‹ Claude de Bermen, sieur de la Martinière (1636-1719) [microforme]Chapitre 14 sur 14 · AN ON · texte numérisé non relu

AN ON

5.000 livres car il voulait que généralement toutes choses en litige lui passassent par les mains ; mais si cela était désavantageux aux juges, sa démangeaison de juger et son assiduité continuelle à faire ce métierlà, était profitable au public auquel il épargnait bien des frais ; et lui, et M. son fils ne laissaient pas de se tenir honorés de présider au Conseil nonobstant la monnaie de eartes qui était déjè assez méprisée de leur temps, ils n’empêchaient nullement la police, au contraire, ils faisaient délivrer du blé à tous ceux qui en avaient besoin selon le prix qu’il devait valoir et qu'ils l’achetaient eux-mêmes, du pain chez les boulangers qui n’en osaient manquer, et de la viande à la boucherie. Ils tenaient les denrées de la vie dont ils faisaient grande consommation dans un prix modique qui servait de règle, ainsi que les marchandises et enfin le commerce des farines ne laissait pas d’être-libre et de se faire.

Mais depuis que M. Bégon est ici, qu'ils’est jeté dans le commerce, que les cartes semblent ne lui avoir couté qu’à faire, ce que je ne crois pas à Dieu ne plaise, c’est la manière de parler du public, qu’il a rendu des ordonnances contre le droit des gens, la liberté du commerce même, en contrevenant aux intentions du roi, s’il est vrai que S. M. Ini ait témoigné que sa volonté était qu’il fut libre, comme il le dit quand on lui parle de police, qu’il a mis toutes choses générale-

. ment tant pour la vie que pour le vêtement à des prix exorbita”ts et qui ont passé en règle, qu'il n’y a presque plus que lui et ses courtiers qui se puissent

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tirer d'affaire, les habitants de qui ils achètent et les marchands par leur survente à l'exemple des premiers, n'étant pas possible que le reste puisse se soutenir principalement les officiers des troupes et de judicature qui n’ont ni terres ni commerce en un mot tout est en désordre en confusion. |

M. Bégon s’est tellement abandonné à ce métier là qu’il en fait tout son exercice ; il est enfermé fêtes, dimanches et jours ouvriers dans son cabinet à y travailler avec quelqu'un de ses courtiers et associés, car il entre autant qu’il peut en toutes sortes de marchés, aux cargaisons des navires marchands, en construction de bâtiments de mer qu’il charge et met dehors. En un mot il fait directement ou indirectement la plus forte partie du commerce du Canada et ruine presque celui de tout les autres marchands, à moins qu'ils ne soient de société avec lui car en ce cas le cabinet leurest ouvert plutôt qu’à un conseiller qui est obligé de garder le mulet jusqu’à ce qu’il sortent.

Il en fait tout autant à l’égard du Conseil lequel étant assemblé à la chambre, le lundi à 9 heures précises du matin est obligé d’attendre le plus souvent jusqu’à 10 heures sonnées que M. l’intendant ait vidé d’affaires avec de pareils géns, pendant que de pauvres parties souffrent dans une salle et que les conseillers s’ennuient, ce qui fait que les procès se prolongent parce que l’on ne vide pas la moitié des affaires qui se multiplient insensiblement d’un jour de conseil à un

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autre. Mais quand il a la bonté de nous mander qu’il ne viendra pas, nous en terminons plus en une séance que nous ne faisons en deux quand il y est et plus paisiblement, car il est grandement difficultueux particulièrement quand il a dessein de faire tourner une cause à l’avantage d’une partie, à quoi il emploie tant de temps et d'arguments moins -persuasifs que la loi, que bien souvent il en élude le jugement au lieu que nous en aurions jugé 2 ou 3 autres s’il avait été absent,

Il lui est arrivé une fois entr'autres de se faire porter le régistre par le greffier pour voir si le procès qui lui était recommandé avait été jugé selon son intention, ce que n’:yant pas trouvé il lui défendit de l’expédier, quoique signé par celui qui avait présidé et le premier jour de Conseil suivant l’ayant fait revoir sous prétexte de quelques manques de formalité il fit rendre de son autorité un projet tout contraire au

” premier auquel je fus bien heureux de n’avoir pas assisté ni présidé car j'aurais eu bien de la peine à digérer un pareil aff-ontou de m'empêcher au moins de représenter que sans user de cette ascendance et donner une telle atteinte à l'autorité d’une Cour Supérieure en faveur d’une partie il n'avait qu’à la laisser revenir par simple requête que nous recevons fort familièrement quand la matière est de légère importance.

Mais, monseigneur, il est tellement plein de luimême, si persuadé de son savoir ct si ennivré de l’autorité que le roi et et ministre lui donnent du moins à

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ce qu’il fait entendre et comme cela peut être aussi par sa commission, car on suppose qu’un intendant n’en abusera pas, qu’il ne déférerait pas d’une résolution qu’il aurait prise au ministre même s’il était ici, il tient le conseil en brasière ét le reste du pays en maillot : il tranche, taille, rogne et entreprend sans que personne l’en puisse empêcher parce que l’on craint de déplaire à S. M. de l'autorité de laquelle il se targue en toutes choses et un gouverneur général serait assez occupé pendant toute l’année à lui. disputer ses pouvoirs se mettant audessus de tous ceux qui lui pourraient donner de bons conseils tart pour le spirituel que pour le temporel ce qui fait dire publiquement que c’est un fléau que Dieu nous à envoyé pour nous punir de nos crimes passés et qui augmentent de jour en jour depuis qu'il est dans ce pays qui semble n'être plus qu’une retraite de larrons; l’usure le pillage et le brigandage y étant dans un excès intolérable et nous pouvons dire hardiment que le conseil n’é‘:nt pas en pouvoir d'y apporter du remède, s’il y a encore quelque reste de bonne foi, elle ne peut être qu'entre les gens d'église et les particuliers qui n’ont point de commerce tout le reste étant corrompu et infesté d'usure comme de véritables juifs. En un mot, Monseigneur, le Canada sous le voile des cartes est présentement un lieu ubi nullus ordo, sed sempiternus horror inhabitat.

Vetre Grandeur aurait peine à croire tout ce que j'ai l’honneur de lui dire, si je n’avais tout le pays pour

témoin, je n’en aurais pas manqué sans la perte du navire le St Jérôme, mais il r'en faut pas d’autres que M. le Marquis de Vaudreuil qni doit être persuadé que si son départ a apporté quelques changements ce ne peut avoir été que de mieux en pis, je n'aurais pas l’audace à près de 80 ans et un pied dans la fosse d’imposer à Votre Grandeur et à M. de Pontchartrain auquel je prends la liberté d'envoyer les mêmes pièces que celles que j'ai l’honneur de vous envoyer.

Je n'aurais pas même pris la liberté, Monseigneur, de faire une si grande digression à Votre Grandeur de l’état dans lequel nous sommes si je n'avais eu des assurances certaines de votre piété et de la part que vous prenez dans les peines des personnes affligées principalement d’un grand pays comme celui-ci qui parait comme abandonné à présent. Je ne savais point d’ailleurs si M. Bégon n'avait pas écrit à votre Grandeur contre moi suivant ses menaces, j'ai cru ne pouvoir mieux faire que de me justifier auprès d’elle et lui rendre compte de ma conduite dont elle a bien voulu être caution en plusieurs rencontres.

Vous voyez souvent, Monseigneur, M. le Marquis de Vaudreuil auquel je souhaiterais qu’il plut à Votre Grandeur de lui communiquer ces mêmes papiers que j'ai l’honneur de vous présenter et je vous en supplie très humblement par ce qu’il ne les a pas vus, même de le prier de soutenir les intéréts du Conseil où il tient

la première place et de faire en sorte que nous y ayons de bons réglements pour nous y conformer.

Qu'il ait la bonté de représenter au ministre que les cartes ne passant ici que pour la moitié de leur valeur dans le commerce où toutes les denrées de la vie entrent, cependant les marchands et les habitants ne les regardent que comme une monnaie décriée, vendant ou plustôt traitant avec nous leurs marchandises pour nos cartes avec moinsde mesure et de règle qu'avec les sauvages, que le désordre est si gra nd et le bon rodre si renversé faute de police que parmi tant de peuples qui composent cette colonie, il n’y a que les offciers des troupes et de la judicature qui n’ont ni terres ni commerce qui en sentent la.pesanteur parce que les marchands pour leurs marchandises, les habitants pour leurs denrées les artisans pour leurs ouvrages et les journaliers pour leur journées qui ne sauraient jamais rien perdre à moins que le roi n’eut intention d’en faire souffrir la perte entière, ce qui n’est pas à croire de S. M., ont les cartes de cespauvres officiers pour le demi quart du prix pour lequel elles leur sont données; ce qui ne se vendait qu’un écu hier, se vend aujourd’hui le double, demain le triple, après demain le quadruple et enfin le pays est absolument perdu s’il n’y est apporté un prompt remède.

Si c’est la volonté du roi que les cartes aient encore quelque temps leur cours, il y aurait naturellement lieu d’espérer que S. M. y aurait égard et qu'elle vou-

drait bien faire payer les gages et gratifications des offciers en lettres de change sur le Domaine d'Occident ct en cas qu’ils ne pussent pas par des raisons d'Etat être entièrement payés de cette manière et qu’il fussent obligés de prendre des cartes pour le surplus qu’il leur en fut donné à proportion du prix pour lequel elles entrent dans le commerce afin qu’ils jouissent au inoins du même privilège que les marchande autrement ils ne jouiraient pas du quart de ce que S. M. leur donne.

Nous avons grand besoin, Monseigneur, pendant que M. de Vaudreuil est à portée, qu’il ait la bonté de solliciter fortement pour qu'il soit pourvu à toutes choses. L'on a battu un ban le 11 de ce mois par ’equel M. Bégon a permis à toutes personnes d’aller acheter des blés dans les Gouvernements de Montréal, des Trois-Rivières et partout ailleurs, mais la médisance veut que son coup était fait, et que ses crurtiers sousmain l’avaient été mettre auparavant à 7 et 8 francs qui ne se vendaïît que 4 francs et 4. livres 10. sols : son but est d’en tirer les fleurs pour son commerce qui ne lui coûtent rien parce qu'il tire au-delà de son capital par les secondes dont il fait faire du gros pain qu’il fait vendre, des biscuits pour les vaisseaux et du son.

Si je n’avais que 60 ans, Monseigneur, ou même à l’âge ou je suis, si j'avais eu le moyen de faire le voyage de France, je crois que je me serais sacrifié pour le public et que je me serais allé jeter aux pieds du ministre pour le supplier d’avoir pitié de notre misère; nous

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mourons de faim dans l’abondance depuis trois ans il n’y à pas un minot de blé dans Québec, ce qu’on en pent attraper coûte une pistole, le pain blanc chez ies boulangers vaut 14 et 15 sols la livre, le bis à proportion et de mauvaise qualité. Il y a une quantité prodigieuse de blés de la récolte présente, mais comme elle «à été pluvieuse, l’on ne pourra guère battre plus tôt que vers les Rois, en attendant M. l’Intendant qui est le maître de tout ce qu’il y en a de vieux ou par lui ou par ses courtiers le fera vendre au poids de l'or : qui pourra résister à une pareille tyrannie ?

Je pose en fait qu’il y à peut-être 300 habitants Cans tout le pays qui puissent vendre une quantité considérable de grains, mais je soutiens que la moitié de ce qu’il en reste, n’en ont tout au plus que ce qu’il en faut pour leur subsistance et qu’il faut que l’autre moitié en achète: avec quoi ? avec leurs bestiaux et leurs meubles, aussi bien que les pauvres officiers mariés qui sont obligés de vendre les leurs pièce à pièce et l'on ne doit pas compter pour rien les gens tout-à-fait pauvres qui sont en grand nombre, qui souffrent la faim et que l’on n’est point en état de rassasier,

Hé ! mon Dieu ! Monseignenr, il ne restait au Canada pour toute consolation que le pain, fallait-il lui arracher impitoyablement des mains ? n’a-t-on pas ici des recensements généraux de ce qu’il y a d'hommes, de femmes, etc, d'enfants de tous les âges? et de toutes les espèces de grains ne sait-on pas ce qu’il en faut pour

la subsistance de toutes les familles et pour leurs semences ? Ignorons-nous ce qu’il en faut pour les troupes ? nous savons très-bien qu’il n’en faut pour ceux-ci que 6.000 minots tout au plus et cependant sous ce prétexte de leur subsistance quel prodigieux amas n’en fait-on point pour sortir de la colonie au-delà de ce qu’il lui en faudrait à un juste prix afin qu’elle se ressentit de l’abondance que la Providence divine veut bien répandre.

On nous leurre ici des avantages que la colonie tire de ces enlèvements de grains parce que les profits qui en reviennent s’y répandent etque chacun s’en ressent: c’est un abus manifeste : il n’y a que ceux qui les font qni en pfofitent seuls, car de leurs farines et biscuits ils en font des marchandises qu'ils revendent au public si exorbitamment qu’ils ont leurs cartes et leurs denrées pour rien. Si c'était de l’argent à la bonne heure, maïs ce n’est qu’une circulation de farines et biscuits et de marchandises en la place qui reviennent toujours aux même. personnes qui s’en enrichissent et ôtent le pain des ::ains des pauvres peuples.

Le bruit se répand iei que les blés que l’on n’a pas commencé à battre sont déjà retenus dans les granges et que les vaisseaux ne seront pas plus tôt partis que nous verrons une pareille ordonnance à celles deux dernières années ; si cela est, comme je n’en doute pas, nous sommes réduit à l'extrémité. Je vous supplie très humblement, Mvunseigneur, pour l’amour

de Dieu, de porter M. de Vaudreuil à bien représenter toutes ces choses au ministre ; je n'avance rien que je n'engage mon cou à couper pour en soutenir la vérité et nous avons grand besoin qu'il y ait de bons ordres pour la liberté du Conseil où ce Seigneur tient la première place, qu’un intendant n'ait pas de pouvoirs si étendus et qu’en ce qui regarde le public il ne tra- . vaillât qu'avec mon d. 8. le Gouverneur et le Conseil et que la police fut bien rétablie, mais pour cela et que la justice fut exactement rendue qu'il ne fit jamais Aucun commercc.

Puis le vieux conseiller, après avoir parlé de tout ce qui intéressait la colonie, fait un retour sur lui-même.

‘ Votre Grandeur ajoute-t-il, voudra bien avoir aussi la bonté de prier M. de Vaudreuil de m’accerder ou de m’obtenir une concession que jelui ai dewandée dès il y a deux ans qui n’est qu’à ma bien séance seule ce qui ne peut faire de tort à personnes. .Made la Marquise de Vaudreuil me fait l’honneur de me marquer que quand M. son époux et elle seront en ce pays, ils chercheront tous les moyens possibles de me soulager, (1) ils le peuvent sans qu’il en coûte rien.

Je supplie Votre Grandeur de les sommer de cette

(1) Note de M. ds St-Simon : Cela est bien fait et il me l'a promis.

promesse ; je me donne l’honneur de leur écrire que très succinctement, car jesais bien, Monseigneur, qu’une parole de votre part fera plus d'effet qu’un gros volume de compliments de ma Minerve rouillée.

Je suis confus (6) d’être si prolixe: je n'ai pourtant pas oublié le proverbe, qu’à grand Seigneur, peu de paroles, mais à un misérable comme moi il faut un bien plus grand circuit à demander et à déduire les causes de ses demandes, qu’à répondre oui ou non sur chaque article, et Votre Grandeur me pardonnera s’il lui plait d’autant plus volontiers cette prolixité que je ne suis pas à la mode à 80 ans qui me talonnent de près et que cette grande lettre peut être regardée de Votre Grandeur comme la dernière lettre que j'aurai l’honneur de lui écrire ou comme mon testament.

C'est dans cette vue, Monseigneur, que je parle un peu hardiment «et que j’expose si librement la vérité, car je n’avance rien à Votre Grandeur qui ne soit aussi véritable qu'il est constant que j'ai l’honncur d’être avec une soumission parfaite et un très profond respect, |

Monseigneur, votre très humble

et très obéissant serviteur, DE LA MARTINIÈRE.

ee) Note de M. de St-Simon : m'a fait plaisir, mes amit

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Le duc de Saint-Simon était alors membre du Conseil de régence, et comme il exerçait une grande influence sur les affaires d'état, le vieux conseiller de la Martinière s’adressait à bonne enseigne. L’intendant Bégon écrivait de son côté au ministre une longue lettre pour lui expliquer la situation comme il l’entendait(). L’année suivante, on recevait à Québec trois longs mémoires contenant des instructions de la métropole. |

Mais, comme presque toujours dans les mille querelles qui se soulevaient entre fonctionnaires coloniaux, le remède arrivait quand le malade était guéri. Déjà, dès l’automne précédent, l’intendant et les conseillers s'étaient entendus pour règlementer la sortie et la vente des blés et la fabrication du pain.

Le conseiller de la Martinière ne semble plus, après cette épisode très mouvementée de sa vieillesse, avoir pris une part aussi active aux affaires de la colonie. Les cahiers des délibérations dun Conseil Souverain constatent ce-

(1) Lettre du 7 Novembre 1715, Archives de 1a marine: nada-correspondance générale vol C. II.

pendant sa grande ponctualité à assister aux séances. En 1718, on voit qu'il s’occups de faire enrégistrer au greffe les documents qui prouvaient sa noblesse). Le vieillard met l’ordre dans ses papiers. Après avoir régularisé la position de sa famille en la sauvant de la rôture, il voulut s'assurer des titres du fief de la Martinièré, la seule propriété seigneuriale qu’il ait pu acquérir au Canada dans toute sa longue carrière(2. Deux procès en bornage qu'il entama à ce propos furent renvoyés sans cérémonie par ses pairs du conseil(s. Il fallait bien que celui qui

(1) %avril1717. Le Conseil donne ordre d'enrégistrer au greffe les 20h qui ROUTE la noblesse du S. de la

ossier complet de cette main enatce e noblesse au vol. & D du régistre des insinuations du Conseil supérieur p.

(® Nous ne 8 pas d’une concession d'une lieue de front sur deux lieues de profondeur, que M. de la Martinière obtint le 14 juin 1708 entre et Troi (Titres seigneuriaux p. 451). Cette propriété ne fut jamais exploitée par lui.

AL Cahier manuscrit du Conseil va à et 5 juillet 1717, déboutant M. inière

2.5 as Claude de en de es fi e certaine requête qu'il a pions “contre le S. ancien rier de la m

t Le pr ût A CRC : Délai a an > cum au er. ce du 2? ao si pot pr eee dah ke he

eur LA cause con + puerer Po ce du 9 août 1717. Ag vi Gaillard as nommé pour recevoir les dans la caus de la Martinière contre Charest, tp Séance du 12 Octobre 1718, p. 114, sentence de mise à dans la cause de contre

néant e Charest au aujet de le j la jouissance d'un fe.

avait jugé pendant plus d’un demi siècle vit avant de mourir que la justice de son pays d’atr s'exerçait avec la plus stricte impartih

+ dou de Bermen de la Martinière mourut à l’âge de 83 ans, le 14 avril 1719, et fut enterré le lendemain dans la cathédrale de Québec.

Après la mort d'Anne des Prés, sa femme, arrivée en mars 1689, de la Martinière avait épousé en deuxième mariage Marie-Anne Cailleteau, fille de Jacques Cailleteau, sieur de Champfleury, bourgeois de la Rochelleu).

La célébration de ce mariage eut lieu à Québec lé 9 avril 1697. Veuf uné deuxième fois dans l’automue de 1708,de la Martinière épousait, le 4 août 1710, Marie Molin, fille d’un banquier de Pariss. La

(1) La mère de Marie-Anne Cailleteau était e Francoise ar mA x deg be ur pp mariage Mic el Leneuf,

t commandant en Acadie et Le 3h me pere Mi À du déhacheent de la marine. D rpg contrat fat! pl tt 2 et une copie qe pe à par l'intendant.

M Au Contrat de mariageau greffe Chambalon le 1er août

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première et la dernière de ces unions avaient été stériles. Du second mariage naquirent cinq enfants, dont deux moururent en bas âge. (1) L’ainée, une fille, mourut célibataire. Il ne resta plus que deux garçons pour perpétuer le nom du vieux conseiller. On les voit tous deux à quelque temps après la mort de leur père obtenir

du Conseil souverain des lettres de bénéfice

d'âge et d'émancipation2).

Bermen de la Martinière, après avoir exercé pendant plus d’un demi siècle les plus hautes fonctions de la magistrature coloniale, était ' mort pauvre. Comme premier’ conseiller ses appuintements ordinaires étaient de 950 livres par an. À cause de ses anciens services et du mauvais état de ses affaires, le roi lui avait ac-

nn mets

(1) 10 Jeanne-Françoise, née à Québec en 1699. 20 Claude-Antoine, né à Québec en juillet 1700. 3o Jean-Baptiste, né à Québec en décembre 1701. 40 Françoise-Charlotte, née à Québec en septembre 1703 morte en juin 1708.

[a] ace-Alexandre, né à Québec en août 1707, mort en oct. 1711. 11

(2) Le 8 juillet 1720.—Ordre d’'expédier des lettres de bénéfice d'âge et d'émancipation à Antoine Claude de Bermen de la Martinière. Manuscrits des jugementsdu Conseil

. 87. mn *. iamne 1720..idem, pour Jean-Baptiste, son re—p. le

cordé une gratification spéciale de 200 livres qui était prise chaque année sur la marine par ordonnance particulière. C’est à l’aide de ces appointements et de cette pension qu’il avait pu faire subsister sa femme et ses trois enfants. La position de cette famille que la mort de son chef laissait sans ressources était des plus fâcheuses. M. de Vaudreuil s’intéressa à son sort. Dans une première lettre datée de Québec le 6 Mai 1719, il écrivait au ministre: ‘“....je ne puis me dispenser de supplier le conseil de vouloir continuer à cette veuve et aux enfants la gratification de 200 livres que le roi avait accordée au Sieur de la Martinière. Les services de cet oficier qui a été pendanr plus de quarante ans dans la magistrature, sa qualité de gentilhomme et son mérite personnel me semblent des titres suffisants à sa veuve et ses enfants pour pouvoir se flatter d'obtenir cette grâce (1).”.

L'année suivante, le 12 mars 1720, Vau dreuil, aidé cette fois de l’intendant Bégon, revenaitde nouveau àla charge auprès du conseil de marine. “Les enfants de M. dela Martinière, ajou

(1) Archives Coloniales de France. Canada. Correspondance générale. Année 1719, vol 40, f. 166,

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taient-ils, âgés de vingt ans ou environ, protégés par M. le duc de Saint-Simon, sont bien faits et d’une bonne conduite. Nous leurs avons donné un des congés en attendant qu’il aît plu aû roi de leur accorder quelque grâce 11.”

Le roi n'avait pas attendu cette dernière supplique. Dès le 26 octobre 1719, ordre était donné de continuer à la veuve de la Martinière la pension extraordinaire dont son mari avait joui pendant sa vie.

L’inflüence du duc de Saint-Simon n'avait jamais été invoqué en vain par son compatriote dé la Ferté-Vidame. La protection accordée au père fut continuée aux fils Quelques années avant de mourir, M. de la Martinière, écrivant à son illüstre protecteur, lui avait recommandé tout spécialément ses enfants.

“Votre Grandeur, disait-il, ) me ferait un singulier plaisir de faire placer mon cadet qui a 14 ans dans les troupes, et de lui procurer une

‘@) ibid. Année 1790, vol, 41, 1. 176.

(2) Lettre du 28 octobre 1715.— Archives du ministère des affaires étrangères—Franee—Fonds — Amérique, vol 7,

enseigne où présente y ayant des places ou expectative. Il est de condition à cela et assez éveillé, et j'ai pour lui 50 ans de service en ce pays, mais il m'en rendrait un des plus signalés s’il voulait bien m'’accorder un congé pour les Outaouas pour faire ma fille religieuse à l Hôtel-Dieu de cette ville. Son aïeule maternelle lui avait assigné sa dot, pensant mourir, de la somme de 400 livres à prendre après sa mort sur une maison, mais étant revenue en convalescence et ne pouvant pendant sa vie exécuter son testament et payer la rente de cette sqmme ni lui fournir les hardes, habits et linges qu’on donne ordinairement aux filles quand elles en trent en religion, j'ai été obligé de reprendre ma fille avec la meilleure vocation du monde, et après avoir fait son postulat prête d'entrer en noviciat. Pour surcroit d'application, mon fils aîné âgé de 16 ans qui se donne l'honneur d’é crire à Votre Grandeur et de vous demander d'avance l’honneur de votre protection est attaqué depuis trois ans des écrouelles, ce qui la beaucoup retardé de ses études, ne l’ayant osé presser, crainte d'irriter son mal, dont vous vous apercevrez assez, Monseigneur, parce

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qu'ayant la main fort tremblante je me suis servi de la sienne dans les copies de toutes les pièces que j'ai l'honneur de vous envoyer. On me conseille de l’envoyer en France pour être touché du roi, mais par malheur pour lui et pour moi je n’en ai pas le moyen à moins que le roi n’eut la bonté de lui donner son passage en allant et revenant. M. de Vaudreuil le sait bien. Vous nous feriez une charité insigne, Monseigneur, si par votre crédit vous lui pouviez procurer une- place aux incurables et le faire toucher, et comme il est jeune il pourrait peut-être guérir. En ce cas là je supplierais très humblement Votre Grandeur, étant seigneur, comme vous l’êtes, d’une infinité de paroisses, d’avoir la bonté de le faire pourvoir de quelque cure ou autre bénéfice pour lui assurer sa vie.après ma mort, car je ne le crois pas capable d'autre chose. Il n’est pas mal fait d’ailleurs et assez beau garçon ; son cadet étudie la navigation n'ayant pas voulu mordre au latin. .”

Ainsi qu’on le peut voir, le vieux conseiller parlait en toute confiance, Le duc de Saint-Si-

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mon ne partageait pas cependant sa douce naïveté au sujet de la guérison des écrouelles par l’attouchement de la main royale, Il mettait tout simplement en marge cette note très irrévérencieuse pour un ministre et un grand de la cour: Lui envoyer la recette des écrouelles — Trop hasardeux de venir de si loin pour cela qui ne serait peut-être pas utile.

Ce fils aîné qui souftrait des écrouelles, avait nom Claude-Antoine, Il était né à Québec le 12 juillet 1700 «). Bien loin d'entrer dans les ordres sacrés, ainsi que le désirait son père, il embrassa la carrière des armes. D’abord lieutenant dans les troupes de la colonie, il fut nommé après vingt ans de service capitaine d’une compagnie et chevalier de Saint-Louis.

Les mémoires du temps font de grands éloges de sa valeur. De la Martinière se retira quelques années avant la conquête avec le grade de capitaine aide-major.

Claude-Antoine de la Martinière avait

(1) Acte de baptème le 13 juillet 1700. Claude Antoine eut pour e gouverneur de Calliè représenté à la cérémonie le marquis de Crisasy, lieutenant de (Archives de Notre-Dame de Québec.)

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épousé en 1729, une anglaise, Marie Catherine Parsons, qui lui donna dix enfants. Il était âgé de 61 ans lorsqu'il mourut à Québec le 24 décembre 1761. Le vieil officier fut enterré aux côtés de son père sous les dalles de la cathéerale. On voit au régistre de sépulture qu’un grand nombre de personnes de toute condition assistaient aux funérailles. Les capitaines Bellot et de Lusignan, tous deux chevaliers de chevaliers de Saint-Louis, signèrent l'acte mortuaire de leur ancien compagnon d'armes qui allait reposer pour toujours dans une terre devenue anglaise.

Le frère cadet Jean-Baptiste, ()jqui n'avait point voulu mordre au latin, s’en alla aux îles d'Amérique après la mort de son père et ne revint plus au Canada.

C’est Clauge-Antoine qui s’occupa d’admi-

nistrer les propriétés que le vieux conseiller

avait laissées dans sa succession. Il fit quelques octrois de terre à des colons sur le fief de la

(1) Néà Queen le 26 décembre 1701. Il eut pour parpur RINUR e de Ramesay, commandant des troupes, son

Martinière qui fut considérablement agrandi en sa faveur en 174941) Sa veuve vendit cette propriété en 1763 au gouverneur Murray devenu seigneur de Lauzon.

Celui-ci la céda presqu’aussitôt à Alexandre Fraser qui la possédait encore en 1781. La terre acquise par le conseiller de la Martinière en 1694 sur les ‘bords de la Chaudière et qui comprenait le bassin de cette rivière avait été vendue, dès le 11 septembre 1727, à Nicolas Lanouillier, membre du Conseil supérieur, pour le prix de 1200 livres.

Après la mort du capitaine de la Martinière, sa veuve passa en France avec sa famille. Une des filles avait épousé à Québec le 26 juillet 1756, un écrivain de la marine, Antoine de Mellis, fils de Jean de Mellis, conseiller du roi et maître particulier des eaux et forêts de la maîtrise de Fleurance, près d’Auch en Gasco-

(1) Greffe de François eot : concession du 14 Novembre 1726 à Louis Gezeron. Voir Titres seigneuriaux p. —213— Concession du 18 juin 1749,

gne. Nous ignorons le sort de ses autres enfants().

Une longue pointe de terre qui s'avancé dans le Saint-Laurent, à l'extrémité est de la paroisse Saint-Joseph, porte encore le nom de la Martinière. Un promontoire rocailleux près de Beaumont a gardé le prénom du vieux conseiller et s'appelle le cap Saint-Claude, de mèême qu’un village isolé à l’intérieur de Lauzon, la concession Beauharnoiïs, rappelle la mémoire

d’une terre qui possédait jadis sa famille près de la Ferté-Vidame.

Le nom de Bermen de la Martinière com plètement disparu au Canada n’était pas éteint en France à l’époque de la révolution. Chateauhriand, dans ses Mémoires d'Outre toinbe, parle

; (1) Cläaudé-Antoine de la Martinière avait eu dix en fants; six vivaient encore à sa mort:

‘10 Marie-Catherihe, née à Montréal en 17 20 Claude-Jacques, né à Montréal en 1732.

30 Marie-Louise, née à Québec, le 18 octobre 1733. 40 Gilles-Claude, né à Québec, le 14 septembre 1734. 50 Marie-Charlotte, née à Québec, le 31 décembre 1736 mariée à Antoine de Mellis.

60 Marie-Anne, née à Québec le 15 décembre 1737, morte en 1743. ,

70 Marie-Angélique, née le même jour, morte en 1755, 80 pot mn né et mort en 1741. So Geneviève-Esther, née en 1743, morte en 1744. 100 Marie-Anne, née à Québec le 6 octobre 1746,

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