‹ Claude MonetChapitre 10 sur 39 · DÉCRETS · texte numérisé non relu

DÉCRETS

An: M i.K. v'REMiEH. — Le Miuisirr dv iln^fruction Publique et des Beaux-Arts, au nom de l'Etat, est autorise à accepter, pour les Musées nationaux, un tableau intitulé /'Olympia, peint par Edouard Manel, et offert à ces établissements, aux termes de l'acte notarié sus-visé, par le sieur Monet et autres. Cette aecep tMion étant autorisée aux clauses et conditions stipulées dans le dit acte notarié.

Article II. — Le Minisire de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts est chargé de l'exécution du présent décret qui sera inséré au Bulletin des Lois et notifié à qui de droit.

aouofl èfM(ià<^ÀS>'^'ÀJ lik /f MMa^'*^3re 1890. • •ut di' la Hépuhîi.fitv ,

'■/•' • -• • ' ■■■>.■' ;> 'li . Signé : Larrolmet.

Pour fermer le dossier de l'Olympia avec d'intéressantes pièces justificatives, voici, dans la quantité de lettres reçues par Claude Monet, celles qui présentent des opinions diverses sur le chefd'(cuvre de Manet.

La première reçue fut celle du D"^ Groi-iros <!< H. Il in

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Mou cher Moiu-,, j' >,: mie de milh- froucs.

Puisse cette idée, dtmi jromoteur, faire son

chemin, et aboutir à un Imn n^^ultftl. Elle aura le triple mérite d'être un Juste tribut d'>\ ^.> rendu à la mémoire de ce

pauvre cher Manet, de », . .. aide d'une façon discrète à sa veuve, et enfin de conserver h la France une œuvre vraiment } ah'urçuse.

J'espère qu'il n'en sera jamais ainsi de vous et que vous verrez l'État vous acheter de votre vivant des toiles. Je n'en veux d'autre preuve que le très grand et très légitime succès que vous venez de remporter à votre dernière exposition.

Bien que très désireux de vous voir, je suis heureux de vous savoir aux champs, travaillant à augmenter encore de quelques nouveaux chefs-d'œuvre votre œuvre déjà si considérable.

En attendant, croyez-moi toujours, mon cher Monet, votre bien sincère et bien dévoué ami.

Georges de Bellio.

La lettre d'Éniiie Zola stupéfia Monet. Il avait compté sur l'action du premier et ardent défenseur d'Edouard Manet, il ne put cacher sa déception, et garda longtemps rancune à Zola de son abandon inexplicable, — jusqu'au jour où il retrouva sa vaillance au service du droit et de la justice. Ce jour-là, il revint à Zola pour lui rendre l'hommage qui lui était dû. Voici la lettre de Zola :

Médan, le 23 juillet 89.

Mon cher Monet,

J'en suis très chagrin, mais je ne puis m'inscrire à la souscription dont vous me parlez. C'est chez moi un parti-pris absolu de ne pas acheter de peinture, même pour le Louvre. Que des amateurs se syndiquent pour faire monter les prix d'un peintre dont ils ont des toiles, je le comprends ; mais je me suis promis, moi, écrivain, de ne jamais me mêler à ces sortes d'affaires.

J'ai assez défendu Manet par la plume, pour craindre aujourd'hui le reproche de lui marchander la gloire. Manet ira au Louvre, mais il faut que ce soit de lui-même, en pleine reconnaissance nationale de son talent, et non sous cette forme détournée de cadeau, qui sentira quand même la coterie et la réclame.

Croyez-moi votre bien dévoué et bien cordial.

Emile Zola.

Il y a de quoi être surpris, en effet, de la lecture d'un tel désaveu, (jui n'est basé sur aucune certitude. Empêcher Manet d'aller au

Louvre, c'était bel et bien lui marchander la gloire, et la méthode adoptée par Monet n'avait aucune forme détournée, constituait au contraire un hommage d'admirateurs groupés autour de Monet, manifestant son amitié fidèle. Il n'y avait pourtant pas si longtemps, en 1884, que Zola, écrivant la préface au catalogue de l'exposition de Manet, à l'École des Beaux-Arts, rappelait « celte exquise Olympia, qui au Salon de 1865, avait achevé d'exaspérer Paris contre l'artiste. » Il y avait en 1890, à n'en pas douter, oubli des opinions d'autrefois, et peut-être, comme on le vil en d'autres circonstances, une révision mal comprise des enthousiasmes passés. Presque en même temps que Zola, Roll écrit :

24 juillet 89.

Cher Monsieur Monet,

Je vous prie de m inscrire pour cinq cents francs. Je crois l'idée excellente et je vous félicite. On ne fera jamais trop pour défendre Manet que la horde romaine cherche à accabler aujourd'hui encore.

Vous avez chez Petit des toiles extraordinaires de vérité et de lumière. Plaignons ceux qui ne veulent pas ouvrir les yeux et mettent leur triste cervelle en nourrice chez les Italiens.

Bien cordialement à vous.

RoLL.

Puis, à cinq mois de distance, deux lettres charmantes de Renoir :

Dimanche matin, 11 août.

Mon cher Monet,

Impossible de trouver de l'argent. Je suis désolé. Mais je ne puis faire attendre plus longtemps sans te prévenir.

Manet ira au Louvre sans moi, je l'espère, mais je ne puis faire autre chose que des vœux pour la réussite de ce que vous tentez. A toi,

Renoir.

10 janvier 90.

Mon cher Monet,

Je t'envoie cinquante francs.

Tu as dû V amuser avec cette affaire, que de tracas tu as dû

avoir, si c'est fini. A toi,

Renoir.

Une lettre très empressée de Jacques Blanche :

11 août 1889.

Cher Monsieur Monet,

Je suis désolé de ne pouvoir pas contribuer pour plus de 500 fr. à l'achat de /'Olympia, mais en ce moment je ne pourrais pas donner plus. Comme il s'agit, en effet, d'agirvite, j'ai peu d'espoir de contribuer pour une somme plus considérable. Je suis effrayé à la pensée de toutes les difficultés que vous rencontrerez pour arriver à 20.000 francs. Je ne vois plus guère de noms à vous enseigner. Avez-vous pensé à M. ErnestMay, à Hecht, à Ephrussi? Mon ami dont vous n'avez pas pu lire le nom s'appelle Louis Metman, 17, avenue Montaigne. Je n'ose vous parler de la comtesse Greffûlhe, quoique vous puissiez peut-être vous adresser à elle. Ecrivez-lui à Dieppe, route de Pourville, à « la Case ». S'il me revient à la mémoire d'autres noms, je vous les signalerai.

Votre respectueux admirateur,

J.-E. Blanche.

Le musicien Clapisson écrit à la fois son désaveu et son adhésion :

Neuilly, 2 octobre 1889.

Cher Monsieur,

Bien que /'Olj^mpia ne soit pas, et de beaucoup, un de mes tableaux de prédilection dans l'œuvre du grand Manet, je ne puis que m'associer de tout cœur à votre généreuse initiative.

Veuillez donc m'inscrire sur votre liste pour une somme de deux cents francs.

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