Ecole française. Claude le Lorrain, page
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opposer aujourd'hui à ceux de Hobbema, de Ruisdael ou de Rembrandt ? A qui chez nous revient l'honneur de les remplacer ? On peut citer, à la vérité, quelques beaux tableaux d'Harpignies ou d'Hanoteau, qui sont d'une réalité prodigieuse et saisissante, mais après eux y a-t-il beaucoup de noms à signaler? C'est qu'il faut, pour pousser à une égale énergie la science du rendu, un tempérament d'une virilité extraordinaire, une santé qui permette à l'œil et à la main d'agir en pleine liberté, — une santé introuvable chez les élèves, aux nerfs surexcités, qui se forment dans nos écoles. Ni les grands Hollandais, — les maîtres prosaïstes, — ni le Poussin, avec ses allures héroïques, ne comptent de disciples bien ardents dans notre époque. L'énergique volonté du Poussin, sa tendance à l'abstraction, son dédain superbe pour ces caprices de la lumière qui faisaient les délices de Claude, se retrouvent un moment chez le Guaspre, mais singulièrement amoindris. Les meilleures toiles du meilleur élève du maître, telles que le Sacrifice d'Abraham ( National Gallery), ou ses vues de la campagne de Rome, exécutées à la détrempe au palais Colonna, sont bien loin d'avoir le grand caractère et la hauteur de style qui distinguent le Diogène. Si l'on veut apprécier les pages écrites de la main du Poussin, ses paysages du Louvre, ou la superbe série de toiles qui orne le palais Doria, il faut s'appliquer sérieusement à en déchiffrer les lignes.
Devant les œuvres des poètes paysagistes, au contraire, on est amené, comme je viens de le dire, à rêver plutôt qu'à réfléchir, à en goûter le charme plutôt qu'à en étudier la science : aussi sont-ce là celles que notre époque goûte et admire le plus. C'est de Claude qu'ils dérivent tous, ces poètes paysagistes, qui se sentent émus devant la nature et qui nous l'interprètent sous le coup de leurs propres émotions, les fondateurs de l'école moderne : Daubigny, Français, Rousseau, Corot, Dupré. C'est de Claude que dérive l'école anglaise, dont Turner fut le maître le plus remarquable. Son nom a été, souvent, rapproché de celui du maître lorrain. Le peintre anglais, a-t-on dit, a semblé porter un défi à son précurseur, en léguant son tableau de Bidon à Carthage à la National Gallery, à la condition qu'on