‹ Clarisse HarlowChapitre 59 sur 62 · M* • • • LETTRE CCCLXXVI · texte numérisé non relu

M* • • • LETTRE CCCLXXVI

H. LOVEUCB, A ■• BBLFOBD.

Paris, S8 oelobra.

Ne sois pas surpris que cette lettre suive de si près ma dernière. J'en reçois une de Joseph Léman. Ce pauvre diable est toujours troublé par sa conscience, Bolford. « Il m*assure qu'il ne dort ni nuit ni jour, du regret qui le tourmente, et de la crainte d'avoir contribué à de grands malheurs, sans compter, dit-il, ceux qu'il pré voit encore. Il souhaiterait, s'il plaisait à Dieu et à moi, de n'avoir jamais eu l'honneur de me connaître. 9

Bt d'où viennent ses inquiétudes pour lui-même? D'oii viendraientelles, si ce n*est « des marques de mépris qu'il reçoit oootinellement de tous les Harlove, surtout de ceui qu'il s'est efforcé de servir aussi fidèlement que ses engagemens avec moi le permettaient t Je lui avais toujours fait croire, pauvre misérable qu'il est depuis le berceau, qu'en me servant il aurait le bonheur, à la fin, d'avoir rendu service aux deux parties. Mais le mépris qu'on lui marque, et la mort de sa chère jeune maîtresse, sont deux sujets de douleur qui ne l'abandonneront jamais, dût-il vivre aussi long-temps que Mathusalem ; quoiqu'il ne se promette pas plus d'un mois de vie, changé comme il est, avec un estomac qui ne dig^ plus rien : et madame Betty le faisant enrager du matin au soir, k présent qu'elle le tient et qu'elle est maltresse d'une bonne hôtellerie* Mais grflces au ciel, pour sa punition , elle n'est guère en meilleure santé que lui. Au reste, son principal motif pour se donner l'honneur de m'importuner par une lettre n'est pas son seul chagrin, quoique plus grand qu'il n*ose prendre la liberté de me lo dire, c'est le désir de prévenir an malheur dont je suis menacé moi-môme ; car il peut m'assurer que le colonel Hordeo est parti dans la résolution de ne pas m'épargner, et qu'il a juré assez haut pour être entendu des domestiques, qu'il aurait ma vie oa moi la sienne, avec d'autres promesses de cette nature qui

owsent l)e&i]ieov^ ae jaîe à tome la famille , pavée ^'ob 'fi*9if/mi <9ib tôt ou lard je reTîendrai a?ec quelqiîie mGn4>re de moios. »

Telle est la subslaoce de celle leUre.Mowbray ni*&vaitd^li lâché w?l~ qaes mots daos uoe des siennes; et je me rappelle que^ dans le dernier souper que oous avons fait ensemble, ta noe pressas jusqH*è rimpo^rtuwté défaire le voyage d^Espagne, pluiôtqu0 celui de France ou d'IiaVe.

Ce que j'exige de toi, Belford, et par le pcemier couriûer, c'est de m'apprendra Hdèlâment tout ce que tu sais là<des8u$. IL m*est impossible de souffrir des menaces ; et quand je serai biep instruit, nul homme .au no»de nesedonDtfa dans mon absemce les airs de m'avilir, saasque je lui en explique mon sentiment.

Mais, si tel est son dessein, pourquoi oe ,me l'a-t-il pas fait counaitre a^avt qae j'eusse quitté rAngleterre?

Si le colôael prend la peine de venir à Paris, il lui sesa facile de tramver non logement. Jevoischaqne jour quelques Anglais. Je suis souvent au «spectacle ; je parais à la cour et dans les lieux publics. A mon départ, je laisserai mon adresse dans plusieurs villes, où mes lettres d'Angleterre me seront.envojées. Mais, si j'étais bien sûr de tout ce que Léman m'é* crit, je perdrais l'idée de quitter la France; ou, dans quelque lieu que soit celui qui me cherche, je ne partirais que pour abréger sa course.

Mon unique regret tombe sur cette chère Clarisse. S'il est décidé que nous en venions aux m.aiss<» M. Morden et jnei» comme il ne m'a fait aucune injure , et qu'il chérit la mémoire de sa cousine, nous engagerons le combat avec les mêmes senlimens pour l'objet de notre querelle; et in cenvieDdras que le cas est singulier. En un naot^ j'ai tort : j'en siftiç aussi convaincu que loi , et je ne le regrette pas moins ; mais je ,ne aeuffiriraijaipais les menaces d*auoun mortel, quelque bttme que je me «eproche d*a«oi£ mérité* Adieu, Belford. Parle de bonne fpi. Point de déginaenent, si tu fais cas de ton ami.

ÎjamLàm.

I^TTWB dCCLXXVH.

londroi, 27 oclobre. -

Jf ne sauçais croire , mon cher Lovelace^ que le colonel Vorden vçus soi MM^cé dans des termes aussi grossiers que le nûsérable Lenian iMis i'écrit, ni qu'il 4)ense à vous chercher. Un tel langage se sent .du caKactère4e l'écrivain, et ne peut être œlui d'un galant homme. 11 n!e8t pia de M. Morden, j'en suis sûr. Obser.vez que Legian ue vous dit p^ini qa'iil l'ait enlendu lui-même.

le A'ai pas attendu si tard à sonder le colonel » non seu]ien)eat pour T#tffe indérèt et pour le sien, mais encore par le respect que je .dois aux denôecs ordres de son excellente cousine. U est vivement touché, et vous np devez pas en être surpris. U avoue qu'à cette occasion son ressentiment s'«st exprimé ayec chaleur.. U m'a dit un jour que, si le cas de sa cousine était une séduction commune, il se croyait capable de vo^s p^denner» Mais il ne m'a pas assuré moins formellement qu'il n'avait pris aucune résolution, et qu'il ne lui était rien échappé dans la fanp^i^le^tqui f ûirpblig^r jt la vengesuice. Au contraire, il m'a cpoife^ qpe \^ i|pk>i>-

CLABISSE BAnLOVE. 5p5

tesda sa cousioe AVAÎeot eu sur lui jusqu'à présent (0UI9 lafosco (^uo jd pouvais désirer.

Il est parii peu do jours après vous* En me faisant ses adieux, iliq*a dit que son dessein était de se rendre à Florence, etqu^après y ayoir jQpi ses affaires, il se proposait de revenir à Londres, pour y passer le re^le de ses jours. Je craignais à la vérité que si vous veniez tous deux à vous rencontrer, il n*ai rivât quelque nouveau malheur ; et sachant de vou^même que vous deviez retourner en France par Tllalie, et vraisemblable ment par Florence, i*ai fait mes efforts pour vous engager à mettre l'Espagne dans votre plan. Je lo souhaite encore; ou si je no puis l'obtenir de vous, je vous coojure d'éviter Florence et Livourne , deux lieux q^ie vous avez déjà visités. Que jamais, du moins, l'appel ne vienne de vous.

Lovelace! cher ami, donnez-moi la satisfaction d'apprendre que vqus êtes résolu d'éviter M. Morden. Lo temps calmera tous les esprits. Personne ne doute do votre courage, et jamais on ne saura que votre plan ait été changé par persuasion. Le jeune Harlove parle de vous demander raison : c'est une preuve assez claire que M. Morden n'a pas pris sur lui la querelle de la famille. Je ne crains que lui. Je sais que ce n'est pas le moyen de faire impression sur vous, que de vanter son courage et son adresse. On assure néanmoins que son épée est redoutable et qu'il s'en sert avec autant de sang-froid que d'habileté. Si je faisais cas de la, vie, il serait de tous les hommes, à l'exception de vous, celui que j'aimerais le moins pour odversaire.

Souffrez, Lovelace, que, par le mouvement d'une véritable amitié, je vous représente encore que vous devez vous sentir coupable dans celte affaire, et qu'il ne vous convient point d*étre l'agresseur. Quelle pUié qu'un si galant homme que le colonel pérît par vos mains I D'un auUre ôftté , il serait terrible que vous fussiez appelé en compte sans aucune préparation et dans la chaleur d'une nouvelle violence. Malheureux ami, ne vois-tu pas, dans la mort de tes deux principaux ogeu^, les caractères tracés centre toi sur le nuir ?

Cependant, si ce que je viens d*écrire, joint aux mouvcmens de votre propre cœur et sans doute a vos remords, n'a pas l'effet que j'ose encora espérer, tout ce que je pourrais ajouter serait inutile. Adieu donc, Lovelace.'Puisse ton cœur s'ouvrir aux regrets du passé I puissent tes mains se^rantir d'une nouvelle violence, qui augfpeoterait le poids de tes.réflexions, et qui te raviraient peut-être tes espérances pour l'avenir I C'est le souhait de ton véritable ami.

Bblfoed.

LETTRE GCGLXXVIIL

«• M)y8UCB, A K. BSLFOET,

Voire lettre arrive au moment que j^allafe partir pour Vienne. Pour,ce qj^i regarde le voyage dé Madrid ou le moindre pas hors de ma route, dans la vue d'éviter le colonel Morden, que je périsse si je lo fais!. tu ne peux me croire l'Ame si basse. Ainsi donc, tu avoues quil m'a menapé, mais non pas, dis-tu, dans des termes grossiers, indignes par conséquent d'un galant homme. S*il m'a menacé noblement, mon ressentiment sera

t56 CLABI88B BABLOVB.

noble. Mais il n^a pas fait le rôle d*an homme d'honneur, sM lui eil échappé la moindre menace derrière moi. Qael mépris j'aurais pour moî- ÉDême, si j'avais été capable de menacer quoiqu'un à qui je saurais le moyen de m'adresser de bouche ou [ ar écrit!

A regard de mes remords, de tes caractères (racés snr le mur, deTautorité des lois, de son adresse, de son sang-frôid, de son courage et d'autres lieux communs de poltronnerie, que veux-tu dire? Epargne<-moi, je t'en prie, toutes ces impertinences dans tes lettres.

Il n'avait pris aucune résolution, dis-tu, lorsqu'il a fait ses adieux. Il en prendra de manière ou d'autre et bientôt, suivant tonte apparence, car je lui écrivis hier sans attendre ta réponse. Je n'ai pu m'en défendre. 11 m'était impossible de vivre en suspens. J'ai adres&é ma lettre à Florence. Je ne pouvais supporter non plus que mes amis fussesit inquiets pour ma sûreté, ou pour d*autres raisons. Mais ma lettre est dans des termes qui lui laissent absolument la liberté du choix. Si nous devons nous rencontrer (car, toute civile qu'est ma lettre, je sais quel choix elle me ferait faire à sa place) .je souhaiterais que sa cause ne fût pas si bonne, et que la mienne fût meilleure. Ce serait une douce vengeance pour lui» je tombais sous ses coups. Mais que me reviendrait-il de l'avoir tuéT

Je t'envoie la copie de ma lettre.

En relisant la tienne de sang-froid, je ne puis refuser des remerciemens i ton amitié ni même à tes vues. Depuis le premier instant de notre liaison, je n'ai jamais été trompé dansTopinion que j'ai de toi, du moins m je considère tes intentions; car tu avoueras que j'ai plus d'une sottise à te reprocher, dans le rôle que tu as joué entre ma chère Clarisse et moi. le regretterais volontiers d'avoir écrit à Florence , depuis que j'ai reçu ta lettre. Mais la mienne est partie, qu'elle moicho. Si Morden souhaite la paix, je lui donne une belle occasion de i'embiasser; sinon, qu'il ne s'eo prenne qu'à lui-même.

A tout événement, cherche le moyen de faire savoir au jeune Harlove (car il se mêle aussi de menacer), que je serai en Angleterre versl commencement d'avril, au plus tard.

Cette cour de Bavière est galante et polie. Cependant, comme je suis incertain si ma lettre trouvera le colonel à Florence, je ne laisse pas dft partir pour Vienne, après avoir donné des ordres pour tout ce qui peut m'être adressé à Munich. Tout à toi.

LOVELAGB.

▲ M. XORDBlf.

■«Dich, SI novambra.

«J'ai apris, monsienr, avec beaucoup d'étonnement, qu'il vous étail échappé contre moi quelques expressions menaçantes. 11 m'aurait été fort agréable que vous m'eussiez cru as^ez puni par mes propres peines» du tort que j*ai fait à la plus excellente de toutes les femmes, et que nos aentimens étant les mêmes à son égard, surtout lorsque j'ai désiré si apdemment de réparer mes injustices, nous eussions pu vivre, sinon dang les termes de l'amitié, du moins, d'une manière qui n'ezposftt pas l'aii on l'autre au chagrin d'entendre qu'on jette contre lui, dans son absence» des menaces qui le rendraient méprisable, s'il n'y croyait pas son hoDneur intéressé.

c Si ce que j'apprends n'est venu que d'une chaleur soudaine.

CLAKISSB ABBLOTK. 55f

qa*aoe perle que je ne cesserai jamais de déplorer était récente , non aeulenoent je le troave excusable, mais je n*y rois rien qui ne mérite mes louanges et mon approbation. Si vous êtes réellement déterminé à me Toir sous quelque autre prétexte, quoique je vous avoue que rien n'est plus éloigné de mes désirs, je me rendrais indigne du caractère que je veux soutenir aux yeux des honnêtes gens, si je vous faisais trouver quelque difUculté è vous satisfaire.

» Dans rincertitude où je suis du lieu où vous recevrez ma lettre, je pars demain pour Vienne. Tout ce qui pourra m*être adressé à la poste, ou chez M. le baron de Windisgratz, dont j*ai l'honneur d'être ami, me sera rendu ûdèlemenl.

» Gomme je vous crois trop de générosité pour interpréter mal ce qui me reste k vous déclarer, et que je sais Texiréme considération que la plus chère de toutes les femmes avait pour vou.s, je né ferai pas ditllculté de vous assurer que la plus agréable réponse que je puisse recevoir de M. Morden, serait le choix de la paix, plutôt que tout autre parti, avec flon admirateur sincère et son très humble serviteur,

» Loveuu:b. »

LETTRE CCCLXXIX.

■• LOriLAlX, A M. BBLFORl).

Lioti,94èeeiii]ii«.

le suis en chemin vers Trente, pour y rencontrer le colonel Morden, suivant la réponse que jVi reçue de lui à Vienne. La voici dans ses propres termes :

A U. LOTBJICI.

■iiiiieh,idéeenbi«.

» Monsieur, votre lettre était à Florence quatre jours avant mon arrivée. Je suis parti dès le lendemain pour me rendre digne de celte faveur, et je no désespérais pas que l&s agrémens de Ja cour de Bavière n'eussent pu retenir au delà de ses intentions un jeune voyageur qui ne cherche que de Tamuscment. Mais n'ayant pas Thonneur de vous y trouver, il me convient do vous déclarer, uionsieur, que,dans Timpatience où je suis de mériter IVbiinic d^un honmie tel que vous, je ne puis hésiter un moment ù faire le choix que M. Lovolace ferait bûrement dans ma situation, 8*il lui était proposé comme à moi.

» J*aToue, monsieur, que, dans toatesles occasions où j'ai parlé du traitement que vous avez fait à ma cousine, j*ai tenu le langage qu'il méritait. A présent que vous m'offrez si noblement l'occasion de m'expliquer moi-même, je dois vous ccin vaincre qu*il n'est rien sorti de mes lèvres par la seule raison que vous étiez absent. Apprenez donc, mon^sieur, que Je n'attends que le nom du lieu, et que vous m'y verrez promptcment, fût-ce à l'extrémité de la terre.

» io m'arrêterai quelques jours a Munih. Si vous avez la bonté de m'y adresser votre réponse chez M. Klienfort, soit qu'elle m'y trouve ou non, Tos ordres arriveront avec autant de sArcté que de diligence entre les mainsi monsieuTt do ?otro très humble serviteur*

» MOBDBIf . »

5^8 CLARISSE fiARLOVB.

Ainsi vous voyez, Belford, par la promptitude et l*ar(feiir mêmB du »IoDel,que ses réiolulions étaient pHsei yQic. Ne vaut-il pas mieox ànir uae affaire de cette nature , que d*inquiéter mes amis, ou de demeurer moi-môme en suspens? Voici ma réplique :

Tienne, 10 décemlire.

« Monsieur; jesuspends un petit voyageque j'étais prêt à faire en Hod- |rie, et je pars aujound'hui pour Munich. Si vous n'y êtes plus, je me .endrai droit h Trente. Cette ville, qui est sur les confins de Tlialie, vous jara plus eemmode pour votre retour en Toscane, et j'espère vous y tcoufer dans quatre jours. Je n'aurai avec moi qu'un valet de chambre français. Les autres eirconstances s'arrangeront aisément lorsque j'aurai rkotineur de ¥0us voir. Je suis, monsieur, votre très humble serviteur.

% JLOVELACB. »

A présent, Belford, il ne me reste aucun embarras sur l'événemefii ée cette entrevue, et je puis dire avec vérité : c'est lui qui me cherche. Ainsi, que le mal retombe sur sa tête.

Ce qui me louche de plus près au cœur, c^est mon ingratitude pour la plus parfaite de toutes les femmes... mon ingratitude préméditée I Cependant en ai-je moins distingué , en ai-je moins adoré toutes ses perfections, malgré la mauvaise opinion que j'avais toujours eue de son sexe? Elle m'a forcé de reconnaître la dignité de ce sexe; elle l'a glorieusement exalté à mes yeux, quoique assurément il était impossible, comme |e Tai dit mille fois, comme je Tai raille fois écrit , qu'il existe jamais une femme qui l'égale. Mais lorsque je perds en elle plus qu'un homme n'a jamais perdu ; lorsqu'elle me touche de si près, et lorsqu'il estcer* tain que, dans un temps heureux elle a souhaité d'être h moi , quelle in* science dans un autre homme de s'attaquer à moi pour la venger! Heureux , à la vérité , si j'avais senti la gloire et les charmes de cette préférence I Je ne veux pas aggraver, par mes réflexions, ce motif du colonel pour me demander compte de la manière dont je Vai traitée ^ de peur qu'à l'approche de l'entrevue, mon cœur ne se ralentisse en faveur d'un homme qui lui était lié par le sang, et qui croit au fond rendre honneur et justice à sa mémoire. Cette idée lui donnerait des avantages qu'il ne peut avoir autrement. Je ne serai que trop porté à me reposer sur mon adresse pour sauver un homme à qui je connais tant d'estime et de respect pour elle. J'oublierai le ressentiment que ses menaces doivent m'a- Toir inspiré; et c'est par celte seule raison que je m'afflige de son habileté et de son courage, dans la crainte d'être obligé, pour ma propre défense, d'ajouter une nouvelle victime à celles qui sont déjà tombées par mes mains.

Je ne veis, dans le passé , que mes détestables inventions qui m'aient empêché d'être heureux. Ne m'a-t-elle pas souvent répété, et ne satâisj» pas , sans qu'elle prit la peine de m'en assurer, qu'elle n'était esfiible ni d'affectation ni de tyrannie^ pour un homme dont elle se propœait d'être la femme ? Je savais, comme elle me l'a reproché, qu^aprèt lut arotr fait quitter la maison de son pire , il ne restait qu'un chemin ouvert devant moi. Elle me disait avec raison, et j'avais la fdid de m'en faire un triomphe , que ^ depuis ce jour j j'avais tenu cent fois son

CLAniSSB BARLOVE. 059

aune en iuêpens. fiJa seule épreuve de Tipépacuanha suffisait pour me ODvainere qu'elle avait uu coeur où Tamour et la tendresse auraient présidé, si j*avai3 permis à ces deux seniimens de germer etd'éclore.

Wà^n^a^9iipa9eud0réserv0y m'a-t-elle dit une fois, si je ne lui avmie eûmé des douées. Et ne tVt-elle pas confesse à (oi-même » qu'elle s'éêtÊii sentie capable' de m* aimer ^ et qu'elle m^aurail rendu heureux si elle avait pu me rendre bon ? O'Belford I quel amour 1 quelle noblesse f Un'MMor, cotmneelk) n'a pas craint de le iaiie entendre dans sa lettre postëtmne, qui s'étendait à l'Ame,* et que non seulement elle a déclaré dans les derniers momens dosa vie, mais qu'elle a trouvé le moyen de me faire eomiaitre après sa mort, par une lettre remplie d'avertissemens et d'eihortations, qui n'ont pas d'autre objet que mon bonheur éfernel.

Ce^ réflexions, dont le temps ne iuit qu'aiguiser la pointe, me suivest daliis tous les Nein où le désespoir me coudait, m'acoompagnent dans toi]l>ee ^ue je fais, et se mêlent dans tons lesamasemens auic(|Bels j'essaie de me livrer. Cependant, je ne cherche que des compagnies gaits et brilltfntes. J'ai fait de nouvelle» liaisons dans les différentes cours que i'a9 visitées. Je jouis de quelque estime , et je mo vois recherché de to«t ce^u'il 7 a de gens de mérite et de distinction. Je visite les palais, les bibliothèques et les églises. Je fréquente le théâtre. J'assiste à toutes les fête^' {publiques. Je revois tout ce qui m'était échappé dans les cabinets des <9uri€ax. Je suis admis à la tniietle des belles, et je m'attire qnelqoe attefition dans le» assemblées. Mais rien, mais personne ne me cause autant de plaisir que la délicieuse idée de ma Clarisse. Si je fais qudqae remarque à i'atantage d'one autre femme, c'est parce qae je trouve dans sa taille, dans son port , dans sa voix ou dans quelqu'un de ses traits, un air de ressemblance avec le charme , le seul charme de mon cœur.

Quel affreux châtiment que d'avoir sans c?sso toutes ces perfections présentes, lorsqu'il ne me reste que l'immortel regret d'avoir privé le monde, el moi<-méme, d'un si précieux trésor! Quelquefois, à la vérité, j'entrevois un rayon de joie et ëe coosolalion , dont ma générosité s'applaudit ; parce qu*il me vient de la certitude morale que , malgré tous mes coupables efforts pour ternir sa vertu, elle jouit des fruits de sa victoire dans un éternel triomphe.

Si je continue, cher Belford , de' mener une vio sî misérable dans mes courses, tu me rcverras bientôt en Angleterre, disposé sans doute h suivre toti exemple, que sais-jeîà mo faire ermite, peut-ôtre, ou quelque chose d'âtussi détestable , pour' essayer ce que je p^is attendre de la pénitence et de la niorfiilcalion. Je ne puis vivre dans l'état où je suis. Que je périsse, si je le puis I

ë'il m 'arrivait quelque malheur, tu en serais informé par nïon valet de chambre. It ne sait pas un mot d'anglais ; mais toutes les langues modernes te sont familières. La Tour, c^est son nom, est homme d'esprit et de confiance. A tout hasard, je lui laisserai quelques papiers cachetés, qu'il t'enverrait pour milord M..; et puisque tu es si expert et de si bonne voloûté pour les exécutions testamentaires, je te prie, B.'Iford, d'^tccepter cet offûce pour* moi, comme pour ma Clarisse , ma Clutissë Loveîace^ laisse-moi le plaisir de lui donner ce nom. Par, tout ce qu'il y a de saint , c'est quelque charme qui la rappelle sans cesse à ma niémoiie.

S60 GLAEI88B BAILOYI.

Son nom joint an mien me rant Tâme, et me parati plas dâideaz qoe la plas douce mélodie.

Que ne l'ai-je menée dans tout autre lien qae chez cette eiécraUe femme! J*en reriens aux récriminations ; mais il est certain que le breu- Tage était rinvention et l'ouvrjfgo de la Sinclair, et que je n'ai persisté dans le projet de la violence qu*à Tmstigation de cette furie, dont la ruine ne laisse pas d*ôtre amplement rengée, puLque aujourd'hui je me troufe menacé de la mienne.

Je m'aperçois que ce langnge ressemble un peu à celui d'un coupable sur l'écbafuud. Il pourrait te faire croire que je suis intimidé par l'approche de Tenirevue, mais tu ne me rendra s pas justice. Au contraire« je le jure que je vais joyeusement au devant du colonel, et je m'arracherais le cœur de mes propres muins, s'il était capable ici du moindre mouvement de crainte ou d'inquiétude. Je sais seulement que si je le tue (ce que je ne ferai point si je puis l'éviter), je serai fort éloigné d'en être plus tranquille. La paix du cœur n'est plus faite pour moi. Mais comme notre rencontre est une occasion qu'il a cherchée, malgré le choix que je lui ai laissé, et qu'il n'est plus en mon pouvoir de Tériter, j'y penserai après l'action; quitte pour faire pénitence du tout h la fois: car, tout habile que je le suppose, je su s aussi sûr de la victoire, que je le suis actuellement d'écrire. Tu sais que l'usage des armes, lorsque j'y suis provoqué est un jeu charmant pour moi. D'ailleurs, je serai auàsi calmOf aussi peu troublé qu'un ptêtre à l'autel, tandis que mon adversaire, comme on en peut juger par sa lettre, sera transporté de colère et de vengeance. Ne doute donc pa?, ami Belford, que je ne te rende un fart bon compte de cette affaire, et crois-moi ton fidèle serviteur.

LOVBUCB.

LETTRE CCCLXXX.

■• LOVEUCE, A H. BBLFOED.

Trente, 14 déeemlne.

Demain est le jour qui fera passer probablement une ou deux âmes dans un autre ordre de choses, pour servir de cortège aux mftoes de ma Clarisse. ^

J'arrivai hier à Trente; el, m'étant informé aussitôt de la demeure d'im gentilhomme anglais nommé M. Morden, je n'eus pas de peine à la (rouver. Le colonel, qui était dans la ville depuis deux jours, avait laissé son nom dans tous les lieux où je pouvais m'udresser. Il était sorti à cheval. Je laissai mon nom chez lui. Vers le soir, il me rendit une visite.

Il avait l'air extrêmement sombre. Le mien fut très ouvert. Cependant il me dit que ma lettre était celle d'un homme d*honneur, et que j'avais soutenu le même caractère en lui accordant de si bonne grâce l'occasion de nous rencontrer. Il aurait souhaité, ajouta-t-il, que j'eusse tenu la même conduite sur d'autres points, et nous nous serions vus avec des sentimens fort opposés.

Je ré{ ondis que le passé ne pouvait recevoir de changement, etqut je legrettais, comme lui, que certaines choses fussent arrsvéc*s.

— L'S récriminations, reprit-il, ne pouvaient servir qu'à nous aigrir inutilement, et puisque* je lui avais effort si volontiers celte occasion de

CUEU8B HARLOTR. 561

meTOîr,les paroles devaienl faire place à l'action. Voire choix, monsieur Lofelace» pour le temps, le lieu et les armes sera le mien.

— Sur les deux derniers points, monsieur liordeo, il dépendra de vousmêroo. Le tempe, ce sera, s'il vous plali, demain ou le jour d'après.

— Après demain donc, monsieur, et nous monierons demain à choYal, poor fixer le lieu.

— D'accord, monsieur.

— Diies, monsieur Lorelace, quel choix taites*T0U8 pour les armes?

— Jj lui dis que l'avantage devait £ire égal en nous servant de nos épées; mais que, s*il en jugeait autrement, je n'avais pas dobjeciions contre lo pistolet.

— Je vous ferai remarquer seulement, répliqua-t-il, que le hasard serait peut-être plus égal a 1 epée, parce que nuus devons être également accoutumés à la manier. Je craindrais qu*il ne le fdt un peu moins au pistolet. Cependant je n'ai pas laissé d'en apporter deux , dont vous aurez le choix. Mais jd dois vous avenir qu'a la distance ordinaire je n'ai jamais manqué un but depuis que je me connais.

J'applaudis h sa générosité ; mais je lui répondis aussitôt que j*entendais a:sez l'usage de celle arme, pour ne pas la refuser s'il la choi^issait, quoique je ne me cru&se pa^ aus>i sûr que lui de ne pas manquer un but. — Cependant, ajouiai-je en souriant, comme il m*est arrivé quelquefois de Cendre une balle en deux s.r le tranchant d*un couteau, il serait malheureux, colonel que je manquasse mon homme. Ainsi, monsieur, je n'ai pa$d'objeciion contre le piblolet, si c'est voue choix. Pergoone, j'ose le dire, n'u l'œil et la main plus fermes que moi.

— L'un et l'autre, monsieur, vous seront utiles, à l'épée comme au pistolet.

— Ce sera donc l'épée, 8*il vous platt.

— De tout mon cœur. Nous uous quittâmes avec uno scfctù do civilitd majestueuse.

Aujouid*hui, ma visite a prévenu la sienne; et nous sommes sortis à cheval {.our conveni rdu lieu. Nos seniimens étant les mêmes, et n'aimant point à remettre au lendemain ce qui pouvait éii-e décidé sur-!e<:hamp, nous serions descendus aussitôt. Mais La Tour et le valet du colonel, qui nous suivaient tous deux, et que nous n*avions pu éviter de moitié dant le secret, se sont joints , pour nous demander la permi&sion d'avoir le lendemain avec eux un chirurgien. Ils se sont chargés de l'engager à sortir de la ville sous prétexte d'une saignée qu'ils lui proposeront dans une cabane voisine, et de l'amener assez prtche de nous pour être appelé au besoin, sans qu'il se défio du ministère auquel il doit être employé* La Tour étant, comme je l'ui dit au colonel, un garçon fort adroit, auquel j*ai donné ordre de lui obéir comme à moi-même, si le sort se déclare en sa faveur, nous sommes convenuà de remettre la décision à demain, et d'abandonner tout ce qui regarde le ct^iruigien à la discrétion de nos valets. Ensuite , nous soujmes renttés dans la ville par des chemins différem.

Le champ que nous avons dioisi est un vallon écarté. Le temps sera dix heures du matin, et le signal, ou le mot, Vépée simple. Cependant j'ai répété à M. Morden que cetto arme m*était extrêmement familière, el que je Icti conseillais défaire tout autre choix. 11 m'a répondu quec*était l'arme d*un gentilhomme, et que celui qui n'en connaiisait pas Tusage»

56B> cuuufiSB aAMiO;r&.

manquant d*UDe qualité nécessaire, en ùeiaxU ffùtioi la peine; m^ia.^u^ pour lui, louics \e& arn es él.ient. égales.

Ainsi, B.Uord, vous Viiyez que je n'ai y4)ulu. prendre aucun aranfa^e. Mais je ^xrn f .ri trompé, s*, duiiiain ayanLonae heures«.ce brave ennemi ne CfÇiiit pas la vie ou la mon do mes maios^

Son vaLt et le mien doivent être présens; mais avec Tordre te. plu^ absolu, comme vous n'en douu z pas, de demeuier dans rinactioo. En revancèe, pour ttoeciviiié de k mêmenaluneyli^ colonel a coouuandé ait sien ds» m*obéir, si ia foi tune («t pour moi*. Nous devons nous rendre à diAval au Ltiu du.comb«iU Une cImùsa» qui sejrapâte'à quelque dislance,, conduira le vainqueur sur ks leties de Venise, si l'un des deux périt,, ou. servira, saivani l'occasion» à secouiir le [dus malheureux* Telssout nos amn^eneos. La pluie ne in'iiyaui pas laissé d'autca amusement que ma. pIiMUfi, je Tai fait celle longue kiice, q)ioiquo je pusse aussi bien ranMltroà Céuittà dtîiiiain àjuùdi ; cjr je ne doule pas que je me trouve en. état de t'askurur que jasuisi avec Imusi laa aentimen» que tu m» conmiis.

pour loi, etc.

LovtuGS.

EETTRB CeCLXXXI-

Tmkibf 19^dée6iidifo.

Monsieur, j'ai ne tristes nouvelles à. vous communiquer par Tordre de. M. le chevalier de Lovelace, qui a rendu le dernier, soupir entra mes. ben. U m'avait fait lire sa deinière leMre»,par laquelle il voua iofonriait qu'il devait terminer le lendemain sa querelle avec le colonel Morden. Vous savez si lien le sujet de ce. AifféswA», qpe. v^ous n'attendez pas do moi d'autres lumières.

J*avais pris soin d'amener h peu de distance un chirurgien à qui j'a- , Yii» confié le £jDd des circonsitiDces,. sonala sernoent du secret, quoique Je.ow fusse bien g«rUé de l'avouer aux deux caombattans. 11 était fourni de.bandaipes et desinslrumens de sa profes8ion;.car ai je connaissais pariailamenl le courage^d Tadres e de mon BMtire, je n'avais pas entendu. moins vanter le car acAère do scn ennemi, eljp savais que^p était leur amiDQsilé muiuelle» Une cbai^e de po&te éuut prêteà cent pas.

Les deux advenaires arikèrent. à ilieuse dont ils étaient convenus, stns.auiffe suite que M* Margate, valet decbamhre du colonel, et moii, qMB^M• lo chevalier avait ba^oré du méme.Kaug à son service. Os nous répélàrsni l!otdie qu;iU n&us avaient donné bu veille, d'observer entre. eiLi: une exacte nL'UUaliié;ei si L'un des deux périssait, ils nous fiKut. juf&r de tegardfr lousdeux. le Lur.vivant oomns notre mattre,,et de reapeotec aesvolomés.

Aprèft. quelques complîmens, ils se déponillèrent de leurs babils axec. aoBi tamquiliité turpcenenie ; et, mettant Lépée k\si. .main,,ils se portârenL plusieurs loues c.ui nous firent admirer leur présence d'esprit et leiot aÉn^se.Mon, matire fut le piemier qui tîfa du.san£ qatun coup désespéré dont son ad.^ers^ire devait éire. pieiicé liioMr,.?il ne a'on élaS ga«* ^ QBli.pir un noouvemeni si beureux, q^i'iLneie reçut que4anfrla partie * ctonuie du iiké dncit. Mois ayant pris M*]e,Gbavi^er sur le tempa,.îl le Uornusousile. \iim gauche, asiizpijb derépaule;.el Tépée, q|u efflbura.

CLABI88B BABLOVB. 563

restomac dans son passage, en «Tant (ait couler beaucoup de sang, le e»* Wnët Inr dili: — Monsieiir, je crois que Q*en. est asaez.

Mon maître jura qii*il n'était pas blessé ; que ce n'était qu*UQe piqûce MgèBO : 9vr qnoi faisant une aulne pasee, le colonel la reçut sous 1^ bras Mtc une deicléiité mer?eilleusei et lui enioDQa son épéa aa milieu du «afps« Il tomba ansiiôten disant : —La fortune est pour vous» monsieur.^ Je n*enteodis pas quelques anlre» mots qu*il ne^ put pronoocer eniièrâr» mtaU tSon épé» sortil de se» matas* IL Btoden jeta* la sienne» et coumt à fetf tn loi disant en français d—AioDûetti:, yous êtes, un homme mort» imh piérez la bonté du ciel. Nous donnâmes le signal aucfairurgâeD* qui OflBfut à Tinetant. Le colonel ne me pamt que tcop acooutumé k ce» tftapédMons sanglantes; il était aussi ttauquille qnn s*il n'était heo ai^ whé d'tatfaovdinaireçet, quoiqu'il perdit lui-même beaucoup de sang^ il ne^pensait qu'à seconder le chirui^ien. Mat» mon maître s^évanouitdeia Uris pendant ropémiion^ et vendait d'ailleurs du sang par la bouche. G&> pemiBnl, le premier appareil étant mis fort henreusement, nous raidâmes èiaonter dans la toiture. Alors le cobnel souffrit que sa propre blesnuo fAtpansée, el parut s'affliger que, dans quelques intervalles» M. le che?a* lier e*omporlftt furieusement locsqn'il rotrouyait la force de parler. Hélaal il s-'étâH cru' sûr de la Tictoice.

Malgré Tavis du chirurgien, le colonel prit le parti de monter à cberal pour passer dans l'Eiatde Venfee.n me força généreusement dJaccepter une Douree remplie d'or^ avec mrdi» d'en employer oae partie à payer le chL* rttrgîen, et de garder le reste comme une manque, ma: dit-il, de la satj»> llicHon quil atait de ma> conduite et des tendres soins qu'il me ¥oyait Mndre à mon matlve. lie ckirurgien' raseurs que M% le chevalier napo»» f«ât yiyro jusqu'à la fin du jonr. Loraqu'ii fut prM à partir, M. Lorolaoi loi dit en français : —Voue avez bien f«ngé ma dière Cia^ssel •— J'oa ooiivisnd, répondit le colonel dana la même iangue,et peut-être gémiraâjé toute ma Tîe dé n^a voir pu résistter à vos ordres, loesqne je balanças ^arf obéissance que je croyais detoiràcet ange ?-*Attribue»yotre?ictoifO au destin, répliqua mon mallre, à raBcendani d'un cruel destin, sans quoi ce* qui vienl d'arriver était impossible. Mais vous, reprit-il en s'adressaut au chirurgien, à M. Margateet moi, soyez témoins tous trois que je péris par la main d*un homme d'honneur» — Monsieur! monsieur I lui dit le colonel avec la piélé d'Un confesseur et lui serrant affectueusement la. main i proûlez de ces précieux momens, etrecommandez-yous au cieU 1i s'éloigna aussitôt.

Je fis marcher fort doucement la chaise. Cependant mon maKre eut beaucoup à souffrir du mouvement. Le sang recommença bientôt à couler de ses deux blessures, et ce ne fut pas sans difQculié qu'on rarrdta. Mous le conduisîmes en vie jusqu'à l& première cabane. Il m^ordonna de lous envoyer les papiers cachetés que vous trouverez sous cette eure- Hfipey et de vous foire les récils de son malheur avec les remerciemens imtr la confiance el la fidélité de votre amitié»

'Contre toute attente, il vécut jusqu'au jour suivant. Mais il souffrît haaucoupde son inipaiienceet de sesregrels, autant que de la douleur dd aea blessures, car il ne pouvait se résoudre à quitter la vie. La raison pafWfièaiX quelquefois riibandonner. surtout pendant les deux dernière^ taltfccs de sa vie. Il s'éciiail par intervalles! — Eloignez-kde mes yeux, éloignez-la de mes yeuxl mais il no nommait pei sonne. Quelquefois il

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adressait des expressions fort tendres à quelque femme, qui était appa» lemmenila mémeCluri^se qu'il avait nonrtmée en recevant le coup mortel* lirappelailfitleexceUentel... di?ine créature!... malheureuse innocente! le lui entendis répéter pariiculièrement : —Jetez les yeux sur rooi,bieiK heureux esprit ; daignez jeter les yeux sur moi I II 8*arrétaii après œs quatre mots; mais il continuait de remuer les lèvres.

A neuf heures du malin, il fut saisi de convuldons violentes : et per* dant tout à fait la connaissance, il demeura dans cet état plus d*uA quart d'heure. Lorsqu'il revint à lui-même, je ne dois pas oublier ses dernières paroles, qui semblent marquer un esprit plus composé, ei qui peuvent être par conséquent de quelque consolation pour ses amîs. —Quelles grâces je dois...prononça-i-iidisiinctement, en s'udressanl sans doute au ciel , car il y tenait ks yeux levés : mais une forte convulsion ne lui permit pas d'achever. Ensuite, revenant à lui, il recommença les mêmes mot» avec beaucoup de ferveur, les yeux levés encore, et tes deux mains étendues. Us furent suiyis de quelque apparence de prierai prononcées d'une voix intérieure, qui ne laissait rien entendre de diatinct. EiiÛn, j'entendis clairement ces trois roots,qui furent les derniers: »• Reçois cette expiation. Alors, sa tôte étant enfoncée dans son oreiller, il expira vers dix heures et demie.

Helasl il ne se croyait pas si proche de sa fin. Aussi nVt-il donné aucun ordre pour sa sépulture. Je l'ai fait embaumer, pour attendre les volontés de sa famille, ei j'ai obtenu que le corps fdi déposé dans un caveau. C'est une faveur qu'on ne m'a pas accordée sans peine j ei qu'ca m'aurait peut-être refusée, malgré la distinction de sa naissance, dans un temps où la nation anglaise serait moins respectée du gouvernement autrichien. J*ai trouvé au^si quelques diiflcultés de la part du magistrat, sur la cause de sa mort, li en a coûié de l'argent pour arrêter les infof» mations. Mais c'est uu récit quu je remets au premier courrier, avec le compte dos effets do mou maître, qui seront représentés fidèlemeol. J'attends vos ordres dans cette ville, et j'ai l'honneur d'être, etc.

La Tona*

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