Histoire
Déjà , dans la vue de contenir son ressentiment des indignités qu'il a reçues , et qui se renouvellent tous les jours , il est parvenu à vous engager dans une correspondance secrète avec lui. Je sais que dans tout ce que vous lui avez écrit , il ïi'y a rien dont il puisse se vanter. Mais n'est ce pas un grand avantage de gagné , que de vous avoir fait consentir à recevoir ses lettres et à lui répondre ? La condition que vous y avez attachée , qu'il tiendroit cette correspondance secrète , n'ofire-t-elle pas l'apparence d'un mystère entre vous et lui, dont vous ne souhaitez pas que le monde soit informé ? Il est le maître de ce secret. Ce secret, en quelque sorte , c'est lui-même. Dans quelle intimité cette faveur n'établit-elîe pas l'amant ? A quelle distance ne recule-t-elle pas les parens?
Cependant, dans la situation où sont les choses , qui peut vous blâmer ? Il est certain que votre condescendance a prévenu jusqu'à présent de grands malheurs. Il faut fcien lacontinuer , par les mêmes raisons y aussi long-temps que la cause subsiste. C'est im destin pervers qui vous entraîne contre votre inclination. Mais avec des vues si louables , l'habitude fera disparoitre l'inconvenance qui blesse, et formera l'inclination. Ma chère, comme vous souhaitez dans une occasion si critique , vous conduire avec cette prudence qui gouverne
t)E Clarisse Hap.lowe. i^j toutes vos actions , je vous conseille de ne pas craindre d'entrer dans un sévère examen du principe et des véritables motifs de votre générosité pour cet heureux mortel.
Je vous îe dis franchement ; pour moi , cVst mon humble opinion , qu'au sortir de cet examen de vous-même , cette générosité se trouvera être l^amour. Ne vous évanouissez pas , ma chère ; votre homme , lui-même , n'a-t-il pas assez de philosophie naturelle pour avoir déjà observé à votre tante Hervey , que Pamour pousse ses plus profondes racines dans les âmes les plus fermes ! Maudite soit la finesse de sa pénétration ! car cette remarque date déjà de six ou sept semaines.
J'ai eu , vous îe savez , ma bonne part de la même teinture ; et dans mes plus froides réflexions , je n'aurois pu dire comment , ni quand cette jaunisse avoit commencé. Mais j^en aurois eu , comme Fou dit , pardessus les yeux et les oreilles ^ sans îe secours de quelques-uns de vos bons avis , que je vous rends aujourd'hui à mon tour. Cependant , i homme qui m'avoit fait tourner la tête n'étoit pas deîa moitié si .... si quoi, ma chère ? Assurément, Lovelace est un cavalier charmant ; et s'il étoit seulement. . . . Mais je ne veux pas vous faire monter des feux au visage en me lisant. Non , non , j'en serois bien fâchée. Cependant j ma chère , ne vous seî>-