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JEUNE FILLE EN ALLÉGORIE DU PRINTEMPS, PASTEL PAR CLAUDE HOIN

(Ancienne collection Baudot.)

deux amants à jamais réunis dans la mort. Les racines d'un acacia au feuillage léger ont brisé cette tombe que nul ne vient plus visiter. Il a fallu écarter les feuilles mortes pour déchiffrer les quelques mots qu'il avait fait graver pour elle : « ... Les regrets de ses amis dureront longtemps, ceux de son mari ne cesseront jamais. » Dans la partie inférieure, où est gravé son nom, on peut lire encore : « de plusieurs Académies », rappel d'outre-tombe bien

fait pour plaire à celui qui avait été si fier de leur appartenir ^ « M. Hoin laisse un cabinet qui renferme, dit-on, des tableaux et des dessins originaux très précieux. » Quand Amanton, trois jours après la mort de l'artiste, écrivait cela dans le Journal de la Côted'Or, en formant le vœu que cette intéressante collection fût réunie au musée par un arrangement avec les héritiers, savait-il déjà que celui-ci avait disposé en sa faveur de plusieurs morceaux de son cabinet? C'est ainsi que ses Rosalba : la Jeune fille à la colombe et le Printemps, qu'il considérait comme les plus précieux de ses tableaux, étaient légués au musée de sa ville natale, comme aussi son portrait. Deux paysages à la gouache, exposés jadis à Paris, et représentant des Vnes de Vincennes et de Vaugirard, étaient laissés en souvenir à M™*^ Adelon, née Jolyot, son alliée et son élève. Le mariage du frère cadet du peintre, Louis Hoin, avec une demoiselle Adelon, fut l'origine de cette amitié. Claude Lloin s'était pris d'une vive affection pour cette jeune femme, que nous avons eu l'honneur de connaître dans sa vieillesse, grand'mère de MM. Paul et Henri Royer-CoUard. 11 lui a légué le portrait en miniature de sa femme, les papiers et le Journal d'oii nous avons tiré tant de pages intimes.

Ce monument d'amour, retraçant les angoisses, les espérances et les joies qui avaient précédé son mariage, il n'avait pas eu le courage de le détruire, non plus que les lettres, à la fois si passionnées et si raisonnables, écrites pendant sa longue absence par celle qu'il a prématurément perdue. Rien d'étonnant à ce que Claude Hoin ait voulu laissera sa jeune amie, témoin de ses regrets,

1. L'acte de décès de Claude Hoin nous a été très obligeamment communiqué par M. H. Chabeuf.

(( Registre des décès, années 1817, n^ 383 : L'an mil huit cent dix-sept, le seize juillet, à midi, par devant Claude-Auguste Durande, maire et officier public de Fétat civil de la ville de Dijon (Côte-d'Or), chevalier des ordres de Saint-Michel et de la Légion d^honneur, sont comparus : Jean Adelon, âgé de trente-trois ans, avocat, dem^ auditDijon, et Dominique Rathelot, âgé de trente-deux ans, marchand orfèvre, dem* au dit Dijon, tous deux amis du défunt ci-après nommé, lesquels nous ont déclaré que ce jourd'hui seize juillet, heure de sept et demie du matin, Claude Hoin, âgé de soixante-sept ans, peintre de Sa Majesté Louis XVIIL professeur de peinture au Collège royal de Dijon et conservateur du musée de cette ville, y demeurant, rue Rameau, n« 1, née (sic) en icelle, le vingt-cinq juin mil sept cent cinquante, fils de feu Jean-Jacques Hoin, maître ès-arts et en chirurgie et de feue Catherine Burette, et veuf de Thérèse-Charlotte-Amélie Thuaut, est décédé en son domicile où nous nous sommes transporté et assuré de ce décès et les déclarants ont signé avec nous le présent acte après lecture faite. — B. Rathelot, J. Adelon, Durande.

les pages baignées de ses larmes et celles que la morte adorée avait tracées avec son cœur.

Edmond de Goncourt a dit : « Hoin est l'un des quatre ou cinq plus remarquables peintres à la gouache du xvni^ siècle. » Gardonsnous de le contredire. Si l'artiste a manqué d'invention, son exécution est exquise, surtout dans ses gouaches qui peuvent se placer à côté des plus belles en ce genre. Gomme pastelliste, il a laissé de séduisants portraits, d'un dessin très ferme et d'un coloris charmant. Dans la miniature, il s'approche des meilleurs de son temps, par l'éclat et la finesse. Paysagiste délicat, il a donné sa note particulière ; enfin, le petit nombre de pièces gravées par lui fait regretter qu'il ne se soit pas davantage adonné à un art oi^i il aurait réussi.

Un heureux concours de circonstances nous a permis d'étudier l'œuvre de l'aimable artiste, et de contribuer ainsi à lui rendre la place enviable qu'il mérite dans l'école française du xvni^ siècle.

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