EXTRAORDINAIRE DB LA MUSE OB LA CÛUR
Mais c'est l'arrest irrévocable
Qu'en a prononcé le destin,
Que par un ascendant mutin
Le Ciel semble rendre équitable :
Puisque le sort l'a résolu
\oulons tout ce qu'il a voulu.
Mes chères sœurs, bandons nos voiles,
Et puisque dedans ces bas lieux
L'on nous a pris pour des Estoiies,
Nous serons des Astres aux Cieux.
Dedans le coup qui m'assassine Je ne plains rien que vos .ippas Qui dnnnoient de si bons repas Aux Messagères de Cyprine, Mais, consolez- vous, chères sœurs.
Vous avez goûté les douceurs Les plus charmantes de la vie ; Le temps que vous avez perdu Fait, cre\'er de rage l'envie Puisque vous l'avez bien vendu.
.\veugle, de race céleste, Deïté de qui tout prend loy.
Qui vois de nostre utile employ La décadence manifesta, Souverain Maistre du nos sens
Qui rend par .nos fameux encens Ta force en merveilles féconde.
Tu péris dans cet horizon .
Faudra-t-il que le nouveau monde Mette le \ieux à la raison ?
Doux Prince c'es molle» délices .\mour, je remets en tes mains L'interest de tous les humains Et la venge ince des complices Il y va trop de ton honneur.
Monstre dans la juste fureur Que tout cède aux traits de ta trousse Ou dedans ( e pressant besoin Il voudroit mieux jouer du pouce Que de te voir pousser plus loin.
A tant se teut la grande Jeanne, S'en allant droit à Scipion D'une grende dévotion Avoque sa troupe profane.
Moy qui voiois leur entretien Et qui remarquois 'eur maintien J'en, fis confidence à la Muse, La Muse avec sincérité Sans s'amuser à faire excuse Le laisse à la postérité.
Consolation aux Dônes et Donzelles, sur leur départ pour V Amérique
Cessez Dônes, cessez mal-heureuses Donzelles, Dans vostre désespoir de souhaiter la mort ; Bénissez seulement sans accuser à tort Le destin qui vous meine en ces terres nouvelles.
Tout le Corps précieux des tendres Demoiselles, Quoique certaine en doute, et n'en soit pas d'accort, Vous accompagnera malgré le vain effort Que feront leurs Galans, leurs Amis, leurs Ruelles.
Ne croyez pas aller en des déserts affreux,
Où l'on n'est jioint picqué d'aucun trait amoureux ;
Du plus barbare peuple Amour perce les âmes.
Ils sçavent contenter ainsi que nos Amans ; Et comme le Soleil leur prodigue ses fiâmes. Vous participerez à leurs embrasements.
l'aoieu des filles de joye 63