‹ Clarisse Harlowe. Traduction nouvelle et seule complèteChapitre 25 sur 47 · LETTRE XV IL · texte numérisé non relu

LETTRE XV IL

Miss Clarisse Hariowe à Miss Howe.

J.VJl A mère , à son retour , qui a suivi immédiatement îe dîner , a eu la bonté de rne dire , que sur les questions de mon père , sï je m'étois soumise de bonne grâce , ( car il paroît que le doute ne tcmboit que sur la manière ) elle lui a dit que dans un point si important , elle auroit souhaité de laisser à un enfant qu'elle a tant de raison d'aimer , ( ce sont ses obligeantes expressions, ) la liberté de déclarer tout ce qu'elle a dans îe cœur , afin que son obéissance en soit plus libre. Elle lui a fait entendre aussi que lorsqu'il est monté à ma chambre , elle é cou toit alors mes raisons ^ et qu'elle avoir cru voir que je prendrois plus volontiers le parti de renoncer absolument au mariage.

Elle m'a dit que mon pèreavoit répondu d'un ton irrité : Qu'elle prenne bien garde de me donner sujet de soupçonner ici quelque préférence étrangère. Mais si c'est seulement pour soulager son cœur , sans combattre mes volontés , vous pouvez, l'écouter.

Ainsi , Clary, a repris ma mère , je suis, devenue dans cette disposition , et j'espère

DE Clarisse Karlov/e. 113 que vous ne recommencerez pas à me montrer par votre obstination comment je

cIojS vons traiter.

En vérité ,3i^dame , vous m'avez rendi| justice lorsque vous avez dit que je n'ai aucune inclinaticn pour le mariage : je me flatte de n'avoir pas été assez inutile dans la maison de mon père pour vous faire souhaiter. . . .

Laissons votre mérite à part , Clary , vous avez été une bonne enfant. Vous m'avez soulagée dans les soins et les peines domestiques ; mais ne m'en donnez pas aujourd'hui plus que vous ne m'en avez épargné. Vous en avez été bien récompensée par la réputation que vous ont acquise votre intelligence et votre sage conduite. Mais nous voici bientôt à la fin de tous les secours qu'on a reçus de vous. Si vous vous mariez , votre établissement en sera le terme naturel , et désirable même , si vous le faites pour nous plaire, parce que vous aurez vous-même une famille ou tous vos talens pourront s'employer.

Si vous ne vous mariez pas , il n'y aura pas moins une fin aussi , mais qui ne sera pas naturelle. Vous m'entendez , ma fille ?

Je me suis mise à pleurer.

J'ai déjà fait chercher une femme de charge pour cette maison. J'aurois bien désiré avoir votre bonne Norton : mais je suppose que vous serez bien aise vous même de prendre cette digne femme avec

114 Histoire

vous : sk vons le désirez, on en conviendra

dans les articles.

Mais pourquoi , ma très-chère Madame , pourquoi , moi qui suis la plus jeune , fautil me précipiter dans l'état du mariage , pour lequel je suis fort éloignée d'avoir la moindre inclination ?

Vous allez me demander sans doute , pourquoi Ton n'a pas pensé à votre sœur pour M. Solmes?

J'espère , Madame , que vous ne vous offenseriez pas de cette question , si je la faisois.

Je pourrois vous renvoyer à votre pèro pour la réponse. M. Solmes a ses raisons pour vous préférer.

Et j'ai mes raisons aussi , Madame , pour ne le pouvoir souffrir. Et pourquoi suis-je

Cette vivacité à m^interrompre n'est pas supportable. Je sors moi, et votre père vient , si je ne puis avoir raison de vous.

O Madame ! j'aimerois mieux mourir que. , . .

Elle m'a mis la main sur la bouche.

Point de ces obstinations décidées , Clary Harlowe. Si vous vous déclarez une fois inflexible , j^ai fini.

Mes larmes ont recommencé à couler de dépit. Voilà, voilà l'ouvrage de mon frère. . , ses vues intéressées. . . .

Point de réflexions sur votre frère ; il n'a que l'honneur de la famille à cœur.

DE Clarisse Harlowe. 115

Je ne suis pas plus capable que mon frère de faire déshonneur à^a famille.

J'en suis persuadée ; mais je me flatte que vous laisserez à votre père , à moi et à vos oncles le soin de ce qui doit lui faire honneur ou déshonneur.

Je lui ai offert alors de vivre dans le célibat , de ne jamais me marier , ou de ne le faire qu'avec la pleine approbation de tous mes proches.

Si vous voulez montrer vôtre respect et votre obéissance, Clary , vous devez le faire à notre gré et non pas au vôtre.

Je ne crois pas m'être conduite jusqu'ici de manière à mériter la nécessité d'une pareille épreuve de mon obéissance.

Oui, Clary, je vous dois la justice de dire que vous vous êtes parfaitement bien conduite jusqu'à présent. Mais jusqu'à présent vous n'avez pas ea non plus d'épreuves à essuyer ; et j'espère j^u'aujoud'hui qu'il -s'en présente une , vous ne commencerez pas à vous mal conduire. Les parens , continua-t-elle , tant que leurs enfans sont jeunes , trouvent bien tout ce qu'ils leur voient faire. Vous avez été une digne enfant. Mais jusqu'à présent nous avons plutôt eu de la complaisance pour vous , que vous n'en avez eu pour nous. Maintenant l'âge nubile où vous êtes arrivée est le temps de l'épreuve , d'autant plus que votre grand-père vous a mise dans une sorte d'indépendance , en vous préférant à ceux

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qui avoient des droits avant vovs sur la

terre qu'il vous a laissée.

Madame !' mon grand-père savoir , et il en a marqué expressément son désir dans son testament , que mon père dédommageroit abondamment ma sœut. Il a même témoigné qu'il ie désiroit. Je n'ai rien fait au-delà de mon devoir pour m'attirer sa faveur ; et ses libéralités sont plutôt une marque de son aiîection qu'un avantage pour moi ; car ai-je jamais cherché ou désiré l'indépendance ? Je serois reine de l'univers , que toute ma grandeur ne me dlspenseroit pas do respect que je vous dois à vous et à mon père. Aux yeux du monde entier , je me proîfernerois à vos genoux pour recevoir vos bénédictions, et loin... Je me fais une peine devons interrompre , Cîary , quoique vous ayez interrompu votre mère plus d'unefois. Vous êtes jeune , Clary,. vous n'avez jamais été contrariée. Mais avec toutes ces ostentations de respect, je voùdrois vous voir un peu plus de déférence pour votre mère , lorsqu'elle vous parle.

Je vous demande pardon , Madame, et la grâce de votre patience dans une occasion Sf extraordinaire. S'il y avcit moins de chaleur dans mes discours , on supposercit que je TViA que des objections de jeune fille , contre un homme que je ne pourrai jamais supporter.

Clary Hàrlowe î

t)t Clarisse Harlowe. 2.^7

Chère , très-chère Madame , permettez que je m'explique cette fois seulement. B est dur , il est bien dur de se voir interdire de toucher à la cause de toutes ces mésintelligences , parce que je ne dois parler qu'avec respect d'une personne qui me regarde comme un obstacle à son ambition ^ et qui me traite en esclave.

' Où vous égarez- vous , Cîary ?

Ma très-chère maman , mon respect ne me permettra jam.ais de supposer à mon père une volonté assez arbitraire pour qu'elle soîtjamriîs pour vous une raison et un argument contre moi.

Quoi donc ? Clary. . . . ô petite fille î

Votre patience , ma très-chère mère ; Vo'js avez eu la bonté de me promettre de m'entendre avec patience. Les agrémens delà personne ne sont rien dans un homme parce qu'on me suppose de la raison . Ainsi mes yeux seront dégoûtés , et nia raison ne sera pas convaincue.

Petite fille! petite fille!

Ainsi les bonnes qualités qu'on m'attribue feront ma punition ; et il fau»t que je devienne la femme d'un monstre. . . .

Vous nV étonnez , Clary ! Est-ce bien l'^ous qui tenez ce langage ?

Cet homme , Madame , est un monstre h mes 3^eux , ?me et figure. Et pour m'engager à soufirir ce traitement , on m.e iaiî complim.ent de mon indifférence pour tous les autres hommes ! Et cependant , dans

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