CHAPITRE VII 1S
Argus (R.D., 20 '), exécutée pendant la même année (toutes deux sont datées de 1662), je crois sentir, encore plus fortement que dans Y Enlèvement d'Europe, une influence étrangère, absente des autres parties de l'œuvre de Claude. Cette influence, je la reconnais aussi dans le Berger et Bergère conversant, sujet peint par Claude pour le « Signor Terense 2 », et clans le Chevrier, planche datée de 1 663. Le maître ne s'y soucie plus seulement, comme disait Sandrart, « des heures du jour », de la pluie et du beau temps, du frissonnement de l'orage ou des caresses du soleil; il laisse aussi de côté tout ce qu'on peut appeler les sensations de la nature, pour s'attacher exclusivement aux grandes lignes de sa composition, aux traits distinctifs de son paysage : en un mot il se contente d'indiquer tout ce qu'il mettait autrefois des soins infinis à rendre et à préciser. L'ancienne délicatesse a fait place à un dessin plus large et à une plus grande simplicité de faire, mais, pour tout le reste, on constate un changement dans un sens absolument contraire à celui qui s'est opéré chez lui vers cette même époque dans sa façon de concevoir ses tableaux.
Les œuvres exécutées par Claude dans sa vieillesse se distinguent toutes par la recherche des effets de clair-obscur; il semble donc que, dans ses eaux-fortes, il ait dû subir l'influence d'autrui et que cette influence ait été celle de Dominique Barrière. Quand ce dernier commença de reproduire les dessins de Claude, le maître aura senti probablement se réveiller en lui ses anciennes velléités de graveur. La pointe de Barrière, — facile, mais très fermement conduite, — sa tendance à indiquer tout juste ce qu'il fallait pour agencer pittoresquement ses compositions, ont dû séduire le Lorrain tout comme il avait été autrefois impressionné par le fini et la sécheresse de son ami Joachim de Sandrart. Voilà peut-être pourquoi Claude, après avoir abandonné la pointe pendant une quinzaine d'années, recommença tout d'un coup à graver, et pourquoi ses dernières eaux-fortes ressemblent si peu au reste de son œuvre.
Le premier état du Chevrier ne porte aucune inscription : sur le