‹ Clarisse HarlowChapitre 50 sur 62 · LETTRE CCCXXI · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXXI

mOB CUBI8SB aàB(LOY«y ▲ 9L iriu.

Same<D, S août

Madame et ina très bonorée mèce,

Un criminel convaincu n'approcha jamais de son juge arec plus do terreur et de repentir que j'en apporte à vos pieds. Je puis dire, avec la plus parfaite vérité, que si ma très humble prière ne regardait pas l'intérêt d'une autre vie , jamais je n'aurais eu cette audace. Mais, après le paidon du ciel, la grâce que j'ai à vous demander est ce qu'il y a de plus nécessaire pour le salut de votre malheureuse HUe. Si ma sceur avait oonnu toutes mes peines, elle n'aurait pas pris plaisir à me déchirer le oœur par une rigueur qui me parait excessive. Il me convient peu de ne plaindre de sa dureté. Cependant, comme elle m'éait que c'est à moi de iaiie connaître que mon repentir vient d'une véritable conviction , plus que du renversement de mes espérances, permettez -moi, madame, de vous assurer que je suis dans la di^osition convenable pour demander la bénédiction qjue je sollicite, puisque ma prière est fondée sur le plus sincère repentir : et vous vous le persuaderea plus aisément si celle qjui n'a jamais eu pour sa mère le moindre déguisement volontaire mé* rite d'être crue , lonqu*elle déclare solennellement qu'en consentant h voir son séducteur elle était déterminée à oe pas f antir avec lui; que sa téméraire démaniie est moins venue de son aveuglement que d'une odieuse contrainte, et qu'elle y était si peu portée ^l'indination, qu'air moment qu'elle est tonabée au pouvoir d'aulrai , elle s'est livx ée k des mgoets amers 9 qui ne se sont pas relftchéa un moment, avant même qu'elle eût sujet de craindre le traitement qu'elle a malbeuisQiisement eiBuyé»

Je vous conjure donc, ma tnèschèBe mère^ j(i ▼ous oMqmBe itgenoBx,. car «'est ^ans^tette |>osture fjoe j'écris, 4e m^accorder ii^tfeMnédiclioo*

CLABI8SB HABLOVB. ^^

Dîtes sç](^!ement en deux mots (je ne demande point que tous m'honoriez dôf nom de voire fille), dites seulement : « Malheureuse créature, je vous pardonne, ot que le ciel ait pitié de vous! » Voilà mon unique prétentidn. Que je voie de votre chère main quelque chose d'approchant, sur le plus misérable morceau de papier. Je t'appliquerai sur mon cœur ;. je .le preesèrai oontre mes lèvres dans mes plus mortelles agitations ; je le regiidèrai comme un passeport pour le ciel. Et s'il n'y avaii pas trop de piëMMiiption à demander qu'il fût au nom des deux personnes à qui je dois 4e plus de respect et d^amour, il ne me resterait rien à désirer. C'est àktÊè^id je jn'écrierais : ce Grand Dieu ! Dieu de miséricorde! tu vois dans ce papier l'absolution d'un père et d'une mère justement irrités. Ohl joins-y la tienne et reçois une pénitente dans les bras de ta bonté!» Je n'emploie pas, madame, les motifs de la tendresse maternelle, dans la crainte de paraître encore plus coupable aux yeux de mes rigides censeurs. Mais, au nom de Dieu, daignez prononcer que vous m'avez pardonné ; i9i vQvi9Jie voulez pas que le désespoir accompagne jusqu'à sa deniiè^e heure

Votre CuaissB Uaiu^v^,

|£TmB CCGXXH.

mss CHARLOTTE ^oraAiau. A wss qjmisw ^abloîK*

' Lundi, 7 août

Kous n'avor^ pas attendu, très chère miss, b lettre que vous ipe faitqi l'houi^eur de m'écrire > pour juger que M. Lovelace est absolument io4iTgnede vou^. Aussi espérions-nous son pardon moins de voire considçre^ticm pour lui, que des sentimens d'amiiié que nous 60uhaiterio|;is de voq^ inspirer pour nous? car nous étions tous déterminés ^ vous aiio^er, à vQus admirer, à vous donner les plus tendres marques de notre t^idresse et de notre admiration, quelque condi^ite qu'il pût tenir avec vous»

Mais, après votre lettre, qu'oserons-nous dire de plus? Cependant je TC^fPis ordre de vous écrire, au nom de toutes les personnes qui vqnt signer la mienne , pour vous faire counalire à quel point nous SQKpines touchés de vos peines; pour vous dire que milord a dcfendli pour jamais à M. Lovelace d'entrer dans sou appartement : et comme les malheureux effets du méconienlement de votre famille peuvent vous exposer à quelque incommodité dans votre situation, milord, n^Iady Lawrance et milady Sadler, vous supplient d'accepter pour toute votre vie, ou du moins jusqu'à ce que vous soyez entrée en possession de votre bien, cent guinées par quartier, qui vous seront portées régulièrement par une personne de confiance; et ne croyez pas, ma chère miss, nous vous en conjurons tous, que vous ayez obhgation de cette offre aux afpi^ du vil personnage, car il n'a plus un ami parmi nous.

.Nqus vous demandons toute votre estime, et les mêipes sentimens que VQus auriez pris pour nous, si nous avions obtenu le bonheur qui faisait notre plus douce espérance. ]Sos vœux se réuniront sans cosse pour obtenir du ciel le rétablissement de vos forces et la plus longue vie ; et pujsque vous ne voule?; plus recevoir nos sollicitations en faveur de ce misérable, permettez du moins, lorsqu'il sera parti pour les pays étrangers, comme il s'y prépare, que nous fjhercbions à nous j)roc4rei: l'hoi)?

4dB CLABISSB HARLOVB.

neur d'une liaisoD personnelle avec une personne incomparable. Cest la plus ardente prière de vos très humbles,

M...>SabaSadleii, Elis Lawrance, Charlotte MoiirrAicu^

• Marthe Montaigu*

P. S. Vous nous causeriez un mortel chagrin si vous refusiez nos justes offres; chère miss, ne nous punissez pas des crimes d*autrui. Noos faisons partir celte lettre par un exprès, qui nous rapportera sans doute une réponse aussi favorable que nous le désirons. M. Lovelace se sert de la même occasion pour écrire ; mais nous no savons pas à qui y comme^ il ignore lui-même a qui nous écrivons.

LETTRE CCCXXni.

M. LOYELACBy A H. BELFORD.

Bêoiedl, S août

Je suis si désespéré de la lettre do miss Ibrlove à ma cousine Montaigu^ que je suis incapable d*aiten(ion pour tout ce que lu ni*écris. Qu'il lu» convient mal de crier merci pour elle-même, lorsqu'dle en mnrque si peu pour autrui I c^est une véritable Harlove. Cependant elle possède tant de charmes et de parfeclions que je me sens force de Tadorer, et que mes adorations croissent par sa haine et ses dédains.

Tu reviens sans cesse k tes maudites idées de langueur, do faiblesse et de mort ; lorsque tu saisis une fois quelques uns de ces mots, tu prends un détestable plaisir à le répéter vingt fois dans une phrase. Que je sois damné si je ne crois pas que tu reiiipoisonnerais plutôt de tes propres mains, que de souffrir qu'elle en revienne, et qu'elle te dérobe Thonncur d'avoir deviné juste ! Tu ne seras qu'un mauvais prophète. Elle vivra pour m'enterrer ; j'en suis plus sûre que toi, car le diable m'emporte si ]o puis manger, boire, dormir, et, ce qui est mille fois pis, si je puis aimer au monde d'autre femme qu'elle. Il n'y en a pas une, h présent, sur laquelle je puisse jeter les yeux.

Il fâut, Belford que cette divine personnesoit possédée de quelque mau* vais génie. Plus je considère son extravagance et son obstination, moins je suis capable de patience. Â-t-elle donc un meilleur moyen pour se faire justice à elle-même, à sa famille, h tous ses amis, quo celui de m'épouser? N*eût-elle qu*un jour à vivre, elle doit mourir ma femme. Si ses resseniimens chréiiens ne lui permettent pa<% d'y consentir pour ellemême, ne le doit-elle pas pour sa famille et pour son sexe, dont elle prétend quelquefois que l'honneur la touche si fort; et s'il n*y a point d'intérêt assez cherpour émouvoir en ma faveur ce caractère d*Harlove, quelle droit a-t-elle à celte pitié que tu ne cesies pas de demander si pitoyablement pour elle?

A regard de la mauvaise intelligence que sa lettre répand entre ma stupide famille et moi (car je t'apprends que nous sommes prêts ici à nous entre-déchirer), c'est cequi me touche le moins. Tous mes honnêtes parens ont la folie de me maudire, moi qui peux leur rendre dix malédio* lions pour une, et leur tenir tête, s'ils le veulent, du matin au soir. J'occupe une moitié du château, et, grâce au ciel, c*est la meilleure. Mais le comique de l'aventure, c'est qu'ils m*ont défendu l'entrée de leurs apparlemens. Je leur ai fait la même défense pour le mien* Ainsi je les liens

CUKI8SB BAftLOTI. 40

loua i^risonnierst pendant que je sois le matice dans la maison. Plaisans visages, d'oser quereller avec moi, lorsqu*il me sufflt de paratire pour leur faire loumer le dos, et pour les faire rentrer dans leur bnière. N'es* ta pas on joli personnage, de l'être ongagé à transcrire une partie ôxL lettres que j'ai eu la simplicité de t'écrire dans la confiance de l'amitié I I)es lettres ! tu aurais dû laisser couper ta maudite langue, pliiiôl que d'a- Touer jamais que tu les eusses n^çues. Prends garde, et malheur à toi si Taris t'arrive trop tard I prends garde, te dis-je, de lui abandonner une feule ligne de moi. Situ t'es déjà rendu coupable d'une infidélité si noire» je te d^reque la moindre yengeance que j*en veux tirer est de rétracter la parole que je t'ai donnée de ne pas la voir, comme tu as violé la tienne en communiquant ce que tu n'avais reçu que sons le sceau die l'amitié.

Je suis trop malheureusement convaincu, par sa lettre à Charlottet qu'elle est déterminée à ne me voir jamais. Elle nomme ma conduite avec elle une méchanceté êan$ exempU. Mais comment sait-elle si bien oe qui mérite ce nom? où a-t-elle appris à faire des distinctions dans œ genre?

Mais quelle tempête son mépris n'excite-t-il pas dans mon Ame? jamais, jamais l'orgueil d*un homme ne fut plus mortifié. Qu'elle me rabaissa jusqu'à mes propres yeuzl Comment est-il possible que l'admiration et l'amour résistent dans mon cœur à cette épreuve? de la haine ! du mé-. pris! un refus solennel! Si le succès avait répondu à tous mes dcsseinSy je trouverais peut-être de la justice dans une partie de ces ressentimens; mais être sortie victorieuse, triomphante sous toutes sortes de faces^* Ah ! c'est pour l'avoir souffert qu'elle me doit du mépris..

Cependant je veux hasarder encore une lettre. Si je n'en tire ancim fruit, ou si je n'obtiens pas de réponse, je m'efforcerai do b voir, quelles qu'en puissent éire les suites. Si son obsiination lui fait trouver le moyen de m'éviter, je signalerai ma vengeance par quelque attentat éclatant OODtre sa miss Huwe, et je quitterai pour jamais l'Angleterre.

A présent, Delford, puisque tu es dans le goût de lui communiquer mes lettres, fais -leur cette déclaration si tu veux. Ajoute que s'il est certain qu'elle m'abandonne, il ne l'est pas moins que je sorai abandonné dactel.

LETTRE CCCXXIV.

■• LOVBLACB, k H. BBLPOID.

LODdi, 7 tout.

Il est donc vrai que tu as remis à la belle implacable un extrait des lettres que tu as reçues de moi dans la confiance de l'amiiié! Belford, prends-y garde. Je t'aime assurément plus qu'aucun homme du monde , mais le point oh nous sommes est plus délicat que tu ne penses. Je suis résolu d'épouser miss Uarlove; et je l'épouserai, fdt-ce au dernier soapir de sa vie.

Elle compte, dis-tu, sur la parole que je t'ai donnée de ne pas la chagriner. Tu peux lui déclarer, de ma part, que c'est un point qui dépend absolument d'elle-même: c'est-à-dire, du parti qu'elle prendra, de faire réponse à ma lettre, ou de la payer du méprisant silence dont il lui a déjà plu d'honorer mes dernières. J'écrirai d'un ton si humble et

^d^tiô dést^Mlàs'si'rïitkotinables, qu'elle ih'épèi^tftitlétti , à m tHÈàH^ tt^èst pâs celui d'ane yétitable HaflôVô. Btai^ potir l^d)téctit!oii test) taire dobt elle pensô à te charger, compte qu'il H^èn $eVà t^éù. ÙiM' j^^isse si tu Tes. Premièrement, elle oe mourra point». Btt éetîoiïffW ^ul autre que moi rte lai èera ricfn , ti*osera lui rt^ ètte. ton ïXsiAi 'M déjà t¥op grand, d'étrô admis foud les jourd k sa ptiéâetité, de là dé hii parler, de renleiïdre, p(^ddant ^u'il m"estdéfèyldud'approdh€fi^•SJa 'Vlib tifô sa tenètté. Etre capable de jeter sur moi', de la régibû dte étollâ, '(Hl éa lète m'est caiiihéé, tai^tôt tiM (teil de méjpt^, tantôt uti oeil de fléé mttcàt^ pïus offetisadt, <?ést ce qu'iï m*est împ(«sil)le dtt ^ttt^ttir. ' ' ' » Je t^apprèndà qt!^ si Ma lettre e^ sans suo^s , je sadtai Mirm6iftie#'la 'Mmpant^ foliëf^uî a ttèuvé le tùtfyeû && s'itasiti^âf dHH» inoû t€^)^i^ bien je l'arracherai oe cœur, et je Toffrirai à ses yeux, pour lui hâté Vok <ii€liibi)^ta if est plu^ ieMfe que 16 sîeA , qtfdiqd'ellè , et toi , et to\A le 'VMHidb, ait pris h libefi'té d« le ttaîtëf de rocheK Si je ^Ws rejeté, al^eMs iniVancé I^ rôiiins de !à fnaudilte SMhh ^ tt'Mspoi^ct teuvs mëilléMs 'iXfetè ; ear ma pîiemiè^e détnarèhe seta de «mettre le fem à <^ rëpttité^e serpens ; et comme il n'est point à craindre que je les prenne diritô tlb 'ttdfùent oh , $diram Ife latig^^ dé Slfelest^ea^, c^ AkHV« tHèM fê pM \'êà Mulj itaa fettigfeance detia (xnttplèée , pottt ce mohde et pour ratifia. ^

toiidi, 7 août.

' VéV^ le» tmbrà qai dèivent me faire teramdre «utaalt de étÈoiXlés

^ftriii» eiMendre mes priètfe» qa^à nnriter ma grâee, je me puis ne 44-

ifMMiffe de Tovs éorire encore one foh pom: vous supplier de metMsfr

•lepotttolr d'eïpiBF, autant qu*it est possible, les inpires doat je tm

connais co«pable,et j*espère que oette hardiesse vous oiiraseia

qu'elle visite. Voire pureté aagélique et le réveil de ma coascienoetoiit

4ee léuelgnarges qui déposent hautement cbntre moi. Mois la bonté qui

x'veu* yoUrterait à me pardonner vous éentoerait des droite étemels Édr

ma reconnaissance et ma soumission. Pardonnez moi donc, ma très dMa

vie, ma divinité sur la terre, fondement visible de toutes mes espérances

futures I comme vous espérer le pardon pour volis-même, vous qui croyez

avoir besoin de le deBMkoder aussi à la bonté du ciel, daignez me l'ac-

cordei;, et consentir à vous trouver au pied de l^autel avec moi devant

les pe'fsonnes qu^il vous plaira de nommer, pour vous assurer des droits

^Minérables sur fe plus repentant el le plus affeatioftuéde tMfs teétitBàrs.

ttaiss peut-él^ eoidieiteriefe^vôus en teflvps d'épireave. Petft^m Me

'fttfsie d!éflaAbe et de tiCs méconietatemens voue fotit4lg troovet tMf <de

diiQctaté à me rendre votre faveur «assiiôt ^oeenoii Ottur la décret dms

iSèMe supposition, ]è me soumets à tootd» «*éi9 totoMés.^ Voue ne iéiImI-

B serez point de condition que je n'embrasse avec ardeur, si téUë #ie dnéz U mbtùdiê errance. Roviorez'flfioi dètao de quef^iMs rMié de lMbdk»è Ipotff m'encoûragér defB cet espoir coédK>iolHiel. ' Ite Mfuser utae grftce si chère et si précieuse, <fest tM jeie^daMI'le . dèk'hièr déséstibir. Mais, alofrs même, je dois 2i totftes sortes de fbKfli^ libélHAlé)^ rocâ^dft de itte jeter à tds pieds p6i^ a'av6ii^ point À h!^ 1t^ .

GLARISSB HARLOTB. ' 471

' proclier ffavoîr omis quelque chose qui m'ait paru propre à vous atlen- ' ^ drir, car c'est de vous, madame, c'est du pardon de votre cœur que •f je fais dépendre tout mon bonheur pour ce monde et pour raatre. Rejeté r* de vous, je n'adéods plus rien de la miséricorde du toui-puissaat. Votre cause, madame, est celle de la vertu, et, par conséquent, celle de Dieu même ; ne dois-je paa m'altendre qu'il la fera triompher par la perte d'un homme qui s'est rendu aussi coupable que moi^^si vous marquez, en me rejetant, qu0 vous me jugez indigne de pardon? Je vous assure, madaniè, qii'il n'etitre dans mes instances aucune vue temporelle ou monr- dù^ ^ wconirt» <p» i« ^ ^^^^^ P®*"^ ^® pardon (fue je vous de- ^ iDWidie. MllordIL.* et sessoBuisne méiilOBipas non pins- le mien. Je les niteise du fond dti canif pour avoir eu la présomption de s'imaginer « «ua i8:pu»aeélfe£Qnduitpar la vue d'aucun avantage qu^ils aient le pouvoir de m'accorder! De tout ce qui respire, il n'y a que vous dont je V. veniHe EMew^ir lasiltn* loute votre conduite m'a paru fondée sur des • pciiic^ ai nobkes; et vdb naseptimeiB ont été si justes, que je ne vois iiBA en vous qn» sous un air divin.

Um^ je 1» répète, totsMOB déôrs se réduisenl «etueRement à qoel- < tfU8S*]igaes, qui poissent guâcber nts pus incertains, et me faire espérer (si vous poites à tain la cmMleacesdanoe; qu'après avoir vérifié mes pro- .' «OMos par ma conduits, il me sera yornie d'aspirer à l'honneur d'être ^ ,iil0tntUesMDiià 1008.

LOVBUCI.

iLETIRE CGCXXVI.

H* BELFORD, A 11. LOVELMS»

Ta situation commence h me faire pitîo, depuis que je te crois de bonne foi dans la peinture que tu fais de ton amour et de tes peines ; d'autant plus qrie quelque jugement qu'il te plaise d'en porter, il me paraît fort difficile que la santé de siiss Harlovo se létablisse. Je me flatte que, au fond , tu n'es pas fâché que je lui aie communiqué les extraits de tes lettres. La justice que tu n'aa pas cessé de rwdre à sa vertu fait tant d'honneur à ton ingénuité, que j'ai cru te rendre un important service. Cependant si vous trouvez mauvais que j'aie pris le parti de Tobliger» dans un point que je reconnais délicat, nous nous expliquerons à notre premij^ro entrevue. Je vous ferai voir, non seulement les extraits, mais les liaisons que je leur ai donnés en votre faveur. A l'égard de l'exécution teslamen-taire, n'«ntreprends pas, je te prie, de régler ma conduite et mes idées. Je ne dépends de personne apparemment. Il me semble qu'au contraire tu devrais te réjouir que la justification de sa mémoire soit entre les nains d'un homme qui te traitera, toi et tes actions , comme tu n'en saurais douter, avec toute la douceur que Thonneur lui permettra.

'Ta me parais toujours surprenant! que veux-tu dire, lorsque Ui as le front xCobservçr « ^qu'il lui convient peu de criex merci fiaur elle-même, elle qui n'en a |K)int pour autrui? » Oses- tu prétendre que les deux cas se ressenfilentT ce qu'elle demande uniquement, i^esi U dernière .bénédiction d'un pèce et d'une mère, leur denier {lardon pour une faute. quToi^ peut nommer involontaire.: èllA n^a d'aiUevrs aucune espérance d^être reçue de sa famille. Toi, tu demandes le pardon

473 CLASinB HABLOTI.

d'une injure préméditée : on te raccorde, à condition que tu ne donneras pas de nouveaux sujets de chagrin ; et ce pardon te laisse Tespérance de rentrer en grâce, peut-être môroe do te voir un jour lo mattre absolu da plus riche trésor du monde. Que je te trouve injuste I la raison oommea* cerait-elle à l'abandonner?

LETTRE CCCXXVn.

MBS GLABISSB HlftLOTB, À M. LOTEUCB.

Yendredi, It août

Cest une alternative bien cruelle, que d'être forcée de tous voir on de . .vous écrire. Mais j'ai perdu depuis Kong- temps le pouvoir de suivre mes propres inclinations. Ainsi, pour éviter un plus grand mal,et jepuiadire aujourd'hui le plus grand do tous les maux, je me détermine à tous écrire.

Si j'étais capable de déguiser mes sentimens réels, je pourrais tous donner les espérances que vous me demandez, et n'en pas demeurer moins attachée à toutes mes résolutions : mais je dois tous déclarer, monsieur, et mon caractère m'y oblige, que ma vie dût-elle durer [4o8 d'années qu'il ne me reste peut-être de jours, et fussiez-yous le seul homme au monde, je ne pourrais et je ne voudrais pas être h vous.

H n*y a point de mérite à remplir un devoir. La religion m'ordonne^ non seulement de pardonner les injures, mais encore de rendre le tnen pour le mal. Toute ma consolation, c'est que, par la grêce du ciel, je suis à votre égard dans une disposition qui me fîiit trouver la soumission facile h celte loi. Je vous assure donc que, dans quelque lieu que vous alliez, je souhaite que vous soyez heureux , et dans ce souhait, je renferme toute sorte de bonheur.

À présent que j'ai satisfait, avec beaucoup de répugnance, je l'avone, à l'un des deux points que vous avez exigés, j'en attends le fruit.

Clarisse Harlovs.

LETTRE CCCXXVni.

■• LOVELACB, A ■• BBI^ORn.

Dimanclie, 13 août.

Jenesais quel diable me tourmente. Da ma vie je ne me suissenti si mal. J'ai pensé d'ubord que quelqu'un de mes honnêtes parens m'avait administré une dose de leur préparation, pour se rétablir dans l'entière possession du chêteau. Mais comme je suis Tunique espérance delafamilto, je veux croire qu'ils ne sont pas capables de cette méchanceté.

Il faut que je quitte ma plume. Je n'ai pas la force d'écrire. Que dois-je penser de ma situation?

Milord M... sort de ma chambre. Il m'a rendu une sombre visite, pour savoir comment je me trouve de ma sjignée. Ses deux sœurs sont parties hier; le ciel en soit loué! mais elles ne m'ont pas fait Thonneur de me consulter sur leur départ ; à peine m'ont elles dit adieu. Milord est plus tendre et plus retpeelueux que je ne m'y attendais. Les hommes ont moins de peine à pardonner que les femmes. J'ai mes raisons pour le dire; car, outre l'implacable miss Harlove et les deux vieilles sœurs, mes deux guenons de cousines n'ont pas encore approché de moi.

CLA1I88I HABU>fl. US

Mt nangert ni boire, ni dormir Ile cas est asseï triste, DeUnrd. 81 fafab la folie de me laisser mourir à préseot, on dirait qne miss Harlofe nVtfàit cre?er de chagrin* Que sa cruauié me pénètre jusqu'au fond dn œur, G*est ce que je ne puis désavouer.

Au diable Tinsommie el le dégoût I Ecrirons : je Teox m*en délivrer k tofce d'écrire. Mais c'est en rain. La vigueur me manque* Pauvre Lof»lacel que diable as-tu donc?

Bsajons encore , malgré les frissons et les bâillemens qui me désolent. Par où commencer? Parlerons-noos de ton offloe d'exécuteur testanentaire? Tu es menacé d*une double fonction. Je crois réellement que tu peux m'envoyer un cennieil et un drap mortuaire. Je serai prêt pour Fusage, lorsquHts arriveront.

Quelle petite folle que cette miss Harlove I Je te garantis qu'elle se repentira dem'avoirrelusé. Une jeune veuve si charmante I Qu*ei!e regrettera d'avoir manqué l'occasion 1 Quel éclat n'aurait-elle pas répandu sur sa parure funèbre 1 Devenir veuve au premier dea douze mois, c*est un des plus grands bonheurs qui puissent arriver à une belle lemme...

Laissez-moi ; je veux écrire. Je suis donc bien mal , puisqu'on mMn* tordit toute espèce d'application?

Tu parab piqué, mon cher. Est-ce pour m'avoir mordu? Je te trouve fort plaisant à mon tour. Crois-tu que deux amis n'aient pas quelquefois le privilège de quereller, comme Thommeet la femme? Et quelles peuvent être ici les conséquences? Je ne suis pas en humeur de me battre à prt^nt. Tu peux me croire aus&i patient que le poulet qu'on me présente avec mon bouillon.

liais, tout indépendant que tu es pour l'exécution testamentairOi je ne t'en déclare pas moins que jamais je ne sou If rirai que tu exposes mes lettres. Elles sont trop ingénues de la moitié pour être vues.

Ne laisse pas de m'écrire, et tâche, s*il est possible , de m'envoyer la copie de tout ce qui s'est passé entre miss Harluvo et Charlotte. Je le promets de ne pas ouvrir la bouche sur les communications do cette nature. Maiâ , cro>i-moi , les généreuses offres que mes parens font à ma charmante ne changent rien au dégoût que j'ai pour eux. Mais elle est aussi flëre qu'implacable. Elle aimerait mieux vendre jusqu'au dernier de ses habits que d'avoir la moindre obligation à personne , quoiqu'elle soit sûre de faire plus de plaisir qu'elle n'en recevrait.

ODieul Dieu!... Par ma foi, je mecrnis mourant. Adieu, Belford.

Je me suis trouvé si mal, dans l'endroit ou la douleur m'a interrompu, qne j*ai été forcé de quittrr ma plume* Mon oncle, averti par mrs gens, s'est hfllé de liiire appeler le mi.iistre de la pciroisso , car l'aumônier du château est absent. Ils m'ont trouvé sur mon lit, dans ma robe de chambre, et tout à fdit sans connaissance. En ouvrant les yeux , qu'ai-je vu autour de moi? Le ministre h genoux d'un côté et milord de l'autre. Madame Greme , qu'on a fait venir pour me servir de ce qu'ils appellent une garde , était dans la même posture au pied du lit. — Je remercie le <^l, ai-je dit à milord, dans une espèce d'extase : où est miss Harlove?... J'ai cru de bonne foi qu'ils étaient prêts à me marier.

Ils ont pris mon discours pour un délire, et leurs prières ont redoublé è plus haute voix. Co bruit m'a léveillé les sens. J'ai sauté de mon lit à terre, j'ai mis mes pieds dans mes mules, j'ai ouvert une de mes poches, et j'en ai tiré ta dernière lettre, avec les méditations de ma char-

( TumMt (1)1' -«MiMiiait» nooMa^ le^idosteiir, madiinio Omniey^ leitr ypje > '4k) ibo» iqf)MfÇ9tKu:>qsqiieauiourd^ nmtnrais gsriieniBril^Mis

voyez; je puis vous faire une lectute aussi pieuse qug tos .p>iè^BMg>titee 5I WDt «%ardéi mw éionfuramt. Tai lAtBér et j'ai liv: ^ m'ont f MAigué 'OlitoÉ^ ;|oatfÉge»et Isutadioiiationf Jls>onft levé tenniia et lesyemDku

ciel; et le docteur a dit qu'il avait toujcflûvs cegârdé coœace uoéctaAse -ofi^pMllile qa'aiclMiitnd d'dspiil tel que UDr fûl aussi roéchoiit ^An le

- a jfMbllâil. Mitord, bégvyint de joie,ia'a fi^iloiié de mm coneermn.; et^gîioe ' JftMtt'Chère mi» Hailove^ Je me Biii».faii ime'endlente lépiMatântièfea

fle tels. Ba ufi<mot, ne voilà bie» établi duisile dtàmevet donetni^iilla paroisse. Mais que vois-je? Je n'en suis pas qanKeeBGOte. ;'

«C'est tttfe TisHe M JeixedHits Monteigii., ooedinles par me» ohcle, fëUT me félidter te«t è la fois de mon rétdilisnnient et de ma léftinaaliee.-Quel heureux é^éeettient que dette maMie et les médîtetiowaïui < -se «Obt trouvées danwixm fociMl C'est ainsi qa- étant éeotier je «efieigneis à ceux qui sortaient de l'église pour fure croiciB que fj ovale ëié mei-ffiême.

Ma charmante se trompe, lorsqu'elle â'tmegîne que je Mai propisé 8t9 m'écrirc, comme une altefcMtîve qui la garantirait àd me vielte.tC'est

- "un mal qu'elle n'évitera point , et dont je n'ai pensé h l'exempter qMu* isni qu'elfe m'aunait fait une réponse conforme k mes espéranees. F^ls^lui i^lrre ma lettre. Je ne lui ai pas fait cette promesse. Bn d^it d'elliet

^ 'de^toi, je serais k ses pieds demaiit au plus tard, si je n'étais pas retetm par les talons, comme un misérable qui n'a point de eeeows à tiràr;de

'^ 'lui- même. Mais je commence à me trouver mieux d'heure en heuie. Tu me verras bientôt à Londres , n'en doute pas. Cependant ii^n dis thék à ma chère, à ma cruetle et implacable mi^s Harlove. Adieu, Bôlfotd. Je bâîUe eneose. Qmelle-étrange figure tu verrais faire

' àkon Lovelace !

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