‹ Classification des sciencesChapitre 2 sur 61 · DE LA TROISIÈME EDITION · texte numérisé non relu

DE LA TROISIÈME EDITION

Dans la préface de la seconde édition, j'ai parlé des efforts que j'ai été obligé de faire à l'occasion, pour résister à la tentation d'augmenter cet essai. Des raisons sont survenues depuis qui m'engagent à céder au désir que j'éprouvais alors d'ajouter quelques preuves en faveur de ma thèse.

La cause immédiate de ce changement de résolution a été la publication de plusieurs objections faites par M. le professeur Bain dans sa Logique. Consignées dans un ouvrage écrit pour

Il PRÉFACE.

l'usage des écoles, ces objections ont dû attirer mon attention plus que toutes celles qui ont pu se produire suivant les habitudes et les procédés de la critique ordinaire; car, si elles restent sans réponse, elles laisseront dans les esprits des préventions plus durables.

Ayant trouvé dans une interruption de mes travaux ordinaires l'occasion de répondre à ces objections, j'ai jugé à propos de fortifier en même temps mes preuves, en les présentant sous un nouveau point de vue.

Juin 1871.

CIASSIFICATION DES SCIENCES.

Dans un essai sur la « genèse de la science » , publié pour la première fois en 1854, j'ai cherché à montrer que les sciences ne peuvent être rationnellement disposées dans un ordre sériaire. Dans cet opuscule, consacré en partie à la critique de la classification de M. Comte, j'ai prouvé que ni l'ordre de succession suivant lequel cet auteur dispose les sciences, ni tout autre ordre suivant lequel on peut les disposer, ne représentent, soit leur dépendance logique, soit leur dépendance historique. J'avais alors laissé de côté la question de savoir comment il serait

possible de déterminer exactement les rapports des sciences entre elles; aujourd'hui, c'est cette question même que je me propose d'examiner.

Une véritable classification renferme, dans chaque classe, les objets qui ont entre eux plus de caractères communs que chacun d'entre eux n'en a avec tous les objets exclus de cette classe. En outre, les caractères qui sont communs aux objets groupés ensemble, et qui n'appartiennent pas à d'autres objets, ont plus d'importance que tous ceux qui peuvent appartenir à d'autres objets, c'est-à-dire enveloppent un plus grand nombre de caractères surbordonnés. Ce sont là les deux faces d'une même définition; car les choses qui possèdent en commun le plus grand nombre d'attributs sont précisément celles qui possèdent en commun ces attributs essentiels dont les autres dépendent; et, réciproquement, la possession en commun des attributs essentiels implique la possession en commun du plus grand nombre d'attributs. Il suit de là que l'un ou l'autre caractère peut servir, suivant les circonstances et les besoins.

Par conséquent, s'il est possible de classer les sciences, cela ne peut avoir lieu qu'en groupant ensemble les objets semblables et en groupant à part les objets qui en différent, suivant la définition donnée plus haut. C'est ce que nous allons essayer de faire.

La division Batnrelle des sciences la plus large est celle qui les partage en deux classes : les sciences qui ont pour objet les rapports abstraits sous lesquels les phénomènes se présen-. tent à nous, et celles qui ont pour objet les phénomènes eux-mêmes. Les relations de n'importe * quel ordre ont l'une avec l'autre plus d'affinité qu'elles n'en ont avec n'importe quel objet. Les objets de n'importe quel ordre ont l'un avec l'autre plus d'affinité qu'ils n'en ont avec n'im-. porte quelle relation. Soit que l'espace et le temps ne soient, comme quelques-uns le pensent, que les formes de la pensée, ou soit que, comme je le pense moi-même, ils soient les formes des choses, devenues formes de la pensée au moyen de la connaissance organisée et héréditaire des choses, toujours est-il vrai que l'es-

a CLASSIFICATION DKS SCIENCES,

pace et le temps sont absolument différents des choses qu'ils renferment, et que les sciences qui s'occupent exclusivement de l'espace et du temps sont séparées par une ligne profonde de démarcation des sciences qui s'occupent des choses renfermées dans l'espace et le temps.

L'espace est une idée abstraite qui embrasse tous les rapports de coexistence. Le temps est une idée abstraite qui embrasse tous les rap* ports de succession. Or, comme les rapports de coexistence et de succession, dans leurs formes générales et particulières, sont l'unique objet de la logique et de la mathématique, celles-ci forment une classe de sciences qui diffèrent beaucoup plus des autres sciences que ces dernières ne diffèrent entre elles.

Les sciences qui s'occupent, non pas des formes vides sous lesquelles les choses nous apparaissent, jmais des choses elles-mêmes, comportent unQ subdivision moins profonde que la division indiquée plus haut, mais plus profonde que n'importe quelle division entre les sciences considérées chacune à part. Elles se partagent

en deux classes, différentes d'aspect, de but et de méthodes. Chaque phénomène est plus ou moins complexe, est la manifestation d'une force sous plusieurs modes distinots. De là deux objets de recherche : nous pouvons étudier chacun à part les différents modes d'une force, ou bien nous pouvons les étudier dans leurs rapports, c'est-à-dire en tant qu'ils concourent à la production de ce phénomène complexe. D'un côté, négligeant toutes les circonstances des cas particuliers, nous pouvons chercher à dégager les lois de chaque mode de force, en tant qu'il agit seul; de l'autre côté, tenant compte de toutes les circonstances des cas particuliers, nous pouvons chercher à expliquer le phénomène tout entier, en tant qu'il est le produit de plusieurs forces agissant simultanément. Les vérités obtenues par le premier mode d'investigation, bien que concrètes en tant quelles portent sur une réalité objective, sont néanmoins abstraites en tant qu'elles se rapportent à des modes d'existence considérés séparément les uns des autres, tandis que les vérités obtenues par le second

mode d'investigation sont proprement concrètes en tant qu'elles représentent les feits dans leur état de combinaison, c'est*à-dire tels qu'ils existent dans la nature. •

On peut donc présenter ainsi qu'il suit les principales divisions de la science :

celle qui traite des formes sous lesqudles les phénomènes rous apparaissent.

dans^eurs éléments.

celle qui ifaite des phénomènes euxmêmes, étudiés

dans leur enseni|}le.

Science abstraite.

Science abstraiteconcrète.

Science concrète.

Logique et mathématiques.

Mécanique.

Physique.

Chimie, etc.

Astronomie, Géologie, biologie.

Psychoiogie.

Sociologie, etc.

Il est nécessaire de dire quel sens j'attache ici aux mots abstrait et concret^ car ils sont quelquefois pris dans d'autres sens. M. Comte divise la science en abstraite et en concrète ; mais les divisions qu'il établit par ces mots sont du tout au tout différentes de celles que je donne ici. Au lieu de regarder certaines sciences comme entièrement abstraites et d'autres comme entièrement concrètes, il regarde chaque science comme étant en partie abstraite et en paftie concrète. Il y a, selon lui, une mathématique

abstraite et une mathématique coricrète, une biologie abstraite et une biologie concrète. < Il faut distinguer, dit-il, par rapport à tous tes ordres de phénomènes, deux genres de sciences naturelles : les unes abstraites, générales, ont pour objet la découverte des lois qui régissent les diverses classes de phénomènes, en considérant tous les cas qu'on peut concevoir; les autres concrètes, particulières, descriptives, et qu'on désigne quelquefois sous le nom de sciences naturelles proprement dites , consistent dans Tapplication de ces lois à l'histoire effective de différents êtres existants. » Et pour appuyer cette distinction sur des exemples, il cite la phy^ siologie générale comme science abstraite, et la zoologie et la botanique comme sciences concrètes. Ici il est évident que les mots abstrait et général sont employés comme synonymes. Ils ont cependant des significations différentes qu'il importe de distinguer ici. Le mot abstrait s'applique à un fait qui est détaché de la somme des circonstances d'un phénomène particulier; le mot général s'applique à un fait qui résume ou

représente plusieurs faits analogues. D'un côté, on considère les caractères propres d'un phénomène, indépendamment des autres phénomènes auxquels il peut être mêlé; de l'autre côté, on ne considère que la répétition ou la fréquence du phénomène, sans se préoccuper de savoir s'il est ou non mêlé à d'autres phénomènes. Les relations idéales des nombres sont à la fois abstraites et générales; mais, hors de là, une vérité abstraite ne peut jamais être un objet de perception, tandis qu'une vérité générale est un objet de perception dans tous les cas possibles. Quelques exemples rendront celle distinction claire : c'est une vérité abstraite que l'angle inscrit dans un demi-cercle est un angle droit, abstraite en ce sens qu'elle est affirmée non de demi-cercles et d'angles réels, qui sont toujours imparfaits, mais de demi-cercles et d'angles conçus par abstraction sur le modèle des demi-cercles et des angles concrets ; mais cette vérité abstraite n'est pas une vérité générale, soit en ce sens qu'elle se manifeste communément dans la nature, soit en ce sens qu'elle consiste dans un rapport dans

l'espace comprenant beaucoup de rapports secondaires de la même espèce, car elle consiste dans un rapport dans l'espace tout à fait particulier. Autre exemple : que le mouvement d'un corps le force à se mouvoir en ligne droite avec une vitesse uniforme, c'est une vérité abstraiteconcrète : une vérité abstraite, puisqu'elle est séparée de certains faits dont l'ensemble constitue un phénomène concret; mais cette vérité n'est nullement une vérité générale; elle l'est si peu qu'aucun fait dans la nature ne nous en fournit d'exemple. Réciproquement, ce qui nous entoure nous fournit des milliers de vérités générales qui ne sont nullement abstraites. C'est une vérité générale que les planètes tournent autour du soleil de l'ouest à l'est, vérité dont nous avons une centaine d'exemples environ sous les yeux (même en ce qui concerne les astéroïdes) ; mais cette vérité n'est point du tout abstraite, puisque dans tous les cas elle se réalise pour nous dans un phénomène concret. Tous les vertébrés ont un double système nerveux; tous les

oiseaux et les mammifères ont un sang chaud :

10 CLASSinCATlON DES SCIENCES.

voilà autant de vérités générales, mais concrètes, c'est-à-dire que chaque vertébré nous offre individuellement la manifestation entière et absolue de cette dualité du système nerveux, que chaque oiseau vivant nous offre un type parfait de son espèce en tant qu'elle est considérée comme race à sang chaud. Ce que nous appelons et ce que nous devons appeler ici vérité générale est simplement une proposition qui résume certains faits actuellemment observés par nous, et non pas ^expression d'une vérité tirée de nos observations actuelles, mais qui ne se réalise dans aucun des faits observés. En d'autres termes, une vérité générale résume un certain nombre de vérités particulières, tandis qu'une vérité abstraite ne résume pas des vérités particulières, mais formule une vérité qui est impliquée dans un certain nombre de phénomènes, mais qui cependant ne se montre actuellement réalisée dans aucun d'eux.

En ramenant ainsi les mots à leur signification propre, il devient évident que les trois classes de sciences présentées plus haut ne

CLASSinCATION DES SCIENCES. 11

peuvent être distinguées les unes des autres par leurs degrés de généralité. Toutes sont également générales, ou plutôt univer-selles, si on les considère comme groupes. Chaque objet, quel qu'il soit, fomiiit à chacune d'elles sa matière propre, et cela en même temps. La particule de matière la plus petite présente à la fois des vérités abstraites, qui sont les relations dans lo temps et dans l'espace, des vérités abstraitesconcrètes, qui sont les modes d'actions particuliers par lesquels la force se manifeste dans cette particule, et enfin des vérités concrètes, qui sont les lois de l'action combinée de ces différents modes de force. Ainsi ces trois classes de sciences s'occupent, chacune à part, de classes de faits différentes, mais coextensives. Dans chaque groupe se trouvent des vérités plus ou moins générales : des vérités abstraites générales et dés vérités abstraites particulières; des vérités abstraites-concrètes générales et des vérités abstraites-concrètes particulières; des vérités concrètes générales et des vérités concrètes

particulières. Mais si, dans chaque classe, les

groupes qui la divisent et la subdivisent diffèrent entre eux par leurs degrés de généralité, les classes elles-mêmes ne diffèrent que par leurs degrés d'abstraction (1).

(1) Certaines propositions émises par M. Littré dans un livre publié récemment et intitulé Auguste Comte et la Philosophie positive exigent un examen qui ne sera point déplacé ici. Dans sa réponse franche et courtoise aux critiques que j*ai faites, dans la Genèse de la science, de la classification de M. Comte, il essaye d'expliquer certaines contradictions signalées par moi en établissant une distinction entre la généralité objective et la généralité subjective : « Il existe, dit-il, deux ordres de généralités : Fune objective et dans les choses; l'autre subjective, abstraite et dans Tesprit. » Cette phrase, par laquelle M. Littré identifie la généralité subjective et Tabstractlon, m'avait d'abord porté à croire qu'il avait en vue la même distinction que j'ai établie plus haut entre la généralité et l'abstraction. Mais, en relisant le paragraphe, je me suis aperçu qu'il n'en est pas ainsi. Dans une phrase précédente, il dit : « La biologie a passé de la considération des organes à celle des tissus, plus généraux que. les organes, et de la considération des tissus à celle des éléments anatomiques, plus généraux que 1q| tissus. Mais cette généralité croissante est subjective, non objective ; abstraite, non* concrète. » Ici il est évident que les mots abstrait et concret ont à peu près le sens que leur donne M. Comte, qui, comme nous l'avons vu, regarde la physiologie générale comme abstraite, et la zoologie et la botanique comme concrètes. Et il est évident que le mot abstrait, dont on se sert ici, n'est pas employé dans son sens propre. Car, comme on l'a montré plus haut, des faits tels que ceux de la structure anatomique ne peuvent être des faits abstraits, mais peuvent être seulement plus ou moins généraux. Il m'est aussi impossible de me mettre au point de vue de M. Littré lorsqu'il regarde ces faits plus généraux de la structure anatomique comme mljectivement généraux et non comme chjeeiivement généraux. Les phénomènes organiques présentés par im

CLASSIFICÀTIOlf DES SCIENCES. 13

Passant aux subdivisions de ces classée, nous trouvons que la première peut se diviser en deux parties : Tune contenant des vérités universelles, Tautre des vérités non universelles. Ayant pour

tissu quelconque, tel que la membrane muqueuse, sont plus généraux que les phénomènes présentés par tel ou tel organe formé par la membrane muqueuse, simplement en ce sens que les phénomènes particuliers à la membrane se renouvellent dans un plus grand nombre de cas que les phénomènes particuliers à tel ou tel organe que la membrane contribue à former. Et pareillement les Êuts relatifs aux éléments anatomiques des tissus sont plus généraux que les faits relatifs à un tissu particulier, en ce sens que ce sont des faits présentés dans un plus grand nombre de cas par les corps organisés ; ils sont otijeetivement plus généraux, et si l'on peut dire qu'ils sont subjectivement phis généraux, c'est seulement dans le sens que la conception correspond aux phénomènes.

Tâchons d'éclairer ce point. Il y a, comme le dit avec raison M. Littré, une généralité décroissante qui est objective. Si nous laissons de côté les phénomènes de dissolution, qui sont des changements du particulier au général, tous les changements que subit la matière sont du général au particulier, sont des changements qui impliquent une généralité décroissante dans les groupes réunis de propriétés. Telle est la marche des choses. La marche de la. pensée est non-seulement dans la même direction, mais encore dans une direction opposée. L'étude, de la nature nous offre un nombre toujours croissant de faits particuliers; mais elle nous offre en même temps des faits de plus en plus généraux dans lesquels se résument les faits particuliers. Prenons un exemple. La zoologie, à mesure qu'elle va multipliant le nombre des espèces et complétant la connaissance de chaque espèce (généralité décroissante), va découvrant les caractères communs par lesquels les espèces se groupent en genres (généralité croissante). Ces deux procédés sont l'un et l'autre subjectifs, et, dans ce cas, les deux

unique objet les relations considérées indépendamment des choses mêmes entre lesquelles elles existent, la science abstraite recherche en premier lieu ce qui œt commun à toutes les relations en général, et, en second lieu, ce qui est

espèces de vérités découvertes sont concrètes^ c'est-à-dire formulent des phénomènes qui se sont actuellement manifestés.

M. Littré, tout en reconnaissant la nécessité de modifier sur certains points la hiérarchie des sciences telle qu'elle a été établie par M^ Comte, la regarde néanmoins comme vraie en substance, et, pour preuve de sa valeur, il met surtout en avant la constitution essentielle des sciences. Il n'est pas nécessaire d'examiner ici en détail les arguments dont il se sert pour prouver que la constitution essentielle de chaque science justifie l'ordre dans lequel M. Comte les a disposées. 11 suffira de renvoyer aux pages qui précèdent et à celles qui vont suivre; on y trouvera la définition de ces caractères fondamentaux qui exigent une classification des sciences analogue à celle que nous avons indiquée. Comme nous l'avons déjà montré, et comme nous le montrerons encore plus clairement dans la suite, les différences radicales qui existent entre les sciences- nous forcent de les diviser en trois classes : sciences abstraites, sciences abstraites-concrètes et sciences concrètes. Pour voir combien cette 'division des sciences diffère de la classification de M. Comte, il suffira de jeter un coup d'œil sur cette dernière. La voici :

Mathématiques (embrassant la mécanique rationnelle) en partie abstraites, en parties abstraites-concrètes.

Astronomie Concrète

Physique Abstraite-concrète.

Chimie Abstraite-concrète.

Biologie Concrète.

Sociologie ...■.*.. Concrète.

commun à chaque ordre de relations en parti-

culier. Outre les connexions indéfinies et variables qui existent entre les phénomènes, en tant qu'ils se manifestent ensemble dans le temps et dans Tespace, nous trouvons qu'il y a aussi des connexions définies et invariables, — qu'il y a, entre chaque espèce de phénomènes et certaines autres espèces de phénomènes, des relations uniformes. C'est une vérité abstraite universelle qu'il y a un ordre immuable pour les choses, en tant qu'elles existent dans le temps et dans l'espace. Nous arrivons ensuite aux différentes espèces de relations invariables, qui, prises ensemble, forment l'objet de la seconde division de la science abstraite. La subdivision la plus générale de cette seconde division est celle qui s'occupe des caractères ou de la nature des rapports dans le temps et dans l'espace, considérés indépendamment des termes entre lesquels ils existent. Les conditions qui nous permettent d'affirmer un rapport de coïncidence ou de proximité dans le temps et dans l'espace (ou un rapport de non-coïncidence ou de non-proxi-

16 CLASSIFia\TION DES SCIENCES,

mité), forment le sujet ou la matière de la logique. Ici la qualité et la quantité des termes entre lesquels les rapports sont affirmés (ou niés) sont de nulle importance : les propositions de logique sont indépendantes de toute spécification qualitative ou quantitative des choses unies par des rapports. Uautre subdivision a pour objet ou pour matière les relations entre des termes qui sont spécifiés au point de vue de la quantité, mais non au point de vue de la qualité. Les termes en relation sont étudiés ici dans leur quantité, sans aucun égard à leur nature ou leurs qualités; et les mathématiques ont pour but d'établir les lois de la quantité considérée indépendamment de la réalité. La quantité considérée indépendamment de la réalité est la place occupée dans l'espace ou le temps, et la place occupée dans l'espace ou le temps se mesure par le nombre, par des étendues juxtaposées ou des durées successives; c'est-à-dire que les quantités peuvent être comparées et les rapports entre elles établis, seulement par une énumération directe ou indirecte de leurs unités

^ j^^m^wimvm&fi

composantes, et que les unités dernières, dans lesquelles toutes les autres sont décomposables, sont des points occupés dans l'espace, qui, perçus ou conçus par l'esprit, se transforment en points occupés dans le temps. Parmi les unités qui ne sont pas spécifiées dans leurs natures (extensive, protensive ou intensive), mais auxquelles l'esprit donne une existence idéale et distincte des attributs, les relations quantitatives que l'on conçoit sont les relations les plus générales qui puissent s'exprimer par les nombres. Les relations de ce genre se divisent en deux espèces, selon cpie les unités sont considérées simplement comme capables d'occuper des points séparés dans la conscience, ou selon qu'elles sont considérées comme occupant des points non-seulement séparés, mais égaux. Dans un cas, nous avons ce calcul indéfini par lequel des nombres d'existences abstraites, mais non pas des quantités d'existence abstraite, sont susceptibles d'être déterminés. Dans l'autre cas, nous avons ce calcul défini par lequel des nombres d'existences abstraites et des quantités d'existence abstraite

sont tout ensemble susceptibles d'être déterminés. Vient ensuite cette division des mathématiques qui s'occupe des relations quantitatives des grandeurs, ou des agrégats d'unités, considérés comme coexistant ou comme occupant une partie de l'espace; — elle s'appelle Géométrie. Et alors nous arrivons à ces relations dont les termes embrassent à la fois des quantités de durée et des quantités d'étendue; — celles dans lesquelles on évalue les temps par les unités d'espace parcourues d'une vitesse uniforme, et celles dans lesquelles, des unités égales de temps étant données, on évalue les espaces parcourus avec des vitesses uniformes ou variables. Ces sciences abstraites, qui traitent exclusivement des rapports et des rapports entre les rapports, peuvent être groupées comme dans le tableau I, page 19, ci-contre.

Passant des sciences qui traitent des formes vides ou idéales des relations, aux sciences qui traitent des relations réelles ou des relations entre des objets réels, nous arrivons d'abord à ces sciences qui s'occupent des réalités, non pas

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telles qu'elles se manifestent habituellement SOUS nos yeux, mais telles qu'elles se manifestent dans leurs modes différents, lorsque ceux-ci sont artificiellement séparés les uns des autres. De même que les sciences abstraites sont idéales par rapport aux sciences abstraites-concrètes et par rapport aux sciences concrètes, de même les sciences abstraites-concrètes sont idéales par rapport aux sciences concrètes. De même que la logique et les mathématiques ont pour objet de généraliser les lois des relations qualitatives et quantitatives, considérées en dehors des objets entre lesquels elles s'établissent, de même la mécanique, la physique, la chimie, etc., ont pour objet de généraliser les lois de relation auxquelles obéissent les propriétés de la matière et du mouvement, lorsqu'elles sont, chacune en particulier, séparées de toutes les circonstances phénoménales qui les modifient dans la réalité. De même que le géomètre formule les propriétés des lignes et des surfaces, indépendamment de l'épaisseur et des irrégularités des lignes et des surfaces, telles qu'elles . existent

dans la réalité, de même le physicien et le chimiste formulent les manifestations de chaque mode de la force, indépendamment des perturbations qu'elles subissent, dans chaque cas particulier, de la part des autres modes de la force. Dans les ouvrages sur la mécanique, les lois du mouvement sont formulées sans tenir compte du frottement et de la résistance du milieu. On y explique, non ce que le mouvement est dans la réalité, mais ce qu'il serait s'il n'était pas modifié par les forces retardatrices. Si l'on tient compte d'une force retardatrice, alors l'effet de cette force est considéré seul, abstraction faite des autres forces retardatrices. Que l'on considère aussi les généralisations du physicien touchant le mouvement moléculaire. La loi suivant laquelle la lumière se propage, en raison inverse du carré des distances, est vraie d'une manière absolue, seulement lorsque le rayonnement a lieu d'un point sans dimensions,* ce qui n'a jamais lieu; la même loi implique aussi que les rayons sont parfaitement droits, ce qui ne peut arriver, à moins que le milieu ne soit différent

de tous les milieux cpie nous connaissons, c'està-dire parfaitement homogène. Si l'on étudie les. perturbations causées par la différence des milieux, les formules qui expriment les lois de la réfraction prennent pour accordé que les milieux différents sont homogènes, ce qui n'a jamais lieu dans la réalité* Môme lorsqu'on cherche à expliquer les effets changeants des causes changeantes, comme lorsqu'on veut soumettre au calcul la réfraction subie par la lumière traversant un milieu de densité toujours croissante, comme l'atmosphère, on suppose toujours des conditions qui ne se réalisent jamais, on suppose que l'atmosphère n'est pas traversée par des courants hétérogènes, supposition contraire à ce qui a toujours lieu. On peut faire les mêmes observations par rapport aux recherches du chimiste : il ne prend pas les substances telles que la nature les lui présente. Avant de procéder à l'étude de leurs propriétés respectives, il les purifie, il les sépare de tous les éléments hétérogènes. Avant de déterminer la gravité spécifique d'un gaz, il le dégage de la vapeur d'eau avec

I laquelle il se trouve mêlé. Avant de décrire les j propriétés d'un sel, il se met en garde contre toute en*eur qui pourrait naître de la présence d'une partie non combinée d'acide ou de base. Et lorsqu'il affirme d'un élément qu'il a un certain poids atomique, et qu'il se combine avec tels ou tels équivalents d'autres éléments, il ne veut pas dire que les résultats ainsi formulés soient exactement les résultats auxquels on arrive dans une expérience particulière; mais il affirme que ce sont les résultats auxquels on arriverait, après beaucoup d'essais, si l'on pouvait obtenir une pureté parfaite, et si l'expérience pouvait avoir lieu sans perte. Le but qu'il se propose, c'est de détermina les lois de la combinaison des molécules, non telles qu'elles se montrent actuellement, mais telles qu'elles se montreraient en l'absence de ces influences dont l'action imperceptible ne peut être neutralisée. Ainsi toutes ces sciences abstraites-concrètes ont pour objet X explication analytique des phénomènes. Dans chaque cas, le but qu'on se propose est de décomposer le phénomène, de

séparer les uns des autres tous les éléments qui le composent, ou d'en séparer deux ou trois du reste. Si quelquefois on y fait usage de la synthèse, ce n'est que pour vérifier l'analyse (1). Les vérités découvertes sont toutes présentées, non comme des vérités qui se montrent dans tel ou tel objet particulier, mais comme des vérités qui peuvent s'affirmer universellement de la matière

(1) ie dois à M. le professeur Frankland de m'avoir rappelé une objection qui peut être faite à cette assertion. La production de composés nouveaux au moyen de la synthèse est devenue depuis peu une branche importante de la chimie. D'après certaines lois connues, des substances composées qui n'existaient pas auparavant sont formées et justifient tontes les prévisions en ce qui concerne leurs propriétés générales et les proportions dans lesquelles leurs éléments se combinent, ce qui est prouvé par l'analyse. Ici on peut dire avec vérité que Tanalyse est employée pour vérifier la synthèse. Néanmoins, l'exception que l'on oppose à ce que j'ai avancé plus haut est apparente seulement, mais non réelle. La production de composés nouveaux, en tant qu'elle se propose simplement pour but d'obtenir de nouvelles substances, n'est pas une science, mais un art, c'est-à-dire l'application de connaissances antérieures à la réalisation d'une fm. Le procédé n'est une partie de la science qu'en tant qu'il est un moyen de mieux expliquer l'ordre de la nature. Or comment peut-il nous être utile pour cette fin ? Ce ne peut être qu'en vérifiant les conclusions déjà établies touchant les lois de la combinaison' moléculaire ou en«ous servant à les expjiquer plus clairement. C'est-à-dire que les synthèses, envisagées de leur côté scientifique, ont -simplement pour but de fttire faire des progrès à l'analyse des lois de la combinaison chimique.

et du mouvement, considérés dans leurs formes générales ou spéciales, indépendamment des objets particuliers et des lieux qu'ils peuvent occuper dans l'espace.

Les subdivisions de ce groupe de sciences peuvent être établies sur le même principe que celui sur lequel reposent les subdivisions du groupe précédent. Les phénomènes, considérés comme manifestations plus ou moins complexes de la force, se ramènent, en dernière analyse, à certaines lois de manifestation qui sont universelles, et à d'autres lois de manifestation qui, dépendant de certaines conditions, ne sont pas universelles. Il suit de là que les sciences abstmites-concrètes peuvent premièrement se diviser en lois de la force, considérée en elle-même et indépendamment de ses modes distincts, et en lois de la force, considérée dans chacun de ses modes séparés. Et cette seconde division des sciences abstraites-concrètes comporte des subdivisions essentiellement analogues. Il est inutile de définir ici ces différents ordres et ces différents genres de sciences. Le tableau II

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CLàSSIFIGÂTlOH DES SCIENCES. 27

(page 26, ci-contre) indiquera suffisamment leurs rapports.

Nous arrivons maintenant à la troisième grande classe. Nous en avons fini avec lés sciences cpii s'occupent exclusivement des formes vides des relations sous lesquelles l'être se manifeste à nous. Nous avons laissé derrière les sciences qui s'occupant de l'être sous son mode universel, et de ses divers modes particuliers considérés comme indépendants, posent les termes de ses relations comme simples et homogènes, caractères qu'ils n'ont jamais dans la nature. Il nous reste les sciences qui, étudiant ces modes de l'être tels qu'ils sont, liés les uns aux autres, prennent pour termes de relations ces combinaisons hétérogènes de forces qui constituent les phénomènes actuels. L'objet de ces sciences concrètes est le réel, en tant qu'il s'oppose à ce qui est idéal complètement ou partiellement. Leur but n'est pas de séparer et de généraliser à part les éléments de tous les phénomènes, mais d'expliquer chaque phénomène comme le produit de ces éléments combinés.

Leurs relations ne sont pas, comme celles des sciences abstraites-concrètes les plus simples, des relations entre un antécédent et un conséquent; elles ne sont pas non plus, comme celles des sciences abstraites-concrètes les plus compliquées, des relations entre un petit nombre d'antécédents, séparés par abstraction des autres antécédents, et un petit nombre de conséquents également séparés par abstraction des autres conséquents ; mais elles sont des relations dont chacune a pour termes un plexus complet d'antécédents et un plexus complet de conséquents. Ceci est manifeste pour les sciences concrètes les moins compliquées. L'astronome cherche à expliquer le système solaire. Il ne s'arrête pas après avoir généralisé les lois du mouvement planétaire, tel que ce mouvement existerait, s'il n'y avait qu'une seule planète; mais il résout ce problème abstrait-concret, pour que cela l'aide à résoudre le problème concret des mouvements planétaires combinés ensemble. Dans le langage des astronomes, les mots c théorie de la Lune » signifient l'expli-

cation des mouvements de la Lune, non comme simplement déterminés par les forces centripètes et centrifiiges, mais comme perpétuellement modifiés par la gravitation vers le renflement •écpiatorial de la Terre, vers le Soleil, et même vers Vénus; — forces qui varient de jour en jour dans leur intensité et dans leurs combinaisons. Et l'astronome ne s'arrête pas non plus, lorsqu'il a déterminé par le calcul la position d'un corps donné à une époque donnée, en tenant compte de toutes les influences perturbatrices; mais il continue en examinant les effets produits par réaction sur les forces perturbatrices elles-mêmes ; il continue en examinant comment ces perturbations mutuelles des planètes produisent, dans une longue période, des déviations croissantes d'un état moyen, et ensuite comment des forces contraires produisent un décroissement continu dans les déviations. C'est-à-dire que le but auquel il tend est l'explication complète de ces mouvements planétaires complexes, considérés dans leur totalité. Il en est de même du géologue. Il ne se

pose pas seulement pour problème ces irr^larilés de la croûte tenestre, qui sont produites par dénudation, ni seulement celles qui sont produites pai' l'action du feu. Il ne cherche pas seulement à comprendre comment les terrains de sédiment furent formés, comment les désordres dans les couches minérales furent produits, comment les moraines furent formées, ou comment les lits des lacs alpins furent creusés. Mais, tenant compte de toutes les influences, de leur concours sans fin et de leurs combinaisons toujours changeantes, il se propose pour but d'expliquer la structure entière de la croûte terrestre. S'il étudie à part l'action de la pluie, des rivières, des glaciers, des banquises, des marées, des vagues, des volcans, des tc&eàblements de terre, etc., c'est pour être plus à n^éme 4e connaître leur action combinée sur les phénomènes géologiques, l'objet de sa science étant de généraliser ces phénomènes, considérés dans leurs rapports complexes et comme parties d'un seul tout. Pareillement là biologie est l'élaboration d'une théorie complète de la vie étudiée

dans chacune et dans l'ensemble de ses manifestations complexes. Si les phénomènes vitaux sont examinés à part et sous quelques-uns de leurs aspects seulement, si un observateur s'occupe de la classification des formes organiques, un autre de leurs dissections, un autre de leur composition chimique, un autre de leurs fonctions, un autre des lois suivant lesquelles ils se modifient, tous, qu'ils le sachent ou qu'ils l'ignorent, concourent à l'explication du phénomène vital tout entier, tel qu'il se manifeste dans chaque oi^anisme en particulier et dans tous les organismes en général. Ainsi, dans ces sciences ^ concrètes, le but est la converse de celui qu'on se propose dans les sciences abstraites-concrètes. Dans un cas, nous ayons Yexplication mal^ique; dans l'autre cas, nous avons Yexplication synthétique. Au lieu de la synthèse employée simplement pour vérifier l'analyse, l'analyse est ici employée seulement pour aider la synthèse. Le but n'est pas maintenant de découvrir les facteurs des phénomènes, mais de décrire les phénomènes produits par ces fac-

teurs, tels que Tunivers les présente, avec leurs -circonstances variées.

Cette troisième classe de sciences peut, -comme les autres classes, se diviser en deux ordres de vérités : celles qui sont universelles et celles qui ne le sont pas. De même qu'il y a des vérités relatives aux phénomènes considérés dans leurs éléments, de même il y a des vérités relatives aux phénomènes considérés dans leur totalité. De même que la force a certaines lois dernières communes à chacun de ses modes de manifestation, de même, dans ces combinaisons de forces qui constituent les phénomènes actuelg, nous trouvons certaines lois dernières qui sont appliquées dans chaque cas particulier. Ce sont là Jes lois de la redistribution des forces. Puisque nous ne pouvons prendre connaissance d'un phénomène que par un changement opéré en nous, chaque phénomène implique nécessairement une redistribution de force, — ^ un changement dans les combinaisons de la matière et -du mouvement. Dans les mouvements des molé- • cules comme dans Içs mouvements des masses

se manifeste une grande et même uniformité.

Une quantité décroissante de mouvement, sensible ou insensible, est toujours accompagnée d'une agrégation croissante de matière; et de l'autre côté, une quantité croissante dé mouvement, sensible ou insensible est accompagnée d'une agrégation décroissante de matière. Donnez aux molécules d'une masse une plus grande quantité de ce mouvement insensible que Ton appelle chaleur, et les parties de cette masse perdent quelque chose de leur cohésion. Ajoutez une plus grande quantité de mouvement insensible, et la cohésion devient si faible que la masse se liquéfie; augmentez encore le mouvement insensible, et la masse se convertit en gaz, lequel occupe un espace d'autant plus grand que l'on augmente davantage la quantité de mouvement insensible. D'un autre côté, chaque perte de mouvement insensible par une masse gazeuse, liquide ou solide, est accompagnée d'une condensation progressive de la masse. Il en est de même des mouvements sensibles, que les corps mus soient grands ou

Si CLASSIFICATION DES SCIENCES j

petits. Augmentez la vitesse des planètes^ et leurs orbites deviendi'ont plus grands ; -^ le système solaire occuperait un plus grand espace. Diminuez leur vitesse, et leurs orbites deviendront plus petits; — le système solaire occuperait un plus petit espace. Pareillement nous voyons que tout mouvement sensible à la surface de la terre implique une désagrégation partielle du corps en mouvement d'avec la terre, tandis qtf une perte de mouvement est accompagnée d'une agrégation plus grande de ce corps avec la terre. Dans tous les phénomènes, nous avons, en même temps, ou une agrégation de matière et une perte de mouvement, ou une absorption de mouvement et une désagrégation de matière. Et là où, comme dans les corps vivants, ces deux phénomènes ont lieu simultanément, l'agrégation de la matière est proportionnée à la perte du mouvement, et l'absorption du mouvement proportionnée à la désagrégation de la matière. Telles sont les lois universelles de cette redistribution de matière et de mouvement oui a lieu partout; — redis-

tribution qui aboutit à une évolution^ quand Tagrégation de la matière et la perte du mouvement prédominent, mais qui aboutit à une dissolution partout où l'augmentation du mouvement et la désagrégation de la matière prédominent. De là une division de la science concrète, qui est aux autres sciences concrètes ce que la loi universelle de relation est aux mathématiques, et ce que la mécanique universelle (composition et décomposition des forces) est à la physique, une division de la science concrète qui généralise les lois de cette redistribution qui a lieu pour tous les objets concrets de tout ordre; — division qui explique pourquoi, suivant que l'agrégation de la matière et la perte du mouvement prédominent, il y a passage de l'homogénéité indéfinie, incohérente, à une hétérogénéité définie, cohérente, et pourquoi une redistribution contraire de matière et de mouvement est accompagnée d'un changement contraire dans la structure des corps. Passant de cette science concrète universelle aux sciences concrètes non universelles, nous trou-

30 CLASSIFICATIOTN DES SCIENCES.

vons que celles-ci peuvent d'abord se diviser en deux parties : la science qui traite des redistributions de matière et de mouvement entre les masses dans l'espace, en tant qu'elles agissent et réagissent les unes sur les autres coninfie masses; et la science qui traite des redistributions de matière et de mouvement, résultant des . actions réciproques des molécules dans chaque masse. De ces deux sciences, également générales, la dernière peut se subdiviser en deux sciences : l'une qui se borne aux lois de la redistribution entre les molécules de chaque masse, considérée comme indépendante ; et l'autre qui s'occupe des lois du mouvement moléculaire, communiqué par d'autres masses. Mais ces divisions et leurs subdivisions se verront mieux dans le tableau IIL

Il est évident, je crois, que ces grandes divisions des sciences, et leurs subdivisions respectives, sont conformes à la définition, que nous avons donnée au commencement, d'une véritable classification. Les sujets de recherche renfermés dans chaque division principale possè-

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dent en commun des attributs essentiels qui •n'appartiennent à aucun des objets renfermés dans les autres divisions principales, et, par conséquent, un plus grand nombre d'attributs communs par lesquels ils ressemblent chacun en particulier à tous les objets groupés ensemble, et par lesquels ils diffèrent des objets groupés autrement. Entre les sciences qui traitent des relations indépendamment des réalités, et les sciences qui traitent des réalités, la distance est aussi grande qu'elle peut l'être, puisque l'existence avec quelques-uns de ses attributs ou avec tous ses attributs, est commune à toutes les sciences de la seconde classe, tandis qu'elle est exclue de toutes les sciences de la première classe. La distinction entre les formes vides des choses et leis choses elles-mêmes est une distinction au delà de laquelle on ne peut aller. Et lorsque nous divisons les sciences qui traitent des réalités en celles qui traitent de leurs éléments pris à part, et celles qui traitent de leurs éléments combinés, nous établissons une distinction plus profonde que celle qui peut exister entre des sciences qui

traitent de Tune ou de l'autre des parties composantes, ou entre celles qui traitent de l'un ou de l'autre ordre des choses composées. Les trois groupes de sciences peuvent être brièvement définis : — lois des formes; lois des facteurs; lois des produits; et quand on les définit ainsi, il devient mainifeste que les groupes sont tellement di^emblables dans leurs natives, qu'ils sont séparés conurae. par un abîme, et qu'une science aj^aartenant à l'un des groupes est différente des sciences de tout autre groupe, au point que toute transposition est impossible. Si l'on considère leurs fonctions, on verra mieux encore les différences radicales qui les séparent. Le premier groupe, celui des sciences abstraites, sert d'instmment par rapport aux deux autres; le second ou celui des sciences abstraites-concrètes, sert d'insitrument par rapport au troisième, celui des sciences concrètes. Si l'on essaye d'intervertir l'ordre de ces fonctions, on verra immédiatement combien sont essentielles leurs différences de caractères, Le second et le troisième groupe fournissent au premier son sujet ou sa matière.

et le troisième fournit sa matière au second; mais aucune des vérités qui constituent le troisième groupe ne peut servir pour la solution des problèmes présentés par le second; et aucune des vérités qui constituent le second groupe ne peut servir pour la solution des problèmes présentés par le premier. Il reste peu de choses à dire touchant les subdivisions de ces trois grands groupes. Dire que chacun des groupes, s'étendant à tous les phénomènes, contient des vérités qui sont universelles et d'autres vérités qui ne sont pas universelles, et que ces dernières doivent être classées à part, c'est dire une chose évidente par elle-même. Que les subdivisions des vérités non universelles puissent être présentées à peu près comme elles le sont dans les tableaux, c'est ce qui est prouvé par ce fait que les mots, lus à pai'tir de la racine jusqu'à l'extrémité de chaque branche, donnent une définition de la science qui constitue cette branche même. Que les divisions moins importantes puissent être autrement disposées et mieux définies, c'est ce que je regarde comme très-possible. Les la-

bleaux n'ont été composés cpie poui^ montrer quel procédé de méthode on peut employer dans ce genre de classification.

Je n'ajouterai qu'une dernière remarcpie :

c'est que les relations des sciences ainsi présentées ne le sont encore que bien imparfaitement : leurs relations peuvent être figurées non sur un plan, mais sur une surface à trois dimensions. Les trois groupes ne peuvent être placés sur le prolongement d'une ligne droite, comme ils le sont ici. En effet, le premier se relie au troisième par le second, d'une manière nonseulement indirecte, mais encore directe, puisqu'il lui sert directement d'instrument et qu'il reçoit de lui son sujet ou sa matière. Les relations des groupes ne peuvent être figurées que par des rameaux sortant de la même racine, mais se développant les uns à côté des autres et en sens divers. C'est par un arrangement de cette nature seulement que l'on pourra représenter exactement les rapports qui existent entre les subdivisions de chaque groupe.

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