LA FORTERESSE DE TIVOLI
Etude à la plume, lavée de bistre. (British Muséum.)
plomb, lui sont également familiers, et si Ton entreprend de classer ses dessins, l'emploi de ces différents moyens nous aide à établir un certain ordre chronologique en rapport avec les dates qui ne sont, malheureusement, que trop rares. D'après cette classification, quelque peu arbitraire, il paraît probable que dans les commencements Claude se servait presque exclusivement de la pointe soit de la plume ou de la mine de plomb; peu à peu il prit l'habitude de faire des croquis au lavis en arrêtant seulement à la plume les contours de son
dessin. Ce dernier procédé avait pour lui un attrait particulier; nous le voyons en faire usage pendant tout le cours de sa vie. A l'apogée de son talent, il se fia, quelquefois, absolument à son pinceau en se servant du bord séché de son lavis pour indiquer les contours; il aborda môme l'aquarelle proprement dite, et il y a, au Musée Britannique, tel dessin d'une ancienne porte de Rome (n° 0.0.7-162), aux pierres grises couronnées de feuilles vertes et enlevées sur un fond de ciel bleu, qui pourrait passer pour l'un des débuts de l'Ecole anglaise au siècle dernier. Plus tard, Claude reprit la plume avec ses lavis au bistre, à l'encre de Chine et à l'ocre rouge ou jaune, avec ses rehauts blancs, et en outre dans les ombres ses larges hachures croisées à la sanguine ou au crayon. Vers la fin de sa vie, son travail devint de plus en plus hâtif; le trait des dessins de sa dernière période a perdu toute finesse et tout caractère.
Plus il vieillissait, plus Claude affectionnait les sujets à figures, qu'il avait toujours été dans l'impossibilité de traiter d'une manière satisfaisante. La collection de la reine, à Windsor, nous offre une de ces scènes classiques — la Rencontre d'Énée et de Didon — telles qu'il en essayait souvent avec sa main de vieillard à la fois lourde et tremblante ; le dessin est daté de 1680, et ce doit être vers la même époque qu'il exécuta toute une série d'illustrations de Ylliade, dont on retrouve plusieurs pièces au Cabinet d'estampes de Londres. Tantôt il copiait ses propres compositions, les projets de tableaux remontant à sa jeunesse. Ainsi, nous le voyons refaire (voir les reproductions d'Arthur Pond) le dessin de Tobie et de l'ange peint pour le roi d'Espagne une trentaine d'années auparavant. Sa passion pour les animaux le poursuivit aussi jusqu'à ses derniers jours. Dans son âge mûr, il s'était acharné à peindre d'après nature ce Troupeau pris dans un filet, gravé par Beke, avec tous les honneurs, en 1760, mais qu'on ne saurait prendre trop au sérieux, pas plus que d'autres études. Dans la suite, ses essais dans ce genre devinrent presque ridicules, et nous n'avons pas besoin d'une date sur le Pâtre avec deux vaches, qui se trouve dans la Bibliothèque de Windsor, pour y voir l'une des dernières œuvres du maître.
Si je n'ai réussi à trouver de date sur aucun des dessins à la