm paraissez capable de f^itié. K j'alquelquedioso deplusà vouecoanuttiii* quer, je ne ferai pas difOoulté h vous fMro «vertic
J*ai voulu répondre. Elle m'a conjuré de ne pas-ajouter un mDt;feliHir le refus que j*ai fait de 'prendre ^aon diomani, cdk 1^ mis sur la tilble. ^ Vous me relfusez, tn^a^^-sHe dit, un sairaice que je me vote aurais pas demandé, SMI me iestait<qiiélqo1undaiqtti')epu8sed^e4)éfWb Mais quelquejparti que vous|)iediez •Ui*de8Bus,'islirQz-vouSb 4e isuiiiaill mal. J'ai besoin d'un peu de repos. Je crois même sentir' qoa imes facM ftfabandonnent. El!e u faitr on elbil «pour -se >leivei^ nude m laiMiese augmentantiout k coup, «ttoesttoaidiéeà neeipieds^ eaaseDmmtoaJM.
Ixivelaœ, Lovelacte t que n'élois^u ptésenirt Pourquoi i?efrrtutniadu si coupable, quetu ci^neadeteinioMcertau jourtictipoarquoi'Obaiiesentii tiéanmotns da ton ifile un cttoret une têle ipen piu&iCaiblesif La.tenune de^Rowland alëU menler sa«effraate.fiilefiltot(pscléetenflemUe aurJe misérable lit; et je suisfdeseendnaïuc l^aroheriqai^.pieueaBtrtonmie^un enfant, m'a confessé^qu'iln'avait jamai»M si4oudié4FeDdaot>'qii^U6?am* ployait alla secotirir^JeuM suisisonlagécBiaooaMantfialSiuntaDirataïaalédictions.'EIle était Prenne 'le«r«r4a fméaifli.dl.n^danM^iiiai itM^dP
GUIU^B BABLOYI.
Q!m,{U!éiyâikuJaiusliae du ciel, en.rélranglant de mes .propre mains* Observe qu-Uine m'est pas échappé» avec miss Harlove, onseulmot qtd ait TftPPQBiii loL J'ai remarqué trop clairement gifelle n*aaruit jm supporter toD nom. Cependant je r^£;reMef de ne Tavoi^j^as justifié aumoiQft. sur cetie dernière infamie.
Aussitôt qu'elle s'est trouvée mieux, JeTai lait presser, par laïemme B^wland, •d'ahandonner uneilemeure indigne d'elle.; et celte lemmeiuï a jsépéié plusieurs ibis qu'elle élâjit lihre 4e retourner li «3on logement* Mais elle s'est comme obsUnée à ne lui £aire,anpune réponse, et je dout^. siJavfoide déparier me lui manque pas amant que rinclination^ tl m^eat» i«DU à l'esprit défaire appeler ledocteur Uobbs» quiestiurt demes amis. Grondant quel mq^en de l'introduire dans .une maison de cçt ordre, eit^ pour une lemme de celte iipparence, sans lui ei;|>liquer une paiitio;de;la Térilé, et que ton intérêt assurément ne sera jamais de faire éclater? H n'a pas été possible de la faire fionsentir à passer dans la chambre de Rowldnd, qui est plus propre et mieux éclairée.
Apprenant qu'elle soahailait'd'ôlre.«enK>^ 4ii*otte paraissait disposée à s'assoupir, j*ai pris ce temps pour me rendre à son logement, dont j'avais demandé l'adresse à Dorcas. Son hôte, qui se nomme Smiih, m'a paru tfofl hooDête -homme. Mon dessein étaii lie/preodoe sa lenmie<aaec moi, -pour retourner diez Rowland ; mais ne^'^ijanl pas trouvée au logia» jeto'ai pas «fait âifOoolté 'de'racoiilier<«a mart ce»qui gâtait fasse «depwsi tfois jours, par on maientend», -quâ n'avaà «prodiift qiMtdu kmtb^-ei, doivagrets ; j*ai vendu h mîBS lia«lo«e te lénrâigBttgetqideliejnsiDile, «01 i'M'^ié Sffiiâiâe lui envoforsa fenraw atttDomeat 4e fion/osioir^^s lAs^pérânoe que ^sette «risite eerviraiClieancai^^à .htotfoatn^ tt m'a dK qd'41 était veoB âeax])8tli!espoi]i'tfle; l'«oe,,sMBediipbr.la.pQst*iiriauli9ii, UBe4ieare avant «on artnée^paron wytèB^tâ».apprciiapl.nOT)iiibonflg». ét^oe qukm avait fu découvrir desaAi^gclaQt lAiail paMi aiiee^ «utoiili dtoqttftétBdeqii^ da4fti(|enc8, «ptàs afroic «péflft plwieooa fbHii|iieiiwtta^ nouvelle était capaM» de ftnro aiaiinrâ»8hagtiaiat|nr8tnoe (qib Vavaiti envoyée (Tm jvgé^ propos d'eaifoitarices deux IstlMs; letJvbvoyjtti iMB^carrane, f aï pris une chaiaeà pertearsy <comn» jmm "^arième p\m coramede pour ta Claitoe, ei rani'd» sonotfMfnutfaMr fnt itegageir à quitter 4a maison de RvviQand.
t^ne diairB indispeneat^le, qui «i ^m^oeoopwt ^uolqnet nameua, ïmf%^ HGge^elaissef partii^lon ooiin4ev«iv«G OHla letli«4Blî08ilie/c^iar^ saoa M pfoposer -d^attendi^ d'^Butres'écliiIreissemeiiB, qui l»(i«t«rd|)niifiiH fculk Afe<ju0qd*aH smr* Ta ceaviendras, ^oa «elto^eoiiPUMxlBigaeaipHir tfr'eouraffDCi^ de Vardeur que f ai à t^d^Nger*
Xaaftf, ITJiAHft, s taii0lÉecrrw ftft uHr.
'Afi4iab)eb ion cœur de pierselQuel plaisir pewc -tu prendre à me dédiimr far les intanmptions affectées? H est imposable g^e les tourmens de, ilûafiSadove aient jamais égalé les miens, tje sa&e est fait pour ^idîrir^ G!0^ ^^9 malédiction que la première femme a Iransmisei toutes les fiUf|i>|Hi iioot sorties d'elle. Aussi iteyons-rqotii <)ii*i^mnw cjt e^nlansj cc^
416 CLARISSB BABLOVB.
sont ceux qui leur causent le plus de peine, qu'elles aiment toujoois le mieux. Mais étendre sur la roue un esprit tel que le mien I Cruel bourreau I II faut donc que j'attende le retour d'un nouveau courrier? Que ton infernale malignité soit confondue I Je voudrais te voir transformé en cheval de poste, et me trouver moi-même assis sur ton dos. Je t'écorcherais jusqu'au sang.
Donne, donne à ton courrier la suite de ton cruel récit. Qu'U remonte à cheval aussitôt. Tu m'a promis que (a lettre serait prête à son arrivée. Pour me tourmenter par le corps autant que je le suis par Tesprit, il ne faudrait que m'enfermer nu dans un tonneau percé de clous, et me faire rouler du sommet d'une montagne, trois fois aussi haute que nos plus fameux clochers. Mais je perds du temps. Cependant, hélas I comment vais-je l'employer jusqu'à l'arrivée de tes accablantes informations!
LETTRE CCXCVn.
H. BELFORDy A ■• LOVBLACB.
Lundi aa soir, ITJoinet
A mon retour chez Rowland, j'ai appris qu'elle avait fait appeler on chirurgien, qui venait de monter avec les femmes de la maison ; et j'ai balancé d'autant moins à les suivre, que faire demander la permission, c'était demander qu'elle me fût refusée. D'ailleurs, j'espérais que les let-> très dont je m'étais chargé me tiendraient lieu d'une très bonne excuse.
Miss Harlove était assise sur le bord du misérable lit, l'air extrêmement abattu. J'ai remarqué qu'elle n'écoutait pas le chirurgien, et je n'en ai pas été surpris : car, dans une profession qui se distingue assez depuis quelques années, je n'ai jamais rien tu de plus ignorant. Comme je suis en noir, je crois qu'à mon arrivée il m'a pris pour un médecin. 11 s'est retiré derrière moi, pour attendre apparemment mes ordres. La triste Clarisse a paru fftchée de voir tant d'importuns autour d'elle. — Ce n'était pas, a-^-elle dit, la moindre de ses infortunes présentes, de ne pouvoir être un moment seule, et de n'avoir pas la liberté de fermer sa porte à ceux qu'il lui était difficile de voir avec plaisir. Cette plainte me regardait particulièrement. Je lui ai fait les plus humbles excuses; et priant le chirurgien de se retirer, je n'ai pas attendu qu'elle s'expliquât davantage, pour lui dire que je venais de son nouveau logement, où j'avais donné ordre que tout fût prêt pour la recevoir, dans l'idée qu'elle ne choisirait pas d'antre retraite; que j'avais une chaise à la porte; que M. Smith et sa fenune avaient été dans une mortelle inquiétude pour sa sûreté (je les ai nommés, pour éloigner toute idée de la Sinclair); enfin, que je lui apportais deux lettres que son hôte avait reçues pour elle. Le fin de ce diBCOurs a paru réveiller son attention. Sa charmante main s*est étendue pour les prendre. Elle lésa portées à ses lèvres. — C'est de la seule amie qui me reste au monde, a*t-elle dit, en les baisant une seconde fois ; puis elle les a mises dans sou sein.
Tai reconunencé à la presser de quitter cet affreux séjour. Elle m*a demandé où je croyais qu'elle pût aller, pour achever tranquillement le peu de temps qui lui restait à vivre, et pour se garantir des insolentes créatures qui ne cessaient pas de l'insulter. Je lui ai promis solenneUement que chex M. Smith eUe ne serait exposée aux insuites de personne^
Hftà offert d'engager mon honneur, que Tbomme dont elle araii le plos à se plaindre n*en approcherait pas sans son consentement.— Votre honneur I monsieur, a -t^lle interrompu; n'ôtes-vous pas son meilleur ami? —Oui, madame, ai-je répliqué : mais je ne suis pas l'ami de ses injosticespour la plus excellente de toutes les femmes. J'ai pris, néanmoins, cette occasion pour te justifier de isa dernière disgrâce ; et j'ai protesté , par tout ce quMl y a de saint et de respectable, que tu n*ds pas eu de part à cette noire aventure. — Quel sexe est le vôtre ! s'est«elle écriée. Avez-vous tous le même langage? Par tout ce qu*il y a de saint et de respectable I Âh, monsieur! si vous pouvez trouver quelque serment dont mes oreilles n*aient pas été blessées vingt fois chaque jour, c'est celui que TOUS devez employer; et je commencerai peut-être à me fier aux discours d'un homme. Mais vous m*assurez donc , a-t-elle ajouté , qu'il est innoœnt de cette dernière bassesse? Il me semble que Je voudrais pou- Toir me le persuader. M'en assurez- vous de bonne foi?
Je n'ai pas fait difficulté d'attester le ciel. Elle s'est hâtée de m'interrompre. — Si vous jurez , monsieur , vous me plongerez dans tous mes doutes. Si vous croyez vous-même que votre parole ne suffit pas, quel fond puis-je faire sur vos sermons? Cette expérience m'a coûté cherl Mais, quand j'aurais mille ans à vivre, les sermons me seraient toujours saspeds.
— Madame, lui ai^je dit, j'ai le respect qu'un homme d'honneur doit à sa parole; et si vous apercevez que j'y manque jamais...— Ne vous offensez pas, (t>t- elle encore interrompu. Ces doutes m'affligent moi-même. Mais votre ami se donne pour homme d'honneur. Vous savez ce que j'ai souffert par la perfidie d'un homme d'honneur. Ses pleurs ont accompagné cette réflexion. Jo lui ai dit que si sa faiblesse et sa douleur ne me disaient pas craindre de la fatiguer trop long-temps, j'étais en état de lever tous ses doutes, et de la convaincre, non seulement que tu n'as pas eu de part à cetto barbare action, mais que tu en es mortellement affligé : — Eh bien ! vous lui direz , monsieur, que, malgré l'amertume de mon cœur, au milieu de mes justes plaintes, enfin dans mes roouTomens les plus passionnés, je suis capable de faire des vœux au ciel pour son repentir et sa conversion. Dites-lui que je souhaite d'être la dernière malheureuse dont il aura causé la ruine, et que je demande pour lui, au Dieu des vengeances, la pitié qu'il n'a pas eue pour moi.
Par ma foi , la force ma manqué. Je me suis tourné pour cacher mes larmes, et pour retenir un sanglot qui m'a coupé la voix. Rowland , sa femme et leur servantes pleuraient sans se contraindre.
Je suis revenu à la presser de quitter la caverne où elle était. Je lui ai représenté qu'il lui serait moins difficile, chez M. Smith, de se garantir des visites qu'elle paraissait redouter; et que pour toi, particulièrement, j'osais lui promettre que tu n'approcherais pas d'elle sans sa permission* Il me paraissait surprenant, lui ai-je dit, qu'elle refusât de quitter un lien qui lui convenait si peu, lorsqu'il y avait beaucoup d'apparence que miss Howe et d'autres amis n'apprendraient pas le triste état de sa santé sans chercher les moyens de la voir. •
Elle m'a répondu que ce triste séjour lui avait causé d'abord beaucoup d'effroi ; mais que, s'étant sentie fort mal et mortellement affaiblie par la douleur, elle avait compté de n'y pas vivre leng- temps; et qu'en changeant de demeure , elle aurait plus de facilité a recevoir les lettres de as
T. U. Il
cMitf atoî«, elle ^éaH^fwrtée à retourner ^ sot» d»mierlo§qiiBBl;> ^<>»t malgré tiuiea les trahisons qu'elle ai ait éprouvée») U hi puraleMikiqh |w»ible qoB je pueae me prêter am Hfnsein de la faine. ventres daim:niie maison qu'elle ife pouvait nommer sans horreur.
Je l*ai assurée dans les termes les plus forts, quoique arec Ia<|r<mntkni de n'y mêler aucun serment « que lu étais résolu de ne iut jamais ^naer de cbsgria : et pour dissiper jusqu'à l'ombre du sonpçon» jie Ini^fi dit qtt*à (a prière expresse , mon premier soin serait de îaim^ pocieR.afs M>ita et sea autres effets dans son nouveau logement
Cette propostiion lui a fait plaisir. Elle m'a confié aussîlôlte clé% m ne demandatit si madame Smiih ne pouvait pas m'accompagnort^panie qit'eUeavail là-dessus quelques instructions à lui donner. Je lu* ai promis de respecter loua ses ordres»
Je sui^ descendu sur-le-€hamp,^mis prétexte de Caîie app^r des^potleurs, mais pour me ménager aussi l'occasion de faire quelques liMralitéii aw« gen» de la maison. Comme il» ne s'étaient pas mal eonduita^ on napouvaU pas leur faire un crime de leur exeessive pauvreté. J*aii{|it venir avss» le diirurgien, qui ne m'a pas pam meina panvrSf e( j« Vai 9ayé au. delà de se» espéranessw Pendant que j'étais occupé de eeiseiiy Misa Uarlove s'est efioroée de lire ksa lettres que je lui avab remisea^St n'en a pas paru peu touchée. Elle a dit à la femme de Rowland q«?alle m tardereii point à rcoonnaiire les civilités de son-mati etlessieiinea, ni h payer 1q chirurgien dont elle l'a prié de lui envoyer le compte. BUer^a d(Miné quelque dbùso à la servante, sans doulela seule demi-^néeqti Ini reaiait. Ensuite, osani se fier à ses jambes tremblantes, elie> asi eandue en s'appuyant sur l'épaule de madame Rowland. Je me avancé pour k recevoir. Elle n'a pas fait difficulté d'acoepterroffre de mon bras. — Je me reproche, m'a*t-elle dit en marchant vers la porter de vous avoir traité un peu durement. Mais si vous saviex tout, vous nteriea pa» de peine à me pardonner. — Ah! madame, ai^^je vépendu» j'en sais assez pour voua regarder comme la première da toutes les feoimes et la piii9 barbarement offensée.
J'avais donné ordre à mon laquais, qui n'a pas paru devant ellaei que son deuil rend moins remarquable, de no paa perdre la chaise de vuo^ Il m s'est pas mal acquitté de cette commisaioB. Etant entré dans Is bonlîque avant l'arrivée de la chaise, sous prétexte d'acheter du tabac, ilm^a raconté qn^elle a été reçue avec de» transports de joie par madame Smith. •*-0b! madAiie Smith 1 luia-t-elle dit en entrant^ ne m'avex-.vou» pas crue morte? vous ne vous imagineriez pas tout ce que j'ai souffert ét^ puis 4ue je vous al vue. Je sors d'une prison ; j'ai éiô mêlée on pleine nua pour des dettes supposées. Je n'aâ pas quitté mes habita defuîs îfNidi denîier. Elle est montée aussitôt en s'appuyant sur le brasd'uos senraoln.
J'étais résolu de ko pa» perdre un moment pour faire psrlea h oaMt^diline* femme tout ce qu'elle avait laissé dons son enfer.. Je mo suîs-flUt SMoner cbcu' eUs.ua oarrosse, après maître infomé de s* aanléi qnis*altèna dsrplus en plus, et Havoir flnt prier d^ donner sesordres àla femme de Smith qui devait l'accompagner* Hous nous sosunee randwscfae» ta flinlair. Madame Smhb, àqnî j'ai.diMiBè kfrdés^a compté d» ss« propisn mainstont la linge et les babils^ J'ai &it tout ettf ame^ da«» les mettes st. les boltsB« U s'est tronvéla charge dsrdsttx «ifnoasss. Sa jpi^ vais pas éé présent»» la Sàndair ei.sBs ■]impiM»«ucaisiiti détsumà
CLARISSE BARLOYE. 419
partie de ces précieuses dépouillas. BTIes ont eu l'insolence de le déclarer, et j*ai eu quelque freine à tirer des mains deSaliy une belle dentelle de Haiines qu'elle Toulait porter en nicmoire de miss Harlo?e. Nous sommes* défï m familiers^ que je me (laite, avec son secouis, de pouroir t'inlorm^r quelqnefoie des évéïieaieBs, et je te promets de ne pas «légti* gerceue ouverture» pourra que je puiàse compter de ta part sur la eeafirmaiiou de» enga^^mens que j*ai pris en ton nom comme aa miao» Ta conçois que le principal regarde la tranquillité' de miss. Uartove*
J'ai donné ordre à ton -abominable Sinckiiv de Renvoyer ses comptas. EUem'a répondu que la^TengieaiiGe y aurait bonne part. Toute cette riioe ififernale ne respire en effet que Teangeaooo. J'ai ri de leurs foreun^ill n'est plus douteux, disent les oynplies, que tu nepiçaoes le pastiida mariage. Tous nos amis suirroAi ton exemple. La TMÂile ptouretd^à la OQioe entière de sa maison*
LEUBE ccxcvm:
■• BBLFOaD» A H. LOVSUGB.
■ardi matin, Itjaiiret.
Après avoir passé une partie de la nuit h t'ccrire» jo no suis pas Isop Content de me voir éveillé plus tôt que je ne m'y étais attendu par l'arrivée de ton second courrier, qui arrive à six heures du malin, homme et cheval hors d'haleine.
Tandis qu'ils se rafraîchiront un moment, je veux t'ocrire quelques mots, pour te féliciter de ta rage et do ton im;)atieric?. Jo m*y éiais fort attendu. Mille complimens, Lovelace, sur la sensibilité de ton âino. Qi^el plaisir tu me causes, par ce tonneau percé de clous dont tu crois déjà sentir les pointes, et que tu me donnes pour une faible image de tes fourmens I j'aurai soin, à chaque occ<ision, d*enfoncer de nouveaux clous dans ton tonneau ; et s'il le faut, je prendrai la peine du te faire rouler moi-même du sommet de ta montagne, jusqu'à ce que le sentiment te soit tout à fait revenu. N'est-ce pas moi qui ai toujours protesté contre ton ingratitude et ta perfidie? et crois-tu qu'étant appelé par toi-mômeà la réparation de tes cruelles injusticei, je puisse manquer de zèle et de fermeté? Songe que si ta dame s'est laissé engager à reprendre son logement, c*est sur la parole que je lui ai donnéo do la garantir de tes visites : sans quoi, peut-être, aurait-elle choisi que!quo retraite où, toi ni moi, nofus n'aurions pas été capables de la découvrir. J'ai cru pouvoir Fui donner cette assurance, non seulement en vertu do ta promesse, mais parce qu'il est nécessaire que tu connaisses sa demeure» pour méuagpr son esprit par Tentremiso de ses amis et dos tiens.
Metsrtoi donc en état' de EeiiU)rir un engagemeut si sacré. Autretnefit adieu pour jamais à toute amitié,, ou du moins à toute corrcspoadsAce entre nous.
B&LFoas»
420 aJlBlSSB HABLOVS.