LA VIE
CHAPITKK PUKMIEK
Des premières années au début de la Révolution.
Les premières années. La prédication. Le discours sur les moeurs rurales. Le livre de la Religion Na~ tionale.
Claude Fauchet na(iuit à Dorucs le ii septembre I74't (raiie famille aisée et honorable. .\ dix ans il entra chez les Pères Jésuites de Moulins en Bourbonnais ; il y lit de brillantes études. Il prêcha dès Tàjçe de seize ans, entra au séuiiuaire île Hourijes. suivit les cours el prit ses tirades à l'université. Il reçut les ordres mineurs à vin^l ans ; le cardinal lie Choiseul-Beaupré le lit ai^réer à Paris comme précepteur d'un de ses neveux. L'enraut étant mort. Faucliet alla à Besançon chez son [irolecleur M^r Tin-
seau. Il fui ordonné prêtre le 20 mai 1769 à l'âge de 25 ans.
Deux mois après il revint à Paris comme précepteur d^un autre fils du marquis de Ghoiseul. L'éducation de rélève terminée, Fauchet ne se sentant aucun goût pour la province, profita de ses relations
— parmi lesquelles celles de la famille de Noailles
— pour se faire attacher à Téglise Saint-Roch et s'installer définitivement à Paris.
Le nombreux clergé qui desservait la paroisse de Saint-Roch permit à l'abbé de se désintéresser de tout ministère, et de se consacrer uniquement à la prédication. En août 1774, à l'occasion de la Saint- Louis il prononça son premier grand discours « le Panégyrique de saint Louis » dans la chapelle du Louvre devant toute l'Académie. Ce fut un gros succès littéraire... et financier car le roi accorda au jeune débutant une pension de douze cent livres sur les revenus de l'abbaye bénédictine de l'Isle-Ghauvet au diocèse de Luçon.
Ce fut le début d'une suite de succès oratoires qui firent de Tabbé Fauchet un des orateurs sacrés des plus en vue et des plus rétribués de l'époque. En 1778, il prêche à la Cour le sermon de la Pentecôte, la station de l'Avent ; à Besançon, à Pesme on Tentend plusieurs fois ; à Bourges il donne un Carême ; à Paris enfin le panégyrique de sainte Madeleine, une station de l'avent à Saint-Paul- Saint-Louis. 11 est
nommé « prédicateur ordinaire du roi * et reçoit une nouvelle pension de quinze cent livres sur les fruits et revenus de l'abbaye de Pâmes, ordre de Saint-Benoit, diocèse de Boulogne. Le 4 aoùL 1781, Fauchet reçoit le pri<'uré de Floërmel de l'abbaye de Marmoutiers, ordre de Saint-Benoit, diocèse de Saint- Malo. En 178)^, il prêche le carême à la C^our. On s'y presse ; nouveau bénétice avec l'importante abbaye de Montfort-Lacarre.
Ses fonctions oblii^ent l'abbé Fauchet à aller à la (]our. Il n'est guère tendre pour elle: « J'ai fait mon coup d'essai à la Cour : il a eu tout le succès (jue je pouvais désirer. Je suis revenu de ce pays fort content d'y avoir été, de pouvoir y retourner et de n'y rester jamais. Ces gens sont fort honnêtes : mais Dieu garde un pauvre homme comme moi de fixer mon séjour parmi eux. Les compliments ne leur coûtent rien ; mais des vertus il n*en est pas question. L'ennui siège là au milieu du faste, et le sentiment y est étoulfépar la politesse. Vivent la nature, lasimplesse, la candeur et l'amitié (1).' »
A Bourges, nouveau triomphe, Mgr do lMiéli[)[>eaux le nomme vicaire général, le chapitre, chanoine d'Iioiineur et les « affiches de Bourges » le com[>areiit à Bourdaloue et à MassilKm.
l. (iitr par U*!4 (iOmOomiI. Histoirf île lu soctett* /r.ia^Mis»* />«>M(/.i m/ Ia Hévolution, p. l'2:\.
« Ces hommes ne sont plus et la France plaintive Cherchait encor leur successeur Fauchet paraît. Son langage enchanteur Ramène à la vertu toute âme fugitive (2). »
L'abbé Fauchet prononce encore l'oraison funèbre de Louis-Philippe d'Orléans, prince du sang. Ce discours lui fut commandé par lé* duc d'Orléans, bien que Toraison officielle ait été déjà prononcée sur Tordre de Louis XVL Fauchet accepta avec empressement car c'était son rival Tabbé Maury qui avait été chargé du discours officiel. Il prêcha encore plusieurs fois à Paris, et donna notamment l'oraison funèbre de Mgr Phélippeaux d'Herbault en octobre 1787. 11 y fit le procès de la noblesse.
Le 10 août 1788 à l'occasion du couronnement de la rosière de Suresnes, l'abbé Fauchet fait entendre en présence de la comtesse d'Artois son « sermon sur les mœurs rurales » dont le retentissement fut énorme.
Ce discours très hardi ne fut pas, quoique l'on en ait dit, blâmé par le roi, puisque la censure accorda V imprimatur . Mais cela seulement parce que la liberté d'écrire et de dire était presque absolue à cette époque. Il n'en reste pas moins que Fauteur faisait des mœurs une peinture très sévère-, poussée au noir, et s'élevait vigoureusement contre les seigneurs et les grands propriétaires. « Les oppresseurs delà nature