LA VIE DE BLOT XV
avec sa main dans ses chausses, son chapeau en gloriot et sifflant à son ordinaire (1) ». D'ailleurs il fallait les saillies de celui qu'on appelait déjà Blot l'Esprit, ses chansons ordurières et mordantes pour dissiper la mauvaise humeur de Gaston, assez fréquente à la suite de ses excès. En dehors du cercle de « Monsieur », Blot prenait ses amis un peu partout, le plus souvent à sa ressemblance. Citons au hasard : Charles Coypeau Dassoucy, l'Empereur du burlesque, d'une renommée plus qu'équivoque, qui fut, paraît-il, son professeur de prosodie (2), Chapelle, l'auteur avec Bachaumont du fameux Voyage, fils adultérin mais légitimé de François Luillier, « au visage chaffoin et riant comme Rabelais », et de Marie Chanut, Jacques Vallée Des Barreaux, l'Illustre débauché, Miton, trésorier des gardes écossaises, grand joueur s'il en fut, le chevalier de Roquelaure, Coulon, Hotman, etc,
Entré trop tard dans la maison de « Monsieur » pour faire partie du fameux « conseil de vauriennerie » que ce dernier avait institué pendant la grossesse de « Madame » (1627) et dont il était le président, le comte de Moret, le Grand Prieur, l'abbé de La Rivière, le Grand monacal, et Patris, l'un des Grands vicaires (3), Blot n'en a pas moins tenu son rôle dans toutes les débauches de la Cour de Blois. La communauté du verre mettait l'amphytrion et les convives : Blot, le chevalier de Rivière, Patris (4), Saint-Hibal (5), Marigny, etc., sur un pied d'égalité il est vrai momentané. En entendant déchirer Richelieu et ses propres amis, Gaston d'Orléans s'étonnait moins des couplets
(1) Tallemant, T. VII, p. 120.
(2) D'après la notice de Lefebvre de Saint-Marc sur Chapelle.
(3) Voir Bernardin : Tristan L'Hermite, 1895, p. 126.
(4) Nous donnons plus loin une notice très succincte sur le chevalier de Rivière et sur Pierre Patris (voir Chansons de divers auteurs).
On demandait un jour au chevalier de Rivière ce que les honnêtes gens devaient penser de l'autre monde : « A la vérité, répondit-il, les bruits qui en courent ne laissent pas d'embarrasser. »
Voici le portrait que Nicolas Goulas, intendant de Gaston d'Orléans, trace de Pierre Patris ou Patrix : M. de Patrix avoit aussy l'agrément de nostre maistre et il l'appeloit souvent au petit coucher ; car c'estoit un esprit admirable, de bonne compagnie, gay, fertile en pensées plaisantes ou nouvelles, faisant des vers à merveille, enfin si divertissant qu'il étoit impossible de ne le pas aimer quand il vouloit se communiquer et plaire (Mémoires, 1879, T. I, p. 13).
(5) Saint-Hibal, Saint-Thibart, Saint-Hibar, Saint-Tibal (c'est ainsi qu'il signait), n'est autre que Henry d'Escars de Saint-Bonnet, seigneur de Saint-Hibal. C'est lui qui disait à la naissance du fils de Bardouville « qu'il falloit mettre des entraves quand on le baptiseroit, qu'autrement il regimberoit contre l'eau bénite ».