CONCLUSION
l'exposerait en regard de la Sainte Ursule, de Claude. Je crois, cependant, que ceux qui ont interprété dans ce sens les dernières volontés du paysagiste moderne l'ont mal compris. Turner témoignait ainsi, ce me semble, de son admiration profonde pour celui qui l'avait devancé et dont il était à même, autant que personne, d'apprécier les conquêtes. Il voulait dire à ceux qui savaient lire dans une âme noble : « Anch' io sono pittore ! Moi aussi je suis digne d'être compté parmi ceux qui ont avancé les limites de l'art. Si l'on vous demande qui a le plus fait depuis Claude pour notre art, regardez mon œuvre, vous direz peut-être que c'est moi. »
Assez souvent, à la vérité, Turner parvient à traduire ces effets atmosphériques que Claude devait renoncer à peindre, non parce qu'il n'en avait pas la tentation, — comme l'a présumé M. Charles Blanc, — ses dessins nous disent le contraire, — mais parce qu'ils étaient en dehors des moyens dont il disposait. Les caprices fantastiques du soleil, les bizarres drames de la tempête, le maître anglais a su nous les rendre en les poussant parfois presque à la fantasmagorie ; mais il lui manqua toujours ce sentiment exquis de l'harmonie des lignes, cette netteté de conception qui président à l'agencement de toutes les compositions du Lorrain. A chacun l'honneur de ses efforts; à chacun de trouver, comme eux, le moyen d'élargir, selon ses forces et dans son sens particulier, les voies de l'art.
Maîtres illustres, français ou hollandais, à vous de nous parler, à nous de vous comprendre. A nous d'admirer tour à tour la prose virile de Ruisdael, les épopées du Poussin, avec leur rythme régulier, leur élévation, leur style majestueux, ou les effusions lyriques du Lorrain, tantôt pleines de feu et de passion, tantôt imprégnées d'une douce mélancolie, et pénétrées d'un charme intime qui va droit au cœur.