CHAPITRE V
dévastée par les troupes de la République française1, et le monument de Claude ne fut pas plus respecté que ceux des autres; plus tard, la France se fit un devoir de réparer le sacrilège commis par ses soldats. En 1840, sur la proposition de M. Thiers, les restes du grand paysagiste furent transportés, aux frais de l'Etat, dans l'église nationale de Saint-Louis-des-Français. Là, un monument fort simple fut érigé à sa mémoire; le piédestal, surmonté d'une figure allégorique de la peinture, porte une inscription qui nous rappelle que « la nation française n'oublie pas ses enfants célèbres, même quand ils sont morts à l'étranger ».
Le portrait de Claude, qui était dans la salle basse, ainsi que la réplique léguée par lui à l'église de Saint-Luc et Saint-Martin , a disparu, et je crois que celui dont nous avons donné la reproduction d'après la gravure de Sandrart est aujourd'hui le seul où les véritables traits du maître se trouvent conservés. L'aquarelle, collée sur la première feuille du Livre de Vérité, et qui a été reproduite par Earlom, est tout simplement exécutée d'après la gravure de Sandrart, à l'aide des indications sur la physionomie du peintre données par Baldinucci. On retrouve ces mêmes indications chez Caracciolo, avec d'autres qu'il semble avoir recueillies chez les descendants de la famille Gellée, à Rome, et qui complètent, pour nous, l'image un peu incolore que nous a laissée Sandrart : « Claude était, dit-il, de taille moyenne, bien fait, avec les yeux et les cheveux noirs. Sa figure était comme carrée, son nez long, l'ensemble de son aspect presque sévère'2. )>
Baldinucci, qui avait visité le vieux maître chez lui et qui avait vu clans ses mains son Libro di inven\ioni ou Libro délia Vcrità, nous assure que Claude laissa à sa mort plusieurs tableaux « coloriti al naturale » et cinq ou six grands livres de dessins d'après nature. Une étude sur sa vie et son œuvre serait donc bien incomplète, sans quelques pages tout spécialement consacrées à son Livre de Vérité' et à ses dessins d'après nature. On ne saurait non plus passer sous silence les eaux-fortes du maître, dont quelques-unes sont tout aussi