LA VIE DE BLOT XVII
La Rivière au cardinalat, Que Condé n'ayme que l'inceste (1) !
Pour moy je n'ayme que le plat, Et me mocque de tout le reste.
L'Histoire avec la Renommée N'est rien que vent et que fumée ; Pour la Gloire, je n'y croy pas, La Pourpre n'est que bagatelle, Et l'Inceste ne me plaist pas, Car ma sœur n'est pas assez belle.
Le couplet suivant diffame la Maison du Prince :
AIR i
Cette Maison est impudique :
Les Pages s'y br la pique,
Les Gardes f les exempts ;
Pour achever la bougrinière, On dit que très assurément Guitaut f... en c. La Rallière.
Il faut faire ici la part du grossissement voulu, de l'exagération nécessaire pour scandaliser. Ce croquis est, en effet, contraire à la réalité. Nous en avons le témoignage formel de Jean-Jacques Bouchard qui, notant avec soin ses propres turpitudes pour en conserver le souvenir à la postérité plus de cent ans avant Jean- Jacques Rousseau, ne peut être suspecté de masquer la vérité. Parlant dans son Voyage de Paris à Rome, 1630 (2) d'un jeune page de Gaston d'Orléans qu'il rencontra à Montargis, il dit :
« qu'il n'y avait rien de plus simple et de plus dévot que ce jeune
garçon qui néantmoins avoit été élevé dans une court extrêmement impie et débauchée, surtout pour les garçons; quoyque ce page lui eut affirmé
(1) Louis II, de Bourbon, prince de Condé, était soupçonné d'aimer la duchesse de Longueville, sa sœur. C'est vraisemblablement une calomnie.
(2) Les confessions de J.-J. Bouchard, parisien, souvenirs de son voyage de Paris à Rome en 1630, Paris, Liseux, 1881, p. 88.
Dans son testament du 15 août 1641 (en latin), cet ignoble personnage qui eut cependant d'illustres amis, comme Peiresc, demande cent messes pour le jour même de son décès ; il mourut en 1642. Voilà encore un libertin converti 1 — On a encore de Bouchard un Voyage à Naples resté inédit dont le manuscrit est à la bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts.