Claude Fauchet, 1744-1793
Prédicateur ordinaire du roi, orateur à la (lour, 4( écouté des foules, des femmes cl des iiitellif^eiices » (1), comblé d'honneurs et d'iiiiportanls bénétiees, {)uis enthousiaste de la Hévolulion naissante et l'un de ses premiers adeptes, auuiùnier général de la ^arde nationale, porte-parole ofiieiel de la Commune de Paris, évéque constitutionnel, député, Claude Fauchel est une des fiu:ures les plus curieuses du début de la Révolution.
Tout aurait dû l'attacher à i'aiu ien Kéijime. Petit abbé de province il n'était sorti de son obscurité (pie ^:rûce à la prcaection de [)uissantes faniilh s. la Cour avait consacré sa ré[)utation d'orateur sacré en s'adressant à lui poiu* un < Carême ^. Il avait ses entrées à
I. K<l. .1 .1. vif (i"iiroiirl / .* Sitciétt- frhni^fkite pendAnl Ia /?i>io/ii- /l'(Hl. i>. l-'i.
Versailles. Tl tenait du roi son meilleur titre — celui de prédicateur ordinaire — et vingt mille livres de rente, fpuil des nombreux bénéfices qu'il en avait reçus.
Malgré cela il fut un prophète — un doux prophète, selon l'expression de M. Aulard (1), — de la Révolution, un de ses premiers adeptes. Cette anomalie s'explique d'ailleurs facilement. Par nature Fauchet devait jouer le rôle qu'il joua. « Imagination tendre, cœur faible, séduit par Tambition de jouer un grand rôle de charité, tète sans défense contre l'utopie, presbytérien sensible, Fauchet semblait un Fénelon révolutionnaire. Parole douée d'onction, parole d'apôtre plutôt que d'orateur, attendrie, émouvante et nouvelle après le bel esprit qui avait rapetissé la chaire, parole trouvant le chemin des convictions féminines, Tabbé Fauchet apportait à la Révolution un enthousiasme, une éloquence et un paradoxe. Il voulait rattacher Dieu à son siècle, TEvangile à la Révolution, et la Pâque à la liberté. La philosophie selon lui était ralliée de la Providence, et il la vénérait comme le saint instrument mis en œuvre par elle pour l'avènement de [humanité aux droits de l'homme et du citoyen. Dans un système de conciliation de la Révélation et de la Raison, et de déduction de l'une à
1. Aulard, Les Orateurs de la Révolution française^, tome II, art, fauchet,
Tautre, il trouvait dans les livres saints Texcuse, que dis-je ? la gloire des résistances présentes. Un plaisant appelait « ses prècheries plebeiocratiques » le Ciel et la Halle. Jusqu'aux plus osés hasards de la traduction il allait ainsi, traduisant hcati paupere.s spir tu par bienheureux ceux qui ont Tesprit de pauvreté, c'est-à-dire d'égalité et de liberté. Au reste attaché à la religion catholique, croyant avec toutes les illusions, mais aussi avec toutes les sincérités d'une bonne intention l'inceste qu'il lui imaginait, avec la raison, un mariage. Il saluait la Pensée comme la Vierge nouvelle du monde nouveau. <' L'humanité était morte par la servitude, elle s'est ranimée par la pensée (1). » Fauchet avait de plus le goût des crises et des grands mouvements. « Son génie s'élançait de lui-même vers les grands mouvements, rapporte Pagaiiel, il se plaisait au milieu des crises et ne s'effrayait pas des tempêtes s'il s'en promettait de grands eU'ets (2). » Quant à son esprit il était nourri des doctrines philosophiques du xviir siècle. Ses talents lui avaient permis de se mettre en rapport avec les philosophes et les littérateurs. 11 s'était pénétré de l'esprit philantr()pi(|ue (|ui rét::nait alors, mais au lieu de l'accueillir comme une chose frivole
1. GoncDurt. Lh nociété française penditnt lu Hêi^ltilion^ p. 124.
■j. Pa^^ariel. Esx.ti hi%(ori<iiic fl critique sur t.t Hevitlution françMije, l, p. -435.
aiusi que le voulait la mode, il s'en était fait une sorte de religion ; Faucliet ne pouvait embrasser la Révolution qu'avec ferveur.
Dès le début, le succès répondit à son attente. « Dès les premiers sons du tocsin, l'opinion publique le rangea sur la ligne des hommes par lesquels elle voulait être dirigée (1). )> Il est à la prise de la Bastille, à la Commune de Paris ; il reçoit la première couronne civique, essaye d'une religion sociale avec le Cercle social, a sa place à la Législative et à la Constituante. Evèque constitutionnel, il est un adversaire redoutable du clergé avec Fabbé Grégoire et Tévèque d^Autun.
Ses succès toutefois n'eurent qu'un temps et sa popularité tomba vite; son caractère n'était pas tait pour la soutenir « son caractère s'émoussa à côté d'hommes qui avaient plus adroitement ménagé leurs forces; vrais chefs de ligue qui joignaient une cauteleuse défiance à toute l'aspérité de l'orgueil, à toutes les ruses de la vanité, et qui, habiles à recruter leur parti d'hommes forts de raison et de dévouement, tels que les Brissot, les Condorcet, les Lassource, furent plus habiles encore à se maintenir au sommet de l'union sans en descendre d'une ligne et sans permettre qu'un homme nouveau s'élevât jusqu'auprès
1. Paganel. jE'ssai historique et critique sur la Révolution française tome I, pag^e 435.
d'eux » (1) : ce fiiront alors les désillusions. Dans son Journal des Amis. Kauchei n'aura pas tro[) d'aniertunie contre les Jacobins avancés, Robespierre, Danton, contre les boiiii-eaux de Louis XVI, contre t<jus ceux qui faisaient du rnouvcrnenl de 89, toute autre chose qu'une Révolution içénéreuse, {)aciti(jue, plus, — à ses yeux — : leligieuse.
Condamné avec les Girondins, dans la nuit précédant son exécution, il reconnut fausses devant l'abbé Lotlirinpjer ses théories politiques et sociales. Ses compagnons mouraient pour leurs idées; il disparaissait, lui, pour ses erreurs.