LETTRE CCLXIII
M. LovELACE à M. Belford.
Dimanche au soir,
±S E me blâme de ta vie , pour m'être permis d'employer un peu d'art avec cette admirable fiJie. Tous les princes de l'air et ceux des abîmes souterrains unis avec moi , ne l'auroient jamais vaincue , tant qu'elle auroit eu l'usage de ses sens.
Je ne veux pas anticiper sur mon récit , je te dirai seulement qu'étant trop éveillé par l'entretien dont je sors avec elle , pour espérer de dormir quand je me mettrois au ht , je n'ai rien de mieux à faire que de te rendre compte de cette bisarre conversation , pendant que j'en suis si fortement rempli , qu'il m'est impossible de m'occuper d'une autre idée.
Elle étoit en robe de nuit de damas blanc , un peu mioins négligée que ces derniers jours. J'étois assis , ma plume
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entre mes doigts. Je me suis levé en Tappercevant , avec autant de respect et de complaisance que si les dés étoient encore pour elle ; et réellement il n y a rien de changé à son désavantage.
Elle est entrée avec un air de dignité dans toute sa figure , qui m'en a imposé d'abord , qui a assuré son ascendant sur moi , et qui m'a préparé au pitoyable rôle que j'ai fait dans la suite de cette conférence. Fitoyable en vérité; mais je veux lui rendre justice.
Elle s'est avancée d'un pas assez vite , et tout près de moi ; son mouchoir à la main ; le regard ni doux , ni fier , mais extrêmement grave; et le visage dans une tranquillité calme , qui paroissoit l'effet d'une profonde méditation. Elle m'a tenu aussiiôt ce discouJs , dun air ! avec une action ! Non , je n'ai jam>:iis rien vu d'égal.
Vous voyez devant vous. Monsieur, la malheureuse fiile dont vous avez recompensé la préférence qu'elle vous a donnée sur tout votre sexe , comme elle méritoit d'être récompensée. La malédiction de mon père est'accomplie à la lettre , pour cette vie ; et ce n'est pas vo re faute si la seconde moitié ne Test pas encore par la perte de mon ame , comme l'est la première par celle de mon honneur , que vous m'avez ravi , lâche et in 'âme que vous êtes , avec tant de bassesse et d'inhumanité , qu'il semble que le courage vous
DE Clarisse Harlowe. 5 auroit manqué à vous-même dans cette barbare entreprise , si , pour premier sacrifice, vous ne m/aviez ôté l'usage des sens.
Ici , j'ai fait un effort peur parler , en hésitant , et me touriiant vers la table , où j'ai posé m.a plume ; mais elle a continué. — Ecoure moi jusqu'à la fin, mialheureux scélérat ! homme abandonné !
homme , ai- je dit r — Mai* quel auîi-e nom puis- je te donner , lorsque les mortelles attaques des bêtes les plus féroces auroient été plus naturelles, et miille fois moins horribles que les tiennes ? Ton cœur paroît trembler à présent dans ton sein , homme aussi lâche qu'ingrat. Ton cœur ! le seul au monde qui soit capable de lâches inventions et d^un excès si cruel. Tremble! tu as raison de trembler et d'hésiter comm.e tu fais , lorsque tu te représentes ce que j'ai souffert pour toi , et l'horrible prix que j'en ai reçu de toi.
Sur mon ame , Belford , toutes mes facultés m'ont manqué. Non-seulement ses regards et son geste , m.ais sa voix si majestueuse a porté au fond de mon am.e une émotion inexprimable. D'un autre côté, mon maudit attentat et son innocence , son mérite , son rang , la supériorité de ses pertecticns , se sont présentées à mon esprit avec des couk-urs si formidables , que le com^pte imprévu auquel je me voyois appelé , m/a paru ressembler à ce compte général dont on nous menace ,
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où notre conscience sera la première à
nous accuser.
Elle avoit eu le temps de rassembler toutes les forces de son éloquence. Sa Mte probablement avoit été tranquille pendant tout le jour ; et moi , je me trouvois d'autant plus déconcerté , que je m'étois attendu à la voir paroître avec un air de confusion. Mais je conçois que la force de son ressentiment avoit élevé cette femme incom.parable au-dessus de toutes les petites considérations.
Ma chère .... m.on am.our , ai - je dit
enfin ; ja jamais , non , jamais Mes
lèvres trembloicnt^ miCs jambes chanceioient. Ma voix étoit concentrée , foible ; mes paroles mal articulées. Jam.ais un coupable if eut plus visiblement Tair d'un coupable : tandis qu'étendant sa belle m,ain blanche comme la neige , elle a repris avec toutes les grâces de Téloqucnce la plus, vive et la plus touchante.
Je ne prétends tirer aucune gloire de la confusion où je te vois. J'ai employé tout le jour à*demander au ciel , que si je ne pouvois m'echapper de cette vile maison , il me donnât la force d'envisager encore une fois l'auteur de ma ruine avec la fermeté de l'innocence outragée. Je ne te reproche plus ton crime et mon malheur, parce qu'ils sont au-dessus de l'expression. Tu ir.e vois asse^ calme pour souhaiter que les remords continuent de
DE Clarisse Harlo3.ve. 7 te tourmenter, jusqu'à ce que le repentir s'empare de ta conscience, afin que tu ne perdes pas tout droit à cette miséricorde que tu n'as pas eue pour Finfortunée que tu vois devant tes yeux , et qui avoit si bien mérité de trouver un ami fidelle , où elle n'a trouvé que le plus cruel des ennemis. Mais apprends-moi , car tu n'es pas sans doute à la fin de tes projets ; apprends-moi, puisque je suis prisonnière dans le plus infâme des lieux , et que je n'ai pas un ami qui puisse me sauver , ce que tu prétends faire du reste d'une vie qui ne vaut plus la peine d'être conservée. Dis-m.oi si tu me deitines à beaucoup d'autres maux ; si tu as fait un pacte avec le maître de l'enfer , sous la forme de l'odieuse maîtresse de cette maison ; si tu en veux à mon salut éternel , pour achever ton infâme traité, en achevant d'accomplir l'imprécation de mon père.
Réponds. Dis-moi, si tu as le courage de parler à celle dont tu as causé la ruine ; dis- moi ce qui me reste encore à souffrir de ta barbarie.
Elle s'est arrêtée , et poussant un soupir , elle a détourné de moi son beau visage , pour essuyer des larmes qu'elle s'efforçoit en vain de retenir , et qu'elle vouloit du moins, dérober à ma vue.
J'étois préparé, t'ai- je déjà dit, à l'emportement des plus violentes passions , aux cris y aux menaces , aux injures , aux
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exécrations. Ces transports passagers, effets d'une douleur soudaine , et la honte , et la vengeance .nous auroient mis de pair , et nous aurions été quittes ensemble. Encore une fois , je suis fait à ces orageuses douleurs ; et comme rien de violent n'est durable , c'est Tétat où j'aurois souhaité de la rencontrer pour engager le combat avec elle. Mais une colère si m^ajestueuse et si composée! Me chercher, moi , qu'il étoit clair , par l'effort qu'elle avoit fait pour s'échapper , qu'elle auroit voulu éviter de voir î Nulle idée de vengeance à la Lucrèce sur eîle-mjême) Plongée néanmoins , plongée toute entière dans un si profond désespoir , que , suivant ses propres termes , le pouvoir manquoit au langage pour l'exprimer ; et se trouver capable , après l'état de désordre d'où elle n'étoit sortie que le même jour, de me pousser aussi vivement que si quelque lumière d'en- haut lui avoit révélé toutes mes vues ! Comment ne serois-je pas demeuré tcut-à-fait interdit et confus ? Je n'ai pu répondre comme la première fois , que par des monosyllabes ou des phrases interrompues. (■[[) Ce qui.... ce qui est arrivé.... je, je.... ne puis m'empêcher.... d'avouer.... oui, j'avoue.... hem, hem.... qu'il n'est pas^. i ce qui auroit dû être. — Mais.... niais... mais.... je suis vraim.ent.... vraiment fâché.... sur mon ame, je m'en répens. — Et — Et -«- je
DE Clarisse H ARLowE. 9 ferai tout.... il n'est rien que je ne fasse.... oui, tout ce qui peut dépendre de moi.... tout ce que vous.... vous exigerez pour vous faire réparation. (JJ^)
O Belford ! Belford ! Quel est le vainqueur à présent ? qui triomphe d'elle ou de moi ?
Des réparations ! m'a-t-elle répondu.
Misérable ! Tu mérites bien un éternel mépris. Et levant les yeux au ciel ! O Dieu ! juste et bon ! qui aura pitié d'une malheureuse , dont la chiite est l'ouvrage d'une ame si basse ! Cependant ( en jetant sur moi un regard d'indignation ) non , tout lâche , tout méprisable que tu es , je ne te hais pas autant que je me hais moi-même, pour n'avoir pas su plutôt te connoitre et te voir tel que tu es , et pour avoir attendu de l'honnêteté , de la reconnoissance ou de Thumanité d'un libertin , qui pour faire gloire d'être un libertin , doit avoir foulé aux pieds tous les principes et tous les droits.
Elle a prononé alors avec un soupir, le nom de son cousin Morden , (*) comme s'il lui étoit venu de sa part quelque avis de se garantir d'un libertin : et s'avançant vers la fenêtre , elle s'est servie un moment de £on mouchoir pour s'essuyer les yeux. Ensuite , se tournant
(*) Voyez la lettre de son cousin Moïden écrit* de Florence, Lettre clxxiii.
As
ÏO H î s T O î R E
vers moi tout d'un coup , avec un mélange de dédain et de majesté , ( que n'aurois - je pas dontié dans ce moment pour ne Tavoir jamais offensée ! ) tu me proposes des réparations, m'a-t-elîe dit, et quelles réparations un homme tel' que toi peut-iî offrir à une ame fière , à une personne de bon sens , pour les maux que îu m'as si inhumainement fait souffrir ?
Aussitôt , Madame.... aussi.... aussitôt que votre oncle.... ou bien même.... sans attendre sa réponse....
J'entends — je sais ce que tu voudrois dire. -— Mais penses -tu que le mariage puisse réparer un crime tel que le tien ? Sans amis , sans fortune , telle que tu m'as rendue , je méprise trop le lâche qui a pu se dérober à lui - miéme la vertu de sa fem.me^ pour supporter ton idée sous la qualité que tu semblés te flatter de mé faire accepter de toi.
(51) J'ai voulu l'interrompre ; mais mon idée a expiré sur miCS lèvres tremblantes... Tout ce que j'ai pu faire , c'est de pronon^ cer le mot de mariage. — Elle a conti- •sué. (Jt)
Ce que je veux savoir ^ c'est si^ dans un pays de liberté tel que celui-ci , où le Souverain ne sauroit être complice '-dé votre lâcheté , et où vous n'auriez pas eu l'audace de la commettre si j'avois eu la protection du moindre de mes parens OU de mes anciens amiS; je dois être içte-
DE Clarisse Harlowe. ii Kue dans une prison j pour y souffrir de nouvelles injures ? En un mot , si vous prétendez m'arréter ici , et m'empècher de suivre le cours de ma destinée ?
Après s'être arrêtée , et me voyant encore muet ; ne pouvez-vous répondre à une question si simple ? Je renonce à toute prétention sur vous, je vous rends toutes vos promesses. Quel droit avez- vous de me retenir ici?
Il m'étoit impossible de parler. Que pouvois-je répondre à pareille question?
O misérable , a-t-elle repris en levant et se tordant les mains : si je n'avois pas été privée de mes sens par la plus honteuse lâcheté , vous savez mieux que moi par quel artifice. — Si j'avois pu sentir m.on état et vos procédés , ou seulement distinguer Tordre et la suite des jours , je n'auro's pas laissé passer une semaine ,. comme je m^apperçois quil s'en est passé une entière ,. sans vous déclarer , comme ]€ le fais à ce moment , que Tinfâme qui m'atrahie avec cetre bassesse, ne fera jamais de moi sa femme. J'écrirai à mon oncle, qu'il peut renoncer à ses obligeantes intentions en ma faveur ; toutes mes espérances sont anéanties ; je me regarde moi^ mêfiîe comme perdue pour ce monde ; ne Bi'empèchez pas de satisfaire le ciel par une austère pénitence , pour avoir conti« Bué une correspondance qui m'étoit défe^adue ,. avec ma misirabie. qui n'a quo:-
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trop justifié les avis et l'aversion de ceux à qui je devois de la sou-mission , et pour m'être exposée témérairement à vos lâches artifices. Laissez-moi chercher à assnrer le seul espoir qui me reste ; c'est toute la réparation que je vous demande. Ainsi, répondez , suis -je libre de disposer de moimême ?
Il a fallu que l'imbécille , le crimirfel répondit ; mais avec combien d'embarras et d'hésitation I — Mon très-cher amour 1 Je suis confodu , absolument confondu d2 la seule pensée.... de l'excès. ... où je me suis emporté.... et en songeant.... à quelle fem.m.e ! -^ Je vois , j'éprouve qu^^il est impossible de résister à la force de votre éloquence. Dans toute ma vie , dans toutes mes lectures , je n'ai jamais vu de preuves si parfaites d'attachement à la vertu pour Tamour d'elle- miême. Si vous pouvez f^ire grâce au repentir d'un misérable qui implore votre pardon à genoux { je me suis jeté ici à ses pieds , avec toute la vérité du sentiment que j'exprimois ) je jure par tout ce qu'il y a de saint et de juste , et puisse le tonnerre m'écraser devant vous , si je ne suis- pas sincère ! que par le mariage , demain avant midi , sans attendre votre oncle , ai personne , je vous rendrai toute la justice qui est maintenant en mon pouvoir.
Vous me réglerez ensuite , vous me dirigerez pax vos principes. , jusqu'à ce que.
DE Clarisse Harlowe. 13 vous m'ayiez rendu plus digne de votre angclique pureté , que je ne le suis à présent ; et je n'aurai pas la présGrr;ption de toucher même votre robe , avant le bonheur où j'aspire de pouvoir vous nommer légitimenient ma femm.e.
Lâche trompeur! s'est-elle écriée, il existe ce juste Dieu que tu invoques, et le tonnerre ne descend pas ! et tu vis pour augmenter le nombre de tes parjures et de tes trahisons 1
Ma très-chère vie.... en m.e levant ; car le tour de son exclamation m'avoit fait croire qu'elle commençoit à se ralentir; mais elle m'a interrompu.
Si tes offenses, a-t-^ile repris, n'avoient pas paisse les bornes du pardon ; si c'étoit la première fois que tu eusses bravé le ■ ciel en invoquant sa vengeance contre toi-même; ma situation désespérée pourroit m'engager à me soumettre au plus malheureux sort , avec un homme aussi abandonné que toi. (5[) Mais après ce que j'ai soutlért de ta lâche cruauté , je ne puis sans crime souiiaiter d'enchainer mion ame avec un h*omme allié de si près avec l'enter et la perdition.
Grand Dieu ! com.b'en peu de charité..rt ! Je ne prétends point m^e défendre..,. Plût au ciel qu'il lut en mon pouvoir de rappeler le passé ! allié de si prêt à l'enfer-, Madame i yn hqmme si aban-^ donni^ Madame..., !^
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Va, mes expressions sont bien au-dessoas encore de tes cricTies et de mes souffrances... • — Tant de réflexion dans ta bassesse préméditée ! — Aller jusqu'à prostituer les noms et le caractère de personnes honorables de ta propre famille , — et le tout pour tromper une pauvre créature que tu devois.... Msis pourquoi entré- je en discours avec toi ? — Que tes crimes retombent sur ta tête 1 Encore une fois , je te de;nande , si j'ai ou non la liberté de. disposer de moi ?
J'ai voulu prendre la défense des deux parentes , déclarant que c'étoit réellement elles-mêmes.
N'aie pas l'audace, en m'interrompant, quelque vil que tu sois , de dire un seul mot pour te justifier sur ce point. J ai observé leur .maintien , leur conversation, leur promptitude à souscrire à ce que je * disois de desavantageux pour toi; la licence de leurs manières qui perçoit à travers leur réserve affectée ; et aujourd'hui que le triste événement qui m'a ouvert les yeux , et que j'ai comparé ensemble les faits et les suites , dans le court intervalle de raison que le ciel m'a prêté , tout mon étonnement est de n'avoir pas su distinguer le maintien de la créature que tu m'as amenée pour m'en imposer, et qui contrefaisoit si mal la femme honnête ^ de la digne Lady que tu as l'honneur d'appeler t? tante y et de n'avoir pas su.
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d"émasqiier d'abord la folle femmelette , que tu voulois me faire passer pour la vertueuse Miss Montaigu.
Il est bien étonnant qu'une Dame aussi bonne que vous l'êtes ait si peu de charité. — Que les transports qu'a fait éprouver à ces Dames la joie de vous voir, soient exposés à pareille censure ! Je vous jure et vous proteste , Madame. —
Quoi ? qu'elles étoient véritablement ,. •en m'interrompant , et réellement Lady Betty Lawrance, et ta cousine Miss Montaigu ! O misérable l je vois par ton serment solerîinel ( je n'avois pourtant pas achevé ni rien affirmé ) quelle foi l'on doit ajouter à tout le reste. — Quand je n'aurois pas d'autre preuve....
Je l'ai inîerrom.pue , en la conjurant de m'écomer avec patience. Je m'etois vu , lui ai-je dit , trop bien convaincu de son mépris . et de sa haine , en quelque sorte avoués. Je n'avois aucun espoir de gagner son amour ou sa confiance. — La lettre qu'elle avoit laissée derrière elle en fuyant à Hamstead ^ me démontroit suffisamm^ent , qu'elle étoit entièrement sous l'influence de Miss Howe , et qu'elle n'attendoit que sa réponse pour prendre des m.esures qui dévoient m.e priver d'elle pour jamais. Miss Howe avoit toujours été m.on ennemie. Elle devoit l'être encore davantage alors , sans doute , après la tectyre de la lettre qu'elle lui avait écrite
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en arrivant à Hamstead : je n'osois pas attendre Tévénement de sa réponse , et j'étois charmé de l'occasion de Lady Betty et de ma cousine , quoiqu'elles ignorassent mon motif, pour parvenir avec leur secours à la ramener à la ville : étant bien éloigné alors de méditer l'outrage auquel mon désespoir , et son manque de confiance en moi , m'avoient si lâchement porté, (ji,) ^
Je voulois continuer et parler du capitaine Tomlînson et de son oncle. — {^) Msis elle a refusé de m'entendre , et ce n'avoit été qu'avec une indignation visible , et en m'interron-p^nt plusieurs fois avec colère , qu'elle m'avoit écouté jusques-là. Aurois-je bien l'audace , m'a-t-elle dit, de vouloir chercher à pallier ma bassesse ? Elle étoit convaincue que ces deux femmes étoient deux personnages imposteurs. (Ji) Le capitaine Tomhnson et M. Mennell étoient vraisemblablement deux autres de mes complices. Mais qu'ils fussent des scélérats ou non , j'en étois un. Elle însistoit sur la liberté de pouvoir disposer du reste de sa courte et malheureuse vie. Enfin , elle ne me voyoit qu'avec horreur , sous toutes sortes de titres , et particulièrement sous celui que j'osois lui proposer.
Elle m'a quitte avec ce cruel adieu.
{^) Je t'avoue , Belford , que je suis demeuré confondu de cette coaversation où
elle a débuté avec un calme si extraordinaire , quoique sévère , et où elk a fini par une indignation si sincère, (ji)
Il faut que je te communique , dans ua paragraphe adressé particulièrement à toi, une partie de mes sérieuses réflexions. Je n'ai pas encore touché au grand article du commerce libre ; et la rrjanière dont elle s'est expliquée sur son oncle, marque assez qu^elle ne prend point encore la médiation pour une chimère. Cependant elle soupçonne mes nouveaux projets , et je lui vois des doutes 5ur Menneîl et Tomlinson. Je dis que si c'est d'elle - n:ême qu'elle tire ses lumiè^-es et ses fils pour se conduire dans ce labyrinthe , sa pénétration est merveilleuse ; mais si c'est de quelque autre qu'elie , son incrédulité et son aversion pour moi n'ont rien de surprenant.
Expliquons - nous sans détour. Il est impossible, Belford , que tu joues le double avec m.oi. Non ; ton imbécille pitié pour une femme , ne t'aura pas fait conunettre une trahison aussi impardonnable envers un ami qui s'est ouvert à toi avec si peu de réserve. Je ne puis te croire capable de cette bassesse. Cependrtnt rassure- moi sur ce point. Je dois faire une m.audite figure à ses yeux , prodigant les vœux et les sermens , comme je ne ferai pas scrupule de recommencer dans l'occasion , s'il est vrai qu'elle soit bien informée de
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ma perfidie. Je sais que lorsqu'il s'agit de fermeté , tu ne me redoutes pas plus que je ne te crains ; et que si tu étois coupable, tu dédaignerois un désaveu , lorsque je te presse de t'expliquer.
Je suis tenté de m'arrêter ici. Oui , je ne t'écrirai plus , jusqu'à ce que j'aie reçu ta réponse.
Je suis résolu.
Lundi y à trois heures du matin.