livre Le Cœur et l'Esprit et sur lequel vous avez bien voulu écrire
une si sympathique dédicace en nto. faveur. Mais en poursuivant
I / ... viOToa-Tflo*i aa aaiWLAaYi aj
ma lecture, j ai appris u conini/h-?; / Fiiniit'ur que vous m avez
fait. Je viens vous prie!{MJ^mB-^d»iim'^^))ar la suite cette sympathie qui m'est précieuse. /aggn
Far û; u'ihmon portrait
Pai'î. (]f7..1NNr
t'arts, i iivrU I80ô.
Cher monsieur GefTroy, les jours grandissent, la température est devenue plus clémente. Je suis inoccupé toutes les matinées jusqu'à l'heure où l'homme civilisé se met à table. J'ai l'intention de monter jusqu'à Belleville vous serrer la main et vous soumettre un projet que j'ai tantôt caressé, tantôt abandonné, et que je reprends parfois... Bien cordialement ù vofis. Paul Cézanne, pein Ire pa r in clin a tion -
Le portrait fut commencé en ces pi< n.u it, j.,.. . . ... ■■. * abandonné en juin. Je n'ai pas revu Cézanne, j'ai HeuU*i»io,3i re»,'U de lui sa souscription pour le Penseur de Hodin avtM- ttue lettre cordiale.
Toujours sur ce môme sujet, il écrivait *« Claude Monet :
M\.0 juillet 1895.
Mon cher Monet... J'ai dû quitter Parie, le terme auquel mon
voyage à Aix était fixé étant arrivé. Je suis auprès de ma mère qui est d'un âge déjà avancé et je la trouve infirme et seule.
J'ai dû abandonner momentanément l'étude que j'avais entreprise chez Geffroy, qui s'est mis si libéralement à ma disposition, et je suis un peu confus du mince résultat que j'ai obtenu, et surtout après tant de séances, et des emballements et des découragements successifs. Me voilà donc retombé dans le Midi, dont je n'aurais peut-être jamais dû m' éloigner, pour m'élancer à la poursuite chimérique de l'art.
Pour terminer, je vous dirai combien j'ai été heureux de l'appui moral que j'ai rencontré auprès de vous, et qui me sert de stimulant pour la peinture. A mon retour donc à Paris, où je dois me rendre pour continuer ma tâche, car je f ai promis à Geffroy.
En exprimant mes regrets d'être parti sans vous avoir revu, je me dis bien cordialement à vous. p^^^ Cézanne.
Mais voici une autre lettre, de Joachim Gasquet, celle-là, qu'il m'écrivait six ans après la mort de Cézanne, alors que le biographe de l'artiste avait pu classer et réunir ses souvenirs. On m'excusera, pour celte fois, de produire un tel certiflcat, où je me hâte de dire qu'il y avait l'aimable exagération méridionale :
SALON DE MAI Marseille, le 7 avril 1912.
12, quai de Rive -Neuve MARSEILLE
Mon cher maître, je me permets d'insister plus particulièrement auprès de vous pour que vous nous accordiez l'honneur d'inscrire votre grand nom significatif au fronton de notre œuvre. Toujours, dans fardente mêlée, vous avez été au premier rang, et le bel art de peindre doit, à ces admirables séries de la Vie artistique où nous tous avons appris à connaître et aimer les vrais maîtres, ses plus sûres et ses plus durables victoires. Comme pas un, vous avez commenté Monet, Renoir, et je me souviens avec quelle émotion Cézanne m'a lu, un jour, à Aix, votre page sur le
Sarcophage et l'Art égyptiens. C'est vous qui êtes et qui resterez l'historien de l'impressionnisme.
Vous sentez, mon cher maître, quel prix nous attachons donc à votre acceptation et quel précieux encouragement ce sera pour notre œuvre que de la penser approuvée par vous.
Je vous prie de croire toujours aux sentiments admiratifs de votre respectueux
JOACHIM GaSQUET.
En huit ans, de 1912 à 1920, « l'émotion » s'était donc changée en « haine inexplicable » chez Cézanne, mort en 1906. Ce changement aussi est inexplicable.
Voyage en Norvège
Les Cathédrales. — Polémiques et critiques. — Emile Zola
André Michel. — Clemenceau
En 1895, Monet est en Norvège, et il m'écrit cette intéressante lettre sur son séjour au Nord :
Sandviken, par Chrisliana, 26 février 1895.
Cher ami, deux mots seulement pour vous rassurer sur mon sort et que vous ne me supposiez pas mort de froid.
Je suis émerveillé de tout ce que je vois dans ce merveilleux pays. J'ai fait des balades de quatre jours en traîneau, dans la montagne, sur les fjords, sur les lacs, c'est merveilleux! Tout cela par un froid de 25'^ à midi le plus souvent, mais n'ayant jamais souffert, au grand étonnement des Norvégiens qui sont plus frileux que moi! Je me porte comme un charme, malgré une infecte nourriture, mais que de mauvais sang je me suis fait de ne pouvoir peindre tout ce que je vois! Je ne savais où donner de la tête, et découragé, j'ai failli plusieurs fois prendre le train et rentrer...
Enfin, j'ai trouvé un coin passable comme installation, et me voici à l'œuvre depuis quelques jours seulement. J'ai mis en train huit toiles qui, si je ne suis pas trop contrarié par le temps, vous donneront, j'espère, une idée de la Norvège, des environs de Christiania, pays moins terrible que je ne pensais. Il aurait fallu aller dans le Nord, mais ce n'est guère possible en cette saison, enfin c'est rudement beau tout de môme! Je n'ai pu voir un bout de mer ni d'eau quelconque, tout est gelé et recouvert de neige. Il faudrait vivre un an ici pour faire quelque chose de bien et encore, après avoir vu, et fait connaissance avec le pays.
J'ai peint aujourd'hui, une partie de la journée, sous la neige qui tombe sans arrêt; vous auriez ri de nie voir entièrement blanc, la barbe couverte de glaçons « stalactites. »
Votre fidèle ami.
Dans le Figaro du 2 mai 1896, sous le titre Peinture, Emile Zola publie un article qui est une sorte de fanfare de victoire jouée en marche funèbre, un émerveillement à voir que l'art de 1866, l'art de Manet, de Monet, de Pissarro, a triomphé, que la peinture claire, la peinture de taches, la peinture de reflets, a transformé le Salon, mais c'est en même temps une conclusion mélancolique sur l'imitation qui sévit. Et l'on ne sait pas bien si Zola se réjouit ou regrette. Il y a de l'incertitude sous son style affirmatif, une sorte d'irritation à voir ce que la victoire est devenue dans les mains des victorieux et des profiteurs, il y a même, on le croirait, un désaveu des batailles anciennes. Lisez plutôt :
« Je m'éveille et je frémis. Eh quoi! vraiment, c'est pour ça que je me suis battu? C'est pour cette peinture claire, pour ces taches, pour ces reflets, pour cette décomposition de la lumière ? Seigneur! étais-je fou ? mais c'est très laid, cela me fait horreur! Ah ! vanité des discussions, inutilité des formules et des écoles! El j'ai quitté les deux Salons de cette année en me demandant avec angoisse si ma besogne ancienne avait donc été mauvaise. »
On dirait une déception personnelle, et je me* souviens d'avoir eu avec Zola, lorsque j'ai été le voir en Angleterre au moment de l'affaire Dreyfus, une conversation, même une discussion, à propos de Manet, de Monet, de Cézanne, sur l'impressionnisme. L'auteur des « Rougon-Macquart » m'avouait cette déception, ne trouvait pas, dans les œuvres de ces maîtres, qu'il ne voyait pas dans leur ensemble, les éléments de composition qu'il affirmait nécessaires à l'œuvre d'art. Je lui objectais ses propres arguments d'autrefois et les notions nouvelles nées de l'évolution des artistes et de l'art qu'il avait soutenus. Il revenait toujours avec entêtement à son besoin de composition, à sa manière à lui, de construire un livre, il ne voyait chez ses anciens compagnons d'art que des morceaux,