‹ Clarisse HarlowChapitre 45 sur 62 · LETTRE CCCIV · texte numérisé non relu

LETTRE CCCIV

«• LOVBLACB, a K. BBLiOlD.

An ebaieaa de ■..., vondredJ, SI Jafllet

Je sors de mon entrevue avec Hickman. Cest une espèce d'homme aussi empesé que ses manchettes. Tu sais, Belford, que je ne l'aime pas. On ne reconnaît pas volontiers du mérite dans ceux qu'on a pris en aversion ; pas même le mérite réel : mais c'est sérieusement que je le trouve épais, lourd, embarrassé, et tel que tu n'as jamais vu sa ressemblance que dans ton miroir.

430 CLARISSE BARLOVB.

J'étais chez Dormer, lotsqu'il y est arrivé* Il m'a proposé de faire avec lui uo tour de jardin. Les cérémonies ne finissaient pas. Enfin, il avait commencé à me dire, qu^il venait;... qn'il... qu'il était venu... à la prière de misa Howa^ pour m^entretenir de miss Harlove. La patience m'a manqué.-^ Eh bieni moiteur, parlez, lui ai-je dit. Vous me permettrez de vous faire observer que si votre livre est aussi fong que la p^faoe, nous avons pour une semaioer de lecture.

Th trouveras ce tonrun peu brusqve*, mais 1b meilleur parti aveelëa fiirmalistes,. est de les décontenancer d'iibord. Alors un honnête hMOfti

Îi'ils uni eu Fimpertinence d'attaquer, a le dessus di^véât peadant toute cùùtéfeettos*

n a porté la main au menton. A peine savait-il ce qu'il dev irii dte. fl^pendâjtt', après quantité de parenihèses': -^ Je* préëume,. rnoosieury je présuma, a-t^^ii répété, que ce n'e^t pas sans* votre paf lidpaticm que les deux demorselles Moutaigu, vos cousinesr, ont fait une visite h mîÊS Èswa^ au nom dami!ord M.«. de milady Sadler et^ de^m^lady La^raMiY

-^ Je ne l'ignore pas, monsieur. Miss Howe reçirt, le jour suivant, uie feftre signée de mflord et de ces deux dûmes, à bqueUe je Joignis mmbî quelques ligues. L'avesh-vous vue, monsieur?

—Je ne puis dire qu'elle me l'ait cachée. Cest même le principal ofotif decetie visite. Miss llbwe trouve, dans ce petit neinbie de lignes^ uo air ûe lé^reté, qui lui fait douter si c'est sérieasemoni que toob la#dè» mandez ses soUicitalions auprès de son amie.

— ^Croyei^vous, monsieur, que miss Howe m'ae^oide quelques momsns fetplrc^ttion?'

— Je n'ose tous répondre qu'elle voulût vous causer eeHepa^n^.

«^Ce ne sera point une peine, monsieur Riekman. Jevous accompagnerai volontiers chez miss Howe, et je dissiperai tous ses serupulesi ^a paru hésiter.)

-^Sb ne retourne pas directement chez mis» HbiNr. Il sérail mxta eentenabie^ monsieur, que vous eussiez la bonté de me' charger de vos explleatioiis.

-^Quels sont donc ses scrupuled', monsieur Hickmen?

— Mais, monsieur» miss Howe remarque dans les lignes qui sont de vous.... Permettez-vous que je les liâe, monsieur? J'en ai pris une copie. Vous commencez par : Chifê mifs...

— Je me flatte, monsieur Hlckman, que ce n'est pas roiïenser. «-«Non, monsieur, pas la moindre offense. (Il allait lire en efiet.) -* Vous servez -vous de lunettes, monsieur Hickman?

— De lunettes, monsieur! Rouvqnoi celte question? <— Cest l'usage d'Espagne, monsieur Hickuiau.

— Chaque nation a>ae» vaig». tiaie vous saveas que ce n'est pas celui d'Angleterre.

^^AteÈ-ifçmiMitî» frtVEipfHfpitri monsieur Hickman? «^ Notty «aoDaieiir< Jt'ai- va la. Uoltanàe*

<** L» OeUflBde, monsieut 1 jpnnis la FianeS),!» lltàUal (l'étais séasla 4swi(3fagei^afe« Uii< iuayi>à la Cbinali '^ Kon,. nionsiettc, ja n'ai point. enoore fait ce vej^gPb^ •^Je sitt8hS«ffprîatjnoQaiear^,%Hfajwat passé la aier^.

— Quelques affaires m'avaient appelé à Rotterdam.

r- Fort bien> monsieur. Vous alliez lire ; ayez la bonté de continuer*

<^4i.Atirèa les^honosaUes noms qui précèdenU*» ».lks*£sian:$(é. A^su* rément, personne ne révoquera Thonneur de milord en douHj, m celui de& excellenfesk damea quit ont signé la Idltre.

— Je me flatle, moDsieur, (|ue le raîea n*est pas plus su^pecU.

— Je continuerai» monsieur» ^11 voua plaîu». a i*aurais.pu mo dispenser d'en signer un qui m*est aussi: odieux qf^'à vous.» Ce qWéLtma monsieur.*.

— Eh bienf monsieur Hbkman I j*ai eu mes raisons pour employer ce terme. Miss Rowe a fort maltraité mon caractère. Je ne lui ai jamais fait do maL Son langage m'a blessé. Je m*imaginey. monsieur» qjue tous êtes Teimde sa part pour m'en faire excuses.

— Miss Howe^ monsieur^ n'est, point aûCDulumôe à parier mal do personne,

-— C'est une raison de plus, pour m'bffenser de ses discours. -^ Vous sarer, monsieur, quelle est sonanûtié...

— II n'y a point d'amitié qui puisse justifier des libertés si choquantes. (Le pauvre Hickman a paru tout à fait déconcerté.)

J'ai voulu continuer : — N'avez-voua pas entendalbrt lOiftveDtdaDS la bKScbe de miss Howe...

n m'a interrompu : — Je ne suis pas vûnuj.nionsîesir, dan» le dassem de vous insuller : mais tous savez combien miss Uarbve et roi»* Howe sont amies. Je crains que vous n^ayez pas eu pour miss Harlove tous les égaids qu'elle mérite, et si la chaleur de Taroiiié peut avoir engage miss Howe dans ce que tous nommez des libertés^ il me semble qu'une âme généreuse doit regretter plutôt d*y avoir doooé sujet...

— J^entends le reste, monsieur : mais ce reproche me déplaît moins dans la boucha d'une femme, que dans celle d'un homme d'épéc. J*ai une fession extrême d'entretenir miss Howe, et je suis persuadé que nous nous accorderions parfaitement. Je vous prie^ monsieur Hickman, ayez la bonté de ra*introduire chez miss Howe.

— Je puis lui faire part de votre intention, si vous le désirez,

— Oui, monsieur, votfs m'obligerez beaucoup : mais vous pouvez conftomerde lire.

n a lu» effectîTement, comme si je n'avais pu me souvenir dà quatre mois que J'avais écrits. Lorsqu'il estarrivéà l'endroit où je parle de corde, A^ prêtre et de bourreau r — Ctoyez-voos, monsieur, m'M-il dit, que eés expressions n'aient pas l'air d'un badinage? Tous savez trop bien, monsieur, quo miss Uarlovo n'a pas te pouvoir de vous envoyer au gibet.

-^-Hllrl creyez-^ous qu*eHe te fît, st mon sort dépendait d'ellef '

«^ VM» ajoutez, monsieur, gh-t-^il eontinné sans répondre h eette belfe question, que miss Hjriove est la plus outragée- de tomes les persomi^ ëe^senseie. Je sois qu'elfe seressenede vos-<yucrages, jtisqn^ fhfredonter à miss Howe qu'elle puisse jamais vous pardonner ; et malgré le désir où IMe Totr» fiimiUe |»riitl Atv-de v^ir unir oetle triste aventare par un MaieMimeriage^ mias Heweerei^ iRraver« dane eettefiartÉe delà lettre, un juste sujet de craindie que vos intentions ne soient pas sériÉUses^ et fiei entra wiplriiMicimyom vm «mi» n'ait plna^lvpart k tmoêmpUmeni ^pietnte ioctinaiion. C'esl là dosam qo^elte senbmte d«»aomalim f«B yfritables sentkMMs^ «vnat qm de»*eiigager plue loniu

«p-* iMSfKrfoti^i memimiti Wclunanii que si je sim capable de titMoper ma propre famillOi j'aie assez d'obligatioa à miss Howe, qui m^'aUiM

433 CUBI88B HABLOTB.

arec si pea de mfoagemens, pour lui laiie un aven que je ne ferab pas I mes proches?

— Pardonnez, monsieuT, mais miss Howe s*est figuré que yotre lettre la^mettaii en droit de vous demander quelque explication.

'— Eh bien I monsieur Hickman ; vous voyez que je ne suis pas mnei avec vous. Que tous semble de moi?

— Je Tois, monsieur, que vous êtes un homme aimable et d'une humeur enjouée. Mais ce que je demande, au nom de miss Howe, c'est de savoir si vous souhaitez ses bons offices auprès de miss Harlove.

— Ne doutez pas que je ne fusse charmé de me voir réconcilié avec une personne que j*aime uniquement, et que je n*eusse beaucoup d'obligation h miss Howe, si je tenais d'elle un si grand service.

— Fort bien, monsieur : et je puis donc conclure que vous êtes disposé au mariage.

— Je n'ai jamais eu de goût pour l'état du mariage. C'est ma déclaration, que je dois vous faire nettement.

— Le mariage, cependant, me paraît un élat fort heureux.

— Je souhaite que vous le trouviez conforme à vos idées.

— C'est ce qui n'est pas douteux pour moi; vous en jugeriez de même si vous étiez le mari de miss Harlove.

— Oh! si j'étais capable de trouver du bonheur dans le mariage, ce serait sans doute avec elle.

— Vous me surprenez extrêmement, monsieur. Ne pas penser au mariage, après ce qui s'est passé, après le traitement...

— Ehl quel traitement, s'il vous plaît? Je ne doute pas qu'une personne si délicate n'ait représenté, sous des couleurs trop fortes, ce qui passerait pour une bagatelle à d'autres que les siens.

— Vous me pardonnerez, monsieur ; mais si ce qu'on m'a fait entrevoir n'est pas une exagération, je ne puis le traiter de bagatelle.

— Apprenez-moi donc, monsieur Hickman, ce qu'on vous a fait entrevoir. Je répondrai sincèrement aux accusations.

— Vous savez mieux que personne, monsieur, de quoi vous êtes accusé. Ne reconnaissez-vous pas, dans votre lettre, que miss Harlove est la plus outragée de toutes les femmes, et celle qui le mérite le moins.

—Oui, monsieur, je le reconnais; et je n*en souhaite pas moins d'apprendre ce qu'on vous a fait entrevoir. Ma réponse aux questions de miss Howe dépend peut-être de cet éclaircissement.

— Puisque vous êtes si pressant, monsieur, vous ne sauriez vous offenser que je m'explique. Ne convenez-vous pas que vous avez promis le mariage à miss Harlove.

— J'entends, monsieur, et vous m'accusez d'avoir voulu obtenir tout le reste sans le mariage*

— Vous badinez, monsieur Lovelace. Je sais que vous passes pour un homme d'esprit : mais ne traitez-vous pas oette affaire un peu trop légèrement? •

— > Lorsqu'une faute est commise, et qu'elle est par conséquent sans remède, il ne reste pas d'autre parti que de s'en consoler : c'est la manAfe dont je souhaiterais que miss Harlove voulût penser aussi.

-«-Et moi, je pense, monsieur, qu'il ne convient jamais de tromper une femme.

CLABII8B BABUOYB. 433

•» VoQs De devez pas vous attendre que je réponde à vos questions, si voos refusez de sali^aire à la mienne. Qu'avez- vous appris?

«-Eh bien I monsieur, puisque vous me forcez de parler, on m*a dit que miss Harlove avait été conduite dans une très mauvaise maison.

-*-Il est vrai que celte maison ne s'est pas trouvée aussi bonne qu'elle devait Fêtre. Que vousa-t-on dit encore?

— On m'a dit, monsieur, qu'un avait pris d'étranges avantages sur cette incomparable personne; j'ignore d'ailleurs en quoi ils consistent*

— Vous l'ignorez, dites-vous? Quoi! vous ne pouvez du moins le deviner? Je vais donc vous rapprendre, monsieur. Peut-être s'est-on échappé à quelques libertés pendant son sommeil. Croyt^z-vous que jamais on n'ait pris les mêmes avantages avec une femme?

—Mais n'avail-on rien employé pour rendre le sommeil de miss Harlove plus profond ?

-— Je vous demande, à mon tour, si miss Harlove se plaint qu'on ait mis quelque chose de cette nature en usage.

— Je n'ai pas lu tout ce qu'elle peut avoir écrit. Mais, autant que je suis informé, cette affaire est des plus noires.

— Dans cette supposition même, croyez-vous qu'on n'ait jamais employé le secours du vin pour surprendre une femme ?

^- Sous cet aspect même, monsieur Lovelace, l'affjiro n'est rien moins qu'un badinage. Mais je crains qu'elle ne soit beaucoup plus grave.

— Et quelles raisons avez-vous de le craindre? Qu'en dit miss Harlove? Expliquez-vous, de grâce.

— Miss Howe même n'est pas informée du détail. Son excellente amie lui promet seulement do l'en instruire, si le ciel lui conserve la vie.

— Je suis ravi que miss Harlove ne soit entrée dans aucun détail. Vous pouvez diro de ma part à miss Howe, qu'il n'y a point dans l'univers de femme plus vertueuso que son amie. Diies-Iui que vraisemblablement elle ne sera jamais informée des circonstances que vous nommez le détail ; mais qu*en effet miss Harlove a été traitée fort indignement. Dites-lui que, sans savoir quel lécit miss Harlowe en a fait, j*ai une si haute opinion de sa bonne foi, que j'en signerais aveuglément la vérité, de quelques traits qu'elle ait pu me noircir. Dites-lui que j'ai trois reproches à faire à son amie : le premier, de m'ôler l'occasion de réparer mes injustices; le second, d'être si prompte h les publier, qu'elle m'expose à ne pouvoir jamais les couvrir. Celle explication, monsieur Hickman» vous paratt-ello un peu répondro au mol if de votre visite ?

— J'avoue, monsieur, que ce langage est celui d'un homme d'honneur Mais vous avtz parlé de trois reproches que vous aviez à faire à miss Harlove?

— Peut-être aurez-vous peine à le croire. Mais, quoique ma divine Clarisse ne scit capable de dire que la vérité, il peut arriver qu'elle ne la dise pas entière...

— Je serais extrêmement surpris, et miss Howe ne serait pas moins affligée, que la conduite, de sa malheureuse amie vous eût mis dans le cas de lui devoir cette apparence de discrétion ; car je vous crois trop galant homme, pour être capable de faire tomber l'ombre du soupçon sur elle, dans la vue de vous excuser. Vous me pardomierez, monsieur...

— Oui, oui, monsieur. H suffit que vous m'ayez assuré de vos inten-

49$ cjAmest lUttGovt^

tinns. Cotnptcz qn'il ne mVehnpprra jsmsrisrFiCff qu^potese tsMsmtrmA Harlove dans l'estime d'une anale, qu'elle etoil la seuto qai lai resle.

-^ Pcut-éirc no convicntHl pas que je aeie kiiovmé de votre troîaièiiie reproche. Mais à i'cxcepiion de son implacable famine^ je ne oomiais pei^ sonne q«ii ait jamnis c^mcu le moindre doute de Bom honneur. Un jour; à la vérité, madatno Ilowe, après i^oir reça la Tteife d'nn de ses onotesv nous dit qnVlle craignait qu*ii n'y eût quelque faiblesse h lui reprocher. Mais jamais, hors de certo eecasionv..

— Comment, monsieur, qiv^i ian^a^ef Soprex-vons qae le ddûte approobérait ici dii blasphème ? Savcz-vous q«e miss Harlove est plus purd qn'uno vcèiale ; car les vostalcs ont quelqaafoiS' brûlé de leurâ propres feux? ApprciKZ, monsieur, qu'on n'a jamai»rien vu, rien entendu qiii soit comiarabi.; pour rhonnenr h miss^Giansse HarlovOé

— Monsieur, monsieur, pardon. Â Dieu ne plaise que je doQtc de sori honneur. Jo ii'ji rien dit qui puisse rdeevoifl oe4te inCerprétaiion ; je suis rempli pour elle du plus profond respect. Miss Howe la diérit plu» qu'elle* même ) 03 qu'eile ne ferait pas si elle ne lui counaissait une vertu égale à la sienne.

— Égale à la sienne, monsieur I J'ai de fort hautes idées de la vertu de miss H )we : mais j^oscrais dire...

— Quos monsieur? qu'oicr^z-vous dire de iniss Ilowe? Je me flatte que vous m* puésuracn z pas d'uttaquer ici sa vertu?

— Préiumer! monsieur llickmao. C'est ce terme que je trouve assez présomptueux?

— L'o rasion lo serait beaucoup plus, monsieur Lovelace, s*îl était trtf qu'elio fùi prise h dessein. J3 n'entendrai jamais parler tranquiltetoefit au désnvanljge de miss ïlowe.

— Ce ton me satisfait beaucoup plus, rtmnsieur Hidkman, quoique |e ne condamne point votre cluilcur à l'occasion qlie vous supposez. Mais ce que je voulais dire seulement, c'est qu'il n*y a pfjint de femme au mondé qui doive se comparer à miss Harlove, jusqu'à ce qa*elle ait résisté aut tùémcs épreuves et qu'elle y ait tenu là mêm9 conduite. Que penseriez^* vous, m )nsieur Ilickmnn , et quel serait Pétonnement dé miss Howe, si je vous disais que son admirable amie est d'autant plbs déterminés contre moi qu'elle encourage ks prétentions d'nn autre amant?

— Que me dites-vous, monsieur? Ahl c'edt une supposition qui me paraît impossible. Jo vous assura hardiment que si miss Hbwe pouvait se l'imaginer, elle n*y donnerait jamais son approbation.

— La vengeancoet l'obstination, monsieur Hickman, portent les meil-^ leures femmes à d'étranges extrémités.

•» Je sais que répondre h ce langage, liiis il me parait impossible que miss Ilarlovo souftre les soins d'un autre amant; et si tôt encore f Oti ijous assure, au contraire, qu'elle est fortmal^ ef d'une exti^tne faiblesse.

-* Ce ti'ést p09 dans ses resseniimens qu'elle est faible. Je suis inibf* mé de tous ses mouvemens ; ei soit que vous le croyiez ou non , fe puis* vtme dire qu'elle me rofuse dans Ib vue tfun aulre ornant. Qui rendra compte des mouvement et des agitations #utto iBonn» passioniiée? Ilb ma seule conoaissanee, je pounais vous niconter im iiofbbro inihiitd^hi»* tmres qui vous apprendraient des effeto lerribtes du rossendment dm femmes. Mais, demandez-vous uuexemple plus fort que cebii d'une jeune personne toilb que mis» Harlove ,. qui depuis (uelque tenpsy et dois le

CU1IS8B WaiOTB* 43Si

flobeux état de sa santé i non seulement enconraRe » mais flatto et i^ cherche un des plus odieux monsires qu*on ait jamais tu- Je ne crois pa$ qu'il soit à propos d'en informer miss Howe.

->* ûhl fil ohl quel est mon é(onnementt Miss Howe ne sait pas nn< mot de ce que vous m'apprenez. Eite ne la Terra jamais » si tout ce qua j'entends n*est pas une illusion.

f^àû mè TOUS dis rien que de vrai, de très Trai, monsieur HickmgQ. La monstre qu'elle me préfère est d'une figure hideuse. Quoiqu'il ait uo grand vil iu front chauve, il se refuse une perruque pour le cacher. Q est d'uao avarice insatiable, et cependant d'une richesse infinie.

^^ Vous badines sûrement, monsieur.

— > Comment , un misérable 1 Le monstre a de riches domaines dans toutes les provinces d'Angleterre. U en a dans les pays étrangers.

•— C'est apparemment quelque gouverneur des Iodes orientales. Je me rappelle que miss Uurbve a voulu quitter sa pairie. Mais, après tout » monsieur, je m'imagine que vous badinez ; car on aurait entendu parler éeluiw

^ Parler de lui I oui, oui, monsieur, nous avons tous entendu parler dékiH Mais personne n'est tenté de le voir de près... à l'exception do iirissHarlove qui, par un esprit de vengeance, comme je vous l'ai dit..« Bii nn mot, son nom est La Mort. La mort I monsieur, en frappant du pted et élevant le ton. Voilà, monsieur, ai-je continué, quel esl k présent le favori de cette divine personne ; mais j'espère encore qu'il ne roI>* tiendra pas.

Au fond, mon homme a marqué plus de fermeté que jo ne m'y étais attendu.— le suis venu, m'a-t-il dit gravement, avec la qualité de concis liaieur. Elle m*oblige de me posséder. Mais autant que j'aime la paix et que Je suis charmé à'j pouvoir contribuer, autant , monsieur, je suis peu disposé à souffiir qu'on m'insulte.

Après avoir poussé la raillerie si toin, je n'ai pas cru le devoir prendre" ati mot. J'oi sur le cœur la présomption qui lui a fait jeter ses vues sur mSss Howe.

— Je suis persuadé, monsieur Hickman , que votre dessein n'est pas de me défier, comme le mien n'est pas de vous faire une offense. Mais vous pouvez recueillir de cet entretien que je préfère miss Harlore h toutes tes femmes du monde , et je m'éionne qu'après ce que j'ui signé, et ce que j'ai fait promettre par des parens tels que les miens, on puisse douter que je ne sois charmé de la prendre pour ma femme à toutes les con«> ditions qu'il lui plaira de m'imposer. Je reconnais devant vous, monsieur Hickman , que jo l'ai indignement outragée. Si j'ai le bonheur d'obtenir sa main, je déclare que je veux ôtre le meilleur de tous les maris. Cependant j'ajoute, comme je le dois, que si son chagrin continue d'éclater et de nous exposer tous deux , il est impossible que notre union se fasse avec honneur pour l'un et pour l'autre ; et quoique mes craintes se soient exprimées d*un Hmiitdki, Je tremble, monsieur, qu'elle ne ruine entière* Mntsa semé ;*et qu'en cherchant la mott» kvsqtt'eUo peut Tévilor^ ello ne se mette hors «l'état de s'en garantir , )or84ii*«U0 oura plu», da §oQ|i poorluvio.

Co loDgagc simple et howiête a lait reparatlro mi air da saUsCactioR aur le visage do M. Hickman» H s'est nommé plumnc» fois mon trè^

436 GLABISSB BARtOVB.

humble et très dévoué serriteur, pendant que je le conduisais jusqu^à son carrosse. Ainsi s'est terminée la scène.

Quelques mots sur ta dernière lettre, que je trouve un peu choquante, n me semble quo Tespiit de réformation te saisit de bonne heure. La mort lente de ton oncle, et ta patience au chevet de son lit, t'ont préparé par degrés à cette métamorphose.

La santé de ma charmante me jette dans une extrême inquiétude. C'est l'effet de sa dernière aventure. Elle triomphait auparavant, et de moi et de la troupe maudite. Je te crois bien persuadé que je n'y ai aucune part, et je me flatte qu'elle l'est aussi. Le reste, comme je te l'ai dit mille fois, n'est qu'un accident ordinaire, un peu distingué seulement par les circonstances. Voilà tout. Pourquoi donc tant de rigueur de sa part et de la tienne?

La vente de ses habits est véritablement choquante. Quelle dureté, quelle injustice dans ses misérables parons, qui ont entre les mains l'argent qu'elle a laissé, et do gros arrérages d'une terre qui lui appartient! lis le retiennent exprès, pour la jeter dans l'embarras. Mais ne dépend-il pas d'elle de recevoir plus d'argent qu'elle n'en a besoin de cette ûère et impertinente miss Howe? Et moi, crois-tu que toute ma joie ne fût pas de la servir? Qui peut donc l'obliger de vendre ses habits, si ce n'est la perversité de son sexe? Je suppose que son intention soit de me faire enrager : je ne sais pas trop si je ne dois pas m'en réjouir. D'ailleurs, crainstu que l'avarice ne m'empêche de lui rendre le triple de ce qu'elle aura vendu? Belford, soyons sans inquiétude sur ce point.

Tu vois combien elle est sensible aux attentions de son médecin. Juge par là combien elle doit l'avoir éié à Thorrible imprécation de son père. Mais tu dois en conclure que, si j'obtiens seulement la permission de la voir, j'espère, avec raison, que ma conduite, mon repentir, mes satisfactions, produiront quelque heureux effet sur elle. Tu passes trop facilement condamnation sur mes torts. Je te dis fort sérieusement que, tout incomparable qu'elle est, l'ardente médiation de mes proches, celle da miss Howe, et les commissions dont je t'ai chargé, sont do si fortes marques du cas qu'oh fait d'ello et de la sincérité de mes sentimens, que je ne vois rien à faire de plus. Crois- moi, laissons Taffairc daus l'état où elle est à présent, et donnons-lui le temps d'y penser un peu mieux.

Que répondre à tes résolutions de repentir et de mariage? Si tu prends mon conseil, tu trancheras court, et tu commenceras par le mariage. En veux-tu savoir la raison? C'est que vraisemblablement le repentir viendra bientôt à la suite; et des deux, tu n'en feras qu'un, qui aura peut-être plus de force.

LETTRE CCCV.

■• BBIFOBD, A H. LOVELACB.

Vendredi, 21 Joinet, à nldL

ITétant présenté ce matin à la porte de ta divine Clarisse, elle m'a fiit la grftœ de me recevoir aussitôt que je me suis nomm^.

Elle avait passé une nuit supportable ; et quoique faible, m'a-t-elle dit, eue se trouvait mieux qu'hier. Mais j'ai remarqué, dans ses regards, qu'elle dédine visibleffient. Madame Lovick et madame Soiith, qui étaieot

CLAUS8B BARLOVB. 437

arec elle» loi ont reproché tendrement d'aroir écrit aFOc trop d*applica* tîon pour ses forces, et de s*être leyée dès cinq heures du matin. Elle a répondu que son sommeil n*avait pas été si tranquille depuis plusieurs mois; qu^à son réreil, elle s*était senti Tesprit libre, et qu*ayant plus d^une affaire à régler , dans le peu de temps qui lui restait peut-^tre pour ce soin, elle deyait ménager tous les momens. Elle avait écrit à sa sœur, a-t-elle ajouté ; et n^ayant pas été conteute de sa première lettre, eUe Tavaît recommencée deux ou trois fois. Mais elle était résolue de faire partir son dernier essai*

Elle croit pouvoir juger, m*a-t-elle dit, par quelques unes de mes expressions, que j*élais informé de tout ce qui la concernait, elle et sa famille , et, par conséquent, que je ne devais pas ignorer le terrible vœu de son père, dont elle avait eu le malheur de voir si tôt l'accomplissement dans la partie qui regardait ses espérances temporelles. Celait une forte raison de trembler pour Tautre; et cette crainte Pavait obligée d*écrire à sa sœur pour en obtenir la révocation.

— > J'espère, mVt-elle dit, que mon père se laissera fléchir, ou je me croirai fort misérable. Cependant j'ai beaucoup d'inquiétude pour la réponse, car ma sœur a le cœur fort dur.

Là-dessus je me suis abandonné à quelques réflexions libres sur Tinjustice et la cruauté de sa famille. Mais elle m'en a fait un reproche dans des termes si respectueux pour tous ses parens, que s'ils persistent à la maltraiter, ils doivent paraître doublement coupables. J'ai pris le moment où je la voyais capable de tant de générosité et d'indulgence, pour la supplier d'étendre sa bonté sur un homme dont le repentir était égal à ses offenses, et qui ferait toute l'étude de sa vie de les réparer. Elle m'a dit que si je retombais encore sur un sujet pour lequel je connaissais son aversion, cette visite devait être la dernière.

— Vous pouvez lui déclarer, m'a-t-elle dit, que je renonce à lui du fond du cœur ; mais que, malgré toute la certitude de celte résolution, il n'y entre aucune chaleur de ressentiment. Dites-lui que je m'efforce de disposer mon cœur à le plaindre, et que je me croirais bien mal préparée pour l'état où j'aspire, si je n'étais pas capable de me vaincre et de lui pardonner.

Les deux femmes avaient les larmes aux yeux. Je me suis senti le cœur si serré, que j'ai gardé le silence pendant quelques momens.

— C'est un ange, lui ai-je dit, que je crois avoir devant les yeux. Je devrais être à genoux, madame, pour recevoir des influences qui soient capables de m'entraîner après vous dans le monde où vous aspirez. Ouvrez-moi du moins quelque moyen de vous servir, et faites, s'il est possible, que j'aie la gloire de contribuer à votre satisfaction, pendant que vous serez dans un monde qui n'est pas digne de vous.

Je me suis arrêté. Elle n'a pas répondu.

•» Ne puis-je vous être utile pour quelque message, pour quelque lettre à porter, à recevoir, pour quelque visite que vous m'ordonniez de rendre & votre père, h vos oncles, à votre frère, à votre sœur, à miss Howe, à milord M.... à ses sœurs, ou à ses nièces? De grâce, madame, ayez la bonté d'y penser.

Elle m'a remercié de mes offres : elle voulait attendre l'opinion de miss Howe sur sa réponse.

— Ma vie et ma fortune» ai-je interrompu, sont dévouées h votre ser-

"usa CIABISSB BAUtÔVIS.

tlce. PcrMttrz-tnoi d'observer que tous êteâ ici sans^eeodtâi) «t jètMt^ tiais assez yotre malheureuse situation, pour juger qu'elle tous exfOsék ^us d*un embarras. Elle allait m'interrotnpre , et f ai la dans 9ês

Îeilx un air de mécontentement ; mais je lui ai demandé la permissiftti e continuer. — J*ai cherché vingt fois, ai-je reprisi une occasion yotÉt cette ouverture. Jusqu'à présent la hardiesse m'a manqué. Je sais qtia )es obligations vous pèsent. Mais vous n*en aurez à personne. Je voii& Hssure, de plus, que mon malheureux ami ne saura jamais qtle vous sv&l accepté mes offres. Permettez que cette bagatelle... et j'ai laissé tonmer derrière son fauteuil un billet de banque de cent livres sterling, que {'a* tais apporté dans cette vue. Tu n'en aurais jamais rien su, si j'avais pu Tehgager effectivement à le recevoir. Biais, après m^avoir témoigné civi* lementqu*elle n'était pas insensible à la reconnaissance, elle m'a déclaré, d'un ton absolu, qu'elle n'entendrait plus un mot de ma bouche avaQt qtae j'eusse repris mon billet.

— ^ Votre bonté, monsieur, voud fait juger ttop favorablement de moi. ^pendant j'espère que rien n'aura le pouvoir d'affaiblir mes principes. La décadence de ma santé servira de plus en plus è m'y confirmer. Cent

3ui m'ont fait languir quelques jours dans une prison s'elaieut promis sans oute que celte cruelle mé;hode me forcerait d^entrer dans toutes leucs Qiesures ; mais j'ai reçu du ciel une âme supérieure h la fortune. Un j^rsonnes de cette espèce connaissent peu la force des principes naturels^ lorsqu'elles se figurent que la prison ou le besoin puisse les faire oublie)^ , |R>ur éviter des maux qui ne sauraient être de plus longue durée que la vie.

t)u6lle grandeur I II n'est pas surprenant qu'une vertu si bien élobli^ ait résisté à tes artifices; et que pour arriver à ton malheureux but, eD» Tait forcé d'avoir recours à d'horribles inventions qui lui ont dié Tusagie des sens. Les deux femmes ont paru extrêmement touchées, et j'ai enjEendu madame Lowick, qui disait b l'oreille de l'autre : —Ce n'e&tpoiQl tme femme, madame Smith, c'est un ange que nous avons avec nous.

Bile a paru satisfaite de la soumission que j'avais eue pour ses volott* lés i; et nous ayant priés tous d'approcher un peu plus prte d'elle : — Yottt Vi^avez témoigné plusieurs fois , a-i-elle repris en s'adressant aux ûem femmes* quelque désir d'apprendre une partie de mon histoire. Aujouiw llliul que vous me paraissez libres, et que monsieur Belford, à qui j'ai diverses raisons de croire que toutes mes aventuressont connues, peut von Jidndre témoignage de la vérité de mon récitée veux satisfaire votre curiosité. Les deux femmes ont marqué beaucoup d'empressement potn l^tendreu Elle a commencé une narration, que fe mWora*rai de répéter ici dans ses propres termes. Vous jugerez vons-môme quel fond Yous devez faire sur les espérances que vos amis conservent en votre faveur.

-^ Lorsque j'ai pris ce logement, nous a-t-élle dit, Je ne me pmposaif

Si d'y ïaire un long séjour. Cest ce que je vous dis alors, madany Ith ; el j'évitai, par oette raison, de me faire conncfltre autrement qm jfùXxt une jeune et malheureuse créature , que la séduction avait enlevée eux meilleurs parens du monde, et que le ciel venait de sauver des plitf dangereuses mains. Je me crus obligée de vous donner cette courte e:^^ tation, pour diminuer votre surprise, h la vue d'une jeune fille qtfi arrivait chez vous tremblante, hors d'haleine , vêtue d'un* mauvaise robe demandant tout k la fois un logement et de la protectioii> c'ayasl que si

cumêbb flâflOiMre: 489

jViTole & donner pour votre paiement, et portant tous ses cffeits dans un moachoir do poche* Ma subite alisence, lorsque je me suis vue arrôl^, a dû redoubler voire étonoement : et quoii^ue M. Belford, qui sait peaiifitre mieux que moi-même la plus noire partie de mon histoire, vous ait informées , comme vous me Tavcz dit , que je suis bien plus malheureuse que coupable^ je me crois obligdo do no pas laisser ii d'honnêtes gens le nioiodre doute de mon caractère. II faut donc vous apprendre que, dans une occasion (je pourrais dire , dans une seule occasion;) f ai manqué d'obéissance pour des pareils d'une induigence exirême ; car q3 que d'autres nomment cruauté dans leur cuuduiie, no vient quo d'un excès d'affection et de la douleur qu'ils ont cuo de mo voir répon* dresi mal à leurs espérances. J'ai reçu, mats d'abord avec l'aveu de ma famille, les soins d'un homme de naissance, et tout à la fois, comme la suite Va prouvé, du plus mauvais caractère dont p crois qu'il y ait jamais eu d'exemple. Mon frère, qui est un jeune homme fort attaciié à ses opinions, se trouvait alors absent. Â son retour, une ancienne inimitié lui fit désapprouver des visites qui avaient commencé sans sa participation. 11 avait beaucoup d'ascendant sur noire famille. Après m'a voir présenté plusieurs autres partis , qu'on mo laissa la liberté derejflor, fl introduisit un liomme extiêmoinent désagréable, choquant même pour toute personne indifférente. Je ne pus m'accoutumera le voir. Tous mes proches ne lais::èrent pas de s'unir pour nie forcer de le prendre, d'amant plus qu'une rencontre sanglante, entre pjon frère et le pratuicr, leur avait .frit prendre pour celui-ci des sentimens de haine. £nu.) mjt, ils «eurent une prison de ma chambre ; et je me vis si maliraiiéc, que, dans un transport de chagrin, je pris la résolution de m'cvader avecl'obj H de leur aversion. Vous condamnerez ce dessein : maisj'ctaîs pcraécuiée sans mé* oagement. Cependant je m'en repentis presque aussi. 6t et je me déterminai à demeurer ; sans me défier néjiimoius de son amour , parce que personne ne m'en jugeait itidigne , ni de son honneur, avec une ()rlune qui n'était pas méprisable : mais j'eus Titnprudi'nce (mes porens disent la méchanceté , et m'accusent encore de les avoir quittés volantairement.) j'eus la folie de lui accorder un cm retien particulier. Je fus trompée ; assez indignement trompée, je dois le dire, quoique toutes les jeunes personnes dont te malheur a commencé par une lémcriiédela JCnÔme nature puissent apporter la môme excuse. Après m'avoir fait passer quelques temps dans une maiso i d'honneur, où je n*ai point de reproche à craindre pour ma conduite, il me procura un fort beau logement à Londres, pour attendre d'autres arrangcmens; mais le temps ne m'a qve trop appris dans quel lieu j'étais tombée. Il le savait. Ceite connaissance entrait dans ses des^^eins. Londres était un pays étranger pour moi- J)'où seraient venues mes défiances? Ne me demande! pas d'exp:icaiioo sur la suite de mon malheur. Quelles inventions, quels ctuds artifices ifa-tron pas employés^ car je ne lui ai pas donné la molndi'e occasiun, pas le moindre avantage qui puisse m*^ce reproché.

Icij se couvrant le visage de son mouchoir pour cacher ses pleurs^ die s'est arrêté9 uç moment : ensuite^ elle s'est hâtée de reprendre , p^ur écarter apparemment un odieux souvenir — : Je me suis échappée enfin 4e cette infâme maison^ etie ciel m'a conduite dans la vôtre. M. Belfprd m'oblige de croire que mon cruel persécuteur n*a point eu de pan è ma dernière disgrâce. Mais je ne doute pas que le but de ceux qui m'ont fai|

440 GLAaOSB HAALOTB.

cet oalrage n*ait été de me faire retomber entre leurs mains ; car je ne leur dois. rien... à moins , a-t-elle ajouté d'un ton plus faible, et s'essuyant encore les yeux, que je ne doive les payer de ma ruine.

— Je vous jure, madame, lui ai-je dit, en attestant le ciel en ta làTenry qu'il est innocent de ce dernier attentat.

— Qu*il le soit, ce tourment, quelque douloureux qu'il ait été pour moi, est un des plus légers que j'ai soufferts. Mais vous pouvez observer ici, ma* dame Lowick, pour satisfaire la curiosité que vous m'avez témoignée plusieurs fois, que je n'ai jamais été mariée. M. Belford ne peut avoir ignoré que je ne Tétais pas; et je déclare aujourd'hui que je ne le serai jamais. Cependant, je rends grâces au ciel d'avoir veillé à la conversation de mon innocence. A l'égard de mes avantages naturels, je suis née d'une famille distinguée. J'ai, par mes propres droits» une fortune au dessus du commun ; indépendante de mon père, même, si je le voulais : mais je ne le voudrai jamais. Mon père est très riche. J*ai pris un nom qui n'est pas le mien , lorsque je suis entrée dans celle maison : c'était dans la vue de me dérober au perfide, qui s'engage désormais, par la bouche de M. Belford, a finir ses persécutions. Mon nom réel , vous le savez , est Harlove ; Clarisse Harlove. Je n'ai pas encore vingt ans. J*ai une excellente mère, digne d'une meilleure fille. Je dois le môme témoignage à la bonté démon père. Ils m'adoraient tous deux I J'ai deux oncles d'un fort bon caractère, jouissant d'une immense fortune, jaloux de l'honneur de leur famille, que je me reproche d'avoir blessé : je faisais la joie de leur cœur. Leurs maisons , comme celle de mon père, étaient des lieux que je pouvais dire à moi. Ils voulaient m'avoir chez eux tour à tour, et j'étais quelquefois le sujet d'une tendre querelle. Je passais deux mois chez l'un, deux mois chez l'autre, six chez mon père, et le reste de l'année chez d'autres chers amis, qui faisaient leur bonheur de me voir. Pendant tout le temps que j'étais chez l'un ou chez l'autre, j^étais accablée des lettres continuelles de ceux qui languissaient pour mon retour. En un mot, j'étais chérie de tout le monde. Les pauvres et les malheureux ne me quittaient pas sans avoir reçu quelque soulagement a leur misère. Mes mains n'étaient jamais fermées dans l'occasion de faire du bien. Aujourd'hui je suis pauvre moi-môme. Ainsi, mesdames, vous ne me prendrez plus pour une femme mariée. Il est juste qne je vous fasse cet aveu. Je suis actuellement, comme je dois, dans un état d'humiliation et de pénitence , pour la téméraire démarche qui a produit tant de maux. Je me flatte d'obtenir le pardon du ciel, parce que je m'affermis dans la disposition de pardonnera tout le monde, sans excepter l'homme qui m'a jetée, par son ingratitude et par d'horribles parjures, dans l'abîme où je suis. Mais je ne puis espérer que ma famille me pardonne jamais. Mon refuge est la mort. Il n'y en a point de si cruelle, qui ne me paraisse plus supportable que d'être la femme d'un homme qui m'a trompée, lorsque j'avais fondé de meilleures espérances sur sa naissance, son éducation et son honneur. Je vois qu'après avoir fait autrefois les délices de tout le monde, je ne suis propre aujourd'hui qu'à causer de la douleur ou de la pitié. Vous qui ne me connaissez que par mon propre récit, .vous en ôtes touchées jusqu'aux larmes. J'admire votre bonté. La tendresse de vos cœurs vous y rend trop sensibles. Il me suffit de vous avoir donné une légère connaissance de ma situation , et quelques motifs de confiance pour mon caractère et pour mes sentimens. Votre corn-

GLABI88S BABLOTB. 441

passion ne tombe ps snr une ingrate. D'aillenrs, je ne crains pas qu'elle vous lasse par sa durée. Ma perspective la plus proche est la mort. Si je vis assez pour me voir déchargée d*une pesante malédiction, qui n* est déjà que trop accomplie dans tout ce qui regarde ce monde, c'est tout ce qui me reste à désirer, et j'entendrai sonner ma dernière heoie avec toute la joie d'un voyageur fatigué, qui arrire à la fin d'une course pénible.

Alors, penchant la tête contre le dos de sa chaise , et se convrant le Tîsage de son mouchoir, elle est demeurée quelques momens comme enseyelie dans sa douleur et dans ses larmes. La voix nous a manqué à tous pour lui répondre.

Elle s'est ensuite retirée dans sa seconde chambre , où son abattement Fa forcée de se mettre au lit. Je suis descendu arec les deux femmes, et pendant une demi-heure nous nous sommes lirrés h Tadmiration. Madame Lovick et madame Smith ont répété vingt fois qu'il leur paraissait incroyable, que dans le monde entier il pût se trouver un homme assez barbare pour offenser volontairement une femme si charmante. Elles ont remercié le ciel d'avoir conduit un ange dans leur maison. C'en est un, je le crois comme elles ; aussi sûrement que milord M... a pré* seulement un diable dans la sienne.

Je te hais, Lovelace. Il me semble qu'à chaque moment ma haine augmente.

LETTRE CCCVI.

M. LOVELACB, A S. BBUOBD.

Samedi, Sjofllet

Pourquoi me hais-tn, Belford? et pourquoi ta haine augmenterait-elle à chaque moment? Me suis-je rendu coupable de quelque nouvelle offenseT N'ai-je pas toujours rendu à cette incomparable personne autant de justice que toi ou qu'elle-même? Quelle apparence de raison dans ta haine, lorsque je ne me relftche point du dessein de l'épouser, suivant la parole que je t'en ai donnée et suivant les lois que je me suis imposées dans ma famille ? Je te défie de me haïr autant que je me hais moi-même. D'ailleurs, je suis certain que si tu me haïssais réellement, tu ne me le dirais pas dans ces termes.

Mais, après tout, quel besoin d'apprendre son histoire à ces femmes? Elle regrettera dans quelque temps de nous avoir commis tous deux sans aucune utilité. Le poison de la maladie éteint tous les désirs et donne du dégoût pour ce qu'on a le plus aimé. Mais toutes les espérances renaissent avec la santé. Chaque moment se présente sous une apparence plus gaie. Je suis ravi qu'elle soit déjà mieux, jusqu'à pouvoir soutenir un si long entrelien avec des étrangers.

Cependant n'est-il pas affreux qu'elle préfère la mort à moi, à moi qui ne l'ai offensée qu'en suivant mon propre caractère , tandis que ses parens sont sortis houteusement du leur, et tandis que pour l'obliger je suis prêt à sortir du mien ? Cependant, avec ton épaisseur ordinaire, tu souhaites déjà qu'elle l*aUire après elle. Pauvre Belford t Quelle figure tu dois faire, avec tes discours aussi empesés que les manchettes d'Hickman, avec tes soupirs, avec tes génuflexions I

413 CLiOUSSB BABLOTB.

Hais ta fins jolia de toutes Hss extmvagwicesy c!esi 4'a¥oii laissé toi»her Ion Mlet <ie benQue àeajèm sop iauiewil, au li^u de Têtre mis i g^ mmxi pour le pnéaaoUr. Tu as voulu lui douoer appafemioeDt la 4Qu)ile •eNie io Tacee^lv -et de TaUer p? e tklre k lorreu Que tu t^entejods iiial àlaire qpe giiaot^snel CommejaX a-t-U pu i'e«t^v dgyus la iôie que la meilleure manière de faire un présenta une dame, fût de le jeter deriièjre MilMileuilf

lia «iinesHô est eK^ême poar £9 ^'eUe peui avoir iécrii i jsa^oMir» ifpur ta ff^pwse ii^*elle eu ^çevi^ fif. pour (» yu'^Ue écrit actuellpmept è miss Howe. N'imagineras-tu pas quelque moyen djste prootu^r une (IM^rde «f»lett(res,i9u4|i fXKMiSAia exU»it.?.li jae semble qu^-lu dApntss ffAdAflie i#99dk pour unefeoune de piété. &|a chamMiale, qui Loi a isit 4oi envectarea ai par^icttli^re^ oe naanduera^s de lui commuuiqujsr Â>iU« «t toi» gui pea3ea à te réformer^ m aaural&-tu profiler de cette jiptFrgntJanoe je aeotii»6naavec la v^euve^ pour te mettre en étai de jme fOidre ce petit ^ryjifse? i}u^ âge a^t-elk» Belford? iamais on ne voit ^mjiié eul^e jua homme et une feinme de même Age, qui ne finisse par Je «ariage ovpr q^olque^çbpge de^is. Qu'en dis^lu?

Mais je trouve un peu de consolation dans cette espèce de regret que Ml lui prêtes de m'av car vu répondre si mal à ses espérances. En matière d'amour, ce qu'une femme espère une fois, elle Tespère toujours; du moins, tandis qu'il resle du fondement pour l'espérance. Et ne sommes- Dous pas libres tous deupL? Peuti4le être è quelque autre homme ? Souhaiterai-je jamais une autre femme? Non, jamais, jamais I Je t'apprends que de jour en jour, d'heure en heure, ma passion redouble pour elle ; que mes wies sont honorables^ dans le sens le plus étroit qu'elle attache à ce terme ; que, depuis huit jours, je n'ai pas varié, môme dans mes défftea; <4v<e toutes mes résoluUous sont aussi lernïos que mes principes de 4iie .libre l'ont été, tandis que l'iodépeudanoe m'a paru préférable aux dfiltiieB dmsuni^e*

LETXBS CCCVÏL

MW Wn^ A JVXSS OABISSi BAfiLOTB.

Nou3 faisons nos.préparatîXs pour le petit voyageqoe ma tnère crdH'ln* dispensaUe. Hais je suis sûre d^re tissez malade pottr l'obliger absolument de le dtfférer^ si je n'apprends pas qiie vous vous portiez teauloenp mieux avant notre déport. Le messager m'a^afft jetée dans «neaier- 4dle affltetion, en m'apprenant l-étatoà il vous avaii trouvée. Cepeaéint Itepère que la douceur de mé&ter et d'écnrecontribu^rade jour en jour à totre Tétablissemeirt.

le vous dépêche cette lettre par un esprès , ain ^^1 anrive «saei tôt

pour vous excHer % de fienvelies oenÂdérations sur 4e sujet de mes der-

jôi^ra. Ne m'écrivez rien de déoisif , fam y avoir apporté vos plus pé-

tieuses t éflexions, car «t'est sur ¥otre réponse que je dois régler la «tieaae.

Pans votre dernière, tous déclarez positpvemeai que vous ne voyiez pas être è hii. Assurément H^nénte pluièt une mort ioCâme que leben- 'Deor d'dbtenir «ne femme telle que vous. Mais, comme je le crois ipaocent de votre dernière disgr✠, et que toute sa famille plaide pour luit

CLARISSE HARLOVB. 443

j^ suis persuadée que la complaisance pour leurs sollicitations et pour ,|[fis siennes est le meilleur parti que vous puissiez embrasser» surtout lorsque voixe propre iamille demeure Implacable. Pourquoi d^spérer qu'il îpuisse derenir uu bon mari^ et quelque jour, peut-être, un sujet de quelque m^rilcî Ma mère est tout à Câit de mon opinion. M* Hickman wi hier uoe conférence avec lui^ comme je crois tous Tavoir annoncé* Quoiqu'il n'y ait pas pris beaucoup de goût pour ses manières, il le croit jinoèrement déterminé à vous époilser, si vous baignez tous rendre i ses instances. Peul-éire verrez^vous M. Hickman avant notre départ. Il vous sendra compte de la justice que le misérable rend è votre vertu.

«Sacrainte,a-t-il dit h M. Hickmau, est qu^en iisiisant éclater vos plaiutes, vous ne vous couvriez tous deux d'aune tache quo le mariage même m serait pas capable d*effdcer. Il appréhende aussi que vous ne ruiniez votre sanié par un excès de tristesse, et qu'en cherchant la mort, lorsque vous pouvez réviter, vous ne vous mettiez hors d*étal de vous en garaotiz;, lorsque vous aurez moins de dégoût pour la vie. »

^iosi, très chère Clarisse, je vous exhorte à surmonter^ sll est po5- .«ible^ votre aversion pour ce mopstre. Vous pouvez encore vouspro- ^etlco d'heureux jours , et redevenir les délices de vos amis, comme Tfiiro aoûlié sera ]U)iiJoacBiQ bonheur de votre Adèle

Anii« Bowju LETTRE GGCVra.

Mm a.AH3aB «ablote, a mss howx.

BinmelM, 13 jotnet

Oue Jesuîs sensîUle, ma très chère amie, k cette fendre ardeur qui ne )9e refroidit pas pour mes intérêts ! Qu'il est irai que le noead d'une amitié pure et Tunion des Âmes l'emportent sur toas les liens du sang I Mais cpioiqoe je fasse ma gloire de voire affection, songez, ma chère, combien oest chagrinant pour un cœur qui n'est pas sans générosité, de ne pouttfjx rien mettre dans la bafatteedes serviees et des bienfaits. C*est le motif de mes regrets les phis amers, et ce qui me foit jeter souvent les yeux derrière moi, sur une benreuse siioation dont il ne me reste que le souiTQEiir.

Tous me représentez les raisons qui doivent me porter à prendre H. Lovelace pour mon mari, et vous les fortiflez de l'autorité de votre respectais mère, l'ai devant moi toutes vos lettres et celles de milord ^•„ et des dames de sa famille, l'ai pesé vos argnmens. Je me suis ef- .D)i:^e d^y apporter toute i'altention dont mon cosur et mon esprit sont .capables dans l'état où je snis. Je me sens même disposée à croire, non utilement sur votre propre opinion, mais encore sur les assurances d'un ami deH. lovelace,qni se nomme M. Bélford, et qui panât entrer de bonne Coi dans mes peines, que son ami n'a pas eu de part à ma dernière disa/ice. J'ajouterai, par la déférence que j'ai pour votre sentiment et pour j^ témoignage deHI. Ridkman, que je le crois sérieusement déterminé à tûTépouser, ^ je consens à recevoirsa main. Quel est le résultat de toutes ines rcllexiotiSTlje voica, ma très chère miss Howe : la nort me causerait Jupins d'horreur qu'un mari de ce caractère ; en un root, que je ne puis, fit tmdonnez-moi, si j'ajoute que je ne veux jamais être sa femme*

Vous «tiendrez sans dotfta mes raisons; et si je me dispensais de vees

t$li CUJMS9B bahlovb*

Mftû la fins foiî(B de foatas tes exUrtv^^^Dces, c*esi Hf ^m\» billet 4e teBiue xlorièw sop 4auieMU>au liQ^/ flom pQUf le piié6ea4or« Tu as vouto lui 4f^xi^ (kff.y «me 4e racoQ^tor -et 4e TaUer pwMire % iene^r/f

/iens, >4es, et

as aurez apporterai

.Aia4)iirM»ai^i9at ex^fioM» pour ^ 4JP/

è miss Bowe. N'imagineras-tu pas. /?^^ imfm »de ca» ie«t(res,iwi4^ ^çûf^//f/f'gS 0»dAwe i^a^^ck pour }fmimir//^j^/fi^^ .4m aiiverXarpa m ^Tticaii^/^y//J^// ^ 4^\êi^Bi toi» qui pa^i^ '/4'//r^

yUm wp galaâtwôl Comwei^' a-t-i^ p» Ay^f/ meilleure manière de faire unprésentàune ÔV/' *

IwHeuttî .^^

""^ ae extrême-

iître que c'est

lOns ne m'ins-

traitée avec une

.ent impossible et

.10, je laisserais ap-

ïa*wH»ai4aaeiuW:;>7/^' ^téeî Je ferais le vœu

Î^TST ^^/r -''°^'««' «^ J^ hasarderais

^noUié eiîïe jial- '^ .*5sant avec un coupable dont

xL „^a^^«^/'^ *ous paraît-elle si perdue, ou du

%(ds iTtroI^ *'"'^' ^'^^ y^,^" T?^® ?'?® réputation

ilii ku ATÔlr -*>iement recours a la générosité et peut-être

'5L«îv.Ç! ,.omme qui l'en a dépouillée par des voies si bar-

il amour. UV • J • 1 «• J

moins -^^ *"* chère, je regarderais le repentir de mes impnH

' ttie^^ spécieuse illusion, s'il y entrait le moindre désir d'êtie

Im' ixif^ie ^^^ ramper apparemment devant mon ravisseur et le ro-

^^tts àoùVd de la misérable justice qu'il me rend I Ne me voyez»

J^^ iiumiliée dans ma propre maison, préférant mes honnêtes

f^f^^Jde chambre à moi-même, n'osant ouvrir les lèvres pour leur

i^^^un ordre ou leur faire un reproche, dans la crainte qu'un regard

^i ne m'avertisse de rentrer en moi-même et de ne pas attendre d'aur

^plvis de perfection que de moi? Mettrai-je un misérable en droit de 00 reprocher sa générosité, sa pitié, et de me faire souvenir peut-être ^es fautes qu'il m'aura pardonqées? Eloignée comme j'étais de le croire capable de tant de bassesse et de noirceur, je mo promettais autrefois de le rappeler à la vertu. Je m'étais follement imaginé qu'il m'aimait assez pour souffrir mes exhortations et pour attacher quelque poids à mon exemple. Mais que me reste-t-il aujourd'hui de toutes ces espérances? Si j'acceptais sa main, aurais-je bonne grâce de lui recommander la vertu et les bonnes moeurs, lorsqu'il se rappellerait que je lui ai fourni moimême l'occasion de me faire abandonner mon devoir ? D'ailleurs, suppcvsons toutes les suites du mariage, c'est-à-dire des enfans nés d'un tel père : quelle sera ma douleur, de penser continuellement, à la vue d'une innocente famille, que, sans un miracle, celui dont elle tiendrait le jour serait destiné à tous les châtimens du vice, et que ses exemples, peutêtre, n'attireraient sur elle que la malédiction du ciel?

Ainsi, je répète hardiment que je le méprise. Si je connais le fond de mon cœur, je le méprise de bonne foi. Je le plains aussi. Tout indigne qu'il est de ma pitié, je ne laisse pas de le plaindre. Je ne l'aime plus* Mon âme dédaigne toute espèce de communication avec lui.

Dans mes plus profondes réflexions, le célibat s'est offert comme la seul genre de vie qui me convienne. Cependant ne faut-il pas supposer que, jusqu'à ma dernière heure, je passerai le temps à me rappelermes

fiLAMfflB HABLOVB* 445

afflictions et à plearer mes fautes? Tout le monde ne saaia-Uil pas la raison qui oblige Clarisse HarloTe de chercher la solitade et de se dérober an commerce des hommes Y chaque regard de ceux qui s'approche- "-ont de moi n*aura*t-il pas la force d'un reproche? Quand les yeux 'autrui ne m'accuseraient pas» ne lirait-on pas ma disgrâce dans les iDS ? Qu'ai-je donc, ma chère et mon unique amie, qu'ai-je à souhaile plus heureux que la mort ? Et qu'est-ce que la mort après tout ? 1 un d'une course mesurée : un port après une pénible navigation ; ^ de toutes les inquétudes et de tous les soins ; et si celle mort est , c'est le commencement d'un bonheur immorteL Si je ne meurs 4ssnt, il peut arriver que la mort me surprenne moins prépaons que j'eusse évité le précipice où je suis, elle serait venue milieu de quelque espérance flatteuse, lorsque mon cœur, ^ ités terrestres, n'aurait eu de goût que pour la vie.

He, ma chère, d'ajouter que, malgré les raisons qui me

Tt, je ne voudrais pas, comme une âme lâche, abandon-

oto lorsque je peux le conserver, et lorsque la volonté du ciel

.ail un devoir. Il est vrai que je me suis sentie pressée plus d'une

«ois par celte coupable pensée : mais c'était dans le (rouble de mes plus

vives douleurs. Une fois particulièrement, j'ai raison de croire que mon

désespoir m'a garantie du plus infâme outrage. 0 ma chère! vous ne vous

imaginez pas ce que j'ai souffert dans cette fatale occasion ; et je ne sais

pas moi'mêmo de quoi le ciel m'a sauvée, lorsque le misérable voulut

s'approcher de moi pour exécuter ses horribles desseins. Je me souviens

avec étonnement d'une résolution que je n'ai jamais sentie, d'un courage

accompagné de modération, et d'un empire sur tous les mouvemens de

mon âme.

Gomme je suis persuadée que les violences exercées sur moi-même, après l'horrible attentat, auraient marqué plus de vengeance et de désespoir que do véritables principes, je ne me croirais pas moins criminelle aujourd'hui, si je négligeais ma santé par obstination, et si je me jetais ▼oiontairement dans les bras de la mort, lorsque je puis l'éviter. Quelles que soient lè-dessus les suppositions de ce méprisable mortel, de cette âme basse et aveugle, n'attribuez pas non plus, ma chère, à des excès de mélancolie et d'abattement, ni même à des molifo d'orgueil et de vengeance, la résolution à laquelle je m'attache de ne jamais être sa femme, et jamais par conséquent celle d'aucun homme. Loin de mériter ces imputations, je vous proteste, ma chère miss Uowe, que je ferai tout ce qui dépend de moi pour la prolongation de ma vie, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour convaincre ceux qui daigneront s'informer de ma conduite, que je n'ai pas manqué de fermeté dans mes peines, et que je me suis du moins efforcée de résister aux maux que j'ai attirés sur moi. Mais voici, ma chère, une autre raison , une raison qui vous convain-> cra vous-même, comme je vous l'ai promis, que je dois éloigner toute idée de mariage, et me livrer à des soins tout à fait différons. Je suis persuadée, avec autant de certitude que j'en ai d'exister, que votre Clarîsse ne sera pas long-temps au monde. Le vif sentiment que j'ai toujoure eu de ma faute, la perte de ma réputation, l'implacable disposition de mes proches, joints au barbare traitement que j'ai essuyé lorsque je le méritais e moins, m'ont saisi le cœur avant qu'il fût aussi bien fortifié par les motif» de religion que j'ose me flatter qu'il l'est aujourd'hui. Que ce ton-

446 CLABISSB BABLOVB.

giigd ne TOUS chagrine point, ma ehftre; ma»» je suis sûre, si je pois le dire avec amek peu de- présomption que de regreti que j'arriverai bieolM au teûne d» taules les agitation» humaines*

▲ présent, na chère amie, TausooBnaisaez entièr9meiitle foaddeoioa âme. Ayee la bonté d'écrire aux daniea de oette iiUistre maison 91e je lenr sois inOaîiieirt obligée de la bonne opiaion qu'elles ont de moi , el que j'ai été plus ieltée ^e je crayaâ» pouvoir l'ôtne dans* cette vie, d'ap** poendre qvevsone me connatire personnettemenl, elles m'ont crue dign% apcte ma disigrâoa, d'aoe alliance avec leur honorable faraiUey naaia qa'it mTest absohimcttt iuipoesible d'accepter l'offre de leur pavent. Joignex^jr, macbère^ un exiraic de ma lettre, tel que voue le jaugerez aécessaire, pooK denMT quelque poids h mes raisons.

Je serai charmée de savoir quel jour vous partirez pour votre voyage^ dans quel lieu vous vous arrôierez, et si vous ferez un long séjour dans nie de WighI.Ne me laissez rien ignorer de ce wn concerne votue bon^ heur et votre santé*-

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