‹ ClartésChapitre 16 sur 22 · MAI MYSTIQUE · texte numérisé non relu

MAI MYSTIQUE

AyxoxciATioy.

Toute la vallée^ sous le matin clair , était ouverte comme un sourire.

C était lorsqu'aux velours vivants d^Jierbe douce la verdure déjà renouvelle^ revenue, et que la jeune vie, en ver nale parure, se joue aux longues rumeiLrs d'amour.

86 la Guirlande de Mai.

Les vents du ciel planaient^ immobiles, ou glissants^ bruissants^ ils chantaient,

— et tous les vents du ciel planaient imnsihles sur leurs grandes ailes.

De haut, de très haut, du -fluide azur le jour descendu sur la terre^ (fêtait comme une clarté d'yeux purs et Vadolescente rêverie où Vâme incertaine hésite, et s'' éveille.

Car voici : la lumière des deux descendue a dit le vertige immœ-tel des Musiques! elle a dit maints songes de merveilles et des cantiques à éblouir,

— et Vonde par les prés, dans les détours de la vallée au lïwl gré des rives menée,

les tiges inclinées sur Veau qui les mire

et les nues aux cygnes unies,

toutes, toutes, et Vonde et les rives

et la nue et les brises au plus haut des airs,

imitent de leurs voix confondues

la musique de la lumière !

Mai mystique. 87

Or ici, comme un chant plus pur parmi Venfance bénigne des prées, captive d'un rêve ingénu, clarté plus claire dans la clarté,, la vierge Marie est apparue.

Sa robe est une neige en vie; sa chevelure est d^aurore tissue, et tels qu^un souffle sur les graminées, voici qiCïls glissent, ses pieds puérils...

La candeur de ses mains élève une prière; son front, c'est une voile au bord de la mer; et Sîcaves de lointains bleus, ses yeux qui s'ouvrent vers toute la terre sont une eau virginale où le ciel s'exile.

La vierge Marie a marché vers Vonde; et tandis qii'elle incline, élyséenne, un sourire sur Veau mirante qui fait, du soleil, une gerbe d^ ors jaillissante en auréole!

environne de calices d'or

88 la Guirlande de Mai.

r image diaphane en Vonde suspendue.

Au cristal où Vazur limpide s'effuse^

le front, parmi les longues volutes de chevelure^

ouvre une aile d^ange infantile

sur un nuage de lumière.

Mais le songe innocent de Marie

n^apas vu, n^a pas voulu lire V image;

elle ignore, elle oublie sa chevelure de merveille,

ses yeux, sa chevelure, et la vallée d'elle éblouie.

et parmi le midi qui s^ éveille

au vol vermeil d'un triomphe de flammes,

elle s'agenouille, fléchit, et prie, —

elle prie et salue la toute Lumière.

Elle,

par V amour céleste ravie,

die ne sait, extasiée,

s'il monte vers elle une haleine

étésienne, d'îles perdues,

ou si la pâle terre alanguie,

faible comme une jeune fille,

expire

Mai mystique. 89

parmi les lignes bénies des prêles, ou se survit en un sourire.

Elle voudrait, — elle^ toute elle!

comme un souffle qui se délie,

— elle et son souffle en xine haleine,

dhm vœu ou s'épuise la vie

à la clarté, oh toute, toute! se donner.

Or ses lèvres, pour le Baiser,

touchent Vonde,

et c'est une flamme dans sa louche !

Elle frémit éperdument,

elle crie!

car ici, ici, sur les eaux virantes

victorieux un rayon s'érige,

se glisse en elle et la pénètre.

H vient, messager ineffable,

il sourit, et limpide se mire au cristal

dhine âme d'amour translucide;

et la vierge devine en ses ombres confuses

un mystère de feu visiter tout son être.

90 la Qxdrlande de Mai.

Souffle divin, secret bridant qui la consume!

gouttes (V arômes en pluie cVaiirore,

flammes, fleuve de flammes, — oJi mers fervides,

oh cataracte inextinguible d'or!

hymnes, musiques célestielles,

oh Dieu, Dieu! quels touchers subtils

d^ angoisse, d'un trop lourd délice, qui V étouffent..,

— et telles qu^un sang de pulpes mûres

en elle soudain, ruisselantes et rouges,

s'effusent de surnaturelles clartés.

Alors, au phcs lointain silence d^elle-même,

aérienne une fleur est née.

Déjà grandit la svelte tige,

longue, inflexible,

qui darde ses dix mille épines ardentes;

et, de douleur et d'immortelle inresse,

V enfant élue va défaillir.

Son âme exulte, son âme tremble...

Contre son cœur à peine crédule

Mai mystique. 91

qui frémit de sentir la divine x)résence^ liante et vivace s^ érige et radie, la rose de feu qui la hrûle.

Et voici que la tige encore est grandie, voici qu'elle grandit encore, et sur les lèvres apparue, la fleur estjaillie au soleil!

0 fleur d^ Amour, ô noble, ôpérennelle fleur! ainsi, par ce matin du mai mystique, ta tige vint au jour dérouler son calice; et, quand Marie à la Terre Veut donnée, quand la Terre, toujours qui f avait attendue, te prit toute d'un seul héroïque baiser, ta parure mortelle aux brises confondue s'évanouit comme im soupir.

Mais ton parfum s^ était vers la nue délivré; ton inmsible haleine aux vents éparpillée, c'est U7i souffle suave d'ailes plus puissant que l'effort de toutes les tempêtes.

^2 la Guirlande de Mai.

Il plane^ il plane du sol aux nuages et les hommes ravis ont laissé leurs haines; il liasse les terres, les mers et les mondes, il perce les deux, il touche aux soleils au cri des astres ébranlés.

Comme un ange haut sur ses ailes

qui brandit Vépée immortelle,

irrésistible il s^ était levé!

Voici qu'il traverse Véther;

voici que d'étoile en étoile

il monte, il grandit, il s'embrase.

Prodigieux, il remplit V espace

et sa voix envolée au vertige des sphères

est comme une infrangible force

qui frappe au front et terrasse la mort.

Ainsi, le chant de V éternel amour était né sous le mai matutinal, un jour où Marie, oubliant un songe vers les rives^ n'aima que la lumière aux flots de Vonde icnie.

Mai mystique.

Car MarîCj inclinant sur Vonde sa bouche^ n^ij vit que les reflets errants de la beauté., et ses lèvres tendues vers la clarté se sont elles-mêmes touchées en touchant Vazur d'un baiser.

AlorSj tous les veiits des lointains ont chanté

suspendus dans l'air invisible;

la douleur et la joie ont 7ioué leurs guirlandes

et sur toute la terre ardente et juvénile

le grand mai fraternel a frissonné ^attente.

Et imr le simiÂe geste dune jeune fille un monde a tressailli sous le vide des deux, — quand tout à coup, droite et surnaturelle, avec ses mains nouées sur le sein puéril déjà gonflé du sang héroïque dun dieu, la vierge a révélé, en relevant les yeux, V espoir terrifiant qui brûle ses prunelles.

94 la Guirlande de Mai.

MAI JUVENILE.

L'air était plein de voix chanteuses.

J'avais marché longtemps^ de la colline à la vallée,

dès la lumière à peine née,

avec Vami jaseur dont Vâme émerveillée

se contait en Vémoi juvénile de ses yeux.

Notre aÎ7ié, et plus grave, (il comptait vingt années),

un troisième songeait auprès de nouSy silencieux.

Mai juvénile. 95

Nos pieds erraient an gré fleuri cVinie auhe Jieiireuse; Mai, svelte et fort, naissait de Vincertain Avril. — Écoute! disais-je. — Vois! disait-il. „

.... Parmi le rire de la clarté

Vadolescent matin nouait des confidences

aux blondes rêveries des graminées;

la brise palpitait de choses chuchottées.

La nature, pour nous, modulait tme églogue,

et, de mille harpes illuminées,

les musiques du ciel essaimées en neige

à Venvi redisaient V immortel dialogue

qui renaît et voltige, — il semble, — sans paroles,

de la terre amoureuse à la lèvre qui tremble...

— Vois! disait-il. — Écoute, disais-je, écoute la mélodie immense!...

Des voix s'élèvent, en longues haleines, et Vaube en rumeur est pleine de conseils ; écoute : tout chante! Cest Vheure de vivre, et là-bas, saluant V aurore non pareille, le bois harmonieux se dédie au soleil.

96 la Guirlande de Mai.

L'air ondule aux lointains sonores de Vazur.

Sur les rayons^ comme sur des lyres,

naissent et glissent des cantilènes,

et la terre et le ciel entrelacent leurs thèmes.

Ecoute le désir dont frémit la ramure :

il n^estpas une feuille au vent qui ne vibre

et parmi les tumultes aériejis d^ ailes

en toute voix ouïe est une âme qui s'éveille.

Frère, disais-je encore,

voici, vers nous, venir la vie

dhm pas léger WÈve ingénue,

comme une sœur promise à nos jeunes années

par V invisible destinée.

N' entends-tu pas V amour grandir, et doucement, parmi V éperdue vocalise que le souffle du sol volatilise auo: nues, naître et parler furtivement la Fiancée ainsi que V appelait notre premier désir?

Elle remplit la plaine charmée.

Des voix, des voix, partout répandues,

Mai juvénile. 97

en un murmure me Vont nommée...

Oh ne VaS'tu pas entendue comme un secret qui se révèle et qui dévoile des merveilles?

Elle dormait j secrète en mon âme inconnue; voici monter du milieu de mes rêves V appel de sa beauté vivante qui s'éveille. Mon rire est clair de ce qu^elle y rit; ma voix est née en son harmonie :

je V écoute f d^ entre mes lèvres.

Tout parfum que je cueille expire sa musique, et son dire suave en Vespace eyichcmté est un baiser que rien n^achève.

Elle plane, elle vole, ineffable et sans forme,

cantique^ arôme, dans la clarté.

Elle est comme une fleur sonore

partout errante, épa7iouie....

La nature y éclot en divines paroles

et sa mélodieuse corolle

est une rose ouverte aux lèvres de la vie. „

98 la Guirlande de Mai.

— Ecoute, disais-je. — Vois! disait-il.

Des calices, jjartout réjmndiis, s'' éparpillent

les pollens plus subtils que les neiges.

Les tièdes senteurs, comme une haleine

montée aux bouches des pistils,

imitent la transparente buée

qui plane parmi les sillons de la plaine

évanouie de volupté...

Le jeune mai, d'un double émoi s^est exalté!

Regarde : les étendues virides

jusqiCaux lointains illimités

distillent les ors dont crépite le ciel,

et s'il est, sur les ondes, des rides,

c^esi un souffle venu d'au-delà des collines

qui s'y mêle, et rit et se joue en elles.

Ici, des millions de désirs éblouis ont créé leur splendide et mutuelle aurore. Ils allaient, épjiant leur ombre dans Vamour, et leurs songes, à toute brise épanouis, erraient de détour en détour

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vers V unique baiser de V amour à la mort.

Lhme vers Vautre ainsi marchant, les destinées,

front contre front., cœur contre cœur., nouaient leurs mains.

Peut-être qu^au long des chemins ,

des bords de l'horizon elles s^étaient cherchées;

mais V arbre qui s'élève élargit ses jonchées,

et de V espace grandit Vaile.

Une ânie, disais-tu, divine et répandue dans le souffle qui rit au léger des ramures, quand V amour est la douce et renaissante rose mélodieusement éclose aux lèvres sans fin de la vie....

Aimer ! ô cœur trop juvénile, ingénument, toi qui te confies à toutes les voix entendues!

0 bouche éperdument avide qui crois goûter, en tout baiser, la indpe du fruit immortel!

Si tu prends son arôme à toute fleur cueillie, si tu crois que les sons des bois, que les clartés, que les parfums respirent

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