LETTRE CCCXXXI
BBLFOHD, A H. M. LOTELACB.
JMAi,17
Ma joie est extrême de te j^avoir déjh aussi bien que ton messager in*en assure. Ta leltre semble marquer que tes principes se réparent arec ta santé; c'est une leltre que j'ai pu faire Toirè miss Harlore, et je n'j ai pas manqué.
Cette diyine personne est plus mal que jamais. Je n'attribue ces inégalités qu'aux 1 tires qu'elle reçoit de son implacable famille. Jo n'ai pu me procurer un long entrelien avec elle: mais ce qu'elle m'a dit, dans une Tisile fort courte, va te la faire adorer plus que jamais.
Elle a donné beaucoup d^attention h ma lecture : et lorsque je l'ai finie: —11 est à plaindre, m'a-t-olle dit. Que je le plains en effet, si cette lettre est sincère ! Il a connu , dans plus d*une occasion , que je n'étais pas incapable de générosité , s*il y avait été sensible. Mais son repentir est toute la punition que je lui souhaite , et cela pour son propre intérêt... Cependant, je dois être plus réservée, si vous lui écrivez tout ce que je dis.
J'ai marqué de Tadmiralion pour sa bonté.
— Ce n'est pas la bonté, m'a-t-elle dit ; c'est une situation d'âme dans laquelle je me suis établie pour mon propre avantage. Je souffre trop de ne pas trouver la pitié que je demandu, pour ne pas souhaiter que tous les cœurs pénitens puissent l'obtenir. Il parait pénétré de repentir, at-elle ajouté ; je ne dois point aller au delà des apparences. S'il ne Test pas, c'est lui-même qu'il trompe uniquement.
Elle était si mal, que cot entretien n'a pas duré davantage.
Quel sujet, entre les mains d'un grand maître, pour une excellente tragédie I Tant d'outrages accumulés sur l'innocence ! Sa conduite, au milieu de ses peines, également soutenue à Tégard de ses implacables parens et de son persécuteur! Les mœurs, néanmoins, souffriraient une grande objection ; car, jusqu'à présent, c'est ici la vertu qui paraît punie; à moins qu'on ne jette les yeux sur les récompenses futures, qui sont moralement certaines pour elle, ou qui ne doivent jam jis Têtre pour personne. Cependant corrompu comme tu es, et capable de faire un très mauvais mari, je ne sais, après lout, si ce n'est pas une récompense pour sa vertu, d*être délivrée de toi.
Elle a reçu avis , par une lettre de madame Norton , que le colonel Morden est arrivé en Angleterre. C'est le seul homme qu'elle souhaite de voir. J*cn ai témoigné quelque jalousie, dans la crainte qu*il ne soit préfère à moi pour l'office dont elle m'a honoré. Elle m'a répondu que œ n'était pas son dessein ; parce qu'en supposant même qu'il voulût accepter cet emploi, elle craindrait que divers papiers, qui passeraient nécessairement par ses mains, ne devinssent Toccasion de quelque désastre entre vous et lui, malheur qu'elle redouterait plus que la mort.
Tourville m'apprend que tu te rétablis à vue d'œil. Ce que je te demande h mains jointes, c'est do ne pas chagriner celle incomparable fiUo. Je t*en conjure pour Tamour de toi-même, pour Tamour d'elle, et pour le respect que tu dois à ta parole. Si la mort nous l'enlevait bienlOt» comme je n'ai que trop de raisons de le craindre, on dirait, et peut-tee
GLAU88B HAILOVB. iTf
âTOC justice, qoe ta visite a précipité sa un. Dans respérance que 4a ne seras pas capable de celte cruelle indiscrétion, je te souhaite on parfait léiabhasement; sans quuî, puisses-lu retomber, et te Toir long-temps eecbainé dans ion lit 1 Beltou approche de sa dernière heure. Il me fait dire qaii ne peut mourir sans me voir.
LETTRE CCCXXXn.
■• BELFOBO, ▲ mSS CIJJIISSI BAlLOVI.
Samedi, tt août
Madame,
lé croîs que Thonneur m'oblige de tous communiquer la crainte où Je stns que H. Lovelace ne se détermine à tenter son sort par une visite qu'il pense à vous rendre. Fasse le ciel que vous puissiez consentir à le reœ* voir f Je vous garantis que vous verrez, dans sa conduite, un resprct porté Jusqu'à la vénération, et toutes les marques d'un véritable repentir, liais, comme je suis forcé de partir pour Epsom, où je crains d*étre appelé pour rendre les derniers devoirs à M. Belton, que vous pouvez vous souvenir d'avoir vu, il me semble à propos^ dans l'opinion que j'ai des rtolutions de Bl. Lovelace, de vous prévenir par cet avertissement, aûn que son arrivée ne vous jette pas dans une trop grande surprise.
Il se flatte que votre maladie n*est pas aussi dangereuse que je la représente. Lorsqu'il aura l'honneur do vous voir, il sera convaincu que ce qu'il peut faire de plus obligeant pour votre santé est aussi ce qu'il y a de plus convenable pour son repos; et j'ose vous assurer que> dans la crainte de nuire à votre rétablissement, il 8*interdira toute autre visite, du moins pendant que vous serez dans une si fâcheuse situation.
Je me flatte que cet avis ne vous alarmera point, et ne vous fera rien entreprendre h la hâte. Il est impossible que M. Lovelace soit à Londres avant lundi, et mémo au plus tôt. S'il s'obstine à s'y rendre, j'espère d'être avant lui chez AL Smith.
J'ai l'honneur, madame, d'être, etc.
Belfoad.
LETTRE CCCXXXm.
s. loveucb, a h. bblfoed.
Dinanehe, SO août
Que tu as lo coeur impitoyable! Il n'est pas besoin de conscience avec un pédagogue aussi impertinent que toi. J'ai péché. Je me repens. Je n'aspire qu'à réparer mes fautes. On me pardonne, on accepte mon repentir, mais on m'interdit la réparation. Quel parti veui-tu que je prenneT Ne perds pas un moment pour faire ta visite au pauvre Belton. Mais, soit que tu partes ou que tu demeures, il faut que je me rende à Lon<» dres, et que j'essaie moi-même ce que je puis obtenir de ma chère inflexible. Au moment que ces tyrans de médecins me laisseront libre, assure-loi que je pars. Milord juge lui-même qu^elle doit m'accorder une entrevue. Je me suis engagé à lui, à mes deux cousines, de me conduire avec toute la décence et tout le respect qu'on doit à ce qu'on adore. Je
478 CLARISSE BABLOVE. \
tietaàrai parole. Si tu yeax diffSrer ton dépâit^ pour Epsom, ta en seras
, Ht ^rmm^ octonel MwNttftpoiic hMme tfhMBèw «i .4e Qamagt» Mai» le coUtael Morden s'esl mêié é'suAour conme Bdifpcd ei «kiL Ai €(Niaai$Hti»:^(iii!uft.<ttti ne ^oa «ile. 9»&t l'ai GMiveBl «ttiwd»|^atifÉ'i du colonel à ma charmante avec beauooup de diaëiictiioa oL ifûmm%K> Peut-élre seryira-t-il à lui calmer l'esprit, en inspirant un peu plus de raison à son implacable famiUie.
Il me semble que je suis affligé de l'état du pauyre Belton. Mais on ne peut être malade M< ^ayevettx, que tu oe mettesaiiMilôtles gens au rang des morts..
Attend§-fol, maTgrê ce que je l'ai dit dans ma dernière, que je lo ferai rendre compte à mon arrivée des extraits que tu as commimiquâk à miss H^rlDfre, suirtDiit û Mt Cfaw d'otetine à mo rejeter. Cûttbien d« 6» jse qw^je vu aœoréer parune femme ee: qu'elle aïoàl juoé de mexetetrr^ Mw por ces éiabios d^estnâls, je ne doulC' pasfaetuo'aios terr^ceelrai QMH la porte de son cœui , cooMoe elle était aoceutumée de oie Itorruf» celle de sa chambre. Si cette crainte n'est pas une injustice que je le^faîs.';. GûavioQs que tu t'es leidu ooupable d'une perfidie que l'anutié ne peni^ sMenir» el que l'honneur ne me permet pas ù» futéamm*
UETTRE CCCXXXiy*
H. LOVSLACB, ▲ tt. BQiX>KD.
Je oiois, ielibrd, que {e te dois des malédictions. Oependairt je làWi*^ cij^eraifas^sur le temps, et je vais le faire une plus longue letfre que fiun>» as reçu de moi depuis quelques semmnes.
Pour te>ca4her autenl qu'il m'était possiMe le temps où j^ais PéM» à^ «e mettre en marche, j« partis hier, à six dieveux, dans u» carresse d^MPflord, aussitôt que je t'eus dépêché ma lettre, et /'arrivai le soir à" Londres, le savais 4^*9 y tvêii peu de -fend à faire sur ton amitié dans les choses où le caprice de miss Harlove est intéressé. Gomme je n^avaisr pas d'autre logement prêt, je mesu^s w dans la néoessité de retourner à mon ancien gîte, où j'ai d'ailleurs toute ma garderobe. Là, j'ai distribué un millier d*imprécalions contre la détestable troupe, et j'ai refusé de voir Sally et Polly, non ^f|ilea)e|itpQ(y avoir, çeqffert l'évasion de miss Harlove, mais encore pour l'infâme aventure de l'arr^i et pour leurs insolens propos- dans sa fitisoB.
Je n)e suis AQAVQct. d'un habit que je n'ai jamais porté et que j'avais destine pour le jour de ma noce. Je me suis trouvé si bien dans cette pamre^et si eintent de moi<»même, ^ue j'ai QOB^Kàfuték eioirè «voo toi jae l^indroit par eu je vanx le<mieux est mon extéi ienr. i^i pris.vpe chaise ^foiteurs, dans laquelle je me suIb fait conduire chez Smith, tfon cœur sBotaitde joie avec des baH^me^s siniasqués qu'on les aurait pres^pio entendus. Je faisais- claquer mes doigts an hranle de la chaise. \)%i re-* commandé-à mes yeux de faire paraitre tour à tour de la teogueupet de la vivacité. J'ai parlé h mes genoux pour leur apprendre comment ils devaient se plier ; et dans le doux langage d'un de nos poêles, me prescrivant à moi-même des lois que j'exécuiais en imagination : « C'est ainsi, disais-je, que je prononcerai mes tendres (dainles, en fléchissaDt un ge-
y«,K(6!^taio8i^/j'ezcUfimsapUiôf c'esi ainsi ^ jQjpeindrai mes puâes ; c'est ainsi que je pousserai Un douloureux soupir à la vuede quel- . quee .dédains, paut-ôtrOo (joni j'apercevrai les, traces sur $oa Iront, et ' cWt ainsi que je trouverai grâce à ses jeux cbarmans. n [
^;^^ auis ^tcetenude ces idées jusqu'à la maison d^ Snûih» où mes pc^H^^^ont déposé leur fardeau^ Les coquins ont mis chapeau bas en c^f9pU,la chaise. Mon laguois» gui est en livrée neuve» s'est approché pour recevoir mes ordres. Je suis sorti d'un air roagnlûque. La ifemuie , de la piaisou paraissait S''£\gUer derrière son comptoir. Le respect et la C9ûpl^ ont donné de la gravité h ses traits, et je no doute pas qua ses g^i|x ne heurtassent contre les ais intérieurs.
fY> Valre serviteur» madame Smith, faites éloigner les porteurs etsui- ! ve^-moi. Vous avez une jeune personne qui loge ici, miss Harlove«.Estelto dans son apparteroeni? (J'allais traverser laboutique^
—Monsieur, monsieur, ayea la bonté d'arrêter. Nous avons effective- ' n^^iM iunc jeuno dame de ce nom. Mois, mais...
TT Mais quoi 9 madame ? il £aul que je la voleu N'est-ce pas le premier qiîr^Ue ooQupeî Ne vous en donnez pas la peine. Et je m'avançais vess r^SMliey:.
iT?r:B|«4MAB n'est point au logis U. elle est &ortie...eUe estàla campagne*
— Sortie : à la campagne? imppsa^hle. Vous ne m'en impesisrez^as» U faut^HB je la vioie. l^aL des afiakee ia]tpoirtaQta3.avec ^t
— Il est certain, monsieur, qu'elle n'est point au logis* JSS0 a fait eoi» « tendre une sonnette ; <— J0iin,.a-Vrell6 aRié,4asoenâw pnomptemenil*.. £n T<nté,t ronsieuSr^eUe n'est point.au logis»
Jaan est descendu. C'était le mari même : lonsque |ugeaat da ilui pav rwi(lenineote jbmiliarilé da la famfoe, ja oaie prenaisque pour un bemme àileuis gageai
1^ Mon cher anu, lui a-t^Ua «lit, mooâieur ne vaut pas croira^qpiediûss . Haiiovo Soit aoctie.
: Jaan a fait une piolendie joévéïanoa. aui; gaians de nan liaihi^ : «^ Votce sauf ilaur^ monsieur. BéeUement^ miafiflariofe n'est poioi à Londres. BUe eaà|niiliepour la aamjwigyw, >oe matia à six heusea^ par Tord» du médlDîn*.
Joinlaii'VMulu ccoice iiLle neri si la Csmsia.
' ^ife suis sâr, leur ai-je dit., qu'elle ne peutêtae h la «ampagne. le sais^qa'elife sa parle «Iras mai. fille n'eat pas en état de suppoiter ie mo»ymaoèùi léSaii eadros^. £anBaiaaeD-iioiislf . Bôlfiard.?
i«M.Oui ,1 maaaiaur. Nous aivtus rboneur de eoonatlre-t^e digne §êm^ tillM^KiRie. Il est allé voir un de-aeaattiis, qui est malade à la campagna. ll*aatt{Mirii samedi malin.
'^-^ Mai bien. Mois je sais, pa»aneiteitr»de1f. Mfard, ^pi»fllis»Haria9e ' est extrêmement mal. Comment pourrait-elle êtreaqrtie't
— Ohl monsieur, elle est ii>ès hhiI, en '^et. 4 peine è-^^^eS^ fa se traîner jusqu'au caBros8a..|eliirdrafH^pett8é^eii ma»»môiiM, IgnoiiBiile tamps de mon arrivée, et ne peut avoir reçu ma laite dtluer. Jimèslt malade qu'il me l'a représentée, il est impossible ^fif-eUe eoît softip.Oùaoot-ses gens? Faites-mol patte è ses ^nis.
v«-,^U« n'en a point d'astres^ mondenr, fà^um famne qii b garde daaa sa* malacbe^ ait «Ile femme eHqMtieamc atte* ;
480 GLAB18SB VAVLOyU.
^ Bh bienl mes amis, je n'en crois pas un mot. Pardonnez » mais ft ?enx monter moi-môme.
Là-dessus, Jean a pris un air plus sombre et moins respectueux s ^-* Monsieur, celte maison est à moi, et...
— Et quoi? Je veux la voir, et je la verrai; apprenez que j'en A éè droit. Je suis un commissaire. Jo suis monté. Ils m'ont suivi en mormorant, et dans un extiôme embarras. Lu première porte qui s'est ollèrte était fermée. J*ai frappé a«sez fort.
— Vous jugez bien, monsieur, que madame a la clé de sa chambre.
— En dedans; c'est de quoi je ne doute pas, mon cher ami; et ftà frappé une seconde fois. Comme j'étais sûr qu'au son de ma voix son naturel doux et timido la trahirait par quelque marque de crainte, qu'il me serait aisé d'eniendre, j'ai dit assez haut: — Je sais que miss Barlove est ici. Très chère miss, ouvrez, au nom de Dieul Accordez- moi rhonncur de vous voir un moment. Mais n'entendant rien et voyant l'air tranquille à Smiih, j*ai continué de marcher vers la porte voisine, oùfal trouvé la clé en dehors. Je Tai ouverte ; j'ai parcouru la chambredesyeux.
Le mari, piqué de mon audace, a dit à sa femme qu'il n'avait jamais to d'homme plus incivil. — Ami, ai-je répondu pour elle, en tournant brosquemenl la têie, observe un peu mieux ta langue, ou je te donnerai une leçon que tu n'as jamais reçue de ta vie.
— Monsieur, il n'est pas d'un galant homme de venir insulter les gens ' dans leur maison.
-* Oh ! je te prie, point d'insolence sur ton fumier.
Je suis retourné h la porte que j'avais trouvée sans clé. — Ma chère ' miss Harlove, de grâce, ouvrez un moment, si vous n'aimez mieux que je fasse sauter la porto. Je poussais si rudement, que Smith en a pdli; et la frayeur lui allongeant le visage, il s'est hâté d'appeler Joseph, un de ses ouvriers, qui travaillait apparemment au grenier. Joseph est des* cendu. J'ai vu paraître un garçon de trente ans, court et épais, les che* veux crépus, dont la présence a fait prendre au maître de la maison une contenance plus ferme. Maisft^onnant quelques notes, j'ai visité toutes > les autres chambres, j'ai sondé du poing tous les passages pour découvrir quelque porte dérobée, et je suis montéensuite au second, en continuant de chanter. Jean, Joseph et madame Smith me suivaient en tremblant.
J'ai poussé mes recherches dans tous les lieux qui se sont présentés. Je suis entré dans deux chambres dont les portes étaient ouvertes; j'ai pé* nétré dans les cabinets ; j'ai fait passer mes regards par la serrure d'une porte fermée. ^ Point de miss Uarlove, par tous les dieux Ique Cairet à quoi se résoudre? Quel sera son chagrin de ne s'être pas trouvée chas ellel J'avais mon dessein dans cette dernière exclamation : c'était de découvrir si l'homme ou la femme savait l'histoire de ma charmante ; et l'effet ne m'a pas trompé.
— C'est ce que j'ai peine à croire, a répondu madame Smith. —Pourquoi donc, madame t Sayez-vous qui je suis?
— Je le devine, monsieur.
— Et pour qui me prenez-vous? t
— Vous êtes M. Lovelaœ, ou je me trompe beaucoup.
Lui-même , madame ; mais comment derinez-vous si juste? Vous M mVicz jamais tu? (J'attendais un compliment ; mais je l'ai manqué. >
— Momieiir, monsiear, il n'est |Mts aisé de s'y mépfoiifr»; le monde ft'apes deux hommes teb que tous.
•— Port Inen, dame Smith. Hais est-ce aussi bons, est-ce aussi maofftîs? que Toalez-Toos dire? (j'espérais que pour le moins elle répondrait: dTaossi bonne mine.)
—C'est ce que je vous laisse à juger, monsieur.
-* Commeut donc, ami Smith, ta femme est un bel-esprit? Tu ne t'en étais pas défié jusque aujourd'hui. Mais où est madame Lovick ? M. Bel* lord en parle comme d*une itè» bonne femme ? Est-elle ici? Serait-elle aussi h la campagne arec miss Harlove ?
•— Elle rentrera bientôt, monsieur; elle n'est pas partie ayec madame»
—J'entends. Mais enfin, chère dame Smith, oh miss Harloyo est-elle allée? Quand croyez-Vous qu'elle revieano?
— Je l'ignore, monsieur.
— On ne me paie point de fables, dame Smith, dis-jo en lui passant la main sous le menton, sans m*embarrasser d'une laide grimace que je Toyais faire au mari. Je suis sûr que vous ne Tignorez pas. Mais vous avez un troisième étage. Qui loge ici ? Celte chambre me paraît fermée» Et frappant à la porte : — Y a-t-il quelqu'un? ai- je crié.
^ C'est l'appartement de madame Lovick, qui n'y laisse jamais la dé.
— Madame Lovick ! en recommençant à frapper, de grâce, ouvrez la porte!
Jean et Joseph parlaient ensemble, et semblaient gronder tout bas.
— Qu'est-ce donc, mes honnêtes amis ? il n'est pas civil de faire une conversation à part. Joseph, que te disait Jean?
— Jean I a répété dédaigneusement la bonne fenmie.
— Pardon, madame Smith, mais vous voyez la force de l'exemple. Si TOUS aviez marqué plus de considération pour lui, ne doutez pas que je ne vous eusse imitée. Recevez de moi cet avis : une femme qui manque de respect pour son mari apprend aux étrangers à le traiter avec mépris : par exemple, monsieurJean, pourquoi n'as -tu pas encore ôié ion chapeau devant moi ? Oh 1 tu Taurais fait , j*en suis sûr. Mais tu ne Tas pas sur ta tête, et je suis persuadé que jamais tu ne le portes devant ta femme ; dis, n'est-ii pfs vrai?
— - Trêve de railleries, monsieur, m'a répondu Jean. Je souhaiterais que tous les ménages de Londres fussent aussi heureux que le nôtre.
— Je le souhaiterais comme toi ; mais je veux être damné ai tu as des eofans.
— Pourquoi non, monsieur ?
. — En as-tu? réponds-moi. En as-tu ou n'en as-tu pas?
— Peut-être, monsieur. Mais à quoi revient cette question?
— Â quoi elle revient? Je vais te l'apprendre. L'homme qui n'a point d'enfans de sa femme doit s'attendre, dans son état, à se voir traiter de lean. Si tu avais un ou deux enfans, on t'appellerait M. Smith avec une révérence, ou du moins avec un sourire à chaque mot.
— Il me semble, monsieur, a répliqué la dame, que vous avez l'humeur tout À fait plaisante. Je m'imagine que mon mari et moi, si nous avions autant de reproches à nous faire qu'une personne que je n'ose fias nommer, nous serions bien éloignés d*êtro si gais.
-—Tant pis, madame Smith, pour ceux qui seraient obligés de vi?re
T. Ik St
482 CLARISSE BARLOVB.
^*î^ec vous. Mais je suis fiWftr^ ^ ifoié'itetfe ne pensez. J'ai le cœur ao-
f caillé *;ivita09Ot 'HéMslf oùr tDoweri»*je tm cdsèM'iniirftawttlI^vt Ma chère, mon adorable miss, si vous éles>là-liaii(, lëpoiidBV M HlNlMe
- Bwiïl jfrwiî'pourvoUi^yjoiwiWt' '. -
.^ IftestUar, m'a dit le bon>gfmliiy vou^ ferefs beatKxnlp'mieav de<4iscendre. Vous ne trouveriez plus haut que nos< ateliezB el aoBtliagasins. . -
, -^ Mtdfima Smilh, comiouerioi-iie de cfararcbM mis&HaBlovi»^' ' -^ Vous en êtes le maitre, monsieur. ■'-
.^ Je ne monterai denc pa»; car si mîsB riaflo?e y était, tous aeiiaz moins obligeante. Au reste , je suis* confus de vous «voir causé tante de peine. Vous êtes les gens les plus polis du monde. Joseph* (en lui donnant
. brusquement sur Fcpaule un grand coup, qui lui a fail faire un sautd*étonnement), n'as-tu jamais paho,.mon ami, à qui ferait la pLa»vilaâiie grimace? Je serai de moitié avec toi quand t\x voudras. Le coquin ne paraissait pas mécontent de moi ; et me regardant avec de graniTs jeox^ SA boucft^, qui s'étendait d^une orcillô à Tautre, au milieu d'une face fort large, faissaic voir de grandes et vilaines deùt^. Je ne veux pas nuire
• à ton travail. Quegagnes-iu par jonrT
— Je gagne un demi-écu, répoiidit*-il, avec on air de pétulaoc&re^ comme fâché d'avoir marqué de Teffroi.
• -^ Eh bien f voiUi une journée de tes gages, et tu n'as pdfs besoin de ' Me suivre plus leng-temps. Allbnd, J^an , ou monsieaf Smith , destendons ensemble, et vous ne ferez plus difficulté de m 'apprendre où ttiss Haflove est allée, et quand vous attendez son retour.
J(a* safe descendu à leur tête, suivi de Jean et de Josepfr, quoique j*eusse congédié celui-ci. La dame ne m'a pas quitté, par pohtesse apparemment pour mu étranger. En repassant au premier, je suis eutn^ dans une des ohambres que j'avais déjà vues. — Je pense, leur di-<je dit, : à' me loger dans cette maison, car jo n'ai rencontré de âka vie des |Mlrsonnes plus ebl^antes. Qu'àvez-vons à louer ici?
-^ Rien, monsieur.
-u« J'en serais fort affligé. Qui occire dbnc cette chambret
-^ ftloi,* monsieur, a- répondu le mari d'an ton assez rustre.
^ toi-même, ami! Jean? Eh bien! je suis résolue de te l'Otef • C^tte pièce avec une autre, et le moindre grenier pour mon laquais, c'est t»éi t (» q«e je désire. Je t*en donnerai le prix ordinaire et jfy joindrar une demi-guMiée par Jour.
-^ Pou» dii^ guinées par jour , je ne voudrais pasy monsieur...
— Arrête, Jean, ou monsieur Smith. Pense deux fois avant que- de^' parler. Je t'apprends qu'un refus est un affront pont moi*
— Monsieur, vnns ptatt-il de deseendre ? a repris la (fcme; en noos interrompait. Réellement, nnonsieur, vous prenez.»*
. -^ De grandes libertés, m'aUeii-vous dire, madame Smitliv •** Mais monsieur, j'aurais dit quelque chose d'approelvant. <— Je suis ddnc fort aise de vous a;voir prévenue; car ees> tterin^s* <JèM^ viendraient moins dans tetre bouche que d^ns la miettne% ka^î&aâi fd ^att devoir prendse u» logement ici, jus^au «etour d^ miaa'HÀrfove. €apendanty eonmier oi% peut af«if iMsof» de' vhms dans toCre bouHtlIV, ^éepeandeasy «t nou» y traiterons celle adaiii^ à notre aise*.
J'ai pris un chemin- qui m'étfait déjà ftimilier. Lonqoe je sois iflM
CtABTS^ BARLOVB. ttS
dans la boutique, n'apercevant ni banc ni chaise, je me suis saisi de la place du comptoir, et jVipris séance sur une sorte de canapé, entre deux ais chargés de sculptures, qui se terminent en arc. C'est une espèce do tr()ne, que ces fiers roam^liaDds se donneni, à Tiniitation des monarques, tandis qu'un simple tabouret de bois, placé vis-à-vis d'eux, sert de siège à ceu]^ 1^ lesquels ils gagnent leur pain.
le sais que tu Irouvecas de Timprudence dans ce rédt ;. mais je te l'ai bit exprès, pour te donner occasion de t'emportev contre moi, et de m'appeier endurci, ou de tout autre nom que tu voudras. Considère néaa*moinSf premièrement, que je sortais d'une maladie dangereuse, et que i^étais fort aise de me trouver en vie; ensuite, que je me voyais trompé P^r l'absence imprévue de ma charmante, et si piqué du mauvais accueil de lean, q}ie je n'avais pas d'autres moyens pour éviter d'être de fôit mauvaise humeur contre tout ce qui s'offrait à moi. Mais songe, surtout, que j'étais à la porte du temple , c'est-à-dire dans un lieu tout rempli des influences de ma divinité ; et puis, quelle joie d'être convaiocu, par son absence,, qu'il était impossible qu'elle fût aussi mal que lu me l'avais représentée! La chère personne a toujours pris plaisir elle-même à mon enjouement naturel, et se faisait un amusement de mes folles imaginations. Si lean et sa femme lui avaient appris, à son retour, que j'eusse lait le rôle d*un sot dans leur boutique, son mépris pour moi n'aurait fait qu'augmenter. Enfin,, j'étais persuddé que les gens de cette maison avaient une terrible idée de moi; qu'ils me regardaient sans doute comme un sauvage qui ne respirait que In sang et qui ne connaissait pas la pitié. X présent qu*ils sont faits à mon humeur et que madame Smith a vu, de ses propres yeux, que j'ai le visage, les mains et le regard d'un homme, que je marche droit, que je parle, que je ris et que je badine oomme un autre, je suis sûr qu'à ma première visite je leur trouverai de l'ouverture et de la complaisance, et qu'ils me verront avec aussi peu d'embarras que si nous nous connaissions depuis long- temps.
Lorsque je suis retourné chez la Sinclair, j'ai recommencé à la mau« dire, elleet toutes- ses nymphes, l'ai reproché au vieux serpent de m'avoir perdu de réputation, et d'être cause que je ne suis point marié, c'est-à-dire heureux, par l'amour de la plus exceUento personne de son sexe. Elle s'est efforcée de m'apaiser, et dans celte vue, l'infâme n'a pas eu home de me proposer ce qu'elle appelle un nouveau visage.— Laissemoi, laisse- moi, me suis-je écrié; jamais je ne verrai avec plaisir d'autre visage que celui de miss Uarlove.
Toutes les nym(^es n'ont pas laissé de me tourmenter beaucoup par kurs questions.
le ne t'ai pas dit qu'en sortant de chez Smith, j'ai donné ordre è Will d'atter changer d'habit et de revenir bieo déguisé aux environs de la boutique, pour observer le- retour et tous les mouvemens de ma chasmantt. Les miens seront réglés par ses iarormationa;.car je veax voir et je veDrai absolument celte chère personne. Cependant j'ai promis à milovd d'étiBchez lui dane trois jours au plus tard. Sa tendresse est fort au^ mentée pour moi depais ma maladie, le compte qiie l'espérance de mon départ, telle (|uehje;rai laissée à Smith,* ramènera bieatôu cette beU& à Londres, s'il Q6t vrai qu'elle en. soit sorlia, el comme mon laquais ne fait ^Ukr et yw^r peMt-étr^-secevsai^ttt demain une autœ leUroy
484 CLARISSE DABLOVB.