DÉPART
En tout village, le mai jdanté sous le vent matinal a chanté!
118 la Guirlande de Mai.
L^ Avril est mort^ dès Vaiihe d'hier.
Mais Vheure nouvelle qui marche vers nous eyitonne plus haut un hymne plus clair. Forte et joyeuse, et sœur des forets, avec sa chevelure que sa course dénoue, avec sa libre voix qui remplit la forêt, regarde, elle apparaît!
Les guirlandes d^ Avril, pâles étiolées^ ont donné sa parure à Vheure adolescente. Mais une heure joyeuse et plus forte shivance et chante vers nos pas virils.
Avec sa grande voix do7it résonnent les chênes, avec sa chevelure éparse aux frondaisoyis, elle vient, la puissante fille des saisons, la Jeunesse aux mains messagères.
Le sol frémit sous elle et la salue en reine; et tous les hêtres de la clairière,
— au-dessus de nos pas qui foulent la ramée de Vautre année,
pour un destin plus fier par la forêt ahandonyiée,
— là-bas, au loin des avenues,
tous les arbres vêtus d'une neuve lumib'e
Mai fraternel. 119
sur la branche innomhrahle agitent à Venvi
le symbole léger des vaillances de vie :
aux bois renouvelés, les feuilles sont venues !
Dans V ombre glauque de la verdure
les tro7ics s^ achèvent en milliers d'' ailes;
la fauvette rit comme une source^
et, des arceaux pleins de musique, de courbe en courbe,
se déroulent au gré de leur tumulte frêle
les promesses de joie sur nos fronts suspendues.
Aux bois 7'enouvelés, les feuilles sont venues!
Pareilles à des mains tendues,
en dôme harmonieux toutes sont enlacées;
et pour V étreinte mutuelle
Vune vers Vautre ainsi balancées,
si doucement elles sont liées
que d^ avoir traversé leur treillis fraternel
la lumière a conquis des couleurs d^espérance;
les rumeurs de Vamour emplissent les halliers,
et peu à peii, grandi des mouvantes ramures,
un hymne au million de voix ivres s'élance,
jailli d^un million de bouches éperdues...
120 la Guirlande de Mai.
Oh voix, oh bouches! ferveurs unies!
Oloire qui se déploie des sylves frémissantes...
Car ici, toutes hautes aux hampes brandies,
riches de force, enflées de brises,
la forêt a levé ses bannières luxuriantes,
et le sang de la sève exalte en la lumière
leur geste triomphal sur V allégresse de la terre.
CRKPVSCILE.
L'hetcre est virile, ô frère,
Vheure, vitale et grave, est humaine,
et marche plus noble au devant de nos pas.
Mai fraternel. 121
Le palais du ponant arbore en vain la gloire dhm étendart rouge de sang....
Aux homes de la terre, une pourpre s'écroule! La nuit va dérouler sa ténébreuse chevelure.
Déjà., tombe le vent du soir,
La brise., nonchalante, émeut à peine un vague souffle
et se meurt dans V ombre amoncelée;
la dernière mésange a tu son dernier chant.
Quelle paix immobile descend
sur les branches ensommeillées!
Bien ne parle. Pourtant, f écoute la feuïllée.
La nuit a déroulé mollement sa chevelure,
et les mourantes vagues du silence
ont la rumeur des voix futures...
Garde ta jeune foi, avec ses ailes élancées : voici venir V instant de vivre.
L'horizon disparu grandit de ta pensée!
L'heure passe, elle fait la feuille et rougit la pulpje, qu'importe si demain, pour gonfler le fruit mûr,
122 In Guirlande de Mai.
elle éparpille aie sol une fleur qui t^ enivre ?
L'heure passe. La nuit est helU. en ses grandes ombres;
les secrets du matin naissent de son sommeil.
Repose ton espoir en son âtne profonde.