CHAPITRE III
segnatura », car la clientèle du Lorrain se recrutait surtout parmi les officiers de la cour et de l'administration papales. Son testament ne tardera pas à nous prouver — et nous pourrions déjà le deviner par ses carnets — ■ qu'il continuait à vivre dans les meilleurs termes avec la société ecclésiastique.
Quant à ses confrères, quelles étaient ses relations avec eux? Il est impossible de ne pas voir percer, dans le récit fait par Guillet de Saint-Georges de sa mésaventure avec Sébastien Bourdon, un peu de cet esprit de commisération affiché par le corps académique envers ceux qui n'étaient pas des siens. 11 appelle Claude, non sans une pointe d'ironie, « le seigneur Claude » et se plaît à faire valoir le tour, plus qu'impertinent, que Bourdon lui joua. 11 se félicite de ce que Sébastien ait démontré qu'un élève de l'école de Paris pouvait faire en un clin d'ceil ce qui coûtait au Lorrain de l'étude et du travail. Il semble nous dire : « Voyez donc ce paysagiste à moitié paysan, absolument incapable de composer un tableau sur les faits héroïques du roi, et qui se donne des airs tout comme s'il pouvait prétendre à être professeur ou recteur chez nous. »
Mais, si les « académistes » lui étaient hostiles, Claude trouva peut-être de l'appui chez d'autres qui ne faisaient pas partie de cette compagnie orgueilleuse. Sur la foi de d'Argenville, on a continué de répéter qu'il y avait une liaison intime entre Claude et le Poussin, mais rien n'est venu confirmer cette assertion. Ni Sandrart, ni Baldinucci ne nous parlent de cette amitié. Le premier rapporte, il est vrai, que lorsque Duquesnoy et Claude se rencontraient chez lui, le Poussin était souvent de la partie ' ; ailleurs, il rappelle une excursion à Tivoli faite en compagnie de Pierre de Laer, du Poussin et de Claude2, mais je n'ai rencontré aucune allusion à Claude dans les lettres du Poussin, quelque riches qu'elles soient en informations de toute sorte. La tradition, cependant, a toujours une certaine valeur quand elle n'est pas en contradiction directe avec les faits. Les deux
i. « Ssepius quando Franciscus Quesnoius statuarius, ClauJiusq; Lotharingus et Ego conveneramus, nos visitaret. » (Academia, page 369.)