CHAPITRE II
aujourd'hui conservé à la galerie de Florence. La date qui suit la signature du peintre n'est pas très lisible, mais on croit y voir 1644, Tannée même où Claude exécuta, pour le cardinal Giorio, la Marine, effet de soleil couchant (L. V., 43), maintenant dans la National Gallery de Londres, — un tableau roux qui a souffert presque autant que la Réconciliation de Céphale et de Procris (L. V., 91), dont j'ai déjà parlé, et qui se trouve à côté de lui. Les deux tableaux sont également ruinés; mais un second paysage, exécuté vers la même époque et exposé dans la même galerie, a conservé quelque trace de son charme original. Quoique les premiers plans du Narcisse et Écho soient devenus lourds et noirs, le fond du paysage est très délicat; on y devine déjà que le peintre cherche l'infini et le soleil; c'est un gage, plutôt qu'une promesse. Signé et daté de 1645, comme le Céphale et Procris, le paysage de Narcisse et Écho a été commandé — d'après le n° 79 du Livre de Vérité — « pour Angleter » en 1644, ce qui prouve que le dessin a servi en premier lieu d'esquisse pour le tableau.
A l'amateur anglais succède, toujours en 1645, un amateur parisien qu'on a appelé « Fontena », mais dont le nom est bien distinctement écrit, sur le feuillet g3 du Livre, M. de Fontenay. Ce Mécène ' demanda deux paysages, l'un avec Apollon et Mercure (L. V., 93), et l'autre avec le Jugement de Paris (L. V., 94). Je crois pouvoir identifier la personne qui les a commandés à celle dont il sera question tout à l'heure, à propos des tableaux du duc de Liancourt. Les noms écrits par Claude sont souvent presque indéchiffrables ; il faut les deviner plutôt que les lire; il y a entre autres un « M. Passar ou Passari », qui paraît avoir intrigué tout le monde, mais qui me semble bien s'appliquer à M. Passart, le maître des comptes bien connu de Paris, celui-là même qui commanda au Poussin quelques-uns de ses plus beaux paysages2. C'est pour lui que Claude a peint le charmant paysage Effet
1. Felibien, parlant d'un tableau de Raphaël, dit : « Le chevalier del Pozzo, que vous avez connu a Rome, le fit acheter par M. le marquis de Fontenay pendant qu'il estoit ambassadeur auprès du pape Urbain VIII. » Tome I"', page 253. — Voir aussi baron J. de Rothschild, Continuateurs de Loi et. Lettres en vers, Mayolas, 8 nov. i665.