CHAPITRE IV
ordonne qu'à sa mort la susdite Agnès soit placée dans un couvent à son choix. Onze lieux1 du Mont Saint-Bonaventure lui sont destinés, et à elle aussi, l'usufruit de trois autres lieux du Mont Novenale, qui doivent, cependant, revenir après sa mort aux héritiers légitimes. Claude prévoit même le mariage d'Agnès et décide que les onze lieux du Mont Saint-Bonaventure qui constitueront sa dot feront aussi retour à ses propres héritiers si elle meurt sans enfants légitimes, à l'exception de trois d'entre eux dont elle peut disposer à son gré. Si, au contraire, elle entre en religion, le couvent où elle prononcera ses vœux ne jouira que de huit lieux du Mont Saint-Bonaventure, trois d'entre eux lui étant réservés, ainsi que les trois du Mont Novenale : elle seule pourra en disposer à son gré.
On comprend encore mieux la place que l'enfant tenait dans la vie et les affections du peintre quand on voit qu'il lui légua le précieux Libro di Verità, — « celui », dit-il, « qui contient i3y (peut-être 177) dessins de tableaux faits pour le service de divers princes ». On voit déjà qu'au milieu des souffrances, il a oublié le compte des dessins fait deux jours auparavant et qui montait à cent cinquante-sept. L'artiste lègue, en outre, à Agnès son propre lit, — « le lit où je dors », avec le ciel de lit et tous les tableaux qui sont dans sa propre chambre, et qu'il affectionne spécialement. D'abord, un paysage « dipinto al paese », avec la Madone de la Fuite en Egypte ; une petite Madone, copiée d'après le Guide ; et un autre tableautin avec la Crucifixion et Sainte Brigitte. 11 a soin aussi d'assurer à « la sua zitella » son coffre avec sa garde-robe et un tiers des meubles. Tout cela en récompense, c'est Claude qui l'affirme, des bons soins qu'il a reçus d'elle. Il stipule, toutefois, une réserve au sujet du Livre de Vérité ; après la mort d'Agnès, le précieux recueil devra faire retour aux héritiers légitimes du peintre.
Ces héritiers légitimes, ce sont les deux frères de Claude, Denys et Melchior (Michel) Gellée. Mais, d'après Baldinucci, Claude était le troisième des cinq enfants mâles de Jean Gellée, dont l'aîné se nommait Jean et le plus jeune Dominique. S'il en est ainsi, ces deux