‹ Claude Le Petit et la Muse de la courChapitre 21 sur 37 · L ADIEU DES FILLES DE JOYE · texte numérisé non relu

L ADIEU DES FILLES DE JOYE

Combien de belles promenades Sur Je doux courant de tes eaux, Qui du débris de ses roseaux Faisoit un lict ;i ses Nayades, Surenne, Ablon. Chaliot, saiiict Clou, Sainct Denis, Asnieres, Chatou, En ont bien augmenté leurs rentes :

Traisne à jamais ton cours fameux Et dessus tes ondes flottantes Porte le renom de nos feux.

Chefs-d'œuvre de l'Architecture, Adieu grands Palais enchantez A la gloire des Postérités Et la honte de la nature.

Derniers efforts des plus beaux traits, Place Royale, beaux Marais, Adieu triomphantes demeures.

Où dedans le sein des Amours Nous avons consumé les heures ■.

Les plus charmantes de nos jours.

Adieu grand jardin que j'adore.

Refuge de mille beautez.

Qui dans les importunitez Se retirent au sein de Flore, Grands Parterres, illustres bois.

Qui faites le plaisir des Roys, Chers tesmoins de nos fourberies Et de nos amoureux secrets :

Adieu plaisantes Thuilleries Vous ne nous reverrez jamais.

Le plus superbe des ouvrages

Vaste promenoir suspendu.

Où le sort plaint le temps perdu

A tant de differens usages.

Adieu Pont-Neuf ; Adieu Fauxbourg

Où l'admirable Luxembourg

Fait voir ses bastimens superbes

Et ses délicieux jardins.

Dont l'Aurore arrose les herbes

Fecondement tous les matins.

Terre jadis nostre refuge.

Lieux à Palemon immolez,

Mémorables et signalez,

Par la naissance d'un Déluge,

Champs presque déserts aujourd'hui,

Où jadis la Mirthe à l'envi

Des Pampres nous donnoit de l'om-

Lit de cent ruisseaux cristallins, [bre,

Féconds en miracles sans nombre.

Adieu renommez Gobelins.

Temples du Dieu vainqueur des Indes, Habitez des jeux et des ris.

Où l'on voit le fils de Cypris Dans les carousses et les brindes ; Vénérables et saincts autels,

Le seur Azile des Mortels, Les Adorateurs de la Coupe, Cabarets, ostez vos bouchons Et venez dans la Guadaloupe Faire de nouvelles moissons.

Vous, qui du grand Chantre de Thra,- Imitez les accords charmans, [ce Qui dans les divertissernens Méritez la première place.

Adieu Menestriers joyeux.

Adieu concers harmonieux.

Adieu musiques ravissantes.

Cherchez de nouveaux Apollons :

Car ces pratiques violentes Vont bien faire des Violons.

L'honneur de nos fiâmes errantes.

Magnifique et rare appareil, Fameux ennemis du soleil.

Pompeuses machines rouUantes, Errantes et fortes maisons.

Douces et charmantes prisons.

Adieu Fiacres, adieu Carosses, L'Hymen est vostre seul recours, Et si vous ne courez aux nopces.

Dites adieu pour jamais au Cours.

Pour vous, qui dans la conjoncture Où panchent nos mal-heurs publics Voyez vos chancelans trafics Deconfls à platte couture.

Consolez-vous pauvre Sauteur, I,e sort vous fait un mauvais tour.

Loueurs, et cochers, aux carrières.

Où continuant vos travaux De ceux à trente-six portières Soyez les Phaëtons nouveaux.

Enfin pour terminer mes plaintes Adieu commodes rendez-vous.

Où nous faisions de si bons coups Profanant les choses plus saintes.

Adieu Minimes, Célestins, Carmes, Jésuites, .\ugustins.

Adieu Palais, sainte-Chapelle Si vostre Temple fut taché De nostre flame criminelle Nous en portons bien le péché :

Innocenta race future.

Qui verras en lisant ces vers Qu'on fait périr dans l'Univers Tous les Supposts de la Nature.

Que diras-tu, siècle à venir.

Voilà de quoy t'entretenir.

Sur C3S féplorables matières.

Qu'il faille en ce siècle brutal Poiir estre trop Hospitalières Qu'on nous réduise à l'Hospital.

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