livre de 1884 (chez Quantin
Rue Lepic, 25, 5 novembre.
Mon cher Claude Monet,
Ai-je besoin de vous assurer que je suis avec vous de tout mon cœur? Mon admiration pour Manet, ma vive affection pour Madame Manet vous en sont garants. Si j'étais riche, au moins!... Mais je ne le suis pas du tout, et je dois me borner à m' inscrire pour vingt-cinq francs. Inutile d'ajouter que je suis à votre disposition entière pour courir, pour agir, pour obtenir. Ne sommesnous pas du même culte? Votre bien dévoué,
Edmond Bazire.
Refus explicatif de Joseph Reinach :
3 novembre.
Cher Monsieur,
J'ai répondu avec joie à l'appel de notre ami Proust quand il s'est agi de donner au Louvre les Chevreuils de Courbet. Mais, en conscience, je ne puis nïassocier à la souscription que vous ouvrez pour offrir au Louvre /'Olympia de Manet — je parle de ma conscience artistique. — Voilà longtemps que je fais tous les efforts du monde pour admirer ce tableau; non seulement je n'y réussis pas, mais plus je le regarde, moins je le goûte. Vous me direz peut-être qu'il y a au Louvre trois cents Bolonais qui sont plus mauvais. Je suis de votre avis. Mais ce n'est pas une souscription particulière qui les a imposés au musée!
Traitez-moi de philistin et de bourgeois tant qu'il vous plaira. — Je vous avoue cependant que je suis de vos sincères admirateurs et croyez, je vous prie, à tous mes sentiments les plus sympathiques et très distingués.
Joseph Reinach.
Théodore Duret approuve, bien entendu :
Cognac, le 3 décembre 89.
Mon cher Monet,
Vous êtes un homme de cœur et plein de vaillance. Je suis au
désespoir de ne pouvoir être avec vous. Mais en l'absence de mon frère qui est en Amérique, je suis retenu, sans pouvoir quitter un jour, par des affaires commerciales et de famille. J'espère être des vôtres cependant au dîner de janvier. Je pense bien que vous vous y trouverez.
C'est évidemment /'Olympia qu'il faut faire entrer au Louvre pour continuer sur le nom de Manet la bataille engagée de son vivant. U sera peut-être difficile d'y réussir et on n'y parviendra pas tout de suite. Il faut tant de temps! Voyez donc Courbet qui est resté dédaigné encore pendant dix ans après sa mort. Ce n'est réellement que maintenant que les yeux se dessillent à son sujet. Chose singulière! ce sera vous qui ferez le trou par où passera Manet, quoi qu'il ait été le précurseur. Votre œuvre venant plus tard, trouve le terrain mieux préparé, puis Manet était un peintre de figures et là la terrible convention académique et le poncif régnent et régneront toujours en maîtres.
Je ferai tout ce que vous me demanderez, tout ce que je pourrai pour vous seconder dans n'importe quelle tentative ou démarche que vous croirez devoir faire. Amitiés.
Théodore Duret.
Cazin approuve aussi :
2 février 90.
Mon cher Mo net.
Je vous remercie d'avoir très justement pensé que je me joindrais à vous. — Veuillez donc m'inscrire pour cent francs en m'excusant d'augmenter de si peu le chiffre atteint déjà par les amis ou partisans d'Ed. Manet.
Mille choses très cordiales. Cazin.
Et Dalou, comme Lhermitte et Cazin :
6 février 90, 78*'s, impasse du Maine.
Cher Monsieur.
Merci d'avoir pensé à moi. Veuillez m'inscrire, je vous prie, au nombre des admirateurs de Manet. Je ne puis, à mon grand
regret, souscrire que pour une modique somme, 25 francs, mais je suis très heureux de pouvoir participer à cette manifestation artistique en compagnie de tant d'amis pour lesquels j'ai la plus vive admiration.
Veuillez agréer, je vous prie, l'assurance de ma profonde sympathie.
Dalou.
Et Fantin-Latour, comme Lhermitte, Cazin, Dalou, et tout à l'heure Bracquemond. Ainsi se retrouvent les élèves de Lecoq de Boisbaudran :
Paris, 6 février 1890.
Mon cher Monet,
Je vous adresse ci-joint un billet de cent francs pour l'achat de /'Olympia. Tout à vous.
, H. Fantin-Latour.
Bracquemond, avec son humeur si bien discutante, et sa netteté d'opinion contre les corps constitués de tous genres :
7 février 1890, 13, rue de Brancas, Sèvres.
Voici mes cinquante francs, mon cher Monet. — La phrase de votre circulaire « l'offre devant être faite à l'État » m'a fait frémir — et si l'État défenseur du beau, refuse? C'est sur le peintre, sur la belle peinture de notre ami que retombera ce refus solennel. — Quelle pesanteur! — Refusé au Salon, relusé par « l'amateur éclairé », refusé par la critique sacerdotale, refusé par ses amis comme par ses contradicteurs, enfin refusé par VÉtat, comment vous tirerez-vous de tous ces refus? Ce n'est pas par simple curiosité, mon cher Monet, que je vous pose cette question — je le répète — ce refus tombe sur Manet — cela me paraît embarrassant — peut-être avez-vous une solution? je retire alors tout ce qui précède. Mais si vous allez au petit bonheur, il vaudrait mieux s'ouvrir une retraite. — Avez-vous pensé à offrir ce tableau à une ville? Paris a des musées lui aussi, serait-il aussi bégueule que l'LJlat? Manet est parisien et la ville de Paris
pourrait bien inaugurer une sélection des travaux de ses enfants
par le tableau de Manet?
Et nous autres qui avons affirmé que ce tableau est de la bonne
peinture, que ce corps de femme est finement modelé, peint de
la plus belle façon, avec la matière qui est le secret des vrais
peintres, car nous ne coupons pas le tableau n'est-ce pas? et le
tableau c/'Olympia c'est la femme nue et non le bouquet! — Mais
on nous prend sans doute pour des niais complaisants ou des
fumistes? Je pense qu'il faut réfléchir et ne rien compromettre.
Bien cordialement à vous.
Bracquemond.
Jeanniot écrit sans ambages :
8 février 90.
Mon cher Monet,
Je vous adresse ci-joint les cinquante francs que J'ai souscrits pour /'Olympia.
J'ai lu dans le Figaro les choses qui ont été écrites sur le tableau, et les jugements qui ont été portés sur votre démarche. — Quelles misères! Mais, mon cher, on doit s'attendre toujours au triomphe de la médiocrité, il est inéluctable, puisque médiocrité veut dire terme moyen; nous avons néanmoins le beau, le très beau rôle; je dis nous, malgré la petite part que je prends à l'affaire, parce que c'est avec tout mon cœur; et je ne regrette qu'une chose; n'avoir pas cinquante mille francs de rentes pour en consacrer une partie à crier aux philistins combien ils sont bêtes. Ce qui, d'ailleurs, ne changerait pas un iota à leur traintrain. — En quittant Dienay, je suis descendu au Midi, La mer est superbe. — Je revois des endroits où vous avez travaillé, et j'admire les sites que vous avez peints, Antibes et Bordighera. Comme du premier coup vous avez rendu toute l'intensité et toute la grâce de ce pays privilégié! Vous l'avez bien compris. Je reconnais les levers de soleil et le coup de mistral, et cette merveilleuse Antibes qui a l'air, à certains moments, de sortir de la mer comme une vision d'apothéose.
Mes bonnes amitiés. G. Jeanniot.
CLAUDEMONET 151
Ghéret souscrit et approuve :
8 février 90.
Mon cher Ami,
Je m'empresse de vous adresser cent francs, ma part de cotisation à l'acquisition de l'œuvre du maître. De tout cœur je vous félicite pour l'initiative que vous avez si crânement prise et son heureux succès. De bonne amitié.
Besnard souscrit et désapprouve Mon cher Mon et,
Jules Chéret.
Lundi 24 février 1890.
Voici ma cotisation. Mais, entre nous, elle me paraît sans objet puisque le tableau n'ira pas au Louvre certainement. Mille cordialités.
Besnard.
Toulouse-Lautrec écrit drôlement :
Cher Monsieur Monet,
Voici de quoi payer un tout petit bout of'Olympia. Je vous demande pardon de vous avoir fait attendre et regrette de ne pas faire mieux. Cordialement vôtre.
T.-Lautrec.
Priant discute, mais souscrit :
Cher monsieur Monet,
De retour de la campagne je trouve votre lettre, dont je vous remercie.
Je serais heureux, en effet, de voir au Louvre une œuvre de Manet. Mais ce ne serait pas précisément /'Olympia que j'aurais choisie, car je considère ce tableau comme hybride et ne donnant pas l'idée exacte du génie du maître. Cependant je vous envoie ma modeste obole en faveur du principe qui est excellent.
Recevez, mon cher monsieur Monet, l'hommage de ma vive sympathie et de ma grande admiration,
E. Priant.
Huysmans soiisci'it et flétrit les adversaires :
Cher monsieur Monet,
Merci pour l'aimable lettre que vous m'envoyez. Certains est malheureusement incomplet. Il y en a trop et pas assez. Ce sont des fragments. — La vérité c'est que ce petit tas de notes formant un bouquin je l'ai donné, sans courage pour l'agrandir, étant plongé dans un roman que je ne voulais pas interrompre. Enfin! — Je vous envoie sous ce pli, les 25 francs de /'Olympia. — Sont-ils assez idiots, ces gens-là, qui discutent l'entrée de cette toile au Louvre! Dire que la bêtise humaine ne recule point d'un seul pas, depuis tant d'années!
Je vous envoie, cher Monsieur Monet, fassurance de mes
m eille u rs sen tim en ts .
Huysmans.
Rodin souscrit et se réjouit :
Mon cher Monet,
Inscrivez-moi pour 25 francs. C'est pour y mettre mon nom. Je suis dans une crise d'argent qui ne me permet pas plus.
Je vous félicite d'avoir, par vos efforts, donné un tableau de Manet au Louvre. A vous d'amitié.
RoDlN.
De même, Duez :
Mon cher Monet,
Voici ma modeste offrande avec l'espoir de voir bientôt la délicieuse Olympia au Louvre. Bien ù vous.
E. Duez.
Enfin, Armand Dayot discute tout en s'associant au projet, et se trompe probablement lorsqu'il croit qu'on aurait pu forcer la porte du Louvre avec Argenteuil ou En bateau :
Cher Monsieur,
Voici ma modeste cotisation pour l'achat de /'Olympia de Manet. Je m'associe sans hésitation, ù la manifestation en faveur du