Voyez les Famiglie, de Litta
io8 CLAUDE LORRAIN
« l'avec du Mant ». L'évèque du Mans, dont il est question ici, doit être Philibert-Emmanuel de Lavardin de Beaumanoir, qui passa la plus grande partie de sa vie à Paris et ne fut évêque que le moins possible, allant très rarement au Mans : « euro fuit infrequens », dit la chronique, « ut aulicorum moribus nimis addictus '. » Il fut confirmé à Rome, en 164g; ce fut alors probablement qu'il acheta le Coucher de soleil, car le dessin de ce tableau clans le Livre de Vérité est l'un des plus beaux, et doit dater du meilleur temps du maître. Il serait intéressant de pouvoir rapprocher ces deux toiles, celle qui fut peinte en 1649, avec la réplique exécutée vingt-cinq ans plus tard. On voudrait mesurer la distance qui les sépare et se rendre un compte exact des changements que les années et les infirmités avaient introduits dans la manière du maître. Il ne faut pas espérer cependant qu'on puisse jamais faire sortir de l'Ermitage le tableau de l'évêque du Mans; celui qui fut commandé en 1674 par « Illmo Sigre Francesco Mayer, consiglier di S. A. elletoral di Baviera », n'a pas de son côté quitté la Bavière, où il fait aujourd'hui partie des collections de la Pinacothèque de Munich. C'est dans cette simple commande de tableaux pour l'Électeur, que l'auteur du texte de la Royal Dresden Gallery a vu la preuve que le peintre « avait passé plusieurs années à Munich, où il s'était bâti une villa2 ». Pour le rapporteur de la commission chargée d'examiner et de publier « l'Éloge historique » du Lorrain écrit par M. Voïart, la même commande, les mêmes tableaux établissent également le voyage de Claude à Munich, puisqu'ils « représentent des vues des environs de cette ville », et cet auteur ajoute qu'ils sont « précieux pour caractériser sa première manière et fixer l'époque après laquelle, prenant la nature seule pour modèle, il donna naissance à tant de chefs-d'œuvre ». Il est vraiment fâcheux que l'on soit forcé de repousser des hypothèses si ingénieuses. Mais, de grâce, quels sont donc ces paysages représentant des vues des environs de Munich ? Des deux tableaux commandés pour l'Électeur, l'un est une Marine, et l'autre, qui n'est plus à Munich, offrait une vue étendue sur la mer.