‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 3 sur 176 · PORTRAIT DE CLAUDE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE CLAUDE

D'après la gravure de Joachim de Sandrart.

égards, inférieur en vigueur, son influence sur l'école moderne n'en a pas été moins grande. Il se pourrait bien qu'il ait formé plus d'élèves qu'eux tous.

On a essayé d'opposer l'école de Claude à l'école de Ruisdael et d'Hobbema, en traitant l'un d'artiste procédant d'un idéal préconçu et les autres de sincères et respectueux disciples de la nature. Claude, au dire de certains écrivains, a tout simplement mêlé à ses conceptions idéales la dose indispensable de réalisme ; Ruisdael et Hobbema,

au contraire, ont commencé par l'étude minutieuse des faits, sauf à s'élever du détail aux vues d'ensemble. Mais un examen tant soit peu consciencieux des œuvres de Claude nous démontrera qu'il n'a pas procédé autrement, et si l'on veut apprécier ce qui différencie son art de celui de ses contemporains, il faut s'attacher à sa manière de voir, plutôt qu'à sa manière de concevoir.

En parlant de celui qu'il appelle à juste titre « la plus haute figure » de l'école hollandaise après Rembrandt, Eugène Fromentin résume ainsi les particularités de son talent : « Son œil a la propriété des chambres noires : il réduit, diminue la lumière et conserve aux choses l'exacte proportion de leurs formes et de leur coloris. » Et l'auteur revient encore sur ce point quand il cherche à définir les qualités d'une des toiles les plus remarquables du maître : — la merveilleuse Vue d'une rivière du musée Van der Hoop. Il cite ce tableau comme une leçon de « ce que devient l'art du peintre quand il est pratiqué par un noble esprit », puis, tout en constatant les étonnantes qualités de l'œuvre, il ajoute : « pas de lumière «nulle part dans cette tonalité puissante1 ».

Un jour sombre et gris était, paraît-il, la note dominante de Ruisdael ; chez Claude la lumière est la vie même de son œuvre. Ces « plates étendues », où le grave Ruisdael promenait volontiers sa rêverie mélancolique, n'offraient aucun attrait aux yeux de Claude; sa pensée s'envolait vers les lointains horizons toujours dorés par le soleil. C'est par cet amour du soleil, autant que par sa persistance à vouloir pénétrer la vie intime de la nature dans ses moindres mouvements, que Claude tient de près à l'école moderne. Ses promenades à travers la campagne de Rome nous ont ouvert la route de l'Orient, — cette route qui a été suivie de nos jours par les plus illustres adversaires du paysage académique. A cet égard le peintre lorrain a été le précurseur de Marilhat. On voit dès lors l'intérêt qui s'attache à cette haute personnalité : abstraction faite de sa valeur individuelle, il occupe dans la genèse du paysage moderne une place qu'il n'est pas permis d'ignorer dans une étude systématique sur les origines de l'école

i. Les Maîtres d'autre/ois, page 242.

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