‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 95 sur 176 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

geur, la différence qui existe toujours est moins sensible. Ce n'est pas seulement une différence de marge plus ou moins grande, la figure d'Atlas (R.-D., 11), dans la gravure de l'édition Médicis, est de trois millimètres plus grande que la même figure dans la gravure qui accompagne le texte espagnol. Tout d'abord, je me crus en face d'une seconde série de planches gravées exprès pour l'édition Médicis, mais un examen minutieux me démontra que cette inégalité de grandeur provenait de ce que le papier — dont les rayures se présentaient en travers dans les planches de l'exemplaire d'Urbain VIII — avait été employé en sens contraire pour le second volume, et avait cédé dans la direction des rayures sous la force de l'impression, les eaux-fortes se trouvant ainsi sensiblement allongées.

Si nous ne pouvons reconnaître dans le livre décrit par M. Jean Vico l'ouvrage original pour lequel ces estampes curieuses ont été faites, sa découverte nous éclaire, du moins, sur le nombre des pièces dont les Feux gravés par Claude se composent : de toutes celles qu'on connaît maintenant, dix seulement ont servi à l'illustration du volume ayant appartenu au pape; le second ouvrage n'en renferme pas autant, il nous apprend cependant que le numéro XVI, qui révéla à M. Robert-Dumesnil que l'on était loin encore de connaître toutes les pièces de la suite, n'entre pour rien dans le compte des eaux-fortes de Claude. Ce numéro indique seulement la place qu'elles devaient occuper dans l'ordre des illustrations du volume publié par Grignani, où elles figuraient à la suite de plusieurs autres.

Peut-être les planches gravées par le Lorrain ont-elles servi à orner d'autres ouvrages encore; pour le moment nous n'en connaissons que deux, et celui dont la découverte nous a été annoncée par M. Jean Vico ne saurait entrer en lutte avec le livre aux armes des Barberini. Le volume décrit par M. Vico occupe une place unique, mais au second rang. Après ces deux ouvrages, il ne nous reste que l'édition de ces estampes publiée par Giovanni Domenico Rossi, édition assez rare, elle aussi, pour exciter au plus haut point les convoitises des amateurs.

Le maître, on se le rappelle, avait gravé à deux reprises différentes la Vue de la Fontaine de Neptune; c'est sur la seconde planche —

i;S CLAUDE LORRAIN

de dimensions un peu plus petites que la première — que se trouve Tinscription avec la signature de Claude ci-dessus rapportée '. De cette seconde planche, comme de la première, on connaît deux états, et sur les épreuves du second — au bas de la marge et de l'inscription — on lit : « Gio. Domenico Rossi le stampa a Roma ».

11 résulte de cette mention que les estampes de Claude, après avoir été insérées dans des ouvrages imprimés, ont servi immédiatement à une nouvelle édition destinée, peut-être, à être présentée aux personnages qui avaient eu une part quelconque aux cérémonies de l'élection. Je n'essayerai pas d'examiner ici toutes les circonstances accessoires ; elles ont été étudiées avec beaucoup de soin par M. Meaume et par M. Duplessis : d'ailleurs ces minuties n'intéressent que les amateurs d'estampes, « les personnes curieuses », comme on disait du temps de Mariette, et elles ne touchent ni à l'histoire de la vie du maître, ni à celle de son œuvre. Ce qu'il importe avant tout de signaler, c'est que, à cette époque, Claude renonce à la pointe, et qu'il ne la reprend qu'une quinzaine d'années plus tard.

Les Feux d'artifice l'auraient-ils dégoûté de l'eau-forte? Ou bien les commandes reçues en sa qualité de peintre l'auraient-elles, dès lors, absorbé ? Ce qui est certain, c'est que l'on ne trouve pas une seule estampe portant une date comprise entre 1637 et i65i'2.

Je me suis demandé un instant s'il ne convenait pas de placer ici l'exécution des grands travaux destinés au roi d'Espagne, Philippe IV; mais d'après les dessins du Livre de Vérité, et d'après les photographies de ces tableaux, ces quatre toiles (qui ont beaucoup souffert) appartiennent toutes à la seconde manière du maître , et n'ont pu prendre naissance avant i65o, c'est-à-dire vers le moment où il se remit à l'eau-forte.

Quel motif a pu déterminer Claude à reprendre la pointe après l'avoir si longtemps abandonnée ? Serait-ce sa liaison avec Dominique

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