‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complèteChapitre 26 sur 47 · a8i Histoire · texte numérisé non relu

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d'autres temps et dans d'autres vues , oîï m'a cru prévenue en faveur d\m hornme dont les mœurs offrent de justes objections. Je me vois confinée comme la plus étourdie de toutes les créatures , et comme si l'on appréhendoit que je ne prisse la fuite avec cet homme, et que je ne déshonorasse toute la famille. O ma très-chère mère î quelle patience seroit à l'épreuve d'un tel traitement ?

A présent , Cîary , je suppose que vaus m'accorderez la liberté de parler. Il me semble que j'ai poussé assez loin la patience avec vous. Si j'avois pu croire. . . . Mais je vais tout réduire à une conclusion fort courte. Votre mère, Clarisse , vous donnera un exemple de cette patience que vous lui demandez si hardiment sans en avoir aucune pour elle.

O ma chère , que cette condescendance de ma mère m'a cruellement affectée dans ce moment ! plus mille fois que n'aurok fait sa rigueur. Mais ellesavoit, elle songeoit sûrement qu'elle s'étoit chargée d'un office bien dur, d'un office , j'ose le dire, dont sa propre raison étoit blessée ,. sans ,quoi elle n'auroit pas voulu , elle n'auroit jamais pu pousser si loin la patience ave^ raoî.

Te dois donc vous dire , a-t-elle continué , que tout se réduit à fort peu de mots , comme votre père l'a dit. Vous avez été jusqu'à présent , comme vous

DE Clarisse Harlowe. 219 savez fort bien le faire valoir , une fille respectueuse ; mais quelle raison auriezvous eu de ne le pas être ? Jamais enfant n'a été traité avec plus de faveur. Aujourd'hui vous avez le choix , ou de décréditer toute votre conduite passée , ou , lorsqu'on attend de vous la plus grande preuve de ce respect, ( ayant le cœur libre , comme vous l'avez déclaré ) de donner cette preuve qui couronnera tout , ou par des vues d'indépendance , ( car on n'en portera pas d'autre jugement, Clary j quel que soit votre motif ) fondées sur un droit que vous pouvez réclamer , que tout homme que vous favoriserez peut réclamer pour vous contre nous tous , ou plutôt pour lui-même en haine de nous tous, de rompre avec toute votre famille , et de braver un père jaloux de son autorité ; assez inutilement jaloux , je le dis en passant , de celle de son sexe par rapport à moi I mais infinim.ent plus jaloux encore de l'autorité de père. Voilà le point dont il est question avec nous , ma fille. Vous savez que votre père s'en est fait un point de détermination décidée. En a-t-il jamais abandonné un lorsqu'il s'est cru en droit de l'emporter ?

Hélas ! il n'est que trop vrai , ai - je dit en moi-même ; à présent que mon frère a su engager mon père dans ses vues , son beau système cheminera tout seul , sans qu'il s'en mêle davantage ; et ce ne sont

plus ses avides prétentians , c'est la volonté de mon père que je combats.

Je restois en siience, et à vous dire vrai , mon silence venoit alors , pour h\ première fois , dliumeur et d^obstination. Je 'me sentoîs le cœur trop gros. Je trouvois qu'il y avoit de la dureté à ma mère de m'abandonner ainsi , et de faire sa volonté de l'humeur impérieuse de mon frère. Ma mère, rna chère, je ne devrois pas le dire peut-être, n'a pas été obligée de se marier contre son inclination. Ma mère aimoit mon père.

Mon silence m'a servi en-core moins. Je vois , ma chère , m'a-t-eile dit , que vous êtes convaincue. Ma chère fille, ma chère Clary , c'est à présent que je vous aime du fond du cœur. On ne saura jamais que vous m'ayez rien contesté. Tout tombera sur cehe modestie qui a toujours donné tant de lustre à votre caractère. Vous aurez tout le mérite de votre résignation.

Je me suis mise à pleurer.

Elle essuyoit mes larmes et me baisoit tendrement les joues. Votre père vous attend en bas, et compte vous voir une contenance gaie. Mais ne descendez point ,; je lui ferai vos excuses. Tous vos scrupules , comme vous voyez , ont trouvé en moi une indulgence maternelle. Mon cœur se réjouit dans l'espérance que vous êtesconvaincue , et c'est bien une preuve de la déclaration qui m'a fait tant de plaisir , que votre cœur est libre*

•DE Cla-risse Harlowe. 231 Ces discours , ma chère , ne touchoientîls pas à la cruauté dans une mère si indulgente ? Ce seroit un crime ( plût à Dieu que ce n'en lût pas un ! ) de supposer ma mère capable d'artifice. Mais on lui a imposé cette tâché. Elle est obligée d'employer des méchodes auxquelles son cœur répugne naturellement ; et cela dans la vue de m'épargner des peines, parce qu'elle voit que tous les raisonnemens ne seront point écoutés des autres.

Je vais descendra a-t-^lle repris , et vous excuser de ne pas paroître au goûter , comme j'ai fait au diner , car je juge qu'il vous restera quelques petites répugnances à surm.onter. Je vous les passe volontiers ^ aussi bien qu'un peu de froideur assez naturelle. Ainsi vous ne descendrez point , si. VoUS ne voulez v^s descendre. Seulement y ma chère , ne faites J)as déshonneur à mon. récit, lorsque vous paraîtrez au souper,, et sur-tout prenez vos manières ordinaires pour votre frère et votre sœur ; car la con— duite que vous tiendrez avec eux servira à faire juger de votre soumission volontaire pour naus. C*est un conseil d'amie , comme vous voyez , plutôt qu'un ordre de mère. Adieu donc , mon amour , et elle m'a: donné encore un baiser , prête à sortir.

O ma chère maman ! me suis- je écriée , pardonnez à votre fdle ; mais sûrement vous ne pouvez croire que je puisse jamais j^enser à cet homnie-ià^

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Elle a pris un visage irrité et a partt très-étoniiée , comme si elle eût été fort trompée dans son attente. Elle m'a menacée de me renvoyer à mon père et à mes oncles. Elle m'a cependant fait remarquer , je puis dire avec bonté, quelle prise je donnois à mon frère et à ma sœur , si je leur croyois des vues particulières qui les portassent à indisposer mes oncles contre moi. Je n'ai pas attendu si long-temps , a-t-elle dit d'un ton plus doux , à représenter tout ce qui pouvoit être opposé aux dispositions présentes , dans l'idée qu'ayant refusé plusieurs partis, que j'avoue être préférables quant à la personne , J'aurois peu de penchant pour celui-ci ; et si mes objections avoient pu réussir , Clary , vous n'en auriez jamais, entendu parler ; mais si je n^ai rien pu gagner , comment pouVezvous espérer de prévaloir ? Mon grand but en me chargeant d® cette commission, est de conserver la paix de la famille , si près d'être troublée , de vous rétablir dans TafFection de votre père et de vos oncles , et de vous garantir d'un homme violent... Votre père , vous devez bien vous y attendre, va jeter feu et flamme, en apprenant votre refus d'obéir. Vos oncles sont si pleinement convaincus de l'accord de ces mesures avec leurs vues pour leur projet favori d'illustrer la famille, qu'ils paroissent aussi déterminés que votre père. Votre oncle et votre tante Hervey

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sont du même sentiment. Au fond il seroit bien étrange qu'un père , une mère , vos oncles et votre tante , réunis tous dans îa même volonté , n'eussent pas le pouvoir de diriger votre choix. Sûrement , ma chère fille , ajouta-t-elle , tandis que jecontinuois de garder le silence , il n'est pas possible que le motit de votre aversion soit l'avantage même qui devoir résulter de ce mariage pour les vues de la famille , et pourtant je puis vous assurer que personne n'expliquera autrement votre refiis ; tandis qu'un homme qui nous est si odieux à tous demeurera à marier et rodera sourdement autour de vous , ( c'est son expression) on n'ajoutera pas la moindre foi à toutes les protestations que vous pourrez faire de votre résolution et de votre goût pour le célibat. M. Loveîace fût~il un ange , vous savez bien que votre père , ayant une fois déxidé que vous ne l'aurez point , ne souffrira jamais que sa volonté soit disputée. Quant à la défense qu'on vous a faite , et je Favouerai bien , contre mon gré, elle vous a été attirée par l'opinion où l'on est que vous entretenez des correspondances avec lui par le moyen de Miss Howe ; et je ne doute pas que cela ne soit vrai.

J'ai répondu à chaque article d'une manière , j'en suis sûre , à la satisfaire , si elle avoit eu la liberté de suivre son propre jugem.ent. Ensuite je me suis emportée amèrement contre les humiliantes défenses qu'on m'a imposées.

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