V4 RE
Mais le 30 du même mois de juillet je fus beaycoup plus surpris, le Conseil étant assemblé à l’ordinaire où étaient M. de Vaudreuil et M. l'Evêque, quand M. Bégon après un long préambule contre l’arrêt que nous avions rendu le 16, mit surle bureau de longues remontrances par écrit dans lesquelles il intéressait fortement M. le Gouverneur Général, disant comme il m’avait dit dans son cabinet que c'était une entreprise faite contre leur autorité, que nous avions excédé notre pouvoir, qu’il n’appartenait qu’à eux d’avoir l’attention nécessaire pour la subsistance de la colonie, etc concluant à ce que le d. arrêt fut cassé et biffé et à ce que ses remontränces fussent enrégistrées.
J’eus beau lui représenter que ses remontrances étaient injurieuses au Conseil, que l’arrêt que nous avions rendu au Conseil n’était que préparatoire et n’avait rien décidé que nous avions tout déféré à leur retour qu’il était le maître de faire travailler à la police ou de l'empêcher, que nous n’avions jamais eu la pensée de ne rien faire qui leur put déplaire ent nous
serions extrêmement fâchés. :
I1 donna ses remontrances au Procureur général avec lequel il était apparemment de concert puisqu'ils sortaient ensemble de son cabinet pour entrer au Conseil qui en fit la lecture, laquelle faite, et sans donner un seul moment aux conseillers pour y refléchir voulut venir aux opinions ; moi qui avait présidé à l’arrêt qu’il voulait faire casscr, je voulus parler et lui dire
fort respectueusewent que c'était encore à moi, qu'il n’avait que la voie de remontrance et non pas celle de présider en sa propre cause en laquelle même il ne devait pas être présent que c'était la chose du monde la plus inouie et la moins usitée, et qu’il n’y avait que le roi seul qui eut ce privilège là.
Il me coupa la parole dès le premier mot et continua de prendre les avis avec tant de chaleur et d’impétuosité sans me vouloir écouter ni me permettre que je le fusse, que de 12 conseillers, il n’en eut que 2 pour lui qui n’avaient pas été à l’arrêt qui étaient nuliement au fait et le Procureur général quoiqu'il y eut été présent.
Mais, Monseigneur, il n’en demeura pars là n’y ayant pas trouvé son compte nonobstant qu'il eut disputé avec tous les autres conseillers et combattu toutes leurs opinions l’une après l’autre, il revint à la charge et reprit tout de nouveau contre toutes les règles et l’usage de toutes les cours. Je voulus encore parler, mais m’ayant dit en propres termes. ‘‘ Taisez-vous ” je me tus.
Monseigneur l’Evêque étant à son tour à opiner voulant s’éclairer sur quelque doute qui lui restait au sujet des d. remontranoes, et M. Bégon craignant que son suffrage ne lui fut pas favorable lui coupa aussi la parole avec beaucoup de véhémence dont ce prélat fut très indigné ct ne put pas cacher la peine qu'il en ressentit. ‘
RER CARE COLE re ee
ESRI PÉLS nf of
Poll 7e
Enfin, Monseigneur, M. Bégon n’en voulant pas avoir le démenti, et ayant repris la troisième fois comme aux procès criminels, ce qui dura plus de deux heures, où il n’en fallait qu’un quart au plus, le Conseil se vit contraint de lui accorder l'enregistrement de ses remontrances, et voici le tempéramment que le Procureur général trouva par ses conclusions pour nous faire trouver les étrivières un peu plus douces, et qui avaient été sans doute concertées au cabinet qu’il ne serait levé aucune expédition de l'arrêt du 16 juillet ni des remontrances du 30.
Quand j'ai dit ci-devant, Ze conseil, j'ai prétendu, Monseigneur, en excepter M. le Marquis de Vaudreuil que M. Bégon avait voulu mettre dans son parti et l’irriter fort inutilement contre notre Compagnie. Il n’opina point et laissa faire et dire mon d. S. Bégon, tout ce qu’il voulut, ce Seigneur reçut fort bien les excuses du conseil qu’il traita fort honnêtement ayant laissé M. Bégon prononcer l’enregistrement de ses propres remontrances de la manière que je-viens de le déduire à votre Grandeur ; quant à moi je n’opinai non plus mê- - me l’on ne me demanda pas mon avis quoi que j’en dusse être le président et avoir recueilli les voix.
Comme je devins dans la suite incommodé de la goutte et que mond. de Vaudreui fut très occupé à se disposer pour son voyage de France, je ne pus qu’à peine avoir l'honneur de le voir pour lui souhaiter un heureux voyage et je n’eus pas le temps de lui parler
Ag
de cette affaire, je ne crois pas qu’il nous en ait su mauvais gré. En effet, monseigneur, la police n’est nullement de son fait, cela est au-dessous de lui. Quand on en veut faire des réglements nouveaux, il y doit être appelé par honneur, et c’est ce que nons avions ordonné êtrefait par notre arrêt, il est seulement obligé de donner main forte pour l’exécution des jugements de justice quand on la lui demande suivant les ordonnances, mais M. Bégon tout intendant de police qu’il est n’en voulant point entendre parler nous en avait fait auprès de ce seigneur un crime des plus énormes pour y avoir pensé seulement.
J'avoue ingénuement à Votre Grandeur que le respect que j’eus pour M. notre gouverneur que j’honore infiniment m’empêcha de me lever de ma place et de protester en me retirant que je me plaindrais à la cour de cette violence. Je pris seulement en moi-même la résolution de im’en plaindre à mond. $S. Bégon par écrit et j'exécutai mon dessein quelque temps’ après ‘ par une lettre assez ample que je lui écrivais et que je jugeai plus à propos d'envoyer au ministre qu’à lui pour ne me le pas mettre à dos et à ma famille. C’est, Monseigneur, ce que j'avais fait par le vaisseau qui s'est perdu, dont nous avons à présent des nouvelles et des marques certaines ;(1) j'y avais joint les mémes pièces que celles que j'ai l’honneur de présenter à Vetre
(1) Le navire St-Jérôme se perdit sur l'Ile de Sable en venant de Québec— ( bre 1715-—correspondance de ‘le Royale--Vol-1-série C. 11).
ds VUE
Grandeur parmi lesquelles est aussi la copie de cette lettre. Je renvoie autant du tout à M. de Pontchartrain par deux autres vaisseaux.
De la manière que j'ai l'honneur de vous parler, Monseigneur, il paraîtrait peut-être à Votre Grandeur qu’il y aurait quelque altération en mon fait : non, Monseigneur, je le proteste devant Dieu, comme je le ferais à l’heure de ma mort, que je ne conserve pas la moindre aigreur contre M. Bégon : qu’au contraire je le regarde et prie le Seigneur pour lui comme mon bienfaiteur, pour m'avoir en qualité de son subdélégué donné deux années de suite une barrique de vin que je n'aurais pas du avoir et cent écus en cartes qu’il me prêta en 1713 que je n’ai pu lui rendre jusqu’à présent et qui m'ont fait plaisir.
Je lui pardonne de bon cœur les injures et les menaces qu’il me fit dans son cabinet sur lesquelles je ne lui fis aucune réponse si non que je croyais faire un bien sans aucune intention de l’offenser. L'intérêt qui est une passion fort dominante en lui et la police y étant extrêmement opposée et un frein capable de l’anêter, il ne fut pas maître des mouvements que l’avarice avait excités dans son esprit, et je m’imagine bien qu'après y avoir réfléchi, il a pu voir qu'il avait plus lieu de craindre que moi, pour avoir gardé mon poste au lieu qu’il était fort écarté du sien. Aussi, depuis toutes ces choses passées, m’a-t-il fait superficiellement plus d’honnêtetés que je n’en mérite contre sa
A | do promesse même qu'il a eu la bonté de rétracter en ma faveur, car il m’a honoré souventes fois de Ja bouche et des mains dont il n’est pas chiche.
Mais après tout, Monseigneur, j’ai cru en conscience pour mon caractère être obligé pour l'intérêt de Dieu, celui du roi, l’honneur du Conseil, celui du rang que S. M. m’y donne et le bien public de donner avis au ministre de ce qui s’y passe, car véritablement nous avons grand besoin que le bon ordre y soit rétabli comme du temps d’un M. duChaîsneau pour lequel feu M. votre pèré avait bien de l’estime, comme je le vois encore quelques fois dans quelques unes des lettres dont Sa grandeur a eu la bonté de m’honorer : il était grand homme de bien et d’édification, savant, judicieux, désintéressé, qui, avec le Conseil, a fait une infinité de beaux réglements qui pourvoyaient à toutes choses et qui faisaient dire à Messieurs qu'il était inutile d’en faire de nouveaux et qu'il suffisait de bien faire exécuter les anciens. Celui-là faisait honorer le conseil et s’honorait lui-même en soutenant sa dignité et ne travaillant que de concert avec lui. Enfin, Monseigneur, pour achever son éloge, il suffit de dire qu'il repassa en France en 1682 aussi endetté que regretté.
Du temps de ces MM. Raudot, le père était extrêmement jaloux de toutes sortes de juges, il ne pouvait pas se rassasier de causes, il m’a fait perdre pendant cinq ans de ceux que j'ai été lieutenant général au moins 4 à