‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complèteChapitre 18 sur 47 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

Miss Clarisse Harlowe à Miss Howe.

Mercredi i Mats.

O U S m'avez à la fois embarrassée et alarmée , ma très- chère Miss Howe , par la fin de votre letti*e. A la première lecture , je n'avois pas cru , ai-je dit en moimême , qu'il fût nécessaire de me tenir en garde contre un critique , en écrivant à une si chère amie. Mais ensuite , étant venue à me recueillir , n^ a-t-il rien de plus ici , me suis-je demandée , que les saillies ordinaires d'un esprit naturellement si vif? Assurément , il faut que je me sois rendue coupable de quel qu'inadvertance. Entrons dans un examen sévère de moi-même.

DE Clarisse Harlowe. ii$

comme ma chère amie me le conseille.

Je l'ai fait , et je ne puis convenir d'aucuns feux qui me soient montés au visage > ni de ces battemens de cœur dont vous me parlez. Non , en rerite, vous répéteraije , je ne le puis. Cependant les endroits de ma lettre sur lesquels vous vous exercez avec un mélange d'enjouement et de sévérité , m'exposoient naturellement à votre agréable raillerie ; de cela j'en conviens, et je ne puis vous dire ceque j'avois dans r esprit lorsqu'il a conduit si bizarrement ma plume.

Mais enfin , est-ce trop dire , dans une personne qui n'a point de considératiau fort particulière pour aucun homme , de dire qu'il y en a quelques-uns qui lui paroissent préférables à d'autres ? Estelle blâmable d'ajouter qu'elle croit dignes de quelque préférence ceux qui , n'ayant pas été bien traités par ses parens , font par considération pour elle le sacrifice de leurs ressentimens. Par exemple , on peut bien me permettre, je crois ^ d'avancer que M. Lovelace est un homme à préférer à M. Solmes , et que je lui donne en effet cette préférence. Il me semble que cela peut se dire , sans que la conséquence nécessaire soit , que j'ai de l'amour pour lui»

Non certainement , pour tout au monde je ne voudroispas avoir pour lui ce qu'on appelle de Pamour ; premièrement , parce que je suis loin d'avoir bonne opinion de

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SQS mœurs , et que je regarde comme une faute à laquelle toute notre famille a eu part 5 excepté mon frère , de lui avoir permis de nous visiter avec des espérances ; qui néanmoins étoient trop éloignées pour autoriser aucun de nous , comme je l'ai déjà observé , à lui demander compte de ce que nous apprenions de ses mœurs et de sa conduite. En second lieu , parce que )€ le crois un homme vain et capable de se faire un triomphe , du moins en secret , de l'avantage qu'il auroit sur une personne dont il croiroit avoir engagé le cœur^ Troisièmement , parce que les assiduités et la vénération que vous lui attribuez , paroissent accompagnées d'un air de hauteur , comme s'il pensoit que le mérite de ses soins fût plus qu'un équivalent du cœur d'une femme. D'ailleurs , dans les momens où il s'observe moins , sa conduite me paroît celle d'un homme qui se croit au dessus de la politesse même que sa naissance et son éducation ( plutôt peut-être que son propre choix ) l'obligent de marquer. En un mot , je trouve que sa politesse même , malgré les avantages qu'ont dû lui donner sa naissance et son éducation , me paroît à moi contrainte et gênée , quoiqu'avec l'aisance d''un homme singulièrement affable et poli , il y ait par fois , ce semble , dans ses manières y quelque chose en arrière , qu^il tient comme en réserve avec trop de soin.

T)E ClAîIISSE HarLOWE. ï f^ Et puis cette bonté Gifon lui croit en général pour les domestiques d'autrui , et qui va jusqu'à la familiarité, (familiarité pourtant qui , comme vous l'avez remarque , conserve un air de dignité et ne messied pas à un homme de qualité ) n'empêche pas qu'il ne soit sujet à s'emporter contre les siens. Un jurement ou une imprécation suit aussi-tôt , et Ton voit leur terreur se manifester dans leurs yeux ; j'ai cru y lire par fois qu'ils se tenoient fort heureux que je fusse à portée de l'entendre. Les regards même du maître ne confirmoient que trop alors mon soupçon.

Non , ma chère , cet homme n'est pas mon homme. J'ai de grandes objections contre lui. Non , le cœur ne me bat pas à son nom. S'il me monte des feux au visage , c'est d'indignation contre moimême , d'avoir donné lieu à une pareille imputation. — Il ne faut pas , ma très-chère amie , transformer un sentiment commun de reconnoissance en amour. Je ne puis souffrir que vous en ayez cette idée ; mais si j'étois jamais assez malheuseuse pour in'appercevoirque cefCit de l'amour, je vous engage ma parole , c'est dire mon honneur, que j e ne manquierai pas de vous en instruire; Vous m'ordonnez de vous écrire promptement et par le nouvel expédient que j'aî trouvé , que votre agréable raillerie ne m'a point indisposée contre vous. Je me hâte âe vous satisfaire , et je remets à ma pre*

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mière lettre le récit des motifs qu'ont mes pareils pour favoriser avec tant de chaleur les vues de M. Solmes. Soyez donc bien persuadée , ma chère , que je n'ai rien dans îe cœur contre vous. Non , rien , rien absolument. Au contraire , je vous remercie bien sincèrement des avis dont me prémunit votre amitié. Et si vous observiez dans ma conduite quelque faute assez considérable pour vous mettre dans le cas d'employer en ma faveur vis-à-vis des autres les palliatifs d'une amitié partiale , je vous recommande , comme je l'ai fait souvent , de ne pas faire difficulté de m'en informer ; car il me semble que je voudrois me conduire d'une manière à ne donner aucune prise à la censure , même d'un ennemi. Si jeune et foible comme je suis , quel moyen d'éviter la censure d'un ennemi , si ma fidèle amie ne tient pas le miroir devant mes yeux , pour me faire voir mes imperfections ?

Jugez - moi donc , ma chère , comme feroit une personne indifférente qui sauroit de moi tout ce que vous savez. D'abord , j'en pourrai ressentir un peu de peine , il me montera peut-être un peu de chaleur au visage , de me trouver moins digne de votre amitié que je ne voudrois Fêtre. Mais soyez sûre que vos corrections obligeantes me feront faire des réflexions qui me rendront meilleure. Si elles ne me corrigent pas , vous aurez droit de m^

DE Clarîssï: Haîiiowe. î^9 reprocher une faute inexcusable ; une faute, permettez - moi d'ajouter , dont vous ne pourriez vous' dispenser dem'accuser , sans cesser d'être autant mon amie que je suis la vôtre , puisque vous savez bien que je ne vous ai jamais épargnée dans les mêmes occasions.

Je finis ici ; mais c'est dans le dessein de commencer bientôt une autre lettre.

Cl. Harlowe.

LETTRE X î I.

Miss HowE àMiss Clarisse Harics^e.

Jeiuii 1 Mars.

OUS ne voudriez donc pas , pour tout au monde , avoir pour lui ce qu'on nomme de Tamour ? Votre obéissante , ma chère î Je ne voudrois pas , non plus , que vous en eussiez : car je pense qu'avec tous les avantages de sa personne , de sa fortune ^ de sa naissance , il n'est rien moins que digne de vous. Et cette opinion me vient autant des raisons que vous citez , et que je ne puis que confirmer , que de ce que j'ai su de lui depuis quelques heures , par la bouche de Mde. Fortescue , la favorite de Lady Betty Lawrance , et qui le connoît bien. Mais cependant , laissez-moi vous féliciter d'être la première de notre sexe

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dont j'aie entendu parler , qui ait été capable de changer à son gré ce lion d'amour en un bichon de toilette.

Eh bien , ma chère , si vous ne sentez pas les battemens de cœur et les feux au visage , il est certain que vous n'en sentez pas , et que vous n'avez pas d'^amour , et par une bonne raison , c'est que vous ne voudriez pas en avoir , et il n'y a plus rien à dire. Seulement, ma chère , je tiendrai la vue ferme sur vous , et j'espère que vous l'y tiendrez vous-mêm.e ; car ce n'est pas bien raisonner que de conclure qu'on n'a point d'amour , parce qu'on ne vou droit pas en avoir. Avant que de quitter entièrement ce sujet, permettez-moi un mot à l'oreille , ma charmante amie : ce sera seulement par voie de précaution et par déférence pour l'observation générale , qu'un spectateur juge quelquefois mieux du jeu que ceux qui tiennent les dez. N^estil pas possible que vous ayez eu et que vous ayez affaire à des créatures si mutines , à des têtes si bizarres , que vous n'ayez pas eu le temps de faire attention aux battemens de cœur , ou que si vous en avez senti quelques-uns par intervalles , ayant deux objets oii les rapporter , vous ayez donné à gauche , et pris une cause pour l'autre.

Mais , soit que vous ayez de l'estime on non pour Lovelace , je suis sûre que vous êtes impatiente de savoir ce que Mde. For-

DE Clarisse Harlowe. i6i tescue m'a dit de lui. Je ne veux pas vous tenir plus long-temps en suspens.

Elle en raconte cent histoires de foîie j de malice depuis son enfance jusqu'à Fâge où il est ; car elle observe que n'ayant jamais été contredit , il a toujours été aussi malicieux qu'un singe. Mais je passerai sur ces petites méchancetés d'un enfant , quoique ce soient des espèces d'indices qui dénotent quelque chose , pour m'arrêter à plusieurs points que vous n'ignorez pas tout-à-fait , et à d'autres que vous ignorez absolument , et pour faire quelques observations sur son caractère.

Mde. Fortescue avoue ce que t©nt îe monde sait , que notoirement et même de son propre aveu , il est homme de plaisir» Et cependant elle dit que pour tout ce qu'il prend à cœur et ce qu'il entreprend , c'est le plus industrieux et le plus persévérant des hommes qui soient sous le ciel. II ne donne que six heures de vingt-quatre au sommeil , pas plus que vous. Il aime singulièrement k écrire. Qu'il soit che;:: son oncle ou chez Lady Betty , ou chez Lady Sara , il ne se retire jamais que pour prendre une phime. Elle sait d'un de ses compagnons , qui lui a confirmé ce goût pour l'écriture , que ses pensées coulent rapidement de sa plume , et vous et moi , ma clière , nous avons observé dans plus d'une occasion , qu'avec une fort belle main , i! écrit sans s'arrêter et très-vite. Il doit avoir

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eu de bonne heure un génie fort docile ettrès-soupîe, sans quoi un homme si passionné pour le plaisir , et d'un esprit si actif, n'auroit jamais pu s'assujettir à un travail long et pénible , pour acquérir les talens qu'il possède ; qualités assez rares parmi les jeunes gens riches et de haut« naissance , sur- tout ceux qui , comme lui , n'ont jamais su ce que c'est que d'être contrariés.

Un jour qu^on le complimentoit sur ses talens et sur une diligence qui étonne dans un homme de plaisir . il eut la vanité de se comparer à Jules- César , qui exécutoit de grandes choses pendant le jour , et qui employoit la nuit à les écrire. Et il se vantoit qu'il n'auroit eu besoin que de l'essor et des occasions de César , pour figurer avec éclat dans son siècle.

Ce discours , à la vérité , étoit , dit-elle , débité d'un air de plaisanterie ; car elle observe , comme nous l'avons observé aussi, qu'il a l'art de faire l'aveu de sa vanité avec tant d'enjouement et de gaieté , qu'il s'élève en quelque sorte au-dessus du mépris qui est dût à la vaine présomption de soi-même^ et qu'en même temps il persuade presqu'à ceux qui l'entendent , qu'il mérite réellement les louanges extraordinaires qu'il se donne.

Mais supposons qu'en effet il emploie une partie de ses nuits à écrire , quels peuvent être ses sujets? Si comme César

DE Clarisse Karlowe. k^^ il écrit SCS propres actions , ce doit être sans doute un très-méchant homme, et d\m caractère très - entreprenant , puisqu'on ne le soupçonne pas d'avoir l'esprit tourné au sérieux; et tout décent qu'il est dans sa conversation avec nous, je gagerois que ses écrits ne sont pas d'une nature à lui faire honneur , ni à être utiles • aux hommes , s'il les mettoit au jour. 11 faut qu'il le sente bien lui-même , car Mde. Fortescue assure que dans cette grande correspondance de lettres qu'il entretient ^ il est aussi secret et aussi soigneux que s'il étoit question de haute trahison. Cependant , il ne se trouble guère la tête d'affaires politiques , quoique personne ne connoisse mieux , dit-on , ies intérêts des Princes , et l'état des Cours étrangères. Que vous et moi , ma chère , nous aimions à écrire , il n'y a rien de surprenant. Depuis que nous sommes capables de tenir une plume, nous avons fait notre amusement des correspondances épistolaires. Nos occupations sont domestiques et sédentaires , et nous pouvons laisser courir la plume au hasard sur cent sujets innocens , dont l'innocence même fait tout notre plaisir , quoiqu'ils eussent peut-être aussi peu d'agrément que d'utilité pour d'autres que nous. Mais qu'un jeune homme de cette humeur , gai , vif, qui aime la chasse , les chevaux , les voyages , qui ne manque point de se trouver aux assem-

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blées , aux fêtes publiques , et qui a les moyens de satisfaire tous ses goûts , puisse rester assis des iieures entières à écrire , comme on nous a dit que cela lui arrive souvent , c*est là ce qui doit étonner.

Madame Fortescue dit qu'il possède parfaitement la méthode des abréviations. Je vous demande en passant quel peut avoir été le motif d'un homme qui écrit aussi vire que lui pour apprendre l'art d'abréger ?

Elle dit , et nous le savons aussi bien qu'elle , qu'il a la mémoire surprenante et l'imagination d'une vivacité extraordinaire.

Quels que soient ses autres vices , tout îe monde rend témoignage , comme Mde.

Fortescue , que c'est un homme sobre , et parmi toutes ses mauvaises qualités , le jeu , ce grand dissipateur du ternes et de la fortune , n'a jamais été son vice ; de sorte qu'il doit avoir la tète aussi froide , et la raison aussi nette que la fougue de l'Age et sa gaieté naturelle le permettent ; et l'habitude où il est de se lever de bonne heure lui donne beaucoup de temps pour écrire on pour faire pis.

Madame Fortescue parle d'un de ses amis avec lequel il est lié plus étroitement qu'avec tous les autres. Vous vous souvenez de ce que l'Intendant congédié a dît de lui et de ses associés. Le por'trait que cet homme a fait de lui me paroit en général assez juste. Mde. Fortescue confirme une partie des traits : que toute

DE Clarisse Harlowe. k^^ sa famille le redoute , et que son orgueil répugne à leur avoir aucune obligation ; qu'il est aussi , à ce qu'elle croit , quitte de toutes ses dettes , et qu'il n'en fera pas de nouvelles , par le inêrne motif apparemment qui lui fait éviter de rien devoir à ses proches.

Quelqu'un qui seroit porté à juger favorablement de lui , présumeroit qu'un homme brave , un homme éclairé et diligent , ne sauroit être naturellement un méchant homme. Mais s'il vaut mieux que ne le disent ses ennemis , ( il seroit bien méchant en efîet s'il étoit pire ) on ne peut le justifier d'une faute inexcusable , qui est d'avoir tant d'indifférence pour sa réputation. Ce défaut ne peut venir à mon avis que de l'une ou de l'autre de ces deux raisons , ou de ce qu'il sent au fond du cœur qu'il mérite tout le mal qu'on dit de lui , ou de ce qu'il fait gloire de passer pour pire qu'il n'est. Deux mauvais signes çt d'un augure effrayant ; le premier marque un caractère tout-à-fait abandonné ; et ce qu'on peut conclure naturellement de l'autre , c'est qu'un homme qui n'a pas de honte de ce qu'on lui impute , ne fera pas scrupule de s'en rendre coupable dans l'occasion.

Enfin ^ sur tout ce que j'ai pu recueillir de Mde. Fortescue , M. Lovelace meparoît un homme rempli de défauts. Vous et moi l'avons cru trop vif, trop inconsidéré ,

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trop téméraire , trop incapable d^hypocrîsie ponr t'tre profond. Vous voyez que dans ses démêlés avec votre frère , il n'a jamais voulu déguiser son caractère naturel , qui est assurément fort hautain. Lorsqu'il croit devoir du mépris , il le pousse à l'excès. Il n'a pas même assez de complaisance pour épargner vos oncles.

Mais , fût-il profond , et le fût-il beaucoup , vous l'auriez bientôt pénétré , si on vous laissoit à vous-même. Sa vanité seroit îe fil qui vous guideroit. Jamais homme n'en eut plus que lui. Cependant , suivant l'observation de Mde Fortescue , elle lui sied bien , et jamais homme n'en sut tirer parti plus heureusem.ent. Elle est assaisonnée d'un singulier mélange de vivacité et d'en;ouement. La moitié de ce qui lui échappe à son avantage , lorsqu'il est dans ces accès d'amour-propre , rendroit tout autre homme insupportable.

Parler du loup est un vieux proverbe.

L'agréable vaurien m'a fait une visite , et iî ne fait que de sortir d'ici. Il est toute impatience et tout ressentiment de îa conduite qu'on tient avec vous , et il appréhende aussi qu'on ne parvienne à surmon-

ter vos résolutions.

Je lui ai dit , com.me je le pense , qu'on ne vous fera jamais consentir à prendre un homme tel que M. Sclmes ; mais que Taffaire se terminera probablement par

DE Clarisse Harlowe. 1^7 une composition qui sera de renoncer à Tun et à l'autre.

Jamais homme , dît-il , avec une fortune et des alliances si considérables , n'a obtenu si peu de faveur d'une femme pour laquelle il ait autant souffert.

Je lui ai dit mon avis avec ma franchise ordinaire. Mais , qui jamais se trouve en faute en se prenant pour juge ? Il s'est plaint d'espions apostés , et qui étoient gagés par votre frère et vos oncles pour espionner sa conduite et ses moeurs. Je lui ai répondu que cela étoit fâcheux pour lui , d'autant plus que peut être sa conduite et ses mœurs ne soutiendroient pas l'épreuve des observations ; il a souri , en me disant qu'il étcit mon serviteur , et que l'occasion étoit trop belle pour être manquée par Miss Howe , qui ne l'avoit jamais épargné. Dieu ait pitié des Harlowes ! Le croirai-je , a-t-il dit ? Ils veulent ruser , intriguer contre lui. Ils feroient mieux de prendre garde qu'il ne les paie de leur propre monnoie. Ils ont le cœur plus propre que la tête à ces opérations-là.

Je lui ai demandé s'il s'en estimoit beaucoup davantage , d'avoir plus d'habileté qu'eux pour ces belles opérations. Il a éludé la question , et s'est répandu alors en protestations de respect et d'aflection pour vous. L'objet en étant si digne , qui peut douter de la vérité de ces protestations ?

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Adieu , ma chère , ma noble amie ; la généreuse conclusion de votre dernière lettre me donne pour vous p!us de tendresse et d'admiration que je ne puis l'exprimer, quoique j'aie commencé celle-ci par une raillerie impertinente , parce que je sais que vous avez toujours eu de l'indulgence pour mes folles saillies ; il n'y a jamais eu de cœnr qui ait senti plus vivement la chaleur d'une véritable amitié que celui de votre fidelle

Anne Howe.

LETTRE XÎIL

Miss ClarisseHaîilowe à MissHowE.

Mercredi i Mars,

E prends la plume pour exposer à vos 3/eux les motifs qui font embrasser si chaudement à mes parens les intérêts de M.

Solmes.

Pour bien éclaircir cettQ matière , il est nécessaire que je retourne un peu sur mes pas , et peut-être que je vous répète quelques circonstances dont je vous ai déjà informée. Ainsi vous pouvez regarder cette lettre comme une espèce de supplément à celles du 1 5 et du 10 Janvier dernier (*).

{*) Voyez Lettres 4 €t 5,

Dans

DE Clarisse Harlowe. 1^9 Dans ces deux lettres , dont j'ai conservé les extraits , je vous ai rendu compte de Fantipatliie de mon frère et de ma sœur pour M. Lovelace, et des moyens qu'ils avoient employés , de ceux du moins qui étoient alors venus à ma connoissance ^ pour le ruiner dans l'estime de mes autres parens. Je vous ai raconté , qu'après avoir pris à son égard des manières très-froides ^ mais qui n'étoient pas encore une offense directe , tout d'un coup ils avoient passé à la violence et à des insultes personnelles ( * ) , qui avoient produit à la fin la malheureuse rencontre que vous savez > entre mon frère et lui.

Il faut vous dire à présent , que dans la dernière conversation que j'ai eue avec ma tante , j'ai découvert que cet emportement soudain , de la part de mon frère et de ma sœur , avoit une cause plus puissante qu'une ancienne antipathie de collège , et qu'un amour méprisé. C'étoit la crainte que mes oncles ne pensassent à suivre en ma faveur l'exemple de mon grand-père ; crainte fondée , à ce qu'il me semble , sur une conversation entre mes oncles , mon frère et ma sœur. Ma tante m'a fait cette confidence , comme un argument capable de me faire accepter les grandes offres de M. bolmes , en me représentant que ma complaisance viendroit fort à propos renverser

C*) Voyez Lettres IV. etV.

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