‹ Claude Le Petit et la Muse de la courChapitre 24 sur 37 · LA M V S E · texte numérisé non relu

LA M V S E

DE LA COVR.

N" 22. — La Muse de la Cour, à son Altesse Monseigneur le Prince de Lorraine

Je ne sçaurois laisser dans l'ombre du silence Cette belle action que vostre bras a fait, Et je veux publier le merveilleux effet De vostre grand courage et de vostre prudence ; Dez que la renommée eut porté dans Paris De vostre beau triomphe et la gloire et le prix,, Ma Muse prit d'abord le soin de le descrire, Elle veut aujourd'huy par l'aide de ses vers Monstrer vo^^tre vaillance à ce fameux Empire Et la faire éclater par tout cet Univers.

Comme nos ennemis escument tous de rage Irritez de nous voir tousjours victorieux, Auprès de Sahrt-Venant ne pouvant faire mieux, Ils creurent qu'ils pourroient sui'prendre le bagage. Ceux qui le conduisoient résistèrent long-temps Et repoussoient les coups des autres combatans, Dont le nombre plus grand eut gaigné la victoire. Les nostres estoient près de céder ou périr, Et de ce beau combat on eût perdu la gloire Si vostre prompte main, n'eust sçeu les secourir.

Dez que cette nouvelle au camp fust arrivée, On vit avec Ardeur le Prince Ferdinand, Qui par des nobles soins au tour de Saint-Venant Estalloit sa valleur jour et nuict éprouvée. Monta sur son cheval et plein de grands desseins Suivy de Ligniville et d'illustres Lorrains

LA MUSE DE LA COt R

Fit rendre ;iux ennemis ce qu'ils avoient pu prendre, Fit trente prisonniers de charges revestus, Jusques au Faubourg ITAyre, il faut bien vous ap- Qu'il les a poursuivis et qu'il les a battus, [prendre

Vous avez à ce coup tesmoigné tant de zèle, Et sen'y nostre Uoxj, si courageusement, Qu'on vante vostre adresse et vostre jugement. Et vous avez iu'(]uis une gloire imniortolle ; On comioist vostre nom par vos fameux exploits , On voit que vous sortez du grand Prince François Dont les rares vertus font que chacun l'admire : Mais ù Dieux ! Je me vois contraint par mon employ De quitter maintenant vostre Histoire, et vous dire Des choses que dé-jà vous sçavez mieux que moy.

Encore que depuis dix jours l>a peste ait arresté son cours.

Et que dedans Rome la Sainte On n'en ait point senty l'attainte, Ouoy que ny fille, ny garçon N'ait eu ny j)este, ny charbon.

On craint fiourtant toujours sa rage, Et de peur d'un nouveau ravage.

On y deffend par ordre exprès De s'approcher là de trop près; Le feu caché dessous la cendre Nous peut facilement suri)rendre, Ainsi souvent la peste dort, Ensse d'avoir fait un effort; Mais soudain elle se rallume, Et de nouveau blesse et consume.

Pour un mois donc on fait fort bien D'interdire tout entretien, Et d'empescher qu'on ne s'approchï.

De peur d'en avoir du reproche ; Ceux qui pardoieiit les Lazarets Ne forment plus tant de regrets, Ils font maintenant quarantaine.

Et seront bien tost hors de peine, Ouoy que l'on ne se hante pas.

Et qu'on agisse avec compas :

Alr.rnndre pieux et sage.

Aver un merveilleux courage Se promeine dans la Citr Et l'on dit que ^a Saint et 6 Fut rhez les bons Pères Miniwrx, Où l'on voit des esprits sublimes.

Durant quelque heure du matin Il fut prendre l'ayr au jardin Du F^ouvprain D»r de Toscane :

Coi homme saint, et non prophane.

Est de la pierre inqui(^t^, Et quelques fois fort tourmenta ; ^Talpr^<^ sa douleur oxressive, .Te souhaite tofijours qu'il vive.

Et voudrols que Sa Sainteté Vesquit tout une éternité.

Cette meurtrière affamée Contre les Génois animée La peste ne veut point cesser, De les frapper, de les blesser, Et Ragtjy, Marquis d'importance. Plein de courage et de prudence, Aussi-bien que de piété, S'exposa dans cette Cité Pour luy rendre quelque service , Dans ce dangereux exercice, De la peste il se vit frappé.

Et dans quatre joiirs attrapé.

Mourant [lour l'affaire publique.

Il est mort en homme héroïque ; Mais tout cela n'empesche pas Qu'on ne regrette son trépas.

Et que chacun ne soit bien triste De la perte de Jean Baptiste.

Ce que je trouve de fàcbt^nx.

De bien juste, et bien rigoureux.

C'est que désormais on empesche Les pescheurs de faire la pesche.

De jetter leurs rets dans les eaux Sur les rivagfs Provenceaux ; Car les poissons mangeant le reste Des corps qu'avtut touché la peste.

Que les Génois durant le fléau Ont promptement jette dan.s l'eau.

Ils pnurroient contre leur envie Aux Provenceaux oster la vie ; En ce pais là le poisson Passe maintenant pour poison ; Ils feront donc mauvaifîe chère Dans cette importune misère :

Hélas ! ils sont bien mal-heureux S'ils n'ont à manper que des œufs ; Pour moy je leur donne dlspence Désormais de faire abstinence.

De Londres, on mande que Blak Ne jouera plus au Tric-trac,

Et qu'une longue maladie

A couppé le cours de sa vie ;

Il est mort dedans un Vaisseau,

Qui luy servit d'un grand tombeau.

Il n'ira donc plus en Espagne,

Car il a fini sa campagne,

Et JHak ce noble General

Ne fera plus ny bien, ny mal.

Comme la flotte de Hollande

Avecque la troupe marchande.

Sur la mer faisoit son debvoir

Avant qu'on eut pu recevoir

La ratification faite

Ainsi que chacun la souhaite ;

Selon nostre commun traitté

A l'instant on a député

Vers V Admirai, qui sur la coste

A fait arrester cette flotte

Pour changer ses instructions

Selon nos inclinations ;

Le Portugal, comme l'on pense.

Leur veut donner quelque finance.

Et veut avec eux s'accorder

Et de Brésil s'accomodor,

Quoy qu'on y trouve des obstacles

L'argent fera faire miracles.

Gustave ayant par sa douceur

Gaigné l'esprit comme le cœur

Du bon Gouverneur de Boccouze

Dont la Pologne est fort jalouse ;

Vers cette ville il tendoit l'arc,

Lorsque le Roy de Dannemarc

Ayant appris cette nouvelle

Se saisit de la Citadelle,

Et du Gouverneur dont le tort

Le fit ecarteler d'abord,

Et ce châtiment assez ample

Peut servir aux autres d'exemple.

Du Nort on mande seulement.

Qu'on se doit battre puissamment.

Et que la Couronne Danoise

En veut fort à la Suédoise ;

On n'a point fait de grand combat.

Et je le laisse en cet estât.

Je ne sçay qui perd, ou qui gagne Dans la dispute d'Alemagne ,- On n'est pas encore d'accort A la Diette de Francfort, Et l'on craint que le Boy d'Hongrie Ne cause quelque broiiillerie ; On dit que ses désirs sont tels.

Qu'avec six, on sept cens mortels Il veut entrer en cette Ville, Ce qui luy sera difficille ; Car on dit que les Magistrats Ainsi ne le prétendent pas.

Messieurs de Covly, de Modène.

Croyant inutille leur peine.

Résolurent fort prudemment.

Quittèrent leur retranchement.

Et méprisant Alexandrie, Avecque leur Cavalerie, Marchant dans un ordre fort beau, Ils vouloient aller de nouveau Attaquer l'armée ennemie.

Qui ne voulut attendre mie, Et fuit leur rencontre à grands pas De peur de courir au trespas ; Dans Tortone elle est retirée, O qu'elle fut bien inspirée.

Dans le siège de Saint-Venant

Maint Capitaine et Lieutenant

A fait paroistre son courage ;

Comme on y menoit le bagage

Qui n'estoit pas mal escorté,

L'ennemy plein d'avidité

Y coureut avec violence :

Siron fit grande résistance.

Soutenu de cinq Régiments,

Trois Lorrains et deux Alrmuns,

Cependant à la fin les autres.

En plus grand nombre que les nos-

Auroient pris ce riche butin, [très.

Si par un très-heureux destin

Au bruit d'une telle querelle.

Et de cette triste nouvelle.

Le vaillant Prince Ferdinand

N'eut d'abord quitté Saiyit-Venajit,

Et par son extrême vaillance.

Par son courage et sa prudence.

Il repoussa les ennemis,

Leur osta ce qu'ils avoient pris.

Et les suivit dans sa colère.

Jusqu'au près de la ville d'.lj/?e.

Amena trente prisonniers

Quoy qu'ils fussent braves et fiers :

Le grand Comte de Ligniville

N'estoit pas alors iniitiie.

Et ses bras n'estoient pas croisez

Car tous ses sens sont embrasez.

Pour le service de la France

Il se bâtit avec constance.

Et fit dans cette occasion

Mainte glorieuse action ;

Mais grâce au Prince de Lorraine,

Fort brave et sape Capitaine.

Le bagage est hors du danger ;

On pourra bien boire et manger.

Et l'on doit publier la prioire

Qu'on doit à sa belle victoire.

Au moment oue je vous escris

On dit nue Saint-Venant ei>t pris.

Et aue les troupes Espagnoles

Ne font que des courses frivoles.

Et dans Ardrcs voulant entrer

On les en fit tost retirer :

LA MUSE DE LA COl'n

L'invincible et prudent Turene Les dispensa de cette peine, E;t les flst proniptement sortir Du lieu qu'on vouloit investir ; Si la fin de cette campagne Est injurieuse .'i l'Espagne Ainsi que le commen.H^ment.

Je la plains véritablement.

Toute la Cour est à La Fdrc, Elle y décide mainte affaire Et passe avec plaisir les jours Sçachant qu'on tiiomphe tousjonrs.

L'admirable Beyne Christine Et moins humaine que Divine, Est fort attendue à \evers .• Le Menuisier (1) fera des vers Sur son esprit, et sur ses charmes, A ses pieds il mettra ses armes, Et pour Iny dire un petit mot Quittera d'abord son Rabot ; On asseure que cette Eeijne Veut encore revoir la Seine, Et qu'au gré de nos beaux esprits Elle reviendra dans Paris, Et sçachant qu'elle le désire Je ne sçaurois luy contredire.

Madame de Finhet n'est plus ;

Si les thrésors et les vertus

Poiivoient empescher que les Parques,

Qui n'espargnent point les Monar-

Ne lançassent leurs cruels traits, [ques,

El!e auroit pu vivre à jamais :

Mais ces Dees.ses inflexibles

Pour les mortels sont insensibles ;

Leurs fuzeaux indiferemment

Les conduisent au monument.

Je suis obligé de vous dire

Que pour elle on pleure, on souspire.

Que ses amis, que ses parens.

Les cœurs les plus indifférents

Ont senty de Rudes alarmes.

Et pour elle ont versé des larmes ;

Sa mort a causé des douleurs

Et fait répandre bien des pleurs ;

Mais elle d'un mesme visage.

Et d'un admirable courage Qui marquoient ses désirs pieux X'oydit la mort devant ses yeux ; Puisqu'elle est morte sans tristesse, Il faut que nosire douleur cesse.

Car aussi-bien tout nostre dueil Ne l'osteroit pas du cercueil.

Cette Dame fut enterrée Sous u\\<i tombe préparée ; A Saint-Paul on garde ses os, Laissons-les-là donc en repos.

On prit bien dans une Eglise Deux V'oleurs ; ô la bonne prise I Leur extrême méchanceté.

Et leur horrible impiété.

Injustement porta leur âme A se cacher dans Nostre-Dame, La Cathédrale de Paris, C'est là qu'ils furent tous deux pris ; Ils vouloient oster à la Vierge Sa Couronne, comme son Cierge, Et les ornemens précieux Dont on pare ces sacrez Lieux ; En vain ils voudroient se deffendre Et le faire autrement com.prendre.

Ou nier leur méchant forfait.

Car on les trouva sur le fait ; Il n'est pas d'assez grand supplice Pour punir la noire malice D'aller voiler sur les Autels, Ils sont tout à fait criminels ; Ils n'auront point miséricorde.

Pour eux, c'est trop peu que la" corde. Il les faut jetter dans le feu, Et je trouve encor que c'est peu ; Ceux qui rendent à tous justice, Et qui font dans cet exercice.

Leurs Juges jugeant justement.

Décideront de quel tourment Ils puniront leur sacrilège.

Puisqu'ils en ont le privilège :

Cruels, voleurs, larrons, filous, Pensez à vous, et non à nous.

Fait à Paris dedans ma chambre Le premier dn mois de septembre.

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