‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 55 sur 176 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

habilement ménagés qui donnent du caractère à l'ensemble. Le temple circulaire qui s'élève sur le sommet de la montagne y est posé comme une couronne, et devant la forêt qui s'étend dans la plaine, une forteresse gothique domine fièrement les débris de ruines classiques.

Camille Massimo avait déjà commandé un tableau à Claude, mais c'était quelque temps avant sa promotion au cardinalat, car son paysage, Apollon avec la Sibylle de dîmes (L. V., 99, galerie de l'Ermitage), est signalé par Claude comme « faict pour Illmo Monsignor di Massimo ». Attaché au parti des Barberini, Camille Massimo avait eu à essuyer toutes les disgrâces de leur chute ; quand il rentra à Rome, en i658, on lui refusa tout emploi jusqu'à l'élévation de son parent Clément X. En 1670, il fut nommé cardinal, mais les bénéfices dont le nouveau pape le combla ne pouvaient pas suffire à ses dépenses : — « Grande amatore d'antichità e di belle arti , e molto generoso , lasciô gran debiti '. » Il était lui-même un amateur très distingué , « ottimo disegnatore e pittore » ; il aimait à fréquenter les peintres dont il admirait le talent. Le Poussin l'attirait puissamment, mais, s'il faut croire une anecdote rapportée par Félibien, le cardinal était loin de comprendre le vrai caractère du maître français. On avait, dit-il, causé fort tard dans la soirée chez le vieux peintre, dans la petite maison où il vivait seul depuis la mort de sa femme : Son Éminence voulut partir et le Poussin, prenant un flambeau à la main, reconduisit luimême son auguste visiteur. Le cardinal, là-dessus, se confondit en excuses et commença à plaindre le sort du peintre, qui n'avait pas un seul serviteur. Il ne s'imaginait pas faire fausse route, lorsque tout à coup le Poussin lui répondit fièrement : « C'est vous-même, Excellence, que je plains d'en avoir tant. »

Mais, en 1674, le Poussin était mort et le cardinal était revenu à Claude, qui déclinait de jour en jour. Nous l'avons vu peindre le Bouvier en 1670, et le reprendre tout de suite après, en 1672. A peine eut-il terminé, en 1674, le Persée du cardinal Massimo (collection de lord Leicester, à Holkam), qu'il commença encore une réplique, pour l'Électeur de Bavière, du Coucher de soleil (L. V, 5), déjà exécuté pour

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