‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 41 sur 176 · CHAPITRE III Si · texte numérisé non relu

CHAPITRE III Si

elle n'atteignit que 21,000 francs; diminution qui s'explique par la détérioration du tableau, qui a beaucoup souffert de nettoyages.

Si les renseignements biographiques nous font défaut sur cette partie de la vie de Claude, par contre, la liste de ses œuvres s'étend singulièrement. Un Paysage avec Mercure et Argus (L. V., i5o), pour M. Bossout; le Veau d'or (L. V., 148), pour « M. Gessly. invers » (? Anvers) ; et un Paysage avec Jacob et Laban, pour M. Delamart (L. V., 147), figurent, tous trois, sur le registre de i65g. Aux amateurs français succèdent des amateurs anglais; en 1660, Claude peint pour M. Daunton un Paysage avec Junon, Io et Argus (L. V., 149), et le nom de M. Macdonald paraît sur le revers d'une esquisse de Paysage avec animaux avec la date de 1661. Un Paysage avec pasteurs, de la même année, est marqué du nom de M. Lebrun, Le célèbre fondateur de l'Académie Royale était absorbé, à ce moment, par les travaux de la grande galerie d'Apollon à Versailles, qu'il venait de commencer; il est possible, cependant, que ce paysage, qui porte le numéro 1 53, ait été un achat fait en son nom, ou par son frère, pour le Cabinet du Roi, dont il avait la direction et la garde. Quoi qu'il en soit, le tableau se trouve actuellement chez le duc de Wesminster, où on l'a pris pour une simple réplique du numéro 82 du Livre de Vérité — autre paysage commandé par « Lebrun » à une époque probablement postérieure. Le numéro 82, fort connu sous le nom de Décadence de l'Empire romain, est entré dans la galerie de lord Radnor, à Longford Castle, où il se trouve en compagnie d'un second paysage (L. V., 1 53) également célèbre sous le titre de Naissance de l'Empire romain. Ce dernier a été commandé (d'après une note de la main de Claude) « pour Paris »; rien ne nous empêche donc de supposer que la Décadence de l'Empire romain ait été commandée par Le Brun comme pendant de la Naissance de l'Empire romain, ni de penser que tous deux — étant données l'analogie du sujet et l'égalité des dimensions — n'aient été, dès leur origine, destinés au Cabinet du Roi. Ce qu'on ne s'explique pas, c'est que le possesseur du petit tableau ait pu demander encore le grand, dans lequel Claude a répété la même composition, représentée, il est vrai, sous un jour différent,

et avec des changements de détail assez considérables. Dans le grand tableau de lord Radnor, la lumière tombe de haut et de loin; à droite, un groupe d'arbres forme une masse noire, tandis que le côté opposé se noie dans les rayons du soleil; dans le petit paysage, la lumière vient de beaucoup plus bas; elle se répand doucement sur le premier plan, et divise en deux la masse noire de droite; à côté de l'arc triomphal du second plan de gauche, le peintre a mis en saillie un petit arbre gracieux et léger, détail charmant qui manque dans le grand tableau; mais les figures des deux femmes et de la brebis ont été supprimées. En somme, on peut dire que la composition du grand tableau de lord Radnor est plus magistrale et de beaucoup plus simple que celle du petit : celui-ci doit être comme la pensée première. Lorsque Le Brun voulut se procurer, plus tard, deux grands paysages se faisant pendant, il a peut-être redemandé le motif précédemment traité.

Les Pays-Bas, de leur côté, adressèrent au maître des commandes nombreuses. Un tableau appartenant également à Tannée 1661, la Fuite en Egypte (L. V., 154), fut peint « pour Invers ». Il se trouve, à présent, à Saint-Pétersbourg, clans la galerie de l'Ermitage. Les mots « pour Invers » écrits sur l'esquisse, dans le Livre de Vérité, sont suivis d'un nom illisible, qui me paraît avoir, cependant, quelques traits de ressemblance avec celui que je lis « Gessly » sur le revers de l'étude d'un paysage fait pour Anvers en i65g. Il se peut donc que ces deux tableaux aient été destinés au même amateur, mais on ne saurait rien affirmer à cet égard, l'inscription manquant de netteté. Le déchiffrement du nom qui accompagne la date « 2 settembre 1662 » sur le joli dessin du Gué traversé par des troupeaux (L. V., 1 56) présente aussi de sérieuses difficultés. On lit « Bonlei », mais je crois que Claude a tout simplement transposé les deux dernières syllabes en essayant d'écrire « Bonelli ». S'il en est ainsi, le possesseur a dû faire partie d'une famille très connue à Rome. 11 se peut même que nous ayons affaire à cet Antonio Bonelli, dont parle Litta1, et qui était alors « referendario dell' una e 1' altra

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