‹ Claude Monet, sa vie, son temps, son œuvreChapitre 18 sur 55 · LES DINDONS BLANCS · texte numérisé non relu

LES DINDONS BLANCS

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Antonin Proust ne prit pas bien la remontrance et proposa à Monet une rencontre sur un autre terrain, selon les us parlementaires de ce temps-là. Voici le billet où le débat tourne dramatiquement :

27 janvier 1890.

Monsieur, les journaux m'ont pendant trois semaines attribué une initiative qui vous appartient, l'ous êtes resté muet : c'était votre droit. J'ai parlé : c'était le mien. Vous pensez aujourd'hui que mes paroles ont été désobligeantes pour vous. Si vous vous en trouvez offensé, j'attends vos amis. Quant au rôlP de mandataire de Mn,c Edouard Manet que vous prenez, je ne sache pas que vous ayez été autorisé à le prendre.

J'ai, Monsieur, l'honneur de vous saluer.

Antonin Proust.

Monet constitua deux témoins, qui furent Théodore Duret et l'auteurde ce livre. Nousallâmes trouver Proust, pendant que Monet nous attendait dans un café du boulevard Haussmann. Nous arrangeâmes l'affaire par une rencontre pacifique entre les deux adversaires. Il faut avouer qu'il y avait quelque chose d'excessif dans la proposition d'Antonin Proust, qui n'était pour lui qu'une manière de sortir d'embarras. Le temps écoulé, on se demande encore quel grief il pouvait avoir contre la souscription pour l'Olympia. Il était galant homme, très ami de Manet, qui fit de lui le plus aimable portrait, et l'on peut croire qu'aujourd'hui il serait heureux, comme tous les admirateurs de Manet, de voir l'Olympia si sereinement installée au Louvre.

Voici d'ailleurs en quels termes Monet me faisait connaître la fin de l'incident :

« Cher ami, l'entrevue a été ce qu'elle devait être. Proust entend souscrire pour l'achat de /'Olympia, // doit écrire à M'"e Manet pour désavouer les paroles du Figaro. Cela entendu, il a été d'un aimable exagéré, voulant m' enjôler pour attendre, et au besoin donner le tableau à sa société, et ne l'offrir qu'en même temps que le Déjeuner sur l'herbe ( Fa urej. Et plus je lui disais vouloir

aller jusqu'au bout et en finir, plus il était aimable, et finalement voulait savoir comment je comptais procéder. Il m'a répondu qu'il comprenait cela, qu'il ne demandait qu'à être convaincu, qu'il allait voir aujourd'hui même Pellelan et le ministre. Il faut donc se méfier, ne pas se trop laisser séduire, et agir vite. »

Par les lettres suivantes de la veuve de Manet, on verra que Claude Monet avait quelques raisons de prendre ce rôle de mandataire qui lui était contesté.

Première lettre, au début de l'affaire :

Gennevilliers, 4 novembre 89.

Cher Monsieur,

C'est avec une profonde émotion que je viens de lire votre lettre m'annonçant ce que vous, M. Sargent et des amis, font pour la mémoire de mon cher mari. C'est si beau! et j'en suis si touchée, que tout ce que je pourraisvous dire pour vous remercier serait encore au-dessous de mes sentiments de reconnaissance.

J'ignorais ce projet de sympathie, et Olympia au Louvre est le comble de mes vœux.

Le prix de vingt mille francs me convient très bien, et tout ce que vous faites est si bien, si délicat, que je ne peux que vous admirer.

Recevez encore, cher Monsieur Monet, mes plus vifs remerciements, ainsi que l'assurance de mon amitié la plus dévouée.

S. Manet.

Deuxième lettre qui a trait spécialement à l'interview d'Antonin Proust :

Gennevilliers, 23 janvier 1890.

Cher Monsieur,

Merci pour votre bonne lettre, et pour votre chaleureux et généreux dévouement, mais je vous en prie, tâchez que cela ne vous porte pas préjudice et que vous ne vous fassiez pas d'ennemis à cause de nous, voyez quelle serait ma désolation!

Quand j'ai lu l'article du Figaro, j'en ai été outragée, humiliée et troublée.

Vous avez dû lire ma réponse, ainsi que celle de mon beaufrère (qui est très bien).

Aujourd'hui, étant plus calme, je suis si affligée, et je songe combien ce même M. Proust a été dévoué à mon pauvre mari avant et après sa mort. Vraiment, ce qui vient de se passer est incompréhensible, je pense qu'il n'aurait peut-être pas voulu participer à la souscription, ayant déjà payé de sa personne à la grande exposition.

Excusez-moi de vous faire cette réflexion et ne m'en voulez pas.

Cette souscription , en effet, était si discrètement engagée, puisque moi-même je n'en savais rien, vous y mettiez tout votre cœur, elle vous coûtait tant de peine, je ne pourrais pas croire qu'elle n'aura pas un bon résultat, mais je crains bien que d'ici longtemps Olympia ne sera pas exposée au Louvre — il y a peutêtre un autre musée auquel on pourra l'offrir.

Mais je vous demande pardon de me mêler de cela, c'est même très indiscret de ma part de vous en parler, je ne puis que vous remercier de ce que vous faites pour moi et pour notre cher Edouard...

S. Manet.

Voici maintenant le résumé des péripéties administratives de l'affaire, auxquelles on me permettra de dire que j'ai été mêlé par la correspondance de Monet et par ses allées et venues entre Giverny et Paris. Au journal La Justice, dirigé par Clemenceau et Pelletan, dont j'étais le collaborateur, Monet fut mis en relations avec Camille Pelletan, et c'est en compagnie de celui-ci qu'il remit au ministre de l'Instruction publique, M. Fallières, la lettre suivante, avec la liste des souscripteurs :

Paris, le 7 février 1890.

Monsieur le Ministre,

Au nom d'un groupe de souscripteurs, j'ai l'honneur d'offrir à l'Etat /'Olympia, d'Edouard Manet. Nous sommes certains d'être

ici les représentants et les interprètes d'un grand nombre d'artistes, d'écrivains et d'amateurs, qui ont reconnu depuis longtemps déjà quelle place considérable doit tenir dans l'histoire de ce siècle le peintre prématurément enlevé à son art et à son pays.

Les discussions auxquelles les tableaux de Manet ont servi de sujet, les hostilités qu 'ils eurent à subir sont maintenant apaisées. La guerre serait encore ouverte contre une telle individualité que nous n'en serions pas moins convaincus de l'importance de l'œuvre de Manet et de son triomphe définitif. Il nous suffirait de nous rappeler, pour ne citer que quelques noms, autrefois décriés et repoussés, et aujourd'hui célèbres, ce qui est advenu à des artistes comme Delacroix, Corot, Courbet, Millet, l'isolement de leurs débuts et leur incontestable gloire posthume. Mais, de l'aveu de la grande majorité de ceux qui s'intéressent à la peinture française, le rôle d'Edouard Manet a été utile et décisif. Non seulement il a joué un grand rôle individuel, mais il a été, de plus, le représentant d'une grande et féconde évolution.

Il nous a donc paru impossible qu'une telle œuvre n'eût pas sa place dans nos collections nationales, que le maître n'eût pas ses entrées là où sont déjà admis les disciples. Nous avons, de plus, considéré avec inquiétude le mouvement incessant du marché artistique, la concurrence d'achat qui nous est faite par l'Amérique, le départ, facile à prévoir, pour un autre continent, de tant d' œuvres d'art qui sont la joie et la gloire de la France. Nous avons voulu retenir une des toiles les plus caractéristiques d'Edouard Manet, celle où il apparaît en pleine lutte victorieuse, maître de sa vision et de son métier.

C'est /'Olympia que nous remettons entre vos mains, Monsieur le ministre. Notre désir est de la voir prendre place au Louvre, à sa date, parmi les productions de l'école française. Si les règlements s'opposent à cette entrée immédiate, s'il est objecté, malgré le précédent de Courbet, qu'une période de dix ans n'est pas écoulée depuis la mort de Manet, nous estimons que le musée du Luxembourg est tout indiqué pour recevoir /'Olympia et la garder jusqu'à l'échéance prochaine. Nous espérons que vous voudrez bien donner votre appui à l'œuvre à laquelle nous nous

sommes attachés, avec la satisfaction d'avoir accompli simplement un acte de justice.

Agréez, Monsieur le ministre, l'expression de mes sentiments

de haute considération.

Voici maintenant la liste des souscripteurs, avec l'indication des sommes souscrites :

MM. Durand-Ruel, 200 fr.; Frantz-Jourdain, 25 fr.; Marcel Bernslein,500 fr.; Fantin-Lalour, 100 fr.; Degas, 100 fr.; Duez 100 fr.; Clapisson, 200 fr.; Jules Chéret, 100 fr.; Hecht frères 1.000 fr.; Boldini, 200 fr.; Roger Marx, 25 fr.; Lhermitte 50 fr. ; Ding, 200 fr. ; Armand Dayot, 25 fr. ; Guillemet, 200 fr. G. Murer, 50 fr.; Jean Béraud, 50 fr.; Rihot, 50 fr.; Puvis de Chavannes, 300 fr.; Bracquemond, 50 fr.; De Bellio, 1.000 fr. Paul Gallimard, 200 fr.; Léon Béclard, 200 fr.; ffelleu, 50 fr. Ifarrisson, 100 fr.; Pissarro, 50 fr.; Raffaëlli, 100 fr.; Rohin 50 fr.; Double incognito, 500 fr.; Alexandre Millerand, 25 fr. Rodin, 25 fr.; Renoir, 50 fr.; F. et Maurice Bouchor, 100 fr. Béraud, 500 fr. ; Jcanniot, 50 fr. ; Rouarl, 1.000 fr. ; Blot, 25 fr. Roll, 500 fr.; Tissot, 100 fr.; Monet, 1.000 fr.; Dalou, 25 fr. Guérard, 100 fr.; M'ne Guérard-Gonzalès, 100 fr; Aug. Flameng 25 fr.; Moreau-Nélaton , 500 fr.; Roger Jourdain, 100 fr. Oppenheim, 50 fr.; Octave Mirheau, 300 fr.; Burly, 25 fr. M. de II. Monthéliard, 2.000 fr.; Lerolle, 100 fr.; J. Blanche 500 fr.; Thornley, 25 fr.; Carriès, 50 fr.; De Vuillefroy, 50 fr. Carolus-Duran, 200 fr.; Chahrier, 50 fr.; Mallarmé, 25 fr. Dauphin, 25 fr.; Iluysmans, 25 fr; Antonin Proust, 500 fr. Besnard, 100 fr.; Van Cutzens, 100 fr.; Cazin, 100 fr.; G. Petit 200 fr.; Gervex, 100 fr.; Gustave Geffroy, 50 fr.; Edmond Bazire, 25 fr.; Bourdin, 25 fr*; Portier, 25 fr.; Nanzy, 100 fr Rops, 50 fr. ; Gradis, 25 fr. ; Abbé llurel, 1 00 fr. ; A. de la Roche foucauld, 100 fr.; Louis Mullem, 15 fr.; Maurice Hamel, 25 fr. Carrière, 25 fr.; Brandon, 100 fr.; Lautrec, 1 00 fr. ; Caillehotte 1 .000 fr.; Duret, 1 .000 fr.; Sutter Lauman, 25 fr.; Bonnetain

25 fr.; Sargent, 1.000 fr.; Marins Michel, 25 fr.; Pelletan, 25 fr.; Pollen t, 25 fr.; Leclanché, 1.000 fr. Total : 19.415 fr.

A cette lettre et à cette communication, le ministre répondit le 12 février 1890 :

Monsieur, j'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre par laquelle vous offrez à l'Etal, au nom d'un groupe de souscripteurs, /'Olympia, d'Edouard Manet, en exprimant le désir que cette œuvre prenne place dans les Musées nationaux.

Je charge le Directeur des Beaux-Arts et le Comité consultatif des Musées d'examiner, d'après les règlements, la nature de cette donation et je m'empresserai de vous faire connaître quelle suite peut y être donnée.

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération très distinguée.

Le Minisire de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, Signé : Armand Fallières.

Ce comité comprenait les conservateurs et les conservateursadjoints des Musées du Louvre, du Luxembourg, de Saint-Germain et de Versailles, sous la présidence du directeur des Musées nationaux.

Il se composait donc de :

MM. Kaempfen, directeur des Musées nationaux, président; Lafeneslre, conservateur du département de la peinture et des dessins au Musée du Louvre; Paul Durrieu et Henry deChennevières, conservateurs-adjoints; Arago, conservateur du Musée du Luxembourg; Gosselin, conservateur du Musée de Versailles; Bertrand, conservateur du Musée de Saint-Germain.

Le 24 lévrier, lettre du directeur des Beaux-Arts :

Monsieur, par lettre en date du 7 février 1890, adressée au Ministre des Beaux-Arts, vous offrez à l'État, au nom d'un groupe de souscripteurs, /'Olympia, d'Edouard Manet. Vous ajoutez que « votre désir est de voir ce tableau prendre place au Musée du

Louvre » et que « si les règlements s'opposent à cette entrée immédiate, vous estimez que le Musée du Luxembourg est tout indiqué pour le recevoir et le garder jusqu'à l'échéance prochaine », c'est-à-dire jusqu'à l'expiration d'une période de dix ans après la mort de l'artiste.

Au moment de soumettre votre proposition au Comité consultatif des Musées nationaux, j'aurais besoin de préciser les questions qu'il devra examiner et de l'éclairer sur la nature exacte de votre libéralité.

Je vous prie donc de vouloir bien me faire connaître si votre offre de donation à l'État, est, dès à présent, définitive, quelle que soit la décision à intervenir au sujet de l'admission ou de la non-admission de l'œuvre dans l'un ou l'autre des Musées désignés par vous, ou si, au contraire, le désir que vous exprimez doit être considéré comme une condition formelle, dont la nonacceptation entraînerait le retrait de l'offre.

Je vous prie également de me faire savoir où l'administration des Musées nationaux devra faire prendre le tableau pour le soumettre à l'examen du Comité consultatif.

Agréez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments très distingués.

Le Directeur des Beaux-Arts,

Gustave Larroumet.

Claude Monet répondit naturellement que la donation du tableau était subordonnée à son admission dans l'un des deux Musées, Louvre ou Luxembourg.

La décision du Comité consultatif fut ainsi transmise à (Mande Monet, le 15 mars, par le directeur des Beaux-Arts.

Monsieur, le Comité consultatif des Musées nationaux a examiné, dans sa séance du 13 mars, l'offre de donation du tableau d'Edouard Manet, Olympia, contenue dans votre lettre du 7 février, au Ministre des Beaux-Arts, sous les réserves exprimées dans la lettre que vous m'avez adressée à moi-même le 20 février.

Le Comité a émis l'avis qu'il n'y avait pas lieu de placer immédiatement ce tableau au Louvre. Il a été d'avis aussi qu'il n'y

avait pas lieu de le placer au Luxembourg, en prenant rengagement de le mettre au Louvre, après un délai de dix ans écoulés depuis la mort de l'auteur. Il a été d'avis, enfin, de l'accepter pour le Luxembourg, sans engagement.

Ce dernier avis modifiant l'un des deux cas prévus dans vos lettres, je viens, avant de soumettre au Ministre la délibération du Comité, vous prier de me faire connaître si vous maintenez votre offre de donation, en acceptant les conclusions de cette délibération.

Le Directeur des Beaux-Arts,

Gustave Larhoumet.

Réponse de Claude Monet, le 27 mars :

Monsieur le Directeur, j'ai l'honneur de répondre à votre lettre en date du 15 courant. Nous avons offert /'Olympia d'Edouard Manet, à l'Etat, dans l'espoir de voir placer ce tableau au Musée du Louvre, si les règlements le permettaient; dans le cas contraire, nous exprimions le désir de le voir placé au Luxembourg, jusqu'à ce que le laps de temps exigé lui ouvre l'accès du Louvre.

Le Comité consultatif des Musées nationaux n'a pas cru devoir prendre cet engagement, et a émis l'avis d'accepter /'Olympia pour le Luxembourg, sans engagement.

L'offre de donation reste donc maintenue, s'il est bien entendu que cela ne peut interdire, dans l'avenir, l'accès du Louvre à /'Olympia, et que dans aucun autre cas le tableau de Manet ne doit quitter le Musée du Luxembourg.

Le Ie' avril, le Directeur des Beaux-Arts faisait ces réserves :

Monsieur, après avoir pris connaissance de l'avis émis par le Comité consultatif des Musées nationaux, au sujet de votre offre de donation à l'Etat de /'Olympia, d'Edouard Manet, vous me faites l'honneur de m'écrire, à la date du 27 mars, que vous maintenez cette offre « s'il est bien entendu » que l'admission de

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Je m'empresse de vous faire connaître qu'en entrant au Luxembourg, /'Olympia subirait la condition ordinaire de tous les tableaux admis dans ce Musée, c'est-à-dire que son entrée au Louvre serait toujours possible, lors des remaniements annuels et dans les cas prévus par le décret organique des Musées nationaux.

Vous ajoutez qu'il doit aussi être entendu que, dans aucun autre cas que l'admission au Louvre, « /'Olympia ne doit quitter le Musée du Luxembourg. » Je dois vous faire observer que c'est là une condition nouvelle dont il n'avait pas été question jusqu'ici et que l'administration des Beaux-Arts ne saurait accepter sans déroger aux règlements. Le Luxembourg, en effet, est essentiellement un Musée de passage et de renouvellements périodiques, dans lequel aucune œuvre ne figure à titre permanent et définitif. En déclarant que /'Olympia y resterait jusqu'au jour où elle serait admise au Louvre, l'administration conférerait à ce tableau des privilèges qu'elle n'a pas le droit de lui accorder. J'ajoute, cependant, que, vu l'intérêt de l'œuvre et les intentions des donateurs, elle s'efforcerait de la conserver toujours à Paris, et sous les yeux du public.

Je vous serai obligé de me faire connaître le plus tôt possible votre réponse, afin que je puisse soumettre au Ministre mon rapport sur cette a/Taire.

Le Directeur des Beaux-Arts,

Gustave Larroumet.

Monet répond le 5 avril, maintient la condition du séjour a Paris :

J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre en date du lor avril, et de vous dire que je prends bonne note de la promesse que vous me faites de conserver toujours à Paris et sous les yeux du public, /'Olympia, d'Edouard Manet.

Devant l'intention formelle des donateurs de voir ce tableau exposé à Paris et non en province, il est de toute nécessité, pour

moi, qu'il soit bien entendu qu'en aucun cas /'Olympia ne sera envoyée en province.

J'espère donc que lorsqu'il aura pris connaissance du rapport que vous devez lui adresser à ce sujet, Monsieur le Ministre, tout en tenant compte de l'avis émis par le Comité consultatif des Musées nationaux, voudra bien confirmer l'assurance que vous avez Lien voulu me donner.

On discute sans avancer. Le 21 avril, le Directeur des Beaux-Arts écrit à Claude Monet :

Monsieur, en réponse à la lettre que je vous adressais le Ier avril, vous me faites savoir, à la date du 5, que « vous prenez bonne note de la promesse que je vous fais de conserver toujours à Paris et sous les yeux du public /'Olympia, d'Edouard Manel »; vous ajoutez qu'il doit être « bien entendu qu'en aucun cas /'Olympia ne sera envoyée en province; » enfin vous espérez que Monsieur le Ministre « voudra bien confirmer l'assurance que je vous aurais donnée. »

J'ai l'honneur de vous faire observer que cette réponse dénature, en les exagérant, les termes et le sens de ma lettre. Je me suis borné à vous dire que l'Administration, « vu l'intérêt de l'œuvre et les intentions des donateurs, s'efforcerait de la conserver toujours à Paris, sous les yeux du public. » // ne s'agit donc là que d'une intention bienveillante, mais non d'une promesse ni d'une assurance.

Je ne puis donc que vous confirmer ma lettre du 5 avril; mais

puisque vous désirez obtenir l'avis de Monsieur le Ministre, je

lui soumets la correspondance que j'ai eu l'honneur d'échanger

avec vous, en remettant à sa haute autorité le soin de préciser

d'une manière définitive le texte des règlements et l'intention de

l'Administration .

Le Directeur des Beaux-Arts,

Gustave Larroumet.

Le 20 mai, le ministre Léon Bourgeois, écrit à peu près la même lettre que le Directeur des Beaux-Arts :

Monsieur, j'ai examiné la correspondance échauffée au sujet de votre offre de donation à l'État de /'Olympia, d'Edouard Ma net, et de l'avis émis à ce sujet par le Comité des Musées nationaux, portant que l'œuvre pouvait être acceptée par le Musée du Luxembourff, sans engagement.

J'ai l'honneur de vous faire savoir que cette donation pourrait être acceptée par l'État aux conditions suivantes : l'entrée de /'Olympia au Luxembourff ne conférerait à ce tableau aucun privilège et ne lui enlèverait aucun droit. Son admission au Louvre resterait toujours possible, lors des remaniements annuels et dans les cas prévus par les règlements.

Mon administration ne saurait prendre l' enffaffement de le maintenir au Luxembourff et de ne l'envoyer jamais en province, car ce serait mettre ce tableau en dehors des règlements qui réffissent les Musées nationaux. Toutefois, prenant en considération l'intérêt de l'œuvre et le vœu des donateurs, son intention est de conserver toujours /'Olympia à Paris et sous les yeux du public.

Je vous prie de me faire savoir d'urgence si vous souscrivez aux conditions que je viens de formuler.

Le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts,

Signé : Léon Bourgeois.

De guerre lasse, Monet accepte, l'acte notarié est dressé par Me Grimpard, notaire à Vernon; le projet de décret d'acceptation par l'État est transmis au Conseil d'État, qui donne son avis favorable en novembre, et enfin, le 17 du même mois, paraît au Journal Officiel le décret dont voici le texte :

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