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100 la Guirlande de Mai.

et sont un peu de Vâme, encore^ que tu cherchas ,

frère tu ne sais pas ce que c'est que d^ aimer :

C^est être seul^ c'est être loin;

(fest regarder hautaine entre ses grands mélèzes

la seigneuriale demeure d'un rêue^

et ne s\ipprocher point. .,

Nous marchions^ devisayit ainsi

— Vautre ami ne dit rien, mais il eut un sourire, —

nous allionSj haut les yeux, le cœur ivre,

dans le matin grand de lumière, aux prés fleuris.

Les cris d^ oiseaux contaient la richesse de vivre;

des crécelles, sous les campanules,

trillaient un rire léger qui stridule,

et la flouve, au mol gré de ses courbes

nous menait, selon qu^elle ondule

et décline, là-bas vers les saules.

Enfin nous fûmes à la rive

où la glaise est herbue au long du fleuve qui s'écoule,

et nous parlions devant Veau glauque

près de la vague furtive qui frôle

et se dérobe.

Mai juvénile. 101

— Amij disais-je, ta rêverie

lève sur nous des yeux d^ étrangère.

Il semble quhin secret ineffable s'y mêle

et garde loin de nous ton âme tout entière...

La mienne^ en se donnant., croit se trouver encore

et Vombre que f enlace estj)artout fraternelle.

Ma voix, si je chante, résonne

par la plaine aux milliers d^ ouïes;

à toute chose vivante unie

elle est la brise au bois renaissant d'anémones,

elle s'écoute au lied mystérieux de Vonde

redire Vincertain mirages des colombes;

et tout ce qui chuchotte ici, lolaintes ou rires,

renaît en mes lointains comme une âme nouvelle

qui se réveille et qui s^ étonne.

Ainsi je vais, hanté dhine vague harmonie,

épiant Vunanime baiser de la vie

tel quHl jaillit sans fin des lèvres de la mort;

et Varbre qui bruit, Vinsecte qui trille et bourdonne

de la terre sonore au silence des deux,

entrelacent des chœurs où la Beauté rayonne

en Véternel désir qui tressaille vers Dieu.

102 la Guirlande de Mai.

Écoute^ frère! ce chant, c'est Elle.

Il Di'enmronne de sa grande voix, et je n^ai qui' à fermer les yeux jwiir V entendre ici qui me parle, se penche, m^ effleure et m^ appelle vers son baiser prodigieux.

— Tu r écoutes, dit-il, je la vois.

Le ciel matutinal me conte sa iiensée,

le couchant m'a brûlé de son amour étrange;

là-bas, parmi les collines rosées,

bondit la fierté de son sein,

et pour la juvénile grâce de son torse

j'ai le fleuve et les nobles lignes de ses hanches,

lorsqu^il se détourne et se cambre,

et puis fléchit un peu,

comme un corps qui détend sa force.

Bien n'est Elle; mais c'est un vaste et haut accord de couleurs, de formes, de flammes, où glisse son fantôme au beau front enchayité d^un diadème de clarté.

Mai juvénile. 103

Et parfois^ de V avoir si doucement songêe,

peu à peu, des degrés splendides de V aurore,

au hord de la forêt je la vois descendue,

grande et fier e, les yeuo: hrillants, les mains tendues,

écartant de ses bras de lourds feuillages d'or

pour se révéler tout entière.

Sa chevelure, qui flotte sur eile^ est comme une onde suspendue.

Lumineuse dans la lumière, sa rôle légère étincelle; et, messagère inattendue, elle lève ses mains qui rayonnent et marche en fille du soleil avec son ombre devant elle, surnaturelle ! „

Xous étions debout près d'un saule

sur la rive, écoutant parmi Vombre moussue

Vomie bruire en glissant sous la brandie

qui la touche du bout de ses feuilles, et tremble.

104 la Guirlande de Mai,

Lui, doucement^ la main sur mon épaxde^ suivait^ aux courbes là-bas des collines, le imsser lointain dhm nuage; et Vautre ami, avec sa taille haute et son jeune regard dont la flamme est divine, se penchant, épiait au clair de Veau courante la fuite des bulles frivoles selon le bruit de nos paroles,

— Frères, dit-il en un sourire grave,

si sa beauté vous est aptparue

n^ est-ce point qu^elle errait aux secrètes allées «

de vos âmes émerveillées?

Vers d'autres ainsi, en noblesse pareille,

avec ses cheveux de soleil

et sa voix douce qui se dénoue,

la Révélatrice est venue.

Ses mains levées étaient des ailes!

Mais, déesse indignée que nul n^a reconnue,

elle passait, invisible et fuyante;

et comme inie céleste robe

les plis de la clarté suivaient sa transparence.

Mai juvénile. 105

Pour moij dit-il d^une voix plus foi'te, le jour peut chanter^ la nuit peut se taire, le printemps peut mêler de roses les charmilles et décembre glacer la vieillesse de la Terre, qiCimporte! Elle vit, et résonne et brille en tout mon être !

Oh délice de son ineffable présence!

Mon ombre et sa splendeur entrelacent \m rêve

qui se désire et se pénètre.

Je V écoute remplir les ondes du silence,

et si fai reclos les paupières

son regard m^éblouit de toute sa lumière.

Que le soleil brûle mes cils,

que la vallée frémisse en un rire

sous mille rayons aux caresses hardies :

tout Varier éjmisant les brasiers de midi,

la plaine tout entière enflammée de ses fleurs,

ne vont pas plus loin que mes yeux.

Mais aux nobles jardins du songe intérieur,

s' entr' ouvrent les fervents calices que f aspire;

et si f accueille im chant des bois, un chant des deux,

rien n^est de plus, pour moi, quhme rose

i06 la Guirlande de Mai.

grandie de mes mains, jKir mes soins ^

et ijion âme à son âme unie en un parfum,

quand je la cueille éclose.

Voyez !

De la branche à la brise, à la feuille qui vole,

des bruissements d'or s^ éparpillent,

])areils à la blonde auréole

qui pjare le front enfantin de V amour.

Le soleil, pour les doigts mélodieux du jour

a tendu son immense lyre,

et chants, et cris, et battements d'ailes,

tout module parmi Vondulement des prairies

le rêve émerveillé de vivre...

Mais je ne sais plus si je vois, si j'entends; et tout ce que je vis, ce que j'' entendis, je V oublie Je sais que la richesse douce du j^rintemps est née en mon désir et s^y est accomplie.

Frère, des lèvres immortelles

prodigieuses, se révèlent

aux lèvres de V amant qui les a devinées :

il n^ est point Vautre destinée

que d'espérer, que de vouloir, que de sentir.

Mai juvénile. 107

Si la fleur me déçoit^ f aspire la Lumière!

et sHl est aux baisers suaves de mentir^

si le pauvre nourri m'injurie en retour ^

qu^importe! puisqu^en eux mon âme tout entière

à Vivresse Waimer s^était abandonnée.

0 voix, ô chants, splendeurs dorées de la grande terre,

joies ferventes j joies méconnues, joies reniées,

je vous salue enfin, d^ avoir aimé V Amour! „

Nos mains, d^un unanime geste mariées

nouaient, des doigts aux doigts, un bouquet fraternel.

— Je sais, dit-il, la peine de Vliomme et ses pleurs. „ Et Vautre : — Je verrai se pencher sa douleur.

— Moi, dis-je, hélas f entends sa plainte.

— Oh frères, frères!... disions-nous encore; et nous nous tûmes...

Et il semblait qu"* ainsi W entrelacer nos mains, la flamme de la Joie, dès toujours iîiéteinte,

108 la Guirlande de Mai.

fût jailUe au milieu de nous,

ou quhm ange eût transmis en un frisson de feu,

de son aile à nos fronts la force qui œnsume.

Mais la vie était là, et ses déserts cruels.

Nos mains d^Jwmmes bientôt désunirent Vétreinte

et, 2^eut être, n'était-ce quhm songe?

— errant mirage aux yeux juvéniles

où la clarté dhui lac candide,

'parmi les sables et les sables, étincelle.

Les jours après les jours, Vlieure après Vlieure allongent

leurs formes d^omhre qui se meurent.

Mais si, plus triste et seul, je me retourne

vers mes pas marqués sur la route,

et si, d'' avoir pensé, je pleure, —

un parfum de jadis émeut le vent qui passe,

et je respire encore aux souffles de V espace

Vhcdeine dhme voix très douce qui s^est tue,

et renaît, à peine entendue,

comme pour réveiller le suave mensonge

d^un bouquet matinal effeuillé fleur à fleur.

Mois d'Amour. 109

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