‹ Clarisse HarlowChapitre 53 sur 62 · LETTRE CCCXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXXXV

M. LOYELACB, À II. BELFORD.

Hardi, SS août, à sept bénies du malin.

n faat que je t'écrive b mon réveil. J*di passé une très lâcheuse nuit et je ne connais plus le repos. Après un sommeil mille bis interrompu, je viens de me réveiller dans l'effroi d'un maudit songe.

Il m'a semblé que je jouissais d*une entreyue avec l'idole de mon cœur. Je n'ai trouvé dans elle que bonlé, condescendance et disposition à pardonner. Elle s*e3t laissé vaincre en ma faveur par les inlercessioiis réunies de milord M..., do milady Lawrance, do milady Sadier et de mes deux cousine3 Montaigu, que je voyais près d'elle en longs habile de deuil. Milord avait lui-roêmo un grand manteau noir qui traînait fort oin derrière lui. Ils m'ont dit qu'ils avaient pris cet habillement pour exprimer le chagrin qu'ils avaient de mes excès, et pour toucher ma Clarisse par ce témoignage de tristesse. J'étais è genoux, mon épée à la main, offrant de la remettre dans son fourreau ou de l'enfoncer dans mon cœur, suivant l'ordre que j'attendais de sa bouche.

Au même moment, j'ai cru voir son cousin Morden qui s'élançait dans la chambre par la fenêtre, l'épée nue, en criant : — Meurs, L'ivelacel meurs h l'instant, et va subir un châtiment éternel, si tu balances à réparer, par le mariage, les torts que tu as faits h miss Harlovel

Je me levais pour répondre à celle insulte, lorsque milord s'est jeté entre Morden et moi, avec son grand manteau noir dont il m'a couvert entièrement. Aussitôt miss Harlovc m'a pris dans ses bras, et de cette voix mélodieuse qui a fait tant do fois le charme de mes oreilles, elle s'est écriée : — Ahl grâce I grâce! pour un homme si cher! Et vous» Lovclace, grâce aussi pour un si cher cousin ! Vurrai-je augmenter mes malheurs par le meurtre de l'un ou do l'autre?

Dans le ravissement d*une si douce médiation, je me suis cru prêt à aerrer ma charmante do mes deux bras, lorsqtie tout d'un coup le plafond de la chambre s'est ouvert et m'a fait voir la figure la plus ange* lique dont on ait jamais eu l'idée, qui me semblait descendre d'une voûte d'or et d'azur, au milieu d'un cercle d'autres anges, tous brillans de leur paiure et de leur propre éclat. J'ai entendu distinctement plusieurs voix qui répétaient d'un ton joyeux et triomphant : — Venez à nous I venez, venez à nous I Et ce chœur d'esprits célestes ayant entendu ma charmante, je l'ai vue monter avec eux vers la région qu'ils habitent. Le plafond, qui s'est fermé aussiiêt, m'a dérobé la suite du spectacle. Je me suis trouvé entre les mains une robe de femme d'un fond bleu, toute parsemée d'étoiles d'or, que j'ai reconnue pour celle de miss Harlove, et par laquelle je m'étais efforcé de la retenir ; c'est tout ce qui m'est resté de cette adorable fille. Ensuite, ce que je ne me rappelle pas sans horreur, le plancher fondant sous moi, comme le plafond s'était ouvert pour elle, je suis tombé dans un trou plus effroyable que je ne puis le représenter, et je me suis senii si rapidement porté par mon poids, sans apercevoir aucun fond, que je me suis réveillé dans les agitations de ma crainte. J'étais inondé d'ane sueur froide; 61 pendant plus d'an

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quart d*heare toutes ces imagâs ne m*0Qt pas été moins présentes que des réalités.

Me pardonneras-tu de Tentretenir d*ane misérable vision?

Mais j*entends Will, qui m'apporte quelque noutrelle.

Il m*appreDd que miss Harlove revint chez elle , hier au soir, entre onze heures et minuit; et qu'ayant continué de faire la garde jusqu'à ce moment, il est sûr qu'elle y est encore.... Je m'habille, je pars sur-lechamp. Hélas 1 Wili a su qu'elle est arrivée dans un irisle état. Mais pour ne pas augmenler son indisposition, j'aurai toute la douceur, toute la tendrem d'une colombe.

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