‹ Claude Fauchet, 1744-1793Chapitre 8 sur 38 · Hourhr ./<• Fer, u> III. nc.[ . !7l · texte numérisé non relu

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de nature à le faire vivre. U«ie imagination désordonnée pouvait seule goûter de pareilles doctrines. Aussi les contemporains ne se firent-ils pas faute de les ridiculiser. De plus le Cercle contenait des éléments par trop disparates, des hommes à tendances trop opposées. Il ne pouvait pas y avoir entente entre des catholiques, des francs-maçons et des athées. Le mysticisme de Fauchet ne pouvait pas aller de pair avec le franc-maçonisme ou l'athéisme de Bonneville, Condorcet ou Goupil de Prefeln. Les autres clubs et notamment celui des Jacobins ne virent pas d'un bon œil la fondation d'une société rivale. Il en résulta des polémiques de presse. On dénonça le Cercle Social et son président comme d'esprit par trop égalitaire et promoteurs d'une loi agraire ; à quoi ceux-ci répondirent en accusant leurs adversaires d'être livrés tour à tour aux Jésuites et aux francsmaçons.

Une dernière cause contribua beaucoup à décrier le Cercle et par contre-coup son fondateur. Ce furent ses attaques contre Voltaire. Dans son second discours au Cercle Social y¥dL\iQ>\\ei ne lui ménagea aucun sarcasme. Le résultat ne se fit pas attendre : Clootz, à qui l'on avait offert de faire partie du club refusa, accompagnant son refus d'une lettre où il jugeait sévèrement les doctrines et le style de l'abbé. Charles Villette refusa à son tour. Quant au journal voltairien Les Résolutions de Paris, il entama une

vigoureuse camf)a<^ne de presse où il discrédita le

Cercle Social.

Vax fin de c^jrnpte, la Société des Amis. dp la Vérité

disparut en avril 1791.

Le but du Cercle Social est, selon la propre expression de son fondateur, de : commencer la confédératit )n des hommes, de composer le bonheur du monde ( I ).

La Société jusqu'ici n'en est qu'à ses éléments, ils n'ont jamais été combinés pour l'avantage commun. Les législateurs pour faire leurs lois, sont partis de ce principe que l'homme est par natur<* égoïste et ennemi de son semblable. A.ussi se sont-ils empressés d'isoler les uns des autres, les intérêts, les privilèges, les garanties. Ils n'ont eu qu'un but dans la société: séparer tout ce qui avait tendance à s*unir et rendre en fait mauvais et ennemi des autres, tout élément particulier. Puis, chacjue société ainsi composée, ils l'ont opposée aux autres: « Les autres nations vous sont étrangères, soy(v toujours prêts à les considérer comme ennemies. * lldevail en résulter fatalement un état [)erpétuel de guerre «Miîi-e les membres delanationd'abord,entre les diverses nations ensuite.

1, Toute» les citations do co paru^Taphe sont «•mprunlirs .ui prcinur ft .m «Ii-iimimmc discuurs ih> l'ahhe l'auiMul au C>rr/«* Socr.i/. /<<)"- ,/m' ./<• /Vr, l.) et -n oclobri' I'"0

Un remède à cet état de choses était toutefois possible. Par essence, les religions doivent unir les hommes. Leurs éléments naturels à Thonime combinés avec les éléments d'amour également naturel^ à Thomme auraient dû faire le bonheur de Funivers. Mais elles furent tellement divisées et désaccordées par suite de ce désordre de l'ordre social qu^en fait elles ne firent qu'augmenter le chaos, et devinrent le fléau des consciences et le malheur du monde. Tel est l'état misérable de la société humaineâl est nécessaire de Ten faire sortir.

Or, par nature l'homme est un être aimant. Qu'il puisse exercer cette faculté d'aimer, qu'il en trouve le moyen et tout est changé pour le plus grand bien de l'humanité. L'homme trouvera ce moyen dans une religion qui lui permettra de développer librement sa faculté d'aimer. Or,cette religion,la vraie,elle existe, à l'exclusion de tout autre. « C'est celle qui dit aux hommes: « Aimez-vous tous »,et qui leur donne,pour accomplir ce devoir unique, les moyens les plus doux et les plus puissants motifs. Cette religion existe, elle est éternelle comme la loi de l'amour. Les hommes, désassociés par les lois de la discorde qui régissaient les Empires, l'ont méconnue; il faut la leur montrer dans sa nudité chaste, dans sa vérité pure, et le genre humain, épris par sa beauté, n'aura qu'un cœur pour Tadorer. »

«Bannir la haine de la terre, et n'y laisser régner que

l'amour, tel est le principe de quoi tout doit dériver. * Ayant ainsi décidé que tout bonheur dépend de notre faculté d'aimer, et de son exercice, Fauchet va rechercher pratiquement quelle est la meilleure législation et la meilleure religion.

Pour découvrir la vraie législation, il faut étudier tout simplement le Contrat Social de Rousseau, tout au moins les articles conformes à cette loi nécessaire de Tamour universel. | C'est ainsi que Fauchet fut amené à son analyse du Contrat Social^ analyse que l'on retrouvera plus loin].

La connaissance des vrais principes de législation est nécessaire, elle n'est pas suffisante. Il faut encore savoir qu'elle est la vraie religion du genre humain, celle-là à qui Fauchet reconnaît toute influence. Cette religion, c'est celle de l'Evangile. Se doutant fort de la stupéfaction que celte révélation allait causer à ses auditeurs, Fauchet eut soin d'ajouter : « Je ne parle pas ici en prêtre, je parle en homme. > Quoi d'étonnant d'ailleurs, la religion universelle doit être une religion d'amour, or l'Evangile rapporte tout à l'amour. « Il divinise ce sentiment en le réduisant à l'égalité, à Tunité entre Dieu et toute la famille humaine sans exception. C'est la seule religion du inonde entier qui ait celte base absolue. C'est donc la seule qui mérite d'être considérée dans notre principe d'union et d'alloction générales. » Si à l'examen l'on trouve que l'Evangile est en etl'et le code religieux Gros 3

qui exige l'amour universel, il sera, sous ce rapport, la religion du genre humain. Inutile de dire que si toutes les autres religions sont la cause de tous les maux, tyrannisant les consciences, inspirant les tyrans et ruinant les nations, l'Evangile remplit au contraire toutes les conditions nécessaires à une religion de l'amour universel. Il est le principe de l'union parfaite puisqu'il unit tout le genre humain dans l'amour d'un Dieu qui est lui-même Tami de tous les hommes. «L'Evangile n'est que tolérance et affection, et bonne espérance, et condescendance, et fraternité, amour en un mot, amour immense, amour infini , qui embrasse le ciel et la terre, tous les êtres et tous les temps. »

L'abbé Fauchet est donc en possession d'un certain nombre de vérités : les législateurs dans le passé ont corrompu les hommes parce qu'ils les croyaient naturellement mauvais. Ce sont eux qui les ont poussé à être leurs propres ennemis. La corruption de l'ordre social a fait des religions, au lieu de moyens d'union comme c'est leur but, des causes de discorde. Pour avoir paix et bonheur il faut remonter à cette vérité première que l'homme est naturellement bon et que s'il a à sa disposition une législation et une religion basées sur l'amour universel, il sera parfaitement heureux. Le Contrat Social d'un côté, l'Evangile de l'autre seront les moyens pratiques qui lui procureront le bonheur.

Dans son ardeur à procurer à l'humanité ce bonheur tant attendu, Fauchet fit marcher de pair la recherche

des principes qui devaient le faire naître et la recherche des moyens qui pouvaient le répandre. Il donnait une législation à l'humanité, son Cercle devait être prêt à en faire une application immédiate. Le moyen d'ailleurs était simple. Il consistait à fédérer toutes les sociétés et cercles maçonniques et à en faire les serviteurs de la Confédération des Amis de la Vérité, réunie à Paris. Il peut sembler singulier, aujourd'hui, de mettre la franc-maçonnerie au service de l'Evangile. Sans doute elle n'était pas alors ce qu'elle est exactement aujourd'hui. Très souvent les sociétés qui la composaient avaient un but exclusivement philosophique ou social ; également l'Evangile à la manière de l'abbé Fauchet ne ressemblait que de loin à la religion catholique. 11 n'en reste pas moins que les vrais francs-maçons, les notables tels que Gondorcctjde Prefeln, Bonneville,pour ne citer que ceux qui faisaient partie du Cercle social, étaient athées et que, jusqu'à preuve du contraire, l'enseignement de l'Evangile, même de la façon dont le comprenait Fauchet, était plus ou moins lié avec les pratiques d'une Religion bien défmie.

Plusieurs raisons furent cause de cette union. D'abord, aux yeux de Fauchet, dans l'ordre social troublé qu'avait été le passé, les sociétés franc-maçonniques seules avaient gardé les idées d'égalité, de liberté et d'union. C'est donc en toute contiance que Ton pouvait remettre à ces sociétés le soin de répan-

dre à l'avenir ces mêmes doctrines. Sans doute elles avaient des pratiques secrètes, mais si l'on ne connaît pas les secrets intérieurs des loges, tout le monde en connaît l'objet général, le triomphe de la concorde et de l'amitié. « Nous savons que les cérémonies maçonniques, assez mal comprises parla plupart des initiés, ne fout que retracer des traditions, quelques-unes anciennes, les autres modernes, sur les droits de l'homme dans la nature, ses malheurs dans la société, ses espérances d'un meilleur ordre de choses, enfin les assurances de la régénération universelle et du triomphe de la vérité sur la terre. » Fauchet et ses amis devaient avoir confiance dans le grand peuple franc dispersé sur la terre «c'est en lui qu'est Fespoir de Tunion du genre humain ».

A cette raison toute psychologique, s'en ajoutait une d'ordre matériel. Pour faire de tous les hommes un peuple unique, Fauchet voulait établir partout des sociétés filiales de son cercle et capables de répandre ses doctrines. Le plus simple était de se servir des sociétés franc-maçonniques qui existaient en assez grand nombre et dans toutes les parties du monde civilisé. Elargir leurs doctrines, en bannir le mystère qui les entourait, et après cela en faire les organes de cette société internationale dont le Cercle Social était le cerveau. Le cercle devait trouver le meilleur gouvernement de l'Humanité, les sociétés franc-maçonniques étaient chargées d'aider à sa plus large diffusion.

Tels furenl le but, les doctrines du Cercle. Social et le moyen par lerpiel il pensait les répandre. Hé^énérer le monde, le rendre heureux avec une législation et une religion basées sur l'amour universel et dont Rousseau et rEvan2:ile devaient fournir les principes, avec l'influence, comme moyen de [)ropaLran(le, des sociétés franc-maçonniques, (tétait vraiment trop d'incohérence; aussi l'influence du Cercle fut-elle complètement nulle, ses projets n'eurent aucun succès.

Les contemporains de l'abbé Fauchet ne se tirent pas faute de railler son œuvre et ses doctrines. De toutes ces attaques nous n'en retiendrons qu'une. celle de la Harpe. Venant d'une personnalité aussi illustre que celle du célèbre critique, celle-ci, la plus sérieuse, la plus modérée, toucha profondément le fondateur du Cercle Social. Il ré[)ondit lons:uement dans la Bouche de Fer en expliquant, en éclairant les points obscurs de sa doctrine.

La Harpe traite de douce folie, la tentative de réijénération de l'Univers par l'Amour. 11 reproch»^ à l'abbé Fauchet de joindre les mystères de la francmaçonnerie aux princi[)esde la ('onslitulion. 11 hlàine le [)èle-uu^le où se confondent les rêveries des Illuminés, les discussions p()lili(pies, le jaru'Dn de la mysticité, remj)hasedes prédicateurs. <v M . l'abbe l'aui het joint son enthousiasme d'amo///, de monih' c{ d'apos-

tolat aux illuminations maçonniques de M. de Bonneville et de là toutes les folies (1).» Passante des points particuliers, la Harpe se demande comment la francmaçonnerie accomplira Tœuvre de régénération que n'a pu mener à bien l'Evangile ; il ne croit pas que la volonté même la plus énergique, même la mieux conduite puisse venir à bout des difficultés amassées. Et puis le critique littéraire reparaissant, la Harpe se moque du style «qui est véritablement — et comme on s*y attend bien — de l'autre monde » ; appréciation cruelle qui vengeait par avance les auditeurs de Tabbé Fauchet, les lecteurs futurs de ses œuvres.

Fauchet répondit dans la Bouche de Fer du 10 janvier 1791. Dans sa lettre il explique comment les vraies sociétés franc-maçonniques, — car il en est qui ne sont pas dans la tradition — ont conservé sans déformation aucune les principes de l'Evangile et qu'elles sont prêtes à les appliquer au monde entier.

Lorsque TEvangile, expose le fondateur du Cercle Social^ fut publié, la Vérité apparût enfin et chassa les mensonges religieux de la plupart des peuples. Dès lors les sociétés secrètes qui retenaient dans des formules connues des seuls initiés les vrais principes de la Vérité n'eurent plus rien à cacher devant le triomphe du Christianisme.

Et les disciples de « Pythagore, Socrate, Platon »

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