‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 44 sur 176 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Maladie de Claude. — Son testament. — Agnès Gellée. — Dominique Barrière. — Tableaux exécutés pour M. Dalmahaye, d'Anvers; pour Monseigneur de Bourlemont. — Tableaux de M. de Liancourt et du cardinal Poli gravés par Barrière. — Tableaux du comte de Waldstein, du cardinal Rospigliosi. — Clément IX. — Jean Dominique. — La duchesse de Mazarin et le connétable Colonna. — Le Temple de Vénus. — Nouvelle maladie de Claude. — Codicilles ajoutés à son testament. — Défauts de ses derniers tableaux. — Le Pcrsée du cardinal Massimo. — Tableaux de l'Electeur de Bavière.

ers la fin du mois de février i663, Claude termina un paysage avec la Fuite en Egypte (L. V-, 1 58). C'était le premier de huit tableaux commandés par le connétable Colonna, qui venait de se marier avec une nièce de Mazarin, Marie Mancini, déjà célèbre par sa liaison avec le jeune Louis XIV. Le feuillet sur lequel se trouve l'étude du paysage complété pour « TEccell"10 Contestabile Colonna » porte aussi cette inscription : « Au dy 26 febrare 1 663 a questo mio libro si ritrovano centi e cinquante sette désigne di mano mio questo di sudetta. » Claude faisait le compte de ses dessins, probablement, avant de donner son recueil à Dominique Barrière, chargé d'en reproduire quelques-uns. Mais le maître à ce moment était aussi malade, et revoir les pages de son Livre n'était peut-être qu'un amusement destiné à charmer ses loisirs. Son état empira rapidement ; deux jours plus tard, il envoya chercher un notaire pour faire son testament; les premières lignes nous prouvent qu"il était au plus mal : « en mauvaise santé », dit le notaire, « couché dans son lit, oppressé, et ayant peur de sa fin prochaine ».

Claude habitait-il toujours la Via Paolina, ou bien avait-il changé de domicile depuis 1 656 ? On n'en sait rien, et le notaire qui, en 1682, nous donne des renseignements si exacts sur la maison où Claude mourut, ne parle pas de celle qu'il habitait avec sa famille en 1 663. L'artiste avait auprès de lui non seulement son neveu Jean Gellée,

mais aussi une enfant de onze ans, qu'il avait adoptée et qui s'appelait Agnès Gellée. Sandrart nous a parlé d'un parent que Claude avait pris chez lui « pour se libérer de tous les ennuis de la vie, et auquel il s'en était remis de tous les soins du ménage, ainsi que du maniement de son argent et môme de l'achat de ses couleurs et ses pinceaux ». Ce parent qui soignait tout, « sachant bien », ajoute Sandrart, «qu'il devait profiter de tout », était certainement le neveu Jean; mais quelle était cette fille adoptive dont l'existence nous est révélée par le testament du peintre ?

Agnès était née en i65i, mais à quelle époque est-elle venue égayer par son rire d'enfant l'atelier fréquenté par les plus grands personnages de Rome? On ne peut s'empêcher de remarquer que sa naissance suit immédiatement les deux années qui ont passé sans laisser de trace sur les feuilles du Livre de Vérité. Ce que l'on sait le mieux, a-t-on dit, c'est ce que l'on devine : ici, l'on est presque tenté de deviner que la vie de Claude a vu son roman s'éclore, bien tard, et que peut-être des liens secrets rattachaient l'existence de la petite fille à celle du père adoptif. Mais ce sont là questions indiscrètes et en somme assez oisives. Ce qu'il y a de vraiment intéressant pour nous dans les relations du peintre avec Agnès, c'est qu'elles nous fournissent des preuves irrécusables de la bonté d'âme du Lorrain.

On s'est plu à nous représenter Claude comme insensible à d'autres impressions que celles que nous procure la belle nature. Eh bien, en tout ce qui concerne sa fille adoptive, « la sua zitella », l'artiste agit, nous devons le reconnaître, en véritable père. Il a pour elle toutes les prévoyances délicates, tous les soins qu'un amour profond peut seul dicter. 11 n'aurait pas pu lui montrer plus de tendresse, eût-elle été son propre enfant. Son nom est le premier qui lui vient sur les lèvres. Renato délia Borna, scribe apostolique, et Francesco Canser sont nommés exécuteurs et tuteurs de la petite Agnès, qui a été, dit Claude, élevée dans la maison où elle se trouve à présent « par charité ». Pour assurer son avenir, le peintre prend des précautions qui semblent dictées par une tendresse et une prévoyance toutes paternelles. Rien n'est livré au hasard, ni au bon vouloir des autres. Claude

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