A CLAIR MAT IX
La nuit ati loin s'est effacée comme les lignes tremblantes d^un rêve; a nuit s'est fondue au courant du Fasse et le jour attendu se lève.
Regardez! en les courbes molles des rameaux
une heure ignorée se révèle
et toute la foret s'éclaire,
cristalline du givre où se rit la lumière.
68 la Joie de chanter.
Une parure enfantine de neiges
habille^ là-bas^ cVimmobiles eaux
pour des cortèges de fées nouvelles
à tire d^aileSj à tire d^ailes
du grand lointain qui toutes reviennent
et se glissent parmi les flocons et s'appellent
et redoublent Vessaim que le gel éparpille.
Sous les guirlandes de Vliiver
— voici! c'est im parfum de ciel! —
de blanc vêtue, toute parée
de blancs cristaux en pierreries^
belle d\ine clarté matutine
la Fiancée m'est apparue.
Etre étliéré, front translucide
que la neige au réseau des ramilles figure.
n^ est-il rien quhtn songe de Vair
suspendu dans Vair de cristal?..,
oh messagère de beauté future!
douceur... oh suavité virginale,
et la joie de toucher une main qui me guide!
Des fées...
à clair Matin. 69
(ah je ne sais quelles mortelles fées)
jadiSj leur baiser meurtrit la paupière
dhm être enfantin qui mourut.
Son âme, oit se jouait en songes la lumière,
diaphane corolle épanouie au jour
son âme était vive de toute lumière!
Lui, comme un frère, il suivait ma course,
et son léger babil revêtait W ailes ma pensée,
et nous allions en confiants, de la montagne à la vallée,
par les forêts des chênes, des hêtres...
— car eux, les ancêtres, ils ont le front grave
ils virent maints rêves des autres âges
et nous parlent, en mots profonds, comme nos Pères.
Mais voyez ! aux grêles ramures '
le matin glisse des sourires;
car la fiancée est venue
car la Fiancée est venue!
Avec un simple et tendre visage,
avec des mots qu^on n'entend pas,
en silence la Fiancée est apparue
comme une grande sœur de V enfant qui mourut;
"^O la Joie de chanter.
et les hêtres, les chênes royaux des forêts
oit neigent, par flocons de blanches vocalises,
les musiques douces des deux,
les voix 7'essuscitées en la plaine sonore
et toute la forêt d'aurore
quand elle secoue du crépuscule sa chevelure,
tout chante, bruit, pétille et rayo^me, et la clarté de joie que le matin délivre pare dUm diadème éblouissant tt pur le front piâle ou scintille en étoiles le givre.
Ange. 71