‹ Clarisse HarlowChapitre 44 sur 62 · LETTRE C(X · texte numérisé non relu

LETTRE C(X

s. LOVILàCBi ▲ ■• BBLFOID*

An ebaieande H..., neiendl, ttjRniil.

Ta crains avec raison que je ne te soupçonne de quelque perfidie, lorsque tu n'as pas fait difficulté de communiquer ma lettre. Qui croirait, me demandes-tu, que tu n'aies pas dû lire quelques endroits, les plus favorables, d'une lettre que j'écris à mon ami pour le convaincre de mon innocence? Je t'apprendrai qui. C'est celui qui, dans la même lettre où il me fait cette question, me dit effrontément qu'il y a, dans mes lettres les plus sérieuses, un air de légèreté et de mauvaise plaisanterie qui fait aussi peu d'honneur à mes sentimens qu'à mes principes. Que pensestu maintenant de ta folie t Deviens, je t'en prie, plus circonspect à l'avenir, et que cette grossière imprudence soit la seule de son espèce.

Elle ne peut penser à moi sans peine. Elle admire que tu ne sois pas eOrayé de mon caractère. Je suis un cœur endorciy un effronté soéléritt

420 CSLARISSB HAAtOTS.

an homme dont Tamitié ne fait honneur à personne, un méchant homme I A-4-elle tenu, a-t-elle pu, a-t-elle osé tenir ce langaget^et 'le tenir % celui dont elle loue l'humanité et qu'elle préfère à moi pour celte 'teftut tandis qo6 IHnmiaDUé dont il lût parade n'est exercée qu'à ma prière, et qu'elle ne peut l'ignorer ?N'«est-ce pas me ravir l'honneur de mes bonnes QUFces? Admirable fondement pour ta fine distinction entre le ressentiment et la vengeance! mais tu seras toujours malheureux dans tes idées, et ton partage est de ne concevoir les choses qu^à demi ou de réussir md aies exprimer.

X'éloge que tu fais de son ingénuité est un autre de tes entêtemens. Je ne pense pas comme toi de ses plaintes et de ses exclamations. Que peut-elle se proposer? Serait-ce de t'inspirer un saint amour? Au diabfe ton extrave^ance. Dans toute autre vue, néanmoins, ti'est-il pas choquant de se représenter une femme si charmante, tête-à-tête avec un libertin, et lui parlant d'une offense qu'elle ne peut pardonner? Je souhaiterald beaucoup que ces chastes personnes fussent un peu plus modestes dans leur col6re. Il serait fort étrange que Lovelace eût plus de délicatesse que miss Harlove, sur un point qui en demande extrêmement. Peut-être eogagerai-jo sa Norton ou sa chère miss Howe, par quelqu'un de mes agenst à faire un reproche à cette chère novice de ses expressions trop libres.

Mais, pour être tout à fait sérieux, je t^assure que, malgré le ton m6prisaut avec lequel elle l'a demandé d*oii me venait l'audace de vouloir punir celle d'autrui, je ne pardonnerai jamais à cette maudite Sinclair la dernière violence dont elle s^est rendue coupable contre une femme que j'adore, pas plus que les barbares insultes des deux nymphes, dans la tisile qu'elles lui ont rendue.

Pour l'opinion que la Lovick et la Smîlh ont de sa santé, c*esA uti lan« gage de femme, dans lequel je ne suis pas surpris que tu donnes si iad-* lement, toi qui as vu mourir et ressusciter tant de belles personnes.

Comment s'imaginer qu'avec tant de réflexions consolantes, une femme puisse mourir de chagrin? Au contraire, je ne doute pas qu'en revenant de la consternation ou sa dernière disgrâce Ta jetée, son cœur, plus tranquille, ne se rouvre à l'amour. Ses idées recommenceront Circuler sur le nœud conjugal. La vivacité ranalJxa dans son âme, et la fera répondre à mes sentimens avec autant dé 'liberté que de plaisir, quoique avec moins de l'un et de l'autre, que ^ la chère petite 'Oi;gueiUeuse n'avait pas perdu le droit de se croire trop élevée au dessus du reste de son sexe. En me faimit leTéeit de ses amères invectives contre ton pauvre ami, tu me denandes ce que lu aurais pu répondre pour moi? rie 4'ai-je pas suggéré» dans meft (lettres précédentes, mille choses qu'un peu de zèle t'au* liit fait rappeler pour ma justiflcation ou pour jmon excuse?

Jilais veaoDS aux curconstaoces présentes. Jl «st vrai, comme mouicourmr te l'a dit, qu'avant l'officieuse infamie de celle Sinclair, miss Howe •Utait engagée dans mes intérêts. CependanLelle a dit à mesxxmsinos ^leUe était persuadée que sot amie ne me pardonnerait jamais. J*dt une tBlfême iflipatidocû de savoir ee que miss Ht>wo peut lui avoir écrit p«ur blaire 430iiaeiitir à recevoir la main de Vfffronlé seélirai^4B ïhomm$ doni CamUié n9 fuit bùnneur à ptrumM^ du uUehiml, du Arèi méduaaU kamme. Usa deux leiirea ont passé par tes mains. Si je tes avais e^es dans liiiWé(Banei»>pûatpétre .la cke du cachet ^ Mrait<fllto iiondjuie 40ua mes

CL4RISSB HAELOVE. 487

doigts ardens, et les plis se seraient ouTcrts d'eux-mêmes pour satisfaire ma curiosité. Je te trouve bien coupable, Belford, de n'avoir pas imaginé quelque moyen de me les envoyer. Tu aurais pu dire que le messager qui apporta la seconde les avait reprises toutes deux. J*aucais eu le temps do les faire transcrire , et de les renvoyer comme de la part de miss Howe.

Mestimtes,qoi Tolentla négociation traîner en longueur, se disposent à wpiwulBe le chemin de leurs terres, aprèi ^voîr iiié de moi L*uniqiie sûreté qu'elles ont pu désirer; c'est-i-diro ma parole pour la célébra^, tîon, ti l'on •OMBent à me receveir. JLe parti que j'ai à prendroi dans Tincertitude que tu me présentes, c'est de ranimer toutes mes CacultéSt po«c me remettre en état d'offrir è miss Harlove un mari digne d'eiHe» oa, si j'ai le malheur d'être rejeté, pour retrouver ma gaîié ordinoire, at faire eoonattre au beau sexe que je no suis |»s découragé par les diiS'^ cultes quêtai trouvées dans cette pénible aventure. Un tour de France et4'ItaUe $era mon remède pour le dernier de ces deux cas« Miss Uarlovo oubUerSi dans rintervalle, toutes qu'elle a souffert de Tingrat Lovebce* quoiqu'il soit impossible que son Lovelaco oublie jamais une femme À laquelle il désespère de rencontrer rien d*ogal, quand il ferait mille fcns te tQur du monde.

Si tu ne te lasses point de m*écrire pour t'acquitler d'une dette qw mes lettres saus sombre et .sans fin t'ont imposée, je tâcherai de me lenfermer dans le désir d'aller à la ville pour me jeter aux pieds de la div;^ nilé 4e mon cœur. U m'en coûteca beaucoup, mais la politique et l'honr nfttelé me prêiecont leur secours. Je suis ié»olu de laisser à ses ressenti"* mens le leii^ps de s'apaiser, afin que tout ce qu'elle pourra faire en om ivreur ait la grAce et le mérite d'une action volontaire.

Hickman (j'ai une mortelle aversion pour cet homme-U) me demanda par un biRet que je viens de recevoir, une entrevue pour vendredi prochain chez M. Dormcr, qui est notre ami commun. Les affaires qu^il peUI avoir avec moi ont^elles besoin de reniromise d'un ami? Cette proposition m'a l'air d'un défi. Qu'en dis-tu , Belford? Je ne lui promets pas d'être trop civil. Il s'est niêlé de bien des choses. D'ailleurs, je lui port^ un peu d'envie, par ri^pport à miss Howe; car si je ne me trompe point dans ridée que j'ai de lui, il est impossible que cette virago puisse jamais l'aimer. Charmant sujet d'espérance pour uu homme d'intrigue, lorsque a raison de croire qu'une femmo sur laquelle il a des vues est sans incU'* nation pour son mari.

Jl y A long-temps que tu ne m'as rien dit du pauvre Bcllon. InTormo^ moi particulioreoaent de tout ce qui a rapport à lui. C'est un homme que 'aime. Je lui crois d'autres embarras que ceux de la Thomasine. Nous pa^sofis ici le temps» Mowbray , TourviUe et moi, aussi gatment que nous tetpeuvons sans toi. C'est un avantage que notre ^xe a sur l'autre en amour. Tandis qu'une malheureuse femme soupire dans un coin oH qu'eilecberche les bois et les déserts pour gémir de ses peines» nous poo» TOns boîTAî, manger, courir le cerf, et bannir par de nouvelles intriguet ip Gouvenir de celles qui nous affligent. Cependant » tout livrés que nous sommes à la joie» mes réflexions, sur les injures que cette divine fi reçues* troublent souvent mes plaisirs.

Tu vois que mes seniimens sont encore honnêtes.

428 GLABI8SS BARLOVE.

LETTRE CCGII.

vos BOW^ A WSB CLARISSB BABLO?B«'

Jeudi naliOi aOjoOtel.

Hélas t ma très chère Clarisse, qaelles doivent avoir été vos soaffranœs! Que je me représente amèrement votre situation dans une aventure si humiliante I En plein jour, en pleine met Je ne verrai donc pas de fin aux malheurs d'une chère amie , dont les moindres afflictions me sont plus sensibles que les miennes. Que j'ai souffert en recevant votre lettre, qui est d'une autre main que la vôtre, et que vous n'avez fait que dicter! Vous devez être fort mal. Chère amie! Mais je n'en suis pas surprise. Je me flatte seulement que le mal vient de la confusion et de l'embarras de votre dernière disgrâce, plus que d'une redoutable tristesse, qui peut produire des effets dont la seule idée me fait frémir. Âh! ma chère, il ne faut pas que le courage vous abandonne. Gardez-vous du désespoir. Jusque aujourd'hui vous n'avez rien à vous reprocher.

Je ne puis supporter que vos lettres soient d'une autre que de vous. Ecrivez-moi, s'il est possible, quelques lignes de votre propre main. Elles ranimeront mon cœur, surtout, si elles m'apprennent que votre santé se rétablit. J'attends votre réponse à ma lettre du 13. Nous l'attendons tous avec la même impatience. Ililord et les dames sont des personnes d'honneur. Us ont une passion extrême de vous voir entrer dans leur famille. Votre misérable est si repentant, suivant leur propre témoignage, et vos parenssi implacables, que ma mère est dans l'opinion absolue que vous devez être sa femme. Je vous envoie la copie d'une lettre que j'écrivis, mardi dernier, à miss Montaigu, dans le chagrin d'entendre qu'on ne savait ce que vous étiez devenue, et sa réponse, avec un billet de milord , et de ses deux sœurs. Le misérable y a joint aussi quelques lignes. Mais je vous avoue que le tour de sa requête me déplaît. Avant que de vous solliciter plus vi?ement en sa faveur, j'ai pris la résolution d*employer un ami, pour tirer de sa propre bouche des preuves de sa sincérité, et pour m'assurer si son cœur a conduit sa plume, indépendamment du désir de sa famille. C'est un tourment pour moi, qu'il y ait quelque ombre de fondement pour cette question. Mais je crois, avec ma mère, que le mariage est le seul moyen qui vous reste de mener une vie, sinon fort heureuse, du moins tranquille et supportable. Aux yeux du public même, tonte la honte serait pour lui, et votre triomphe en paraîtrait plus glorieux.

Je suis obligée de partir incessamment, avec ma mère, pour lUede Wight, oh ma tante Hartman, dont la santé décline beaucoup, désire de nous voir avant sa mort. M. Hickman doit nous accompagner. Il serait cruel pour moi d'entreprendre ce voyage, sans avoir eu la satisfaction de vous embrasser. Cependant ma mère, toujours jalouse de ses droits, exige que, pour notre première entrevue, j'attende le temps de vous féliciter sous le nom de madame Lovelace. Lorsqu'on m'aura rendu compte de la réponse de votre misérable, je vous expliquerai plus ouvertement mon sentiment.

ArawHowi^

CLA1I88B BAftLOYS. 4S9

LETTRE GGCm.

nSS CU&IS5B BABLOTBy à MXSS MME.

9tnM w Mfr.

Ne doates pas, très chère miss Howe, qu'âne amitié si tendre et si constante ne usse toute U consolation de ma vie. Ma réponse sera courte^ parce que je suis assez mal, quoiqu*un peu mieux que ces derniers jours, et^ parce que j*en prépare une plus longue à votre lettre du 13. Mais je vous déclare d'avance que je ne veux point de cet homme-là. Ainsi, disoensez-vous, je vous en supplie, de l'épreuve où vous voulez mettre sa Donne foi.

Le courage ne m^abandonne pas, et j'ose espérer qu'il ne m'abandonnera jamais. Ma situation n*est-elle pas heureusement changée? J'en rends •grâce au ciel. Je ne suis plus esclave dans cette odieuse maison. Je ne suis plus obligée de me dérober au jour, pour éviter mon persécuteur. Un de ses intimes amis, embrassant mes intérêts, s'engage è le tenir éloigné. Je ne vois que d'honuôles gens autour de moi. Tous mes effets m'ont été envoyés. Le misérable rend témoignage lui-même à mon honneur.

11 est vrai que mes forces sont extrêmement afiaiblies. Mais j'ai un excellent médecin, qui me traite, ma chère, avec des soins paternels. Je crois quelquefois sentir que je suis au dessus de mes infortunes. Cependant il m'arrivera plus d'une fois de retomber dans l'abattement. Je dois m'y attendre. La malédiction de mon père... Mais vous me ferez un reproche de mêler cette triste idée au récit de mes consolations.

C'est à vous-même, très chère amie, que je recommande instammen de ne pas être trop sensible à mes disgrâces. Si vous voulez contribuer à mon bonheur, prenez soin du vôtre. Quelle opinion auriez^vous de votre Clarisse, si vous n'étiez pas persuadée que la plus grande satisfaction qu'elle désire dans cette vie est de vous voir heureuse? Ne pensez plus à, moi, comme vous le faisiez dans d'autre temps. Supposez-moi partie pour un long, pour un très long voyage. N'arrive-t-il pas souvent que les plus chers amis se séparent pour un grand nombre d*années, et quelquefois avec peu d'espérance de se revoir jamais? Déterminez-vous, ma chère, à rendre un honnête homme heureux, parce que c'est d'un honnête hommo que votre bonheur dépend aussi.

Adieu, très chère miss Uowe; je ne serai pas lon^mps sans voos écrire*

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