VEILLEE
Comme les vagues du silence
lentej}i€ntj s'éteyident encore
parmi la solitude immense!
Plus rien. Fas un être qui veille...
Où sont toutes les voix dont bruit le soleil?
Il semble que le froid des morts
se répande dans le silence.
Mai fraternel 123
La nuit tout entière s'endort...
ISilence !
Mais écoute... n^ entends-tu ims?
Là-has,
au plus lointain des léthargiques solitudes.
un lourd choc au fond des ténèbres!
Écoute! écoute encore... on frappe!
Le calme en est hanté comme d'un cri funèbre.
Le son grandit^ se répercute.
il se meut comme un être vivant^ dur et fort...
Un homme, là-bas, au front ynorne, aux mains rudes,
meurtrit les troncs, brise les branches
et propage le deuil au cœur blessé de la forêt...
Pleurons la majesté des gloires qiCil ébranle! Mais salue avec moi, debout, — ô frère, saluons Vœuvre de ces poings lourds qui lieurtent de la hache et terrassent les arbres, et taillent, du trayichant du fer par les chemins, une pÀace plus claire à de nouveaux destins.
124 In Guirlande de Mai.
La clarté naU aux nues refieuries:
un bruissement Waïle éveille le matin et le jeune gazon rit sous les pierreries que Vauhe a laissé glisser de ses boucles.
Viens! nous foulerons la bonne route par toute la nuit rafraîchie.
Les bras touffus de la haute verdure font de grands signes dans Vavenue^ etj vaporeuse^ éperlant goutte à goutte les diamants légers des toiles d^araignées
Mai fraterncL 125
la forêt en ses vertes allées se déroule, de mille arômes imprégnée.
Mais mi souffle, gonflé de brises inconnues, écarte de son onde immense la feuillée. Une haleine -plus pure a jailli dea cépées, et voici la plaine apparue.
Jette à tes frères ton cri d\illégresse . Oh joie, encore joie, et que nos pieds s'arrêtent au bord de cette terre et de Vheure bénie oit V espoir, confiant son vol paisible au ciel, a tendu V envergure éblouissante de ses ailes.
Dans la plaine onduleuse, aux courbes infinies, d'autres hommes, jadis, ont parsemé la graine pour les mûres moissons dont Vété se co2(,ronnt. Mais les vents dans le mai planté comme des voix unanimes mit chanté un chant de nouvelles semailles, et voici pour dompter les massives aumailles, debout, près des lanceurs de blé, semeurs de Vor, les colosses courbant du poing les hautes taures.
126 la Guirlande de Mai.
Le char et la charrue^ la herse et Vaiguillon
sur les mêmes gitérets ont uni leur labeur^
et la plaine meurtrie a reçu le sillon
qu'' impose le soc clair de la charrue au sol.
L'aube^ parmi les nuées s'évapore:
V aurore va jeter ses millions pourprés de palmes
et V orient sourit vers le matin chanteur...
Oh joie ^ frère^ joie! joie et sublime confiance^
car la glèbe où le soc incruste son effort
brille comme un métal en feu sous la lumière.
Joie! la terre est marquée dit signe d^ espérance.
Le vent qui passe est plein d'un murmure d'abeilles.
Regarde : le sillon va traverser la plaine^
il marche, il marche., il marche encore...
et par les champs éblouis d aurore
sous le dôme des deux consumés de merveilles,
sa ligne tout à coup, en un long geste dor,
au bord de Vhorizon a touché le Soleil.