‹ Claude Fauchet, 1744-1793Chapitre 9 sur 38 · Mercure de France, 1790, p · texte numérisé non relu

Mercure de France, 1790, p

n'eurent qu'à embrasser TEvangile où ils devaient trouver le fond de leurs doctrines développé et agrandi.

Cet accord d'ailleurs ne dura pas longtemps. Le Christianisme à son tour s'altéra par l'orgueil de quelques interprètes, et par la tyrannie des passions qui se glissaient dans son enseignement. Dès lors naquirent de nouvelles sociétés qui, elles, conservèrent pures les doctrines de l'Evangile. Ce sont les vrais Maçons du christianisme qui les formaient, Origène, Didyme, Synesius, Jérôme, saint Paulin, Boëce, Alfred, Uamus, Richer, Montaigne. Charon, Erasme, Bacon et Morus. Non que dans la grande société catholique il ne se trouvât des esprits d'assez haute sagesse pour remonter eux aussi à ces vrais principes ; mais c'était l'exception. Kl les diverses persécutions qui résultaient des tyrannies nombreuses multipliaient les sociétés occultes où l'on reprenait les idées de liberté, d'égalité et d'union.

Toutes les sociétés maçonniques toutefois n'ont pas su conserver dans lanièniL^ pureté les traditions qu'elles étaient chargées de maintenir. Sous l'intluence des persécutions, certaines mêlèrent aux purs sentiments inspirés d(* l'Evangile, des senliinenls de haine pour leurs oppresseurs, celles-là sont des sociétés perdues. Il y a aussi des sociétés, les plus nouibreuses, (jui tout en gardant les vrais princi[)es n t n tirent pas les consé(juences nécessaires. Elles reprendront

vite, toutefois, le rang qu'elles doivent occuper dès qu'elles auront reconnu leurs erreurs. En fin de compte, un petit nombre de sociétés garde seul la véritable tradition. Mais elles ont suffi à préparer la réalisation des vrais principes de liberté, d'égalité, d'union. La France, la première, les met en pratique ; le monde entier va suivre.

Après avoir terminé son histoire fantaisiste des rapports de l'Evangile et des sociétés maçonniques, Fauchet passe aux objections spéciales de la Harpe.

Le critique avait mis en doute que la franc-maçonnerie put faire ce que l'Evangile n'avait pu réussir, et qu^il fût réservé aux maçons d'exécuter de suite ce que le christianisme prophétisait ne devoir arriver qu'à la fin du monde. Fauchet n'a pas de doute là-dessuSjà cause précisément de l'union ancienne des sociétés franc-maçonniques et de l'Évangile. C'est grâce, à elles, sociétés particulières disséminées en tout lieu et dans toutes les religions, avec leurs idées fondamentales de liberté, d'union qui sont la substance de l'Evangile, que celui-ci sera mieux connu et ralliera à la fin tous les humains.

Quant à la volonté, elle peut tout : « Franklin a régi la foudre, parce qu'il a voulu. »

Telle est, autant qu'il est possible de la saisir, la doctrine dont le Cercle iSoc^aZ voulait mettre en œuvre les principes. L'Evangile, code parfait de l'Humanité, nous enseigne, avec l'amour, des idées d'égalité, de

liberté, d'union. Ces idées, les sociétés maçonniques, après les avoii* gardées jalousement des persécutions diverses sont prêtes à les faire régner pour le plus grand bonheur de l'Humanité. Le Cercle Social devait servir de lien entre elles, permettre qu'elles associent leurs efforts, et leur rendre ainsi plus facile la lâche à laquelle elles étaient destinées.

Le but était généreux. Plus que d'un théoricien il était d'un visionnaire, d'un illuminé, venu à une époque où la grandeur des événements quotidiens, après une période de fermentation littéraire et sociale peu commune, excitait les imaginations au point de leur enlever tout ordre, toute mesure, tout bon sens. Ce n'était plus des systèmes que l'on exposait, c'était des utopies. Et l'on ne craignait pas — Fanchetenesl un exemple — de recourir aux moyens les moins attendus, une fois le but entrevu. L'utopie de Fauchel, par définition, n'était pas née viable. Les événements qui vont se précipiter devaient être un douloureux réveil aux rôves du procureur général de la vérité.

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